‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 90 sur 128 · Aire · texte numérisé non relu

Aire

2. Ferry Bridge, dans le Yorkshire. Cette ville est située sur la rive sud de l’Aire.

3. Le 28 mars 1-461. En Angleterre, l’année commençait le 23 mars.

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passage où ilz se logèrent, au pied du pont. Et quant le conte de la Marche en fut adverty, il fist marcliier son assamblee; puis, quant il fut logiés, il voult aller veoir et adviser le passage , avec luy ses capittaines.

Quant ilz eurent tout bien advisé le convenant des an n émis, le conte de la Marche, comme preu et hardy chevallier, bien asseuré, dist qu’il estoit expédient de guaignier le passage et que autrement ilz ne povoient prouffitablement besongnier. Si fut ordonné d’assaillir le pont, que les adversaires avoient fortiffîe ; et par ainsi fut eslevee l’escarmuclie quy dura depuis xii heures, à midy, jusques à vi heures du vespre ; et y morurent, tant d’un costé comme d’autre, mieulz de trois mil hommes : lequel pont guaignerent ceulz de la partie du conte Edouard de ia Marche, et passèrent toute l’armee oultre celle mesmes nuit. Si faisoit moult froit de nesges et gresilz, tant que pitié estoit à veoir gens d’armes et chevauîz-, et, qui le pis leur faisoit, estoient mal avitailliés. Mais touteffois se logèrent illec toute celle nuit jusques à lendemain au matin, qu’ilz eurent nouvelles que le roy Henry estoit issu hors de la cité d’Yorc et avoit son estandart boutté auz champz, et venoit en grant ordonnance pour combattre : si menoit l’avantgarde du roy le duc de Sombresset, avec le duc d’Excestre , le seigneur de Riviere, Anthoine son filz; le conte de Northumbelland menoit la battaille. Si estoient tous nombrez à Lxm hommes.

1210. De la grant battaille qui fut assez près d’Yore ; laquele guaigna le conte de la Marche, qui aprez ceste victore fut fait roy d’Engleterre. XLVIII.

Quant le conte de la Marche et les seigneurs de sa

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partie furent advertis que le roy Henry estoit auz champz, ilz en furent moult joieux; car autre chose ne desiroient que le combattre. Si appela le conte ses capittaines, et leur dist qu’il estoit besoing de mettre leurs gens en ordonnance , adfin de prendre champ avant que leurs annemis les aprochassent de trop prez; laquele chose ilz firent bien dilligamment, selon le commandement du conte. Si advint, ainsi comme il ordonnoit ses battailles et que lors il avoit envoie gens pour descouvrir le pays, pour tant qu’ilz estoient à quatre milles prez l’un de l’autre , ilz n’allerent gueres loingz quant ilz percheurent les coureurs de leur adverse partye. Pourquoy ilz renvoierent devers le conte de la Marche , luy nunchier comment ilz avoient veu grant foison gens d’armes sur les champz; et ne demoura gueres , depuis aprez , qu’ilz veyrent l’estandart du roy Henry. Si retournèrent hastivement devers Edouard , conte delà Marche, auquel il contèrent la maniéré et comment ses annemis se conduissoient.

Quant ledit conte fut adverty par ses gens de la fachon de ses adversaires, il alla veoir au long de ses battailles tant qu’il vint à ses gens de cheval, qu’il avoit mis sus liesle, et leur disoit, à visage joyeuz, tout en sousriant : « Mes enfans, je vous prye que , aujourd’huy, soions bons et loyauz l’un à l’autre ; car nous combatons à bonne et juste querelle. » El lors chascun respondy à liaulte voix que ainsi le voulloient ilz faire; et, endementiers, l’en vint dire au conte que l’avant garde du rov commencboit fort à marchier. Pourquoy le conte Edouart se retray desoubz sa baniere , où il n’eut gueres esté quant le seigneur de Rivières et son

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filz, adcompaigniés de vi àvnm hommes de Galles, que conduissoit AndrieuTrolot, lesquelz sievoitle duc de Sombresset, adcompaignié d’autres vnm hommes, lesquelz, tous à ung faix, chargèrent sur les gens de cheval du conte de la Marche. Si les misrent en fuite et chassèrent bien xi milles de pays, et leur sambla qu’ilz avoient guaignié grant butin; car ilz pensoient que le conte de ISorthumbelland eust aussi chargié sur l’autre costé; mais il ne le fist pas sitost, dont ce fut à sa malle heure; car il y morut ce jour.

En ceste chasse morut beaucop de gens de bien du conte de la Marche, lequel, sachant la vérité de ceste adventