‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 6 sur 128 · Le 18 mars 1442. (Hahimer, II · texte numérisé non relu

Le 18 mars 1442. (Hahimer, II

3. Jean Corvin Hunyade, vaivode de Transylvanie. Mort le 10 septembre 1456 {Art de vérifier les dates , II, 57, 58), ou, selon M. de Hammer (III, 35), le 11 août. Les chroniqueurs du temps le nomment presque toujours Jehan le Blanc. Il était fils de Vuk Buthi de Hunyad et d’Élisabeth Morsinai. (Chassin, 235.)

laques ne se scentoient pas assez puissans pour donner battaille à tel multitude comme les turcqz estaient, ilz conclurent de eulx tyrer es montaignes, et nuncherent à ceulz du plat pays, que hommes, femmes, enfans et biens se saulvassent esdites montaignes, car ilz avoient certaines nouvelles que les turcqs dévoient passer la Dunoe, pour courre leur pays, comme ilz firent ; car ilz passèrent ladite riviere et prindrent aulcuns Vallaques; parquoy ils sceurent que tout l’exercite des Yallaques et Transilvanes s’estoit retrait esdites montaignes. Lesquelz Yallaques ne s’aparurent oncques , sinon leurs guettes qui estoient sur lesdites montaignes. Pourquoy ycellui Beirlabay, lendemain qu’il s’estoit party de devant lesdites montaignes, il party son exercite en trois, dont l’une des portions il envoia courre en la grant Valaquie, quy est aval le courant de la Dunoe, l’autre au pays de la Transilvane, contremont ladite Dunoe, et la tierce partye retint avecq lui pour garder ses logis.

Le dit Johanne de Hongnag , quy comme o.y avez cy dessus, estoit avec les Valaques et les Transilvains, sachant ainsi lesturcz estre partis en trois compaignies, faisant très petite extime de leur puissance, prinst conclusion avec ses gens de lendemain, à l’aube du jour, assaillir les logis des turcqs, quy ne faisoient ne guet ne garde. Si le firent ainsi qu’ilz conclurent; et se départirent en trois battailles, les deux pour assaillir à chascun bout des herberges1, et l’autre par le milieu. Et, par ceste maniéré, furent envahis les turcqz à despourveu et prestement desroyés et occis; mais les

1 . Herberges, tentes, camp, Voy. du Gange, nouv. édit., au mot Hereberga .

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fuyans prindrent leur chemin vers la Dunoe, dont aulcuns se saulverent et les autres furent noyez.

1104. Comment messire Jehan de Hongnac combaty les Turcqz et les desconfy. IIP.

Quant les Vallaques eurent conquis lesdis herbergues des Sarrazins, ilz conclurent d’eulz vestir des habillemens des Turcqz occis : si envoyèrent devers la Vallaquie et la Transilvane aulcunes espies, pour scavoir la revenue des courreurs sarrazins; ausquelz fut raporté que ceulz quy envoiez avoient esté vers la Transilvane, revenoient. Pourquoy lesdis Vallaques firent embuschier une grant partye de leurs gens sur le chemin desdis Turcqz, qu’ilz laissèrent passer oultre ycelle embusche , lesquelz estoient fort chargiés de proyes, et aussi amenoient grant foison d’hommes et femmes qu’ilz avoient prins comme esclaves, avec grant nombre de bestail. Lesquelz Turcqz, non sachans riens de la desconfiture des lierberges, venoient celle part en moult grant joye et triumphe, tamburant et huant, comme se ilz eussent tout le pays concquis : mais les Vallaques, quy esdis logis estoient, en habillemens de turcqz, leur firent tantost muer leur joye; car ilz leur coururent sus asprement, et ceulz de l’embusche les encloyrent : parquoy ilz furent prestement desroyez et tous mors , et samblabîement en firent yceulz Vallaques aux diz Turcqz quy estoient allez courre la Vallaquie. Et fut ceste desconfiture 1 si grande , que des cent mille Turcqz en montrent plus de imxx. Si concquirent yceulz Vallaques grans richesses

1. Cette déconfiture eut lieu au mois de septembre 1442. Voy.pag. 10.

ii 2

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et trésors. Les Turcqz qui se sauvèrent à nagier la rivière de Dunoe portèrent ces nouvelles au grant Turcq, qui en fist ung deuil merveilleux : et, en signe de sa grant doulleur, se vesty de noir lui et tous ceulz de sa partye, dont, depuis, pour vengier l’outrage qu’il disoit que les Vallaques lui avoient fais, il fist de l’un de ses Soubachins ung nouvel Bailarbay, et envoya par tous ses pays assambler le plus grant ost qu’il polt finer. Sy commanda de passer la Dunoue, aller en la Vallaquie et Transilvane, et illec tout destruire et mettre à l’espee.

