‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 3)Chapitre 125 sur 129 · Jncesscur^ prédécesseur, plutôt · texte numérisé non relu

Jncesscur^ prédécesseur, plutôt

[1441] CINQUIÈME PARTIR, LIVRE VI, xii-xiii. 317

régnant', à la garde et entretenement d'ycellui pays contre les François, leurs annemis; lequel, durant le tempz qu'il en eut la garde et administracion, s'y gouverna moult baultement et fist moult de choses honnourables et grandes entreprinses sur les François, en plusieurs lieux et diverses manières, conmie cv dessus a esté aulcunenient toucliié et déclaré, à sa srant recommandation, et principalement à l'honneur et recommandation de la couronne d'Engleterre, et à l'exaltacion du roy son maistre , lequel il servoit en toute révérence et loyaulté, comme tout noble ceur doit faire son souverain seigneur. Nonobstant toutes lesqueles choses, Envye, qui jamais ne meurt, annemic de toute vertu et noblesse, se bouta entre les princes et barons du royaulme d'Engleterre contre ycelluy duc d'Yorc, pour ce, par adventure, qu'il prosperoit trop lionnourablement au voulloir d'aulcunsquy n'amoient pas loiaument le bien et utillité du roy et royaulme , et, en especial, à l'esmouvement du duc deSombreset^, quy avoit en malle grâce ledit duc d'Yorc; lequel trouva son moyen devers la royne d'Engleterre , nommée Marguerite de Sezille^ , niepce du roy de France, laquele procura tant devers le roy Henry, son espoux , par l'adveu et commun acord dudit duc de Sombreset, et de aulcuns autres grans seigneurs et

1 . Edouard IV, fils de Richard, duc d'York , 1 1 de Cécile Nevill, fille du comte de Westmoreland, (Dugdale, II, 161 .) Marié à Elisabctli Widwille. Mort le 9 avril 1483. [Art de vérifier les dates , I , 81 G.)

2. Edmond Beaufort, duc de Somerset, tué à la bataille de Saiut- Alban, 1455. (Dugdale, II, 124.)

3. Marguerite d'Anjou, fille de René, roi de Naplcs et de Sicile, et d'Isabelle de Lorraine. Née le 23 mars 1429; mariée, en 1444, à Henri VI, roi d'Angleterre. Morte le 25 août 1 482. (Anselme, I, 232.)

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barons de sa beiide ou alyance , que ledit duc d'Yorc fut rapellé en Engleterre', et luy fut totalement substraite la gouvernance et puissance sommiere qu'il avoit eu, bonne espace ^, en la ducié de Northmandie, et généralement par toute la concqueste des Anglois parmy le royaulme de France. Et en son lieu y fut commis le duc de Sombreset, par le pourchas et enhort de ladite royne, et d'aulcuns des barons quy pour lors gouvernoient entour du roy.

Et est à entendre que ceste mutation et autres advindrent oudit royaulme principalement par la simplesse du roy, quy n'estoit mye ydonne, expert, ou assez sensible pour régir ou gouverner ung tel royaulme comme cellui d'Engleterre, ancores amplié et augmenté de ladite concqueste de rSorthmandie , et autres portions parmy le royaulme de France. Pour ce dist bien vray le proverbe que la Terre est inaiildite dont le prince est enfant^ ou se gouverne comme enfant; car, en deffaulle de prince prudent, on a veu de grans inconveniens et plusieurs royaulmes et provinces ruyner, et tourner à destruction au grant regret du povre peuple. Et, certes, ainssi en est advenu bien prez oudit royaulme ; car, en tel cas , dissentions y sont eslevees quy prez ont à ycelluy amené fin de toute félicité.

Pour le tempz dont nous parlons, y avoit oudit royaulme d'Engleterre deux bendes, dont cbascune

1. Ce chapitre commence ainsi, dans le mss. n° 432, fonds Sorhonne: <( En l'an mil iiii'' xl, le duc d'Yorch , gênerai cappitaine et gouverneur de la ducliYé de Normandie, fu rappelle du roy Henry pour retourner en En£;leterre; et y fu commis, on son lieu, le conte de Sombresset. »

