‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 3)Chapitre 107 sur 129 · Auxerre · texte numérisé non relu

Auxerre

226 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1423]

son emprinse ; mais ses gens," comme ceulz quy tout leur tempz avoient tenu le party de Bourgoigne , en furent moult doullentz et courouchiés, et vouUentiers s'en feussent départis, se ilz eussent ozé ; mais tant cremoient la fureur dudit bastard, que oncques ne l'ozerent laissier ou habandonner, et, mesmement, pour ce que les tenans le party du roy Charles estoient de beaucoup plus grant nombre que eulz : si leur convint souffrir et estre, par samblant, contentz d'eulz incliner à la voullenté de leur capittaine , sans en ce monstrer quelque manière de refus. Si s'armèrent et ordonnèrent pour aller avec leur dit maistre, quant il volroit partir avec les François.

964. Comment le bastard de la Baume, atout environ viii" combatans, prinst la ville jie Crèvent; et comment elle fut reprinse sur luy par le seigneur de Chastelus. XIII.

Quant le bastard de la Baume eut auz dis François exposé sa voullenté, et tout au long déclaré comment il avoit intencion de faire , ilz en furent moult joyeulz, car il les soulloit plus grever seul que tous ceulz de ladite marche. Geste conclusion prinse, en la manière que cy dessus avez oy, luy, atout ses gens et aulcuns desdis cappitaines tenans le party du roy Charles , se deslogerent de Mailly le Chastel. Si povoient estre environ vni cens combatans, tous gens de frontière; lesquelz tousensamble se misrent à chemin, tyrant vers Crevant. Et quant ilz parvindrent jusques à une lieue prez , le bastard , ainsi comme paravant avoit délibéré de faire, envoia trois ou quatre gentilz hommes de sa compaignie devant, jusques à Crevant, pour à

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ceulz de la -ville nunchier sa \enue , et la cause qui le mouvoit de là venir à ceste heure , tout par la manière qu'il estoit aincliois conclu , ainqui que vous avez ov ou cliapittre précèdent. Comme il fut dit, il fut fait; car yceulz gentilz hommes, là venus, firent leur message à ceulz de la ville , ainsi qu'ilz estoient chargiés ; lesquelz très voullentiers les escouterent, puis respondirent que le hastard feust le bien venu et tous ceulz de sa compaignie. Hz n'eurent gueres parlementé quant le bastard et sa routte arrivèrent devant la porte, laquele incontinent fut ouverte. Si entrèrent dedens la ville sans nul contredit : si s'aprocherent tost aprez les capittaines francois, pour aussi entrer dedens. Mais quant ceulz de la ville percheurent lesdis Francois, en si grant nombre, aprochier leurs barrières, ilz commencèrent de cryer alarme : et, droit en cel instant, ledit bastard de la Baume et ses gens, sachans l'apointement devant dit , adfin de furnir leur emprinse, se vindrent saisir de la porte et du pont, en cryant : « Vive le Roy, ville guaigniee! »

Les bourgois et manans de la ville, parchevant qu'ilz estoient trahis et decheus, au plus covement qu'ilz peurent se retyrerent en leurs hostelz, mouli doullentz et courouchiés de leur malle fortune , dont gueres ne challoit audit bastard, ne à ceulz de son armée; ains, quant ilz furent entrez dedens la ville, couroient chà et là, fourragant les meilleures maisons et prenant des plus notables prisonniers ; lesquelz ilz menèrent en une tour quarree, par laquele on povoit bien saillir auz champz; car c'estoil conune le donjon et maistresse tour de la ville. Et la première chose qu'ilz firent, eulz entrez dedens la ville, fut de pren-

dre saisine de ladite tour, comme ceulz quy bien scavoient que, sans ycelle tour avoir, ne povoit on totalement maistrier la ville. En une fosse moult parfonde, quy estoit dedens celle tour, misrent ilz tous leurs prisonniers ; laquele tour fut baillié en garde à trois gentilz compaignons de guerre, et tous les autres se logèrent parmy la ville au mieulz qu'ilz peurent, en faisant moult de destorcions auz bourgois et manans, et à leurs femmes de grans oultrages, et à leurs filles, qui estoit chose pitoiable et dure à souffrir ; mais autre chose n'en po voient faire.

Layans estoient avec ledit bastard de la Baume trois gentilz hommes, dont les deux estoient du pays de Rochelois, et le tierc da pays de Gatinois ; lesquelz, tout leur tampz, avoient servy le seigneur de Chaslelus, qui les avoit bailliés audit bastard de la Baume. Ceulz cy, voians ledit bastard estre tourné de la partie francoise , furent moult doullentz et tristes de ce que ainsi se trouvoient decheus; si conclurent ensamble, secrètement, de ceste advenue hastivement faire scavoir audit seigneur de Chastelus , leur maistre , avec le désir qu'ilz avoient du recouvrement et reprinse de ladite ville de Cre%ent. Si esleurentl'un d'eulz, nommé Collechon de Thir, auquel ilz chargèrent expressément que, tost et sans delay, se transportast devers le seigneur de Chastelus luy dire et exposer la manière de la prinse de Crèvent; et que, s'il avoit voullenté de le recouvrer, qu'il assamblast puissance de gens d'armes; et que, à ung jour qu'ilz mandoient audit seigneur de Chastelus, il feust au chastel du Vaulz, lequel pour lors tenoit ledit seigneur de Chastelus, séant à deux lieues prez de Crèvent ; et que, tantost

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qu'ilz seroient venus, ilz feissent aiilcun signe par feu ; et que, quant ilz auroient ce fait, eussent leur regard sur la ville de Crèvent; puis, prestement qu'ilz parcheveroient ung signe qu'ilz baillèrent , s'aprochassent vers la grosse tour de ladite ville de Crèvent, qui leur seroit ouverte. Icelluy CoUechon de Thir, aiant oy la conclusion et voullenté de ses compaignons, trouva ses manières secrètes de soy partir hors de Crèvent ; et tant il se exploita que, sans quelque fortune avoir, vint à Chastelus, où il trouva le seigneur dudit lieu. Duquel lieu estoient, en celle propre nuit, arrivez deux gentilz capittaines bourguignons, qui jà estoient advertis de la prinse de ladite ville de Crèvent par le moyen du bastard de la Baume, qui s'estoit tourné francois, dont l'un desdis capittaines estoit le Veau de Bar , et l'autre , le seigneur de Varembon ' ; lesquelz tous trois ensamble se devisoient de ceste matière droit à l'heure que ledit Collechon de Thir entra layans, et sallua lesdis seigneurs, qui luy firent très bonne chiere. Lors messire Glaude de Chastelus, à quy l'escuyer estoit, lui demanda de ses nouvelles, et il raconta illec, tout au long, la prinse de la ville de Crèvent ; et sy exposa son message tout ainsi que par ses compaignons luy avoit esté chargié, en déclarant la manière comment ladite ville pourroit eslre recouvrée, selon que cy dessus avez oy.

1. Il était capitaine de Pontoise, en 1436, lorsque les Anglais surprirent cette ville, a. Les seigneurs de l'Isle-Adani, de Varembon et de Rostellain s'v portèrent lasclienient, dit Berry (394) : car sitost que les guets et les gens de la ville crièrent à l'arme, ledit seigneur de JVarembon, qui estoit capitaine, et ledit de Rostellain et leurs gens d'armes, en sortirent et s'enfuirent, en abandonnant ladite ville, sans y faire aucune résidence ny résistance. » Voy. ci-dessus, p. 206, note 6.

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965. Comment le seigneur de Chastelus, le Veau de Bar et le seigneur de Varenbon assamblerent puissance de gens d'armes, et recouvrèrent la ville de Grevant sur le bastard de la Baume. XIV.

Quant le seigneur de Chastelus et les deux autres dessus nommez entendirent ledit CoUechon de Thir, et qu'ilz l'eurent bien examiné, ilz furent moult joieulz de ce qu'il leur disoit. Si escrip\irent lettres partout où ilz pensoient recouvrer ayde hastivement , et tant firent qu'ilz eurent, en assez peu de tempz, de v à vi"* combatans de bonne estoffe, expers et babilles en fait de guerre. Si assignèrent leur assamblee auprez d' Antilion '; puis, quant ilz furent prestz, à estandars desploiez se misrent à chemin, tyrant vers le Vaulz, oii ilz arrivèrent ainsi comme à heure de mienuit, le plus secrètement qu'ilz peurent, où ilz repeiirent eulz et leurs chevaux, et reposèrent jusques prez du jour, aiant adnonchié leur venue à leurs adherens de Crèvent ; et firent aussi aulcun monter en hault sur le sommet d'une escharguette % dont on povoit clerement choisir^ la grosse tour de Crèvent-, et, pareillement, ceulz quy en ladite tour estoient les povoient bien parchevoir en ladite escharguette. Quant il fut environ vu heures du matin, ledit seigneur de Chastelus, voyant le tempz bel et cler, car c'estoit ou mois de juillet, fist faire le signe de sa venue auz compai-

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