Ainsi que le commanda le grand Turcq audit nouvel Berlabay, il se mit en paine d’en uzer : et, pour ceste furieuse rage execuler, passa la Dunoe atout son grant exercite. Mais les preadvertis de leur venue avoient fait les leur retraire es montaignes, liabandonnant tout le plat pays, et yceulz Turcqz comme dessus, au pié des dites montaignes : si envoierent leurs coureurs, en grant puissance, ou pays de la Transilvane et en Hongrie, mais les turcqs quy gardoient les herbergues furent, ceste fois, plus sages que l’autre; car ilz se misrent en tel conroy que les Vallaques ne povoient entrer dedens eulz sans grant adventure de dommage. Pourquoy yceulz Vallaques conclurent, et leurs aydans conclurent, qu’ilz ne combateroient pas ces turcqz, sinon quand ilz repasseroient la Dunoue ; car lesdis Vallaques avoient si bien pourvu à leur fait, que les turcqz ne povoient recouvrer vivres en leur pays, et si scavoient bien que jamais ilz ne les assauldroient es montaignes.

Et en cest estât furent par l’espace de vii ou vin jours, tant que les coureurs turcqz, quy, comme j’ay dit un peu cy devant, estoient allez en la Transilvane et en Hongrie, revindrent, qui ramenoient foison

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prisonniers , hommes , femmes et enfans, avec grant butin de bestail et autres meubles que gens d’armes, en tel cas, peuvent emporter; lesquelz furent très grandement recheus et conjouis des leurs qui gardoient les logis : mais pour ce que lesdis Turcqz n’avoient de vitaille fors autant qu’ilz en povoient porter avec eulz, ilz conclurent de repasser la Dunoue atout ce qu’ilz avoient gaignié, et ainsy eulz retraire en leur pays de Bolgarie; aprezlaquele conclusion, ilz se misrent à chemin. Mais quant les Vallaques veyrent qu’ilz estoient deslogiés et prendoient leur train vers la Dunoue, ilz boutèrent leurs coureurs et chevaulcheurs sur la queue desdis Turcqz, en leur faisant moult grant dommage ; et lors yceulz Turcqz, venus sur la rive de la Dunoue, commencèrent de passer en petis bateles, faisant nagier leurs chevaux. Et lors les Vallaques furent conseilliés qu’ilz ne leur bailleroient quelque empeschement, ne ne monstreroient leur puissance, jusques ad ce que la pluspart d’eulz feust passée, comme ilz firent; car sitost qu’ilz veyrent grant nombre des turcqz oultre la dite riviere, et que le demourant de declia ne leur estoient pas trop fors, ilz vindrent avant en moult belle ordonnance pour les combatre. Sy les eurent tantost mis en desroy et desconfiture ; et en y eult plus de noyés que de mors par gLave. Mais le capittaine des Turcqz, nommé Beylarbay, se saulva ; lequel s’en retourna vers le grant Turcq, avec ce qu’il polt emmener de la grant proye concquise au pays de Transilvane et es limites de Hongrie, cuidantque le dit Turcq le deust bienviengner pour la grant proye qu’il lui amenoit. Mais ycelluy grant Turcq, desja adverty comment ses gens avoient

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esté desconfis au passage de laDunoue, il fist prendre ycellui Baylabey et mettre en prison chauldement. Nonobstant laquele chose il le manda, depuis, devers luy, disant qu’il luy rendist compte de la grant armee de gens qu’il lui avoit baillié à conduire, dont il n’en avoitgueres ramené plus de la moitié. Et ycellui Baylabey luy raconta tout au long la maniéré de la dite desconfiture , en soy excusant le plus qu’il povoit ; mais rien n’y vallut : car le grant Turcq luy dist : «Je voeil que tu me restitues eeulz quy sont demourez mors par ta deffaute, lesquelz, se tu eusses vaillamment combatu avecq eulz, gardant ta loyaulté, n’eussent pas esté ainsi vaincus et occis ; mais par ce que tu t’en es fuy et les as faulsement habandonnez, tu leur as procuré la mort et les livre es mains des annemis, tu dois souffrir teles doulleurs qu’ilz ont enduré. » Etlors, incontinent ceste parolle finee, il commanda qu’il eust la teste trenchié, et ainsi fut fait. Et, adont, ledit grant Turcq fitsollempnel serment, à maniéré turquoise, que jamais, de ce jour en avant, n’auroit capittaine general quy portast nom de Beylarbay. Puis prestement ordonna ung autre capittaine, qu’il fist nommer Karagabe; lequel avoit autele puissance comme eeulz que, par avant ceste heure, on avoit en coustume et uzance de nommer Beylarbay.

1105. Comment Johannes Hongnac, capittaine des Vallaques, se gouverna aprez la desconfiture des Turcqz faite , et du conseil quy fut tenu en Hongrye pour subvenir à la nécessité du pays. IIII.

Or retournerons à parler de Johannes Hongnacq , capittaine des Vallaques , lesquelz ensamble regracierent Nostre Seigneur de la belle et évidente victore

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qu’ilz avoient eue de leurs annemis. Mais es pays de la Transilvane et de Hongrie avoit, au lieu de ceste joye, grans pleurs etgranscris, pour les griefz et dommages que les dis Turcqz y avoient fais en la dite course; ravissant hommes, femmes, enfans et toutes maniérés de vivres et meubles portatifz. Et, pourtant, ceulz desdis pays establirent à Bude, en la marche de Hongrie, ung conseil general des trois Estas d’yceulz pays : auquel Parlement fut requis de venir Johannes de Hongnac et aussi furent plusieurs grans maistres de la Vallaquie, adfin d’avoir advis et deliberation comment on pourroit, dores en avant, par provision remédier aux grans courses des Turcqz , et pour adviser aussi quele chose chascun auroit à faire en droit soy, se teles soubdaines envahies se continu oient. Auquel conseil general se complaingnirent durement les seigneurs de Hongrie de ce que l’empereur Frédéric d’Allemaigne, tiers de ce nom, tenoit en sa main comme prisonnier leur roy, appelé Lancelot *, lequel avoit esté filz de l’empereur ancesseur du dit Fredrik, et comme ainsy feust que les trois Estas du pays de Hongrie eussent assez de fois envoié ambaxade pardevers ledit empereur Fredrik adfin de traitier pour ravoir leur roy et seigneur naturel, toutesvoies, ce nonobstant, leur avoit il tousjours refusé. Pourquoy eulz, voians que leur exercitene se povoit bonnement, sans roy ou duc, conduire contre la tyrannie des Turcqz, ilz conclurent, en ycellui conseil general, que communément

I. Ladislas V ou VI, dit le Posthume , fils d’Albert, duc d’Autriche, et d’Élisabeth, fille deSigismond, né le 22 février 1440, reconnu roi de Hongrie le 13 février 1433, mort le 23 novembre 1457. ( slrt de vérifier les dates, II, 57, 58.)

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ilz eslisoient et faisoient Johannes de Hongnac le vayevode du pays de Hongrie, quy estoit autant dire, en noslre language à exposer, comme capittaine souverain ou general.

1106. Comment ceulz de Hongrie, par deffaulte de naturel

seigneur, envoierentleur ambaxade devers le roi Poullane,

pour en faire leur roy et seigneur. V.

Aprezce dit conseil tenu et mené à fin, les Hongres, voians qu’ilz ne scavoient trouver faclion de ravoir hors des mains de l’empereur d’Allemaigne leur prince naturel, combien que, à ceste cause, leur feissent guerre de tout leur povoir, ilz misrent sus une ambaxade, laquele fut envoiee ou royaulme de Poullane devers le roy Lancelot *, qui estoit jenne en l’eage de xx ans; mais la renommee couroit que son sens estoit bien de xl. Sy mandèrent yceulz Hongres audit roy de Poullane que, s’il voulloit venir en Hongrye, ilz le recepvroient à seigneur et couronneroient roy du pays , en luy faisant sermens et hommages, promettans de le servir loyaulment, comme vrays et obeissans subgectz, en luy priant humblement que ad ce se voulsist libéralement consentir et bastivement venir en Hongrie pour les conduire et secourir contre les Turcqz maulvais et félons, qui desja, par leurs courses, avoient fait à eulz de grans dommages.

Icelle ambaxade de Hongrye, doncques, venue en Poullane , fut grandement reverendee et lionnourablernent recheue dudit roy Lancelot et des siens ; le-

1. Wladislas, roi de Pologne, fils de Jagellôn et de Sophie Kiow. (Chassin, 245. )

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quel, pour respondre à leur proposition, manda à ung certain jour comparoir devant luy les trois Estas de son pays, auzquelz il fist monstrer les offres que les nobles et communautez de Hongrye lui faisoient. Lesquelz Estas luy loerent bien accepter tel et si noble office, et ancoresluy conseillierentcoeillier grant exercite de gens d’armes en son pays, pour yceulz mener avec luy, monstrant ausdis Hongrois parfaite voulenté de les ayder contre les Beduins de Turquie, et aussi d’avoir le bien publicque d’yceulz en très grant recommandation ; et que, le plus brief que faire pourroit, il se tyrast oudit royaulme de Hongrie. Lequel conseil accepta le dit roy Lancelot de Poullane, et, le plustost qu’il polt, atout grant armee, se transporta oudit royaulme de Hongrie , et là le conte Palatin de Hongrie avec le vayevode et les grans seigneurs du pays, recheurent le dit roy en grant reverence et honneur. Si le menèrent en la cité de Bude en laquele, à grant solempnité, ilz le couronnèrent1 et advestirent du royaulme de Hongrie.

A ce couronnement estoient. les trois Estas dudit pays de Hongrye, et plusieurs contes et barons du royaulme de Poullane. Et lorsque les sollempnités du couronnement furent adcomplies , le dit roy nouvel tint grant Parlement avec les trois Estas du pays de Llongrye , auquel estoient les barons de Poullane et aussi plusieurs grans seigneurs de la Vallaquie, adfin d’avoir advis et deliberation comment pour le mieulz on se porroit, doresenavant, conduire pour résister aux

1. Wavrin intervertit ici l’ordre des faits. Wladislas fut couronné roi de Hongrie en 1440. Il avait à peine 18 ans. (Chassijv, 245.)

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faulses et parverses entreprinses du grand Turcq : car ledit roy estoit adcertené que le félon Turcq, appelé Moradbay, assambloit grant puissance es pays de Turquie, Natollie et Grece, et qu’en sa personne il voulloit venir, mesmes, envahir les pays de la Vallaquie et de Hongrye, adfin d’iceulz mettre en son obéissance et totale subjetion. Et en ce Parlement conclud le nouvel roy avec ses princes et barons dessusdis qu’il assamblerait de Poullane , Hongrie et la Vallaquie, et generalement de tous les pays à luy obeissans, la plus grant puissance qu’il pourroit. Et, pour inviter les corages des hommes et aussi trouver maniéré de finances accumuler, fut illec conclud d’envoier devers nostre saint pere le Pape 1 une ambaxade , pour lui signifier la bonne, grande et digne voullenté que ce nouvel roy de Hongrie avoit de résister aux entreprinses dudit grant Turcq, annemi de la foy crestienne, pour laquele deffendre et exaul chier, il voulloit devenir champion, luy priant et requérant humblement qu’en ceste querelle le voulsist conforter et ayder de ycelle mener à fin heureuse ; et, pour ce faire, envoiast ung légat, de science et prudence garny, avec certaines indulgences : le imformant que ycelluy roy n’avoit mie seullement voulloir de résister alencontre dudit Turcq et ses légions infidèles, en gardant ses royaulmes et seignouries, mais estoit délibéré de passer la rivieredeDunoue et luy aller audevanten batlaille, adfin déplus prouffitablement ses terres garder d’oppressions.

Pour, doncques, déduire et habregier la matière, ambaxadeurs notables furent esleus pour aller à Rome

1. Eugène IV, Elu pape en 1431, mort le 23 février 1447 (n. s.).

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devers nostre saint pere le Pape Eugene, qui lors regnoit ; lequel les recheut en grant reverence, et oy agréablement les propositions de leur ambaxade ; et ottroya ausdis legatz leur requeste benignement. Et tint lors nostre Saint Pere un grant concistore, ouquel, par l’advis commun des cardinaux et par l’assentement general de toute la prelature ecclesiastique illec assistente, fut esleu ung moult notable prélat, prudent et preud’homme, nommé le cardinal de Saint Angele pour faire ce voyage et porter les indulgences plenieres, adfin du peuple inciter et encoragier alencontre des annemis de la foy; lequel on expédia dilligamment de sa besongne , pour ce que la chose estoit hastive. Puis, quant il fut prest , nostre Saint Pere l ’envoya avec lesdis ambaxadeurs de Hongrye devers le roy Lancelot, garny de tout ce que requis avoit.

Lors ledit cardinal , ainsi expédié, avec lesdis ambaxadeurs de Hongrie diligenterent telement de retourner devers le nouvel roy, pour ce que journellement ilz ouoient dire qu’il avoit desja assamblé grant exercite pour son entreprinse adcomplir, qu’ils arrivèrent en la ville et cité de Bude, où estoient ledit roy, contes et barons, et tous les chiefs de son armee; lesquelz tous, en grant triumphe, allèrent audevant dudit cardinal pour le reverender. Si fut recheu en grant honneur, puis incontinent furent esleuz prescheurs idonnes et clercs habiles, lesquelz allèrent prestement parmy les royaulmes prescliier et adnuncliier la croisie, avec les grâces, indulgences et pardons que chas-

1 . Julien Cesaiini fut élevé à la dignité de cardinal du titre de Saint- Ange en 1426. Mort en novembre 1444. (Aubery, II, 150.)

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cun povoit au dit voyage guaignier et acquerre , tant de y aller en personne, comme de y envoier de ses biens, selon la faculté et povoir des contribuans. Lesquelz prescheurs, publians les belles grâces du Pere Saint, esmeurent telement les coers du peuple à dévotion que plusieurs prindrent les armes pour aller, personelement et à leurs propres despens, combattre les Turcqz infidèles et deffendrela sainte foy crestienne, et les autres y donnèrent or et argent , pour gens de guerre sauldoyer.

Quant toute l’exercite fut preste et ordonnée, et vitailles furent pourveues à Fost soustenir, le roy Lancelot se tyra sur la riviere de Dunoue1, et là, le roy et toute sa compaignie, en la bénédiction et absolution du cardinal, passèrent l’eaue, et se trairent prestement vers ville de Souffres 2, en laquele le roy estoit adverty le grant Turcq soy tenir. Et tant errerent les crestiens des deux royaulmes qu’ils rencontrèrent les coureurs sarrazins, par quoy les deux ostz peurent bien aparclievoir qu’ilz estoient prochains l’un de l’autre et qu’il ne restoit mais que de combattre : et pour ce que le Turcq avoit grant peuple et inexstimable multitude de gens, au regard du dit roy de Hongrie, il tenoit la grant plaine ; et le roy fut conseillié

1 . « Après s’être assuré de la protection du Très-Haut par des prières publiques et des vœux, Wladislas donna l’ordre du départ. Il quitta Bude le 22 juillet 1443, traversa le Danube, puis la Tisza, marchant à petites journées, attendant les retardataires ; revint sur les bords du Danube, le repassa pour la seconde fois, non loin de Szendrô, à l’endroit appelé la Pierre de sel. » (Chassin, 280.)

2. Peut-être Sophia. M. de Hammer dit (II, 298) qu’on remarquait parmi les chefs de l’armée turque les legs de TViden et de Sofia; et, page 299, que Hunyade piit Sofia.

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de tenir pays plus estroit, convenable à son petit nombre, comme il fist. Et là le Turcq , soy confiant en sa multitude, le vint envahir. Si eut entr’eulz merveilleusement grant battaille : et, pour le innumerable peuple que le Turcq avoit, qui se boutèrent au dessusdit lieu estroit du logis des crestiens, ilz estoient (c’est à scavoir les Sarrazins) tant empressez que remuer ne se povoient ; et lors les Hongres et Poullains se misrenl au devant d’eulz par tele resistence qu’ilz les acraventoient comme bestes mues ; pourquoy les premiers entrez voulloient reculler et ceulz de derrière voulloient eulz advancier et aller avant. Sicques, à pou de perte et petite resistence, furent Sarrazins desconfis1, et le grant Turcq s’enfuy villainement, foursenant et maugréant ses dieux de ceste mesadventure ; car on tient de certain, que, cestejournee, y morurent, plus de quarante mille Turcqz et de prisonniers larguement, et ceux quy saulverent leurs vyes ce fut par fuite. En laquele battaille crestiens firent petite perte de gens et grant gain de chevance; car ilzr eurent toutes les tentes, pavillons, bagues et joyaulz, or et argent que les Turcqz, illec moult pompeusement venus, y avoient amenés. Auquel lieu se logèrent le roy Lancelot et toute son armee, loant et glorifiant nostre seigneur Jhesuscrit de leur belle victore : et là fut

1 . « En ce temps les turcs firent une invasion dedans le paj s de Hongrie. On les disoit estre au nombre de sept à liuit cent mille hommes qui passèrent le bras Saint George et le grand fleuve du Danube ; mais, par la grâce de Dieu, le roy de Pologne et son frere, avec les seigneurs de Hongrie et le peuple, les desconfirent et en tuerent quatre cent cinquante mille, et recouvrèrent à ceste fois toute laGrece que tenoient pour lors les turcs en leur subjeclion. » (Berry, 425.)

CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1443]

guaignié une tente merveilleusement grande, et la plus riche que jamais on ait veue ; car elle estoit par dedans toute doublée de veloux cramoisy. Si séjournèrent illec, sur le champ, le légat papal et le roy de Hongrie et Poullane, trois jours, comme il appartient de faire auz vrais champions victorieux, auquel ilz tindrent de grans consaulz, à scavoir se ilz poursieuvroient le Turcq, ou se on s’en retourneroit au pays. Et lors conseil leur aporta que, atout leur victore et leur guaing, ilz s’en retirroient en Hongrye. Lecuiel conseil, ainsi conclu, a depuis porté moult grand préjudice et dommage à la crestienneté, comme cy apres porrez oyr; car, se ilz eussent passé la montaigne de Phlipopoli et poursievy leur victore aigrement, ilz eussent , sans faulte, reconquesté, à peu de fait, toute la Grece; car Turquie trambloit de paour , memorant les nouvelles victores crestiennes i.

Quant, donc, yceulz légat et roy de Hongrie furent rentrez en la cité de Bude, le dit légat chanta messe en la grant eglise, où le roy, princes, barons et menu peuple regracierent Dieu, nostre seigneur, de la

i . Jean Germain, évêque de Châlon, raconte qu’il a ouï dire a à ung homme digne de foy, qui lors estoit en Iherusalem, que le Soldan d’Egypte et Sury estoient en telle disposition et en si grande frayeur, pour les conquestes sur la Disnoue dudit Jehan le Blanc, que les admiraulx, par l’ordonnance de leur seigneur le Soldan (se la conqueste dudit Jehan fut alee avant), de abandonner toute la Surye et se retraire au Cayre et en Egypte : et, mesmement, que alors avoit esté puissamment levé le siégé mis devant Roddes de la part du Soldan.... par les gallees du puissant prince Phelippe, duc de Bourgoingne et de Brabant, à peu d’ayde, par force d’armes, fut contrainct et l’amiral du dit Soldan, à ce commis, de se départir et lever son siégé honteusement et à grant dommaigedes siens. » ( Histoire touchant la faulseté de la loy sarrazaine ; Bibl. imp., ms., n° 6745, livre V, partie xv% eliap. 3.)

[1443] SIXIÈME PARTIE, LIVRE I", v-vi. 29

belle victoire qu’il leur avoit donnée. Et l’en dist que, pour le cliault tarnpz qu’il faisoit , ilz avoient cremu à passer les montaignes. Puis audit lieu de Bude fut tenu ung conseil general, où il fut conclu et arresté que l’annee ensievant proucliaine le roy rassambleroit sa puissance, et, incontinent le mois d’aoust passé, transporteroit son ost oultre la Dunoue : sy yroit concquester la Grece. Et, sur l’arrest de ceste conclusion, cbascun se departy du roy ; lequel prinst les promesses de tous ses barons que de retourner sitost qu’il les manderoit. Laquelle chose ainsi juree, s’en retournèrent tous en leurs liostelz, et le roy, avec luy le légat cardinal de Saint Angele, demourerent à Bude. Si nuncherent, au plustost qu'ilz peurent, ceste belle victore à nostre saint pere le Pape et à l’empereur de Constantinoble *, quy lors regnoit, par ambaxadeurs qu’ilz y envoierent , lesquelz de ces nouvelles oyr furent moult joyeulz.

1107. Comment l’Empereur de Constantinoble et le Boy de Hongrye envoierent devers nostre saint pere le Pape lui signifier les belles victoires de Nostre Seigneur

envoiees. VI.

Quant l’empereur de Constantinoble sceut la vérité de ces besongnes, il se vint joindre au jeune roy de Hongrye et de Poullane. Si envoierent conjoinctement digne ambaxade devers nostre saint pere le Pape Eugene, par laquele ilz le firent dutout certain des clioses dites advenues, dont toute la crestienneté fut grandement resjouye ; par laquele ambaxade ilz inci-

t. Jean Paléologue, fils de Manuel.

CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1443]

toient grandement nostre dit Pere Saint qu’il voulsist à ceste euvre emprinse tenir la main, et envoiast inviter les princes crestiens et aussi les communaultez, comme Venisse, Jennes, Florence etaultres, adfin que chacun fesist armee par mer, tant de gallees comme d’autres gros vaisseaulz, pour garder les estrois de Constantinoble contre l’envahie des turcqz, qu’ilz ne peussent pas entrer de la Turquie et de la Natolye en Grece, et que, par ce moyen, la Grece seroit aisible à concquester.

Nostre saint pere eut très agréables y celles nouvelles, et fist grandement son debvoir de les signifier auz roys et princes crestiens, en especial au duc Pbelippe de Bourguoigne et de Brabant, pour ce qu’il le congnoissoit très crestien et aimable prince, espérant que legierement feroit secours à la crestienneté de son povoir. Lesqueles nouvelles venues à lacongnoissance du bon duc, il luy prinst grant désir et voullenté de faire armee qui feust à la loenge de nostre seigneur Jhesucrist, etauprouffit delà crestienneté; et, pour ce qu’il n’entendoit pas bien en quele maniéré il povoit ou debvoit conduire le secours qu’il y desiroit envoyer, transmist ung chevalier de sa cour à Romme, nommé le seigneur de Conté *, frere au cardinal de Tlierewane 2, auquel il bailla instruction de ce qu’il avoit à faire devers nostre saint pere le Pappe.

1. Guillaume Le Jeune, seigneur de Contay, conseiller, chambellan et premier maître d’hôtel de Philippe le Bon (La Barre, II, 218). Mort à Bruxelles le 19 décembre 1 4-67 ( Chronique de Charles le Téméraire , chap. iv ; Bibl. imp ., ms., fonds Dupuy , n° 724.) — Voyez ci-après la pièce I de F Appendice.

2. Jean Le Jeune, né à Amiens vers 1410, successivement évêque de Mâcon (1431), d’Amiens (1433) et de Thérouanne (1436) , parvint au

SIXIÈME PARTIE, LIVRE I-, vi.

En cellui tempz que le dit seigneur de Conté estoit allé h Homme, icellui duc de Bourguoigne estant en la ville de Challon sur la Sonne, adcompaignié du duc de Bourbon 1 et du duc de Savoie 2, du conte de Nevers 3, et de plusieurs autres contes et barons, vint illec ung ambaxadeur de par l’empereur de Constantinoble devers vcellui duc, nommé Théodore Crystino 4, lequel le dit duc recbeupt moult honnoura-

cardinalat le 18 décembre 1439. Mort à Rome le 9 septembre 1431. (Gallia christ., X, 1199-1200 et 1366.)

1. Charles, duc de Bourbon et d’Auvergne, comte de Clermont, mort le 4 décembre 1456. (Anselme, I,...)

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