2. Il fut rappelé après avoir p;ouverné prudemment le pays pondant cinq ans. (Carte, II, 729.)

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coiitendoit à gouverner, et avoir l'adniinistracioii du roy et de la chose publicque : dont, en l'une partye, estoient le duc de Clocestre , oncle du roy Henry, le duc d'Yorc , et plusieurs autres princes et notables parties de barons ; et, de l'autre bende, estoient d'iuie alyance les ducz de Sombreset et de Suffoch , le seigneur de Say', l'evesque de Salsebery', et plusieurs autres quy ne sont pas ycy nommez. Si est à noter que, pour lors, le duc de Clocestre avoit le souverain gouvernement du roy, son nepveu, et du royaulme ; et, jusques au tempz d'adont, avoit bien et grandement gouverné ou régenté, tant à l'onneur du roy, comme au prouffit de la chose publicque. Adont aussi le duc de Suffoch, quy tenoit la bende contraire, estoit principal gouverneur du roy et bien amé de la royne, par le moyen de laquele , et du duc de Sombreset et leurs autres adherens, fut manière trouvée de parler au roy à part. Si luy remonstrerent comment le pays de Norlhmandie luy coustoit beaucop à entretenir , tant de sauldees auz gens de guerres qu'il entrelenoit illec , soubz la conduite du duc d'Yorc, alencontre des François, comme en divers autres despens c[ui, à ceste cause, venoient journelement audit pays d'Engleterre. Si luy conseillèrent qu'il seroit bon que ledit pays de Northmandie feust par aulcune fachon rendu ausdis François, pour éviter yceulz grans despens. A ce conseil ne furent pas appelez le duc de Clocestre , oncle du roy et principal gouverneur du royaulme, le duc d'Yorc, ne aultres

1 . William Say, tué à la bataille de Barnet le 1 i avril 1-471. (' Dugdale, III, 246.)

2. V\'^illiain Aiscoth, évéque de Salisbesry [20 juillet 1438]; massacré par ses diocésains le 29 juin l-ioO 'Godwin, 350-3ol .)

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^rans seigneurs de leurs bendes, pour ce que ceulz qui ce conseil bailloient scavoient bien que jamais ne se feussent à ce consentis : dont se ensievy que ledit duc d'iorc , gouverneur et régent de Northmandie , fut rapelé, comme j'ay jà dit cy dessus, et le duc de Clocestre eslongié du privé conseil du roy, son nepveu. Mais un pou de tempz aprez que le duc d'Yorc fut retourné de Northmandie en Engleterre, par la manière que oy avez, il luy advint ancores pis, par le pourclias dudit duc de Suffocb et ceulz de sa bende ; car il fut dutout expulsé de la court du roy et envoie en Irlande, comme en exil. Alors le duc de Sombreset et ses adherens , soy voians dutout audessus et eslevez en la gouvernance du roy , furent moult joyeulz et firent tant que, par l'ordonnance dudit roy, le dessus nommé duc de Sombreset fut commis au gouvernement de la duclîié de Northmandie ; laquelle il gouverna si negligammentque, tantost aprez, par deffaulte de conduite, tout le pays fut réduit en l'obéissance du roy Charles, comme cy aprez pourrez oyr.

1095. Comment le comte de Hontitoa avec le visconte Durset assegerent la ville de Tartas, apartenant au seloneur de Labrech*. XIV.

Endementiers que le roy Charles de France se occupoit devant Ponthoise, laquele enfin il prinst par force d'armes, en la manière que oy avez cy dessus,

1 . Ce cliapitre, copié d'après Monstrelet, manque à l'éclitlon Buchoii et ne se trouve que dans le manuscrit déjà cité {Ane. fonds fr., n° 8346), au fol. ccxxii rocto. Il éclaircit des faits que contient le cliapitre cclxv de l'iniprimc, lesquels font allusion à des événements précédents dont il n'avait été fait nulle mention. M. Dacier, dans sa notice sur Monstrelet (p. 24), a signalé ces omissions. Ce chapitre inédit doit prendre place après le cclxi' de l'imprimé.

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sur les Anglois, le comte de Honliton\ le visconte Durset^ et messire Thomas Ramestoii, senesclial de Bordeaulz, quy avoient la charge et gouvernement du pays de Guyenne, de par le roy Henry d'Engleterre, assamblerent au pays de Bordelois , et en la marche d'envh^on, de v à vi"" combatans, atout lesquelz ilz s'en allèrent mettre le siège devant la ville de Tartas, appartenant au seigneur de Labrech% devant laquele ilz furent bien ung mois , ycelle combatant et ©pressant par plusieurs assaulz et divers engiens : et telement s'y emploierent que lesdis assegiés se rendirent par tel condition que la ville demourroit en la main du seigneur de Conacq * et d'un filz de bourgois de Bayonne, appelé Augerot de Saint Per^, quy estoit Anglois. Et,

\. Jean Holland, comte de Huntington, depuis duc d'Excestre, mort le b août 1446 (Dugdale, II, 80-81).

