Africa, en Tunisie
gneur le duc, mile combatans estans en ces navires, et que, supposé que tous eulx abandonnasse la dite ville, à l'aide de Dieu, il la garderoit, et en randroit bon compte. Desquelles paroles tout le peuple fust réconfortés, et ceux des dites nations confus. Et, pour ce que yls ne scavoie ou estoit la dite armée du Souldan, le lendemain se party le dit Joffrov, pour scavoir où elle estoit; laquelle il trouva en Turquie, à lx miles de Roddes, où ilz avoie deschargés et affûtée leur grosse artilerie. affin qui n'y failly riens quant ilz viendroie au dit siège. Et tantost les gualees du dit Joffroy s'aprocherentd'eulx, à la sye, la poupe devers eulx, lesquelles gualees estoient très bien artilee, et especialment de canons, desquieulx toutes les chambres estoient paillées et propres pour chacun canon ; et ne tyroient que des canons de la dite poupe, et s'aidoient de toutes les chambres des aullres canons; pour quov de chacun canon ilz tyroient presque aussv tost que dunne arbalaste : cy en tirarent tant que ilz leur tuèrent assez de leurs gens, et, entre les autres, ung de leurs amiralx ; car à tyrer en leur flote, laquelle estoit sarree, ne povoient faillir, et les nostres gualees estoient esparse, pour quoy ne les povoie cy bien assigner. Pour laquelle chose, toute la nuvt rechargèrent leurs chevalx et leur dite artilerie, et, au matin, fvrent voele et vindrent devant Roddes, où ilz mvrent le siège; et l'aultre jour emsuivant, leurs bonbardes et bricoles prestes pour gecter, et tout ainsy que ilz se logoient, le dit Joffroy logoit ces gens devant eulx, entre la fausse et la vraye muraille, et ly se loga devant leur capitaine : et chacun jour y eu saillies esquelles furent mors pluseurs d'ung costé et d'aultre, plus
154 CRONICQUES D'ENGLETERRE .
beaucopt desdits Sarrasins que des nostres ; car durant le dit siège, qui dura xl jours, n'y eu ung seur homme pris à mercy.
Or avint que, après pluseurs jours, de pluseurs bonbardes ilz eurent batuz ung grant pan de muraille , tellement quelle estoit en cheoir , et , elle cheue, eulx tous prest pour assaillir. Pour quoy le dit Joffroy, toute la nuyt, fist apourter de grans sacs de coton, et les fist par cy bonne manière atacher à la dite muraille, que depuis cos1 de leurs dites bonbardes n'y povoie grever ; et les dits Sarrazins veans se, fvrent affûter partie de leurs dites bonbardes sur le mole Sainct Nycolas, pour destruire les naves et gualees estant au port du dit Roddes. Et là les faisoient garder par aucun nombre de gens, espérant que, se grant charge leur \enoit de la dite ville, que par ung passage, qui estoit près de la tour, l'ost les povoit secourir. Or fu, par nécessité, conclute la saillie pour gaigner les dites bonbardes; car, aultrement, tous les dits navires estoient destruis; et, pour ce que le dit passage estre bien gardés, on povoit seurement gaigner les dictes bonbardes, on bailla au dit Joffroy et à ces gens la charge de garder le dit passage ; lequel ne Tandura refuser. Et pour secourir, quant la grant charge viendroit, on ordonna le chastellain d'Anposte, atout six vins hommes, lesquieulx se tiendroient à my voie de la dite ville et du dit Joffroy,
pour estre s. La dite saillie fust sur le vespre; et
chacun ala où il estoit ordonnés, et toute la puis-