A deux lieues de Èvreux )> (Ms. n° 834G, fol. ccxxxi
3. a En laquelle destrousse furent mors, de la partie des susdits Frauchoix, Jelian de Bressay, Meidon de La Fontaine, avecq aulcuns aullres. Nientmains , par la vaillance et diligence de Floquet , qui estoit l'un de leurs chiefz, furent les dessusdits.Englés tous rués jus et destroussés, desconfis et mors en la plache environ de xi à xii"* : et si rn y heubt pluiseurs qui furent détenus prisonniers. Item, en clie mcysmc temps, l'empereur d'Alemaigne, acompaignié de pluiseurs grans et nobles segneurs, et moult grand nombre de gens, s'en vint en la cité de Besencbon, ouqiiel lieu ala devers luy, en moult noble et bel a])pareil, le duc Phelipc de Bourgongne » (Ms, n" 8346, fol. ccxxxi, recto et verso).
326 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1442]
rurent Jehan de Bressay * et Meridon de la Fontaine, avecq autres environ de vi à vu". Si estoit capittaine des François, en ceste besongne, ung nommé Floquet'.
1099. Comment les Anglois allèrent assegier la ville de Diepe en Northmandie ^ . XVIII.
En ce tempz aussi, mil quatre cens xlii, les Anglois s'assamblerent jusques au nombre de vin" combatans, lesquelz s'en vindrent devant la ville de Dyepe; et là , sur une montaigne assez advantaigeuse\ firent fermer et asseir une très forte Bastille , laquele ilz avironnerent de porfondz fossez : si la pourveyrent largement de vivres, artillerie et toutes manières de babillemens nécessaires à leur emprinse. Et quant la dite Bastille fut achevée et du tout bien pourveue, ilz ordonnèrent pour la garde et deffense d'ycelle de quatre à v" combatans de bonne estoffe, dont estoit capittaine ung appelé messire Guillame Poito % cheva-
i . « Uii escuyer et capitaine desdits François, nommé Jean de Bresay, du pays d'Anjou, y mourut , qui estoit un vaillant escuyer, dont ce fut très grand dommage » (Berry, -419).
2. Robert de Flocques , dit Flocquet , seigneur de Flocques et d'Auvrechier. Mort le 7 décembre 14G1 ^Mémoires delà Société des Anti- (juaires de Normandie^ t. V, 403). « Environ ce temps aussi (1461), un capitaine des gens d'armes, moult renommé en fait de guerre, très vaillant et liardy chevalier, nommé Flocquet, capitaine d'Evreux, mourut à l'âge de cinquante ans ou environ; lequel fust moult plaint, car,
, par son subtil engin, il gagna sur les Anglois le Pont de Larche, qui fut cause et commencliement que le roy Charles entra en Normandie , et reconquesta tout ledit pays de Normandie » (Duclercq, XIV, 184).
3. Ce chapitre est encore pris à Monstrelet. Voir le nis. n" 8346, fol. ccxxxi, verso.
4. « Une montagne nommée du PoUet, vers le Havre. » (J. Chartier, 12-2.)
5. William Porter était capitaine de Mante en 1419. (Holinshed , II , 568.) Guillaume Porto , Pato ou Poictou , capitaine de Saint-Lo en
[1442] CINQUIÈME PARTIE, LIVRE VI, xvii-xviii. 327 lier, et depuis vint avecques luy le seigneur de Thalboth\ Si commencèrent à mener moult forte guerre à ceulx estans dedens la ville de Dyepe, et assigerent ou affusterent plusieurs gros engiens quy, comme continuelement, gectoient dedens ycelle ville ou parmy la muraille, parquoy elle estoit moult oppressée et traveillié , et gardoient diligamment que nulz vivres n'y entrassent ; et si estoient très souvent les Anglois de la Bastille ravitailliés de vivres et rafrecliis de gens. Si avoient ceulz de la ville moult à souffrir. IVeantmoins, Chariot Desmares \ lors principal capittaine de la ville de Dyepe, avec lui aulcuns vaillans hommes, faisoient nuit et jour grant diligence adfin de résister auz annemis, et aussi estoient souvent ravitailliés, tant par mer comme par terre. Sy y eut maintes escarmuclies entre les deux partyes, où , aulcunes foys, en demouroit de mors et navrez. Et dura ceste besongne assez longuement, à scavoir jusques à l'an ensievant, que le daulphin de France, Loys de V^allois, aisné filz du roy, y alla atout moult grant puissance, et concquist ycelle Bastille par force, comme cy aprez sera plusplainement déclaré.
En cetempz s'assamblerentles François de garnisons,
1449, rendit cette place aux Français le 17 septembre de cette année. (J. Chartier, 112, 12-2, 163.)
1. Le baslard de Thalebot. (Ms. n° 8346, fol. ccxxxi, verso.) Il servait dans l'armée d'Edouétrd IV lorsque ce prince vint en France au mois de juin 1475 l^Mém. de J. de Uajnin, 282).
2. Charles Desmares était encore capitaine de Dieppe en 1458, ainsi que le prouve le rôle d'une montre passée à Arques le 2 octobre de cette année (Bibl. inip., Mss., Fonds Gnignièrcs, n" 782*, fol. 110). En 1464, il était capitaine du chastel de Perpignan et maître d'hôtel de Louis XI {Tables des ordonnances et estais des maisons dcsroys, rcynes de France^ etc. Bibl. imp., Ms3., n° 2340, fol. 743-744).
328 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1442-43]
sur les marches de Northmandie, comme de Beauvaix, d'Evreux , de Couches et autres, allèrent courre vers Graville et aulcunes forteresses de là environ , tenans le party des Âuglois. Si rencontrèrent l'un l'autre, et y eut très dure besongne , où morurent , du costé des Anglois, bien nf^; et, des François, y morurent Jehan de Bressay et Meridon de la Fontaine , qui estoient deux vaillans hommes , avec aulcuns autres compaignons en assez grant nombre ; et enfin se départirent, qu'on n'en sceut à quy donner la victore^
1100. Comment le roy de France faisoit grant apareil pour aller en Northmandie, et secourir ceulz de Dyepe. XIX.
Cf. Monst., t. VII, ch. ccLxvin.
1101. Comment le Daulpliin de France alla secourir ceulz de Dyepe , et comment ses gens couroient les pays du ducde Bourgoigne^. XX.
En ce meismes tempz, le roy Charles de France ordonna Loys, son filz aisné, daulphindeVyennois, atout bonne puissance de gens de guerre, pour aller secourir ceulz de la ville de Dyepe ^ quy jà, assez longue espace,
1 . Ce dernier paragraphe se trouve aussi dans le manuscrit n" 8346 ; mais il y est biffé. C'est, sans doute , par ce qu'il n'est qu'une répétition fort abrégée de ce que Monstrelet avait raconté plus en détail dans son précédent cbapitre.
2. Ce chapitre, qui manque à toutes les éditions de Monstrelet, appartient à ce chroniqueur (V. le ms. n° 8346, fol. ccxxxv, verso), et doit prendre place après le cclxxii" de l'édition de M. Buchon. Il est dit dans ce 272° cbapitre que le dauphin faisait un mandement pour aller au secours de la ville de Dieppe a duquel cy après est faite plus ample mention. » C'est dans le présent chapitre, omis par ses copistes et qui bii est emprunté parWavrIn, que Monstrelet faisaitla mention annoncée.
3. a La deuxiesme sepmaine d'aoust (mil quatre cens quarante trois), ledit dalphin fut devant Dieppe » (Journal d'un Bourgeois de Paris).
[1443] CINQUIÈME PARTIE, LIVRE VI, xvni-xx. 329
avoient esté paravant traveilliés et oppressez des Anglois de la Bastille, où, comme vous avez oy cy dessus, s'estoient devant eulz amaisnagiés pour les grever, ainsi qu'ilz faisoient de tout leur povoir : pt)urqiioy lesdis de Dyepe avaient jà mainteffois mandé audit roy de France leur estât , priant d'estre secourus , comme ilz furent. Et si les fist souvent le roy, ce tempz durant, plusieurs fois rafrescliir de vivres , d'artillerie et de gens. Or doncques le daulpbin, pour adcomplir l'ordonnance et commandement du roy son père , il se tyra atout grant nombre de gens d'armes vers Paris : si l'acompaignoient le conte de Danois, le seigneur de Gaucourt \ le seigneur de Scisacq ', le seigneur de Pressigny^ et moult d'autres capiltaines en grant nombre. Et lors, luy aprocbant Paris, manda il venir à Compiegne devers luy plusieurs de ce pays, et de la marcbe d'environ : entre lesquelz y fut mandé Loys de Luxembourg, comte de Saint Pol *, qui y vint grandement
\. Raoul, seigneur de Gaucourt , grand-maître de France en 1436. Mort dès le 21 juin 1462 (Anselme, VIII, 366).
2. Amaury, seigneur d'Estissac, nommé sénéchal de Salntonge le 24. septembre 1442 (Bibl. imp.,' Mss., fonds Galgnures , n» 771, folio 104), était, dès le 3 mai 14ol , conseiller et chambellan du dauphin (Bibl. imp., Mss., fonds Gaignîèref, n" 773, fol. iJ2o).
3. Bertrand de Beauvau, seigneur de Precigny, chevalier, était chambellan du roi en 1441 (Bibl. imp., Mss.,/o/i^.- Galgnicres, n" 771, fol. lOb). Voici son épitaphe :
« Cy gist noble et puissant seigneur, messire Bertrand de Beauvau, chevaher, baron de Précigné en Tonraine, de SiUe le Guillaume et de Briancon, etc., conseiller et chambellan du roy nostre sire, et président de ses'comptes, grand conservateur de son domaine, aussi conseiller du roy de Sicille, duc d'Anjou, et capitaine de son château d'Angers, lequel a fait faire et édifier tout de neuf ks maisons, cloaistres, et reparer 1 eglise de céans, et trespassa à Angers le treiitiesme jour du mois de septembre, l'an de grâce 1474 » (Jean Ilirtt, p. 383-384).
4. Louis de Luxembourg, comte de Saint-Paul, depuis connétable de
adcompagnié de plusieurs grans seigneurs, chevalliers et escuiiers, tous gens bien uzagiés de guerre, tant de Beauvaisis , comme de Santers et de Vermendois. Sy y vint aussy le seigneur de Coramarsy \ avec lui son nepveu, le sire de Hangiers'.
Lors le dauphin et son armée venus audit lieu de Compiengne , il fist tyrer ses gens vers la ville et cité d'Amiens , et luy , par Moyencout , alla gésir à Channe , dont estoit capittaine ung gentil homme, nommé Gauwain Quieret^ Puis de Channe on se tyra vers x\bbeville, où monseigneur le daulphin, ses seigneurs et tous leurs gens s'assamblerent tout en une compaignie. Si povoient estre en nombre environ ini™ combattans , tous gens esleuz , bien en point et de bonne estoffe, qui tous furent conduitz par le dit daulphin en chief, et les seigneurs et capittaines de sa compaignie, dessus nommez, jusques devant la ville de Dyepe , oii ilz se logèrent en très bon convenant ; à scavoir, aulcuns es faubours de la ville, et autres es villages prochains.
France. Marié : 1° à Jeanne de Bar; 2° à Marie de Savoie. Décapité le 19 décembre 1473 (Anselme, III, 726).
1. Robert de Sarrebruche , seigneur de Commercy, vivait encore le 30 mars 1460 (Anselme, VIII, 535).
2. Jean de Hangest, in* du nom, seigneur de Genlis, mort en février 4483. Sa mère était Marie de Sarrebruche, sœur de Robert (Anselme, VI, 746).
3. Gauwin Quieret, seigneur de Drueul, chevalier, était de Picardie; il assistait en 1443 au siège de Luxembourg (Olivier de La Marche, 402). Mort à Abbeville a environ la fin de mars (1461, v. s.), lequel chevallier, en son temps, on avoit tenu pour ung des hardis et vaillans chevalliers de son corps qui fust es pays du duc de Bourgogne ne en Franche, et par plusieurs fois l'avoit monstre; et combien qu'il ne fust point des plus riches du pays, sy avoit-il asses par raison ; et estoit aimé de tous gens de bien, car il n'estoit point convoiteux ; et fust moult plaint » (Duclercq, XIV, 196).
[1443J CINQUIÈME PARTIE, LIVRE VI, xx. 331
Lendemain que monseigneur Loys de Vailois, daulpbin de France, fut venu illec prez de Dyepe, il fist sommer aux Anglois de la Bastille qu'ilz se \ cuisissent d'illec partir, et eulz en aller saulvement de corpz, et emportant partye de leurs baglmes ; à quoy les Anglois ne volrent entendre ne eulz nullement condescendre : ains firent responce et dirent qu'ilz se deffenderoient jusques à la mort. Laquelle chose venue à la cognoissance du dit daulpliin, il assembla prestement son conseil pour avoir advis et délibération quel chose estoit sur ce bon à faire : auquel concistore fut en la fm conclud (toutes choses quy, en ce cas, faisoient à examiner souffissamment debatues) que on les assauldroit dedens briefz jours, et mesmement le plutost que on porroit avoir préparé ses besongnes à ce , et fait les habillemens de guerre convenables audit assault. Comme doncques il en avoit esté délibéré et conclud en fut fait; car, la nuit Nostre Dame my aoust, environ dix heures du matin , aprez que le daulphin eut fait dreschier plusieurs queues de vin sur le bout, et ycelles habandonner à ses gens pour eulz refectionner , il fist bondir les trompettes pour aller sommierement à l'assault, quy se commença dur, pesant et merveilleux, horrible et criminel ; lequel dura environ trois heures. Si y eut maintes belles appartises d'armes faites des deux partyes, quy estoient belles à veoir à ceulz à quy il ne touciioit, fors de les recorder. Moult francement et vaillamment s'y portèrent les assailians, et pareillement se deffendirent ceulz de dedens moult vigoreusement; car, sans doubte, ycelle Bastille estoit moult forte et bienpourveue degrosengiens, et de toute manière d'artillerie et autres habillemens de guerre à def-
332 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1443]
fense apartenans ; dont ilz se aydoient vaillamment : et , avec ce, y avoit en dehors de bien parfondz fossez , où il convenoit les assaillans descendre par eschelles et remonter par force contremont le bollewert.
Touteffois , non obstant la bonne deffense et la grant resistence, ne quelconcque dilligence que feissent yceulz Anglois, les François montèrent amont et les concquisrentde force, jà faussent ilz de quatre à chincq cens combatans , desquelz furent mors trois cens ou audessus ; et le demourant , tant navrez comme haitiés, furent prins et détenus prisonniers. Et de lapartve du daulphin en y morurenl , tant présentement audit assault, comme depuis des navereures, environ quarante : duquel nombre furent Anthoine de Mouy, Jehan de Herselaines^, le bastard de Noyelle^, et autres gentilz hommes. Et les deux capittaines de la Bastille, c'est à scavoir messire Guillamme de Poito et le bastard de Thalboth , furent tous deux prisonniers : mais ledit de Poito se rendy au daulphin , jasoit ce que le conte de Saint Pol, qui moult vaillamment et prudentement s'estoit porté et contenu en ceste besongne , le dcist avoir premiers prins ; de quoy il ne fist aulcune demande ou question, pour l'amour du daulphin, auquel il vouUoit complaire. Sy emporta l'honneur du dit assault , comme on disait communément , le sei-
1. Jean de Harcelance faisait la guerre en 1-418; il fut un de ceux qui tuèrent Jacques de Harcourt en 1423 (Monstrelet, IV, 1 49 ; V, 52).
2. Le bâtard de Noyelles figure comme archer dans une montre passée au Pont-Sainle-Maxence , le 29 août 1410, sous la conduite de messire du Bos, chevalier banneret (Bibl. imp., Mss., Montres de 1358 à liiQ, fonds VilUvieille, t. IV. Cabinet des titres).