‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 3)Chapitre 106 sur 129 · Estoimir^ alarmer, émouvoir, troubler. (Roquefort · texte numérisé non relu

Estoimir^ alarmer, émouvoir, troubler. (Roquefort

3. On parlementa, vers la fin d'octobre 1423 , et l'on promit de .se reudre le 3 mars suivant. (Monstrelet, V, chap. xii.)

222 CRONICQUES D'ENGLETERHE. [1423]

En cest an et tempore que ie siège estoit devant la ville et chastel du Crotoy, advint que le bastard de la Baume ^, Savoien, qui tout son tempz avoit tenu la

1 . Guillaume, bâtard de la Baume, seigneur de la Charme , marié à Gillette de Dortans, laquelle était veuve de lui en 1430. (Anselme, YII, 44.) Il aurait été tué, selon Saint-Remy (VIII, 233), à la bataille de Gravent, donnée en juillet 1423 : «Le bastard de la Baulme et autres pluiseurs dauphinois furent occhis en ceste bataille. » L'édition de ce chroniqueur publiée par M. Buchon, porte : « le bastard de la Baultie s ; mais cVàt une faute que nous avons rectiliée d'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale n" 9869' qui lui a servi de leçon. Holinshed (II, 587) fait, cependant, apparaître ce seigneur sur le théâtre delà guerre , six mois environ après la susdite bataille. Il raconte que le bâtard de la Baulme, avec d'autres capitaines français, faisant une excursion dans le Maçonnais, rencontrèrent Mathieu Gough, Anglais, et sa troupe, qui de leur côté couraient aussi le pays. Un engagement s'ensuivit, où les Français eurent le dessous : tous furent tués ou faits prisonniers. Le bâtard de la Baulme, bien monté, chercha vainement à fuir ; poursuivi par Mathieu Gough, il tomba en la puissance de son ennemi. Cette action fut beaucouj) louée par le comte de Salisbury, auquel Mathieu présenta son prisonnier: ce seigneur non-seulement lui paya la rançon du bâtard, mais il lui fit présent d'un superbe cheval.

Le document qui va suivre prouve que le fait rapporté ci-dessus est conforme à la vérité : c'est une lettre du capitaine de Saint-Brie adressée aux autorités de la ville de Noyers.

« Mes très chers seigneurs, je me recommande à vous, et vous plaise savoir que les ennemis de mon très redoubté seigneur, monsieur le duc de Bourgogne , sont sur les champs au nombre de vi ou vm" hommes d'armes pour venir contre le pays de mon dit seigneur et de ses alliez es parties de par delà, et bouler tout à feu et à flame, comme il a esté

sceii par la voix d'un grant seigneur , et aussi ont esté sceues les dites

nouvelles par la bouche du iruiste bastard de la Baulme, lequel est bien pugni, loué en soit noslre Seigneur Jesuschrist que je certiffie qiiil est en la tour de Saizy en diiix paires de fer, en la main des Angloiz. Si veuillez avoir vostre bon advis sur ce, et estre sur vostre garde.... Escript à grant hasle, à Saint Brie, le xv'' jour de février (1423, v. s.J. Vostre capitaine de Saint Brie. » (Salazar, IV, Preuves, xxxvni.) Il paraît que le susdit bâtard parvint à sortir de prison; car on le revoit en 1426 dans le parti de Charles VII. « Les troupes du roy Charles ne faisoient que reculer la paix, en donnant sans cesse de nouveaux mécontentements au duc de Bourgogne. Thibaut de Termes , Denis de Chally et le bâtard de

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partye de Bourgoigiie et estoit bien amé de tous les favourans à ycelluy party ; car messire Glande de Cliastelus ^ et le Veau de Bar ^, quy estoient deux chevalliers bien renommez, soustenoient et entretenoient ycellui bastard, pour sa vaillance; mesmement luy bailloient souvent la conduite de leurs gens , par la grant comfidence qu'ilz avoient en luy. En tel manière que, s'il eust bien [voulu], il les eust peu prendre prisonniers et emmener avec luy où mieulx leur eust pieu, et, avec ce, atribuer à luy les places de leurs résidences, comme celluy qui estoit cru partout; et très souvent se tenoit avec eulz en tel manière que s'il eust esté leur filz , tant le creoient et amoient. Le plus du tempz, se tenoit en Ausserrois, sur les frontières des annemis du roy de France et d'Engleterre et du duc de Bourgoigne; mais, en ce tempz, furent unes trêves prinses et accordées entre les parties, par le consentement du duc de Betlifort , régent ^ et

la Tsaume ayant amassé 4 à 500 hommes , s'emparèrent de Mailly-Ie- Chàtel daus l'Auxerrois, dont Jean de Digoine et le sire de Cliastelus avoient la garde, s) L'imprudente démarclie du bâtard fut blâmée par son parti, et Charles VII fît offrir la restituiwon de la place et un nouveau traité de trêve au duc de Bovirgogne. (Id., pages 116, 117.) En 1403, 1414 et 1418 il figurait dans des montres en qualité d'écuyer, (Bibl. imp., mss.; Fonds de la Villevieille, Montres de 1358 à 1439.)

