‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 2 sur 128 · En 1436. Voir la date de la lettre · texte numérisé non relu

En 1436. Voir la date de la lettre

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ner, et sans -villes, chasteaulx et citez qu’ilz ont destruits totalement avecq le pais d’entour, qu’ilz ont aussi perdu par feu et flame ; laquelle cose nous meistiies avons veu à nos propres yeulx et veons tous les jours; laquelle chose veoir, par pitié seroit à celui la mort plus agréable souffrir que de le veoir ou avoir veu, especialement lespovres chrestiens et chrestiennes mener en servitude, en cordes, en cliaines de fer, liés, acouplés parmi ceste cité, parmy les loges des marcha ns venissiens et genevois chrestiens, centLx 1., plus et mains, très amerement, et comme tous les jours par x ou xii Sarazins , sans contredit , tout ainsi que on maigne bestes au marchié, plourans et gemissans douloureuzement , requerans merchi à Dieu , et prians aide aux chrestiens où ilz passent , sans ce que nulz ce veans ose dire mot ; mais plouroient iclieulx marchans chrestiens et nous, qui ce veysmes, très amerement, de la grant pitié et confussion des chrestiens, regardans au contraire pour la pitié, doleur et compassion d’eulx. Avons ossi veu les petis enfans et jones pucelles mener et porter es caiges, si comme l’en porte les oysiaulx au marchié sur cars et sur chevaux, dont la pitié est moult grande à regarder. O ! regard très piteable ! o ! inconvénient, triste doleur et misérable 1 car de tant grande multitude de chetis chrestiens, pou en y a aujourdehui qui n’aient, par forche, renié la foy et soyent faiz très mauvais et crueux Sarazins. Et ce n’est pas avenu seullement depuis six ans, mais continuelement, depuis imxx ans ou environ cpie le grant Turcq est passé en Gresse par le destroit de la grant mer et par les bras Saint George et la Dunoe, et que, par force, sans grant resistence

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des empereurs de Grece ou des chrestiens, ilz ont désolé et destruit innumerables provinces , cités et royaumes, si comme les royaumes de Trace, de Macedone, de Boeme ou Boecie, de Emathie, de Evila, de Elespond, de Tessale, de Servie, de Bulgarie, de Sclavonie, de Albanie et de Bosnie, et toute la grant et la mendre Valacliie, et, par especial, en grant partie de royaumes de Hungarie et Saxonie : esquelz pais, royaumes et provinces ilz ont destruit et mis à nient très grand foison de nobles citez , et très poissans anchiennement, lesquelles n’aperent po ou néant, et y sont deffallis les chrestiens qui habiter y soloient , et lesSarrazins augmentez et moulteplyez, que, se Dieux par sa pitié n’y pourvoit, plus n’y sera mémoire ne nommé le nom de nostre seigneur Jhucrist. Esquelz pais jadis soloit estre la foy chrestienne et l’eglise très hautement honorée; et n’y a point nc ans qu’il n’estoit nouvelle en tout le monde de turq, senon d’aucuns larons qui habitoient es montaignes de Damast, en deux villes seullement, pasteurs de bestail et tenans la loy de Mabommet, dont les empereurs et les grans seigneurs ne tindrent conte. Et mesmement, ou temps de Godeffroy de Buillon et de Bauduin son frere, conquereurs de Jherusalem , iceulx turcs euchent commencement , et, comme larons et mescreans, ilz ayent pou à pou, de ce temps là, acquis plusieurs grans pais sur la chrestienté, par nos pechiés et que Dieux l’a permis. Et tant ont acquis, qu’ilz ont en leur sugession toute la Grece, et, par especial, Âyse la mineur, où estoient jadis ces nobles citez, c’est assavoir, dont est mémoire en l’Apocalipse, Efese, Smirne, Pergame, Philadolpliie , Leodicie, Thyatire, et, de l’autre lez,

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jusques en Antioche et en Ethiope, encore jusques en Perse, et, d’autre part, jusques à Damast et Trapesonde sont surmontez et tellement multipliez, qui sont innumerables peuples mescreans, appelez turcs , hommes rudes et bestiaulx; au commencement sans armures et sans aucune sience, et , pour voir dire, sans apparenche d’ommes , de fet habitans ez montaignes et gardans leurs bestes, lesquelz , pou à pou et que on n’y a point pourveu , sont venus à telz hautesses et grandeurs qu’ilz ont soubmis à eux roys et empereurs, et ont acquis si très grans richesses des despouilles des chrestiens, par leurs rapines, qu’ilz ne se vestentet ne se aournent fors de or et de pieres prechieuses. Et ne y a, à paine, celui d’eux qu’il n’ait au mains vi, vm ou x esclaves, jadis nobles chrestiens, qu’ilz les servent en leurs luxures et en leurs delices, très vilement et honteuzement , gardans aussi leurs pourcheaux , et labeurent leurs terres et leurs vingnes, et ilz demeurent en solaz et en esbatement, reposant en leurs luxures et delices entre leurs femmes, ou millieu de leurs richesses, sur tapis, cousins et aournemens de soye, d’or et d’argent et diverses maniérés de précieuses coses ; et , comme cose non à croire, ne vont se peu non en guerres, mais y envoyent leurs esclaves, pourquoy tant de maulx , lesquelx- sont avenus en chrestienté par eulx, est empartie par leurs esclaves, qu’ilz ont fait de chrestiens très mauvais Sarrazins, quant ilz les ont prins en guerre. Las! les pechiés des chrestiens, à quel fin nous menez vous? à quelles misères et reproches sommes nous soubmiz, que tant de royaumes sont à eulx sugiés et conquis? et mesmement le saint sépulcre en Jherusalem , que les très ors

