SIXIÈME PARTIE, LIVRE V, XXXII
deffendre contre tous ceulz quy leur voldroient nuyre, promettant que se ilz luy avoient meffait, de luy en faire raison.
Et la tierce fut que le duc se desistast prendre en mariage la soer 1 du roy d’Engleterre, et faire alyance à ses anchiens annemis, ou autrement il emfrainderoit le traitié d’Arras. Ausqueles choses le duc respondy moult haultement au ditconnestable, disant, premièrement, que, touchant la riviere de Somme, il deist au roy que, par le conseil et advis des pers de France et de ceulz du parlement, il lui avoit baillié sans constrainte et en recompence de ce qu’il estoit vers luy tenu ; et puisqu’il les tenoit (à scavoir les villes et chasteaulz), il les garderoit tant qu’il porroit, de quoy il ne se tenoit mye à bien recompensé, et que ancores n’avoit le roy fait ne adcomply les reparacions pour la mort du duc Jehan, son grant pere 2; mandant, oultre, au roy que, s’il entroit deux pas en ses pays, il en marcheroit quatre es siens, s’il povoit.
Touchant le fait des Lyegois, il respondy qu’il les metteroit à raison et feroit obéir à nostre saint pere le Pape et à leur evesque, et luy amenderoient ce qu’ilz luy avoient fourfait, où il morroit en la paine, les en aidast qui voldroit.
Touchant l’alyance du roy Edouard d’Engleterre, force luy estoit qu’il le prensist et parfeist; car il estoit desja si avant oblegié , que, saulve son honneur et conscience, il ne povoit contre aller ; laquele alyance,
1. Marguerite d’York, morte le 28 novembre 1503 (Molinet, V, 211).
2. Jean, surnommé Sans Peur, assassiné sur le pont de Montereau, le 10 septembre 1419.
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touteffois, il n’eust oncques encommencié, se ne feust le roy Loys de France, qui, aulcun tempz depuis, avoit toute dilligence faite d’avoir allyance ausdis Anglois ; pour à laquele parvenir, leur avoit fait grans offres et promesses, et tout ce, adfin de plus aiseement nuyre le duc de Bourguoigne.
Fuis dist le duc Charles au connestable : « Beau cousin, vous estes bien mon amy, et, pour tant, je vous advise : prendez garde que le roy ne face de vous ainsi comme il a fait d’autres. Se vous vouliez demourer par decha, vous soyez le bien demouré. »
Apres ceste responce ainsi faite par le duc de Bourguoigne, le connestable s’en alla séjourner à Enguien, en Brabant, dont il estoit seigneur, tandis qu’il envoia devers le roy la dite responce du duc. Laquele oye par le roy, il envoia ung légat de Romme et autres, lesquelz avec le connestable retournèrent devers le duc Charles, adfin de tousjours atargier son arrnee et trouver le traitié des Lyegois; mais le duc ne voult oncques entendre à eulz jusques à ce qu’il auroit besongnié en Lyege à son intencion. Et parla celle fois le connestable en grant secret au duc, puis s’en retourna devers le roy.
Quant le duc Charles de Bourguoigne fut du tout délibéré d’entrer à puissance ou pays de Liege, il, soy disant, en ceste armee, menislre de nostre saint pere le Pape et de nostre mere sainte Eglise, envoia lettres auz evesques et prelatz de ses pays, adfin qu’ilz feissent faire processions , prières et suffrages à Dieu et auz benois sains par leur peuple, cliascun en son endroit, qu il peust obtenir victore d’iceulz Lyegois rebelles et
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desobeissans à Nostre Saint Pere et à leur evesque; puis alla avant, et trouva son armee preste, moult noble et terrible, autour de la ville de Louvain, où les gens d’armes, atendans leur payement, avoient séjourné pius de xv jours, à la grant foulle du pays d’environ. Si les fist le duc payer pour ung mois, et puis le xxme jour d’octobre, an lxvii , entra ou pays de Lyege, et, le 1111e jour aprez, fist assegier la ville de Saintron, en Hasbain; mais lendemain issirent Lyegois en grant nombre de la cité de Lyege, et s’en allèrent logier en ung gros village nommé Brustant1 2, assez près de l’ost du duc, atendans illec ceulzde Los, leurs voisins, pour lever le siégé de Saintron se ilz povoient. Mais quant le duc sceut qu’ilz estoient là venus et arrestez, et forment fortiffiez, il laissa devant cbascune porte de Saintron une bonne compaignie de gens d’armes, et mena les autres droit à Brustant, en très belle ordonnance. Et ce jour mesmes , aprez midy, fist ces Lyegois durement assaillir; sicque il les convint partir dudit village , et eulz mettre en fuite : et Bourguignons à les chassier , telement qu’en celle chasse et dedens le village furent occis de trois à quatre mille Lyegois, et, n’eust esté la nuit quy sourvint noire et obscure, tous y feussent demourez, mors ou prisonniers. Entre lesquelz fut illec occis ung chevallier Lyegois, nommé messire Barré % avec lui aulcuns autres nobles hommes 3.