‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 7 sur 128 · Louis, duc de Savoie · texte numérisé non relu

Louis, duc de Savoie

3. Charles de Bourgogne, comte de Nevers, mort en mai 1464. (Anselme, I, 251 .)

4. « Théodore de Caristos, archer habile et audacieux, » assistait au siège de Constantinople en 1453 (Hammee, II, 417.) La Chronique de J. de Lalain et les Mémoires d’Olivier de La Marche sont les deux seules histoires contemporaines dans lesquelles, que nous sachions, il soit fait mention de l’ambassade de ce Théodore. Voici les deux versions :

I. — «Le duc Phiiippetint grant court, et là (à Chalons) y arrivèrent grant foison de barons et chevaliers de Bourgogne, de Savoie et autres plusieurs d’étranges pays; et, entre ces autres, y arriva ung chevalier ambassadeur de l’empereur de Grece et de Constantinoble,accompaigné jusques à douze personnes, atournees et vestues à la mode gregeoise ; lequel, à l’issir de l’oratoire du duc, après que les deux ducs eurent ouï la messe, commença devant les deux ducs (de Bourbon et de Bourgogne) de dire et proposer la légation et charge qu’il avoit de par son seigneur l’empereur, laquelle seroit longue à reciter. Mais, pour venir à l’effçt de sa légation, il requeroit avoir secours de gens d’armes pour mener par mer sur galees et navires de guerre, afin de pouvoir résister à l’encontre des infidèles , desquels estoit conducteur le grant Turc, qui journellement s’efforcoitde faire entreprinse, grans guerres et destruction de chrétiens de l’empire de Grece. Et disoit que si par le duc de Bourgogne n’estoit secouru et aidé, il ne veoit nul prince chrétien qui eust voulonté de bailler secours pour aider à défendre la chrétienté, laquelle ung chacun jour le Turc s’efforcoit, de tout son pouvoir, de vouloir détruire et anéantir.

« Apres ce que celui ambassadeur eut fait et proposé sa légation de par

CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1443]

blement. Et le dit Théodore luy présenta lettres de par son sire l’empereur, contenans credence tele que vous orez : c’est à scavoir que l’empereur, aprez les recommandations qu’il faisoit au dit duc, il s’adresclioit à luy comme à prince très crestien, renommé de voullenté et de fait pour secourir les crestiens contre les infidèles; et, en oultre, lui signifioit les grandes* et belles victores des Vallaques et du roy de Hongrye, que ilz avoient eu sur les turcqz, et mesmement la voullenté que yceulz Hongres et Vallaques avoient de venir concquester la Grece : et comment le roy de Hongrye avoit signifié à luy, empereur de Constantinoble, qu’il feist sa puissance en provision de gallees et navires pour garder le destroit de Constantinoble, parquoy les Turcqz ne peussent passer en la Grece,

l’empereur de Constantinoble, le duc lui respondit qu’il avait bien ouï et entendu tout ce qu’il avoit dit et proposé, et que sur ce il auroit brieve responce, comme il eut; car le duc, apres qu’il eut parlé à son conseil, conclut d’envoyer au secours de la chrétienté, vexs l’empereur de Constantinoble, certain nombre de gens d’armes et de trait. Et fut eslu, pour de ceste armee avoir la conduite, le seigneur de Wavrin, lequel, avec ses gens d’armes, montèrent sur galees à Venise; et avec lui en sa compagnie estoit messire Vascq, chevalier espagnol, et ung moult vaillant et expert chevalier aux armes, nommé messire Gauwain Quieret, natif des pays de Picardie; lesquels exploitèrent tellement de nager, qu’ils vinrent à Modon , où ils trouvèrent le cardinal de Sainte Croix, pour lors légat de nostre saint père le Pape, et, avec lui, quatre galees armees aux despens de nostre dit saint père. De leur armee, et de ce qu’ils firent, ne veux faire ni tenir long conte ; mais, comme j’entendis pour lors, ils ne profitèrent guère à la chrétienté, ni aussi ne fut faicte chose qui fut cà leur prouffît, dont à présent veux cesser d’en plus parler. » ( Chronique de J. de Lalain , 613.)

II. — « Lors arriva vers luy (le duc de Bourgogne) un chevalier greq de la court de Constantinoble, et apporta lettres et ambassades, de par l’empereur dessusdict, au duc de Bourgongne, l’advertissant de ses nouvelles et le requérant de secours et aide. Et, quant à ses nouvelles, il estoit

[1443] SIXIÈME PARTIE, LIVRE Ier, vi.

pour laquele resistence faire ledit empereur n’estoit pas puissant assez, sans l’ayde de nostre saint pere le Pappe, des Vénitiens et aultres princes et peuples crestiens. Et remonstra le dit Théodore au duc en quele cheliveté l’empereur vivoit dessoubz le Turcq, en lui disant : « O très noble prince, pense en ton corage, setoy et tes subgectz estiés en pareille mendicité et subgection des parvers annemis de la foy, tu requerroies et prieroies d’estre secouru : ainsy nostre empereur et tout son peuple crestien, de pardela, cryent aprez toi, comme prince puissant et de pitié renommé, que tu les voeilles secourir. » Teles ou semblables et plusieurs autres parolles, belles et doulces, dont l’ambaxadeur estoit aourné , dist il au duc, dequoy il eut grant pitié et compassion : si se traist le

adverty que le grant Turc faisoit une grande et très puissante armee en intencion de passer en Grece et de venir devant sa cité de Constantinoble : et trouvait l’empereur peu ou nuis princes disposés à son secours. Parquoy luy, congnoissant le duc estre bon amy et vray catholique, mettoit sa fiance et son confort, apres Dieu, en luy seulement; car tant avoit desja approuvé le seu de son noble vouloir et de son pouvoir que sesnaves et ses navires, àgrans frais et à grant puissance, avoyent vaucré la mer de Levant et fait grant secours à la crestienté ; et, pour ce , envoyoit devers luy, en esperance de secours et d’aide. Et certes le chevalier ambassadeur estoit tenu l’un des plus adroits archiers, à leur maniéré, qui fust en toute Grece : et, pour appreuve, je le veis courir à cheval, et, en courant, bander son arc et mettre sa barbe en sa bouche, pour doubte de la corde, et tirer derrière luy plusieurs fléchés ; qui estoit chose moult nouvelle à la façon de par deçà....» — « Le vingt-uniesme jour de septembre 1443...,, le duc expédia l’ambassadeur de Constantinoble, et lui fit de grans dons; et fut l’effet de son expédition tel, quele duc faisoit scavoir à l’empereur qu’il se tiroit en ses pais marins, et que, luy arrivé par delà, il mettroit gens et navires sus , pour l’aide et confort de la crestienté et de l’estât de l’empereur; et de ce feroit telle diligence, que l’empereur auroit cause de s’y contenter. » (Olivier de La Marche, 377, 393.)

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duc à part avec son conseil, et appelèrent le seigneur de Wavrin *, auquel on bailla la conduite dudit ambaxadeur. Et lui dist le duc : « Enquerez et demandez à ce légat en quele maniéré je porroye secourir le plus prouffitablement à l’empereur et à son peuple. » Lequel seigneur de Wavrin en fist demande à l'ambaxadeur, au nom du duc. A quoy il respondy que ce serroit que le duc envoiast à l’empereur ayde, ou plus qu’il porroit, de gallees et navires bien armees pour aidier à garder ledit destroit. Et aprez que le seigneur de Wavrin eut reporté cette response au duc de Bourguoigne, il fist appeler l’ambaxadeur, auquel il dist qu’en ses pays il n’avoit nulles gallees; mais estoit vray qu’il en faisoit faire trois à Nisse, en Prouvence, auquel lieu il avoit une très belle nave et une cravelle, qui seroient de commencement. Et dist encore celluy duc à l’ambaxadeur : « Voeillies nous aviser où nous porrions recouvrer de gallees. » Et l’ambaxadeur respondy au duc : « Envoiez gens, artillerie et argent à Constantinoble, l’empereur vous en délivrera quatre. » Et, lors, scentant ledit seigneur de Wavrin que c’estoit chose à l’adventure d’envoier si loingz gens et argent, distau duc à part (car il avoit autresfois esté à Venisse et veu le grant nombre des gallees auz Vénitiens) : « Monseigneur, vous avez les Vénitiens quy sont vos amis et qui, journelement, ontmestier de vous en vostre pays de Flandres. Se vous vouliez envoyer devers le duc et la seignourie de Venisse requérir qu’on vous preste, pour vostre armee, quatre gallees, ilz ne le vous refuseront pas ; car l’armee est

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