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et vilains porcs Sarazins tiennent des mains aux clirestiens en si grant vilce, reproces et dehonneur, que Dieux le scet. 0 ! princes clirestiens, que faites vous ? pourquoy dormez vous ? pourquoy derompez vous et froissiez l’un contre l’autre vos armures, et vous consumez en vous mesmes, qui porriez, se vous voiliez, acquérir et sousmettre à vous tout le monde ? quelle raison en rendrez vous à Dieu, à jour du jugement, de ce que souffrez ainsi perdre la chrestienté par les très mauvaix ennemis de la foy, et perdre tant d’ames devant vos yeulx ? Regardez vos devanchiers, et tous ceulx qui, pour loenge humaine ou pour avoir gloire mondaine, si comme les rommains anchiens, lesquelz firent les grans conquettes! Regardez aussi Charlemaigne et le roy saint Loys, et aultres clirestiens de noble mémoire, lesquelz, pour le nom de Jehucrist et pour sa foy, firent tant d’armes, non pas pour acquérir gloire terrienne, mais la gloire eternele et retribucion divine! et se, pour l’amour de Dieu ne volez gueroyer, ou doubtez vostre sang espandre, mais pour et désir d acquérir honneurs et richesses terriennes, ou grans royaumes et empires, veez ja prez de vous le Turqet le Soudain, voz ennemiz, contre lesquelz vous doivent mouvoir foy, pitié et nécessité de garder la chrestienté. Que se foy et pitié vous muet, vous avez honneur, gloire pardurable : et se vous ainez plus à avoir grans richesses , grans seignouries et terriennes honneurs, icy les poez très legierement avoir et acquérir. Certes les richesses et grans avoirs sont icy sans nombre et sans mesure. Pourtant hastez vous de tout avoir des mains aux larrons et ennemis de la foy; car tout est vostre, se vous voilez et vous y ayez le

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couraige. Mais que vault exhortation humaine! je croy que je jette mes parolles ou vent, se Dieux proprement, de sa grâce, n esmuet les coers des poissans et catholiques prinches qui leur soit vray et certain traduiteur. Mais, certes, les pechiez nuisent et encombrent; et, toutesvoyes, la divine bonté ne regarde mie tousjours ne ne pugnit les maulx que nous faisons ; mais, seloncq sa très grande miséricorde, nous voelt tous estre sauvez ; car il ne delesse point cheulx qui ont en lui parfaite fiance , ne ossi il ne delessera ja sa foy toute périr. Si est très bon d’esperer en lui tousjours, et très humblement demander son ayde ; car lui, qui est fontaine de pitié et toudis est prest de aidier et relever ses povres humiliés et qui sont en doleur, en tristesse, a, en ce présent an, donné victoire aux clirestiens et vaincu ses adversaires, les ennemis de la la foy ; car, ou quaresme, l’an M. imc et xlii, le Turq, pour voloir du tout destruire le royaume de Hungarie, envoya tresgrant et très poissant nombre detursoudit royaume : et, comme ilz eussent, si comme ilz ont acoustumé, eslevé etprins moult grant nombre de chrestiens, ainsi, comme à leur retour, les Hongres, à l’aide de Dieu, les assaillirent, et en occirent xxxvi mille : et fu ou dimence de la Passion, par la grâce de Dieu, lequelz soit beyneis qui les ennemis de la foy nous a mis en nostre main. Laquelle nouvelle venue au Turq, qui de ce fut moult esbahy et moult courouchié, manda quérir le seigneur de Valaquie, lequelz est son serf, et neantmains clirestien, nommé Dracule; le rechut honourablement au disner, et ses barons qu’il amena avecq lui ; puist le fist mettre prisonnier, et, depuis,

1 a fait decoler, disant qu’il estoit sachant de la descon-

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fiture faicte par les chrestiens. Et ce a esté fait à Andrenopoli, où il ha ossi prins tous ses barons de leurs terres et donné aux turs où il a volu, et puis a envoyé ung seigneur turq en Valachie pour prendre la seignourie et gouverner le pays pour lui, avecq xnm turs, ausquelz les Hongres, avecq Taide de Dieu, et ceulx dudit pais de Valachie , ont tellement résisté que toute ceste multitude de mescreans a esté mise à l’espee, sans nulz reschapper. Loez en soit Dieux de tout ! Amen !

