‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 1 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

1102. Cy commence le VIa volume des Croniques d’Engleterre , lequel , comme les Y autres, comprent YI livres particuliers, dont le premier contient xix chapitres : ou premier desquelz il dist comment à cause des divisions des princes du sang royal d’Engleterre plusieurs grans mauls se ensievyrent. Chapitre I.

Cf. Du Clercq, tome XII, page 119.

Bien que Wavrin rapporte les mêmes faits que Du Clercq, sa narration est différente. Il annonce, en terminant son chapitre, le récit de la notable incidence dont il a parlé à la fin du sixième livre de la précédente partie : « Or vous lairons, dit-il, ung petit des besongnes d’Engleterre, esqueles nous renterrons au commencement du second livre. Si traiterons une incidence d’un voyage quy, environ ce temps, fut fait par le seigneur de Wavrin en terre de Sarrazains, ainsi que vous orez. »

L’expédition dont notre chroniqueur va nous entretenir était

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demandée à grands cris par les malheureux chrétiens, soumis à la tyrannique domination des turcs. Leurs griefs contre leurs oppresseurs sont exposés avec énergie dans une lettre touchante, adressée au Prieur de Saint-Jean de Jérusalem par un religieux de l’Ordre des frères mineurs, demeurant à Constantinople, et presque témoin oculaire des faits dont il parle. Le frère Barthélemy de Gênes y trace un tableau saisissant de l’asservissement et des misères des chrétiens. Nous placerons ici cette lettre, comme une introduction naturelle au récit de Wavrin.

Au reverend pere en Dieu, monsieur le Prieur de Saint Jehan de Jhrem.

Reverend seigneur et pere en Dieu ,

Pour ce cjue naigaires vous m’avez prié et requis, en parlant et merveillant des turcs , lesquelz ont eu moult de victoires sur les chrestiens ou temps passé , et encores portent moult de dommaiges continuelement, dont c’est pitié, si comme je puis savoir et véritablement dire et recorder, comme celui qui à mes yeulx en ay vu très grant partie, depuis le temps que j’ai demouré en nostre convent des freres mineurs en ceste cité de Constantinoble , tant par la relacion certainne des marclians venisiens et genevoys, lesquelz sont continuelement par toute Gresse et Turquie faisans leurs marchandises, comme par mes freres les religieux de Saint Franchois, demourans ès convensa eus ordonnez es paiz dessusdis, je voulsisse mettre par escript et envoyer par devers vous les maulx qu’il ont faiz aux chrestiens, avecque les remedes que on y peut mettre avec l’aide de Dieu. Combien que à ce faire je me repute peu souffisant, car x ou xn jours despassé à peine poroient souffire à ce que la quarte

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partie de ce qui est advenu par deçà, depuis, sans plus, que moy et mes freres y sommez venus, je vous peusse declarier ne rescripre, toutesvoyes vostre priere m’est commandement à ce que , pour vostre plaisir, je essayeray aucunes choses escripe summerement, par lesquelles vous aurez l’entendement d’aucunes aultres touchans le bien de la chrestienté, et du résister aux maulx que les turcs on fait.

Si vous plaise savoir qu’il y a maintenant six ans que nostre saint pere le Pape, Eugene quart, nous envoya1 en Constantinoble, nous xxx freres mineurs, desquelz une partie je envoyai en la cité de Tafuse, et l’autre partie je retins avecq moy en ceste cité de Constantinoble, où vous meismes avez veu nostre monastère reedefyer : mais, quant au fait principal des turs dont je veuil parler, sachiez véritablement que, depuis six ans en cha que nous sommes demourans yci , en ma concience vous est certiffié, et Dieux le scet aussi, je le scai par le tesmoignage des marchans venisiens et des genevois, et de mes freres qui demeurent à Andrenopoli, où est le principal siégé duTurq, lesquelz freres ont demouré illec par longtemps, que les turs, en l’espasse de six années derrainement passées, ont ravi en terre des chrestiens plus de mic mil chrestiens, tous fais leurs esclaves , ont mis à mort et destruis, tant des royaumés et pais de Servie , Sclavonie , Dalmachie , Valachie , Transilvanie , Bulgarie , Bosnie et, par especial, du royaume de Hungarie et de Saxonie, sans ceux qui estoient vielles gens et malades, qu’ilz ont occis et decolez pour ce qu’ilz ne les pooient emme-

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