1. Claude de Beauvoir, seigneur de Cliastelus, chambellan du duc de Bourgogne, créé maréchal de France le 2 juin 1418, fut démis de cette charge le 22 janvier 1421. Mort le 12 mars 1453. (Anselme, VU, 1.)

2. Guy de Bar, nommé aussi le Feau par Monstrelet (IV, cliap. xn) et le Beau par l'auteur du journal d'un bourgeois de Paris (XV, 252) , chevalier, seigneur de Praelle. Il obtint l'office de bailli d'Auxois le 22 avril (après Pâques) 1411 , et fut remplacé dans ces fonctions, par Jean de Cussigny, le 8 juillet 1418. (La Barre, II, 163.) Nommé garde de la prévôté de Paris le 29 juin 1418 (Bibl. imp., mss.. Fonds Gaigniires n'ill, fol. 81). Vivait encore en 1431 (La Barre, II, 214.)

224 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1423]

du duc Plielippe de Bourgoigiie, à la requeste du roy Charles. Durant lesqueles ledit bastard de la Baume, qui ne desiroit que les armes, luy estant assez près de Vezelay et du Vaulz, de Mailly le Chastel, oucjuel quartier avoit aussi des places francoises esqueles avoit divers cappitaines gascons et autres. Parquoy, en ces trêves, sur certaines asseurances qu'ilz faisoient les ungz avec les autres , lesdis cappitaines se trouvoient souvent ensamble avec ce bastard de la Baume ; si firent tant par devers luy que, tout secrètement, le menèrent à Bourges devers le roy Charles, quy le recheut moult lyement et luy fist aulcuns dons, avec grans promesses , moiennant qu'il voulsist tenir son party, en lui faisant serment de le loyaulment servir envers et contre tous, renonchant totalement au service du duc de Bourgoigne ; promettant de le guerroyer doresenavant et tous ceulz tenans son party ; et de ce faire fist le serment , dont le roy Charles et ceulz de sa partie furent moult joyeulz.

Aprez ce serment fait, ycelluy bastard de la Baume se party du roy Charles, et s'en retourna sur les frontières d'Ausserois, où il avoit laissié ses gens ; ouquel lieu luy venu secrètement, manda les cappitaines de celle frontière tenans le party du roy Charles, lesquelz l'avoient autreffois provoqiiié et vouUu alraire au service d'ycellui roy. Et quant ilz furent tous venus à son mand, il leur déclara sa voullenté, disant comment il avoit desja fait serment au Roy et qu'il se voulloit monstrer désirant de le servir. Adont dist le bastard auz capittaines : « Seigneurs, adfin que vous sachiés la cause pourquoy je vous ay mandez, je vous descouvrirai ycy mon corage que j'ay de tenir le party du

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roy Charles , pour lequel expérimenter, vous esclarchirai une entreprinse que j'ay sur la main , laquele m'est venue ceste nuit audevant d'entreprendre sur le party du duc de Bourgoigne. Si est la chose nécessaire d'estre tenue secrète; car se gueres atendoie de l'exécuter, jamais n'y pourroie parvenir. Si est tempz et heure propice de y besongnier, avant qu'il viengne à congnoissance de moy estre tourné de la partie du roy de France et deiaissié celle du duc de Bourgoigne : c'est adfin que je face chose vaillable et de grant entreprinse à l'honneur et prouffit du roy et de sa querelle. J'ay advisé que la ville de Crèvent ', qui nous est assez prochaine, puissons prendre et mectre en l'obéissance du roy, nostre sire; et adfin que la chose ne soit sceue, il nous convient hastivement, atout ce que finer porrons de gens d'armes et de trait, transporter devant la ville de Crevant, l'entrée de laquele ne nous sera pas refusée ; car moy et mes gens, quy sommes congneuz, nous metterons devant, et tout premièrement envoieray trois de mes gentilz hommes devant la porte signifier ma venue à ceulz de layans, disant que celle nuit ay intencion et voullenté d'entrer en la ville, pour ce que je suis adverty que aulcuns cappitaines francois se sont mis sus pour faire une course devant la bonne ville d'Ansoirre *, et ce , pour obvier au dangier quy par ce pourroit advenir, se garde n'y estoit prins. »

Les capittaines tenans le party du roy Charles, oyans ledit bastard ainsi parler, luy loerent grandement ceste

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