Quant le Turq a ce entendu, de grant orgueil et de grant yre s’est eslevé très fierement : et toule sa puissance, toute sa chevalerie et ses aliez a mandé, tant en Grèce que en Turquie ; tant qu’il assembla très grant ost, poissant et fort environ c. et iiiTxm. combattans, lesquelz il envoya en Valachie ; et commanda que tout le dit pais fut destruit par feu et par espee, et prinssent et emmenassent ce qu’ilz poroient des prisonniers. Et quant ce vint à leur congnoissance, moult piteusement et humblement promirent au Turq obédience, requérant paix : lesquelz ilz volt oir. Et vecila divine bonté, qui seront tousjours en nécessité : ilz s’assemblèrent en leurs montaignes, et les Hungres et les Poulenoys avecq euîx, contre les turcs, et là fut commencliié cest cruelle bataille par longue espasse, mais en la fin la victoire est donnée à Dieu ; car tous furent desconfis. Si en ot de mors Liini, sans ceulx qui furent prins et mis en fuite : de leurs pavillons et tentes y démolira environ vm chameux, et chevaux sans nomlire, et grant partie des fuians se noyèrent en la Dunoe, si que peu en retourna qui portassent la nouvelle au Turc. Et quant il la sceut, à paine que il n’issit hors

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du sens et que, de grand doleur, il n’ait rendu l’esprit ; mais se vesti de noir, et, par l’espasse de ni jours, ne beu ne ne manga, ne parla, fors seulement ce mot cy, souvent repliquié : « Le temps est venu que Dieux aura rosté la glaive de nostre main , » en jettant par grant ayr son bonnet contre terre.

De laquelle victoire ceulx de Valacbie, et mesmes les pasteurs d’avant le pays, sont tous riches : et ne vestent que robes de soye et de drap d’or, des despoilles etvestemens desturs desconfis, qu’ilz avoient porté par grant beubant avec eulx. Si ont prins, depuis , les chrestiens sy grant coer de là environ, qu’ilz se sont assamblez et ont passé jusques à Andrenopoli et y ont prins pluiseurs villes et cliasteaulx, et le pays d’otour ars et brûlé : et ce, du moys de septembre l’an xlii, le 11e jour dudit mois. Ausquelx le Turq voeillans résister, envoya contre eux xvm turs, au mains, pour tenir le pas, que nos gens ne peussent repasser ; lesquelx, par pluiseurs estours, furent tous desconfis et mis en fuite, et pluiseurs mis à l’espee et ocis en fuiant : desquelx victoires Dieux soit loez et beneys, amen! qui ceste oevre a commenchié et la parfera par son plaisir.

Et maintenant dist on que grosse armee de chrestiens se fera, o présent tamps, contre les turs, lesquelz sont fort afoiblis, s’il ne vient secours d’outre la mer. Et queferoient xx gallees pour garder le destroit? Je vous di, très cher seigneur, que x galees souffiroient, à présent, pour garderie pas contre eulx qu’ilz ne passasent par decha. O reprochie et maudite division 1 la mauvaise division cbrestienne, qui est cause de tant de maulx et a esté. Certes, sire, les turs ont si très grant peurs de la venue des chrestiens contre eulx, que seu-

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lement la renommee des dites galees fust qu elles venissent, il est creable qu’ilz s’enfuiroient; et se le Turq perdoit hui la Grece, il perderoit apres tout ce qu’il tieng en Hongarie. Vous savez assez qu’il y a deux turs ennemis du grant Turq : c’est assavoir Carramannus et Affendrami. Chacun d’eux est riche et poissant seigneur : du Taberlan ne parle je point, qui est des deux le plus poissant, et du grand Turq ennemi mortel. Pourquoy,se x gallees seulement estoient envoyez par deçà, nulz ne set le grant bien que ce seroit. Et maintenant le tampsest très convenable que aucuns de grans et poissans princes chrestiens se meissent sus , avecq l’aide de Dieu, à recouvrer non seulement la Grece, mais la sainte terre , si comme firent jadis ces vaillans princes Godeffroy de Buillon et Baudouin son frere : laquelle recouvrance, s’ils savoient comment ce •seroit legierement à faire, par l’aide de Dieu, je croy que tost y metteroient paine, et Dieux donroit la victoire. Car la renommee est, entre eux turs et sarrazins, toute commune que jà le tamps est venus qu’ilz doivent estre destruis, seloncq le tamps que annonclia leur très faux et très mauvaix prophète Mahommet ; laquelle destrucion puissons voir en nostre temps ! Ce nous octroie le Pere, et le Fils, et le Saint Esprit, qui est beyneis ou siecle des siècles. Amen !

Escript en Constantinoble , le iiic de février, l’an m. cccc. et xlii *.

Le tout vostre serviteur et orateur, frere Berthelemy de Jennes, ministre general de l’Ordre des freres mineurs, es parties d’Orient 2.

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