:2. Wavrin veut dire comte. Edmond Beaufort, petit-Cls de Jean de Gant , duc de Lancastre , fut créé comte Dorset le 28 août 1442, duc de Somerset en mars 1449. Tué le 22 mai 14bo à la bataille de Saint-Albans. (Dugdale, II, 121 , 122.) La date de celte création d'Edmond au comté Dorsel paraît être fautive ; car il est ainsi qualifié dans les actes de Rymer (V, partie I , 146), dès le 25 mars 1438. Un autre document prouve, d'ailleurs, qu'il portait ce titre avant 1442. C'est un mandement de Henri VI, roi d'Angleterre, concernant un procès entre Edmond de Beaufort^ comte Dorset, et Jean deRosessard, en date du 6 juillet 1441 (Bibl. imp., Mss., Coll. Bréq., vol. bl).

3. Charles II , seigneur d'Albret ; mort en 1471 (Anselme, VI, 212).

4. Peut-être Loys de Belleville , écuyer, seigneur de Conac, ainsi qualifié dans le Deuxiesme Compte de Jean Briconnet , receveur gênerai des finances es pajs de Languedoil, pour Tannée finie en septembre 1468 (Bibl. imp., Mss., Fonds Guignières, n" 772 % p. 432). Louis, seigneur de Belleville , de Montagu en Poitou et de Cosnac. Marguerite de Culant, sa femme, était veuve de lui en 1475 (Anselme, VII, 82).

5. Grassian Augeret de Sent Per, ainsi nommé dans une requête présentée à Henri VI par les députés dps deux états de la sénéchaussée des Landes ( J. Delpit, Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre , I, 258).

322 CRONICQUÊS D'ENGLETERRE. [1441]

avec ce, fut baillié en hostage le maisné filz dudit seigneur de Labrech, nommé le cadet Charles^, jusques au may ensievant de Fan mil quatre cens xlii , qu'ils promisrent de la rendre à celluy qui en cellui tempz, au jour nommé, seroit le plus fort et puissant des deux rois de France et d'Engleterre , devant; el promisrent oultre yceulz assegiés, que, se les Auglois y estoient les plus fors, ladite ville de Tartas et toutes les autres villes, terres et seignouries que lesdis Anglois tenoient du seigneur de Labrech, seroient bailliés audit cadet Charles de Labrech, lequel en feroit lors serment de fidélité au roy d'Engleterre ou à ses commis. Aprez lequel traitié ainsi acordé, comme vous oez, entre les partyes, s'en allèrent les Anglois assegans ; lesquelz, brief ensievant, signifièrent au roy d'Engleterre et à son conseil ce qu'ilz avoient besongnié, et l'apointement que fait avoient à ceulz de la ville de Tartas , adfin qu'ilz feussentadvisez de, au jour assigné, y pourveoir à leur prouffit et honneur, selon qu'ilz verroient estre expédient à la conclusion prinse en la manière que j'ay recité. Et pareillement le fist scavoir ledit seigneur de Labrech au roy Charles de France, le requérant humblement d'estre secouru en ceste nécessité, où il estoit pour sa querelle soustenir et soy voulloir entretenir en son service : lequel roy promist libéralement de y aller en sa propre personne, atout la plus grant armée qu'il porroit assambler, en toute sa puissance et ou pays a soy obéissant ; laquele promesse il entretint bien et loyaulment, comme vous polrez oyr

i . Charles d'Albret , seigneur de Saint-Bazeille. Décapité le 7 avril 1473 (Anselme, VI, 212).

[1441-42] CINQUIÈME PARTIE, LIVRE VI, xiv-xvii. 323 cy aprez en son lieu, quant tempz sera, en la déduction de ce présent chincquiesme volume.

1096. Comment le roy de France fist une grant assamblcc pour aller entretenir la journée devant la ville de Tartas.

Cf. Monst,, t. VII, ch. ccLxv.

1097. Comment le roy Charles s'en alla devant Saint Severe, qui est chief ville de Gascongne. XVI.

Cf. Monst., t. VII, ch. cclxvi.

1098. Comment, pendant le tempz que le roy de France estoit oudit voyage de Tartas, les Anglois misrent le siège devant la ville de Couches*. XVII.

Le temps pendant que le roy de France estoit oudit voyage de Tartas, les Anglois de Norlbmandie s'assamblerent en très grant nombre , soubz la conduite du conte de Sombreset, du seigneur de Thalbotli , et aulcuns autres capittaines : si s'en allèrent assegier la ville de Couches, où ceulz de dedens monstrerent très grant resistence. Neantmoins, elle fut moult aprocliié et durement assaillie et batue d'engiens, et telement constrainte que, cbascun jour, les assegiés faisoient grant double d'estre prins d'assault. Pourquoy ilz envoierent secrètement devers le comte de Dunois, bastard d'Orlyens, et messire Pierre de Bressay, seigneur de la Varenne \ lesquels avoient la charge , de par le roy de

1 . Ce chapitre est encore une restitution à faire à Monstrelet, et doit suivre le chapitre cclxvi de l'édition Buchon, Voy. le Mss., déjà cité, n° 8346, fol. ccxxxi recto.

2. Pierre de Bré/é, seigneur de La Varenne , sénéchal de Normandie en 1437. Tué le 17 juillet 1465 à la bataille de Montlhéry (Anselme , VIII, 271). Il passait « pour estre gentil chevalier, honnorai.le et le plus

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France, atout certain nombre de gens d'armes, pour garder la frontière alencontre des Anglois sur les marches des pays de Charlrain et du Maine, leur signifiant le dangier en quoy ils estoient, et requérant secours et ayde, à quoy les deux capitlaines respondirent (ju'ilz en feroient leur povoir. Mais quant ilz eurent assamblé toutcequ'ilz peurentfiner de gens, ilz trouvèrent que pas n'estoient assez puissans pour lever le dit siège : neantmoins , pour baillier empescliement aux assegans, allèrent logier devant Gallardon, où ilz livrèrent ung très cruel et pesant assault; mais les Anglois quy dedens estoient y résistèrent très vaillamment et rebouterent les François' quy les assailloient, à grant perte et dommage de leurs gens. Et, entretant, le conte de Sombreset et ceulz de sa compaignie firent traitié avec les assegiés qu'ilz s'en yroient saulfz leurs corpz et biens , en rendant ycelle ville de Couches ; et ne les eust recheuz ledit conte de Sombreset sinon à vouUenté , n'eust esté en intencion d'aller combatre les dis François quy estoient devant Guaillardon, se ilz le voulioient atendre. Mais les François qui furent aulcunement advertis de la dite rendition de Couches, et de la venue des Anglois leurs annemis, traitèrent hastivement avec ceulz de Guaillardon et, par moyen qu'ilz leur donnèrent certaine somme de pecune , s'en départirent et livrèrent la ville ausdis François qui devant eulz estoient, lesquelz y misrent

plaisant et gracieux parleur que l'on sceust nulle part , sage et grand entrepreneur, et gouvernoit du royaume et des princes de France la plus grande partie (Olivier de La Marche, 407).

1. Notre manuscrit porte Anglois, erreur évidente que nous aurions cru devoir faire disparaître, quand bien même nous n'aurions pas eu pour autoriser ce changement la leçon du Ms. n" Mil, fonds Sorbonne.

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bonne garnison, puis se relrayrent à Chartres et autres bonnes villes du pays de leur garde. De la({iicle rendition de Guaillardon furent le conte de Somhreset et le seigneur de ïhalboth moult couroucliiés ; mais autre chose n'en peurent avoir : si s'en retournèrent à Rouen et autres lieux de l'obéissance des Anglois.

En cesmesmes jours, ou environ, fut prins messire Jehan de Gapangnes ', capittaine de Dourdan, par aulcuns de ses gens quy le trahirent et livrèrent auz Anglois, qui de sa prinse furent moult joyeulz; car depuis, pour sa raenchon, il paya grant finance. Et, en ce mesmes tempz, y eut une grant destrousse faite par les François, qui s'estoient assamblez assez prez de Granville, non pas loingz d'Evreux% où ilz trouvèrent les Anglois à leur advantage; si ferirent dessus : mais, avant qu'ilz lespeussent mettre en desroy, y eut mainte belle apartise d'armes faite, mainte prinse et mainte rescousse. Mais, finablement, par la puissance des François, ces Anglois furent mis à plaine descomfiture^, desquelz y eut mors sur la place environ xn'^", et plusieurs prisonniers : et, de la partye des François, y mo-

1. Jean de Gapane était picard [Histoire de Charles Tll, 3i5). Il faisait partie des cent gentilshommes de la maison dn roi dès 1471, et l'était encore en 1483 (Bibl. imp., Mss., Fonds Gaignières, n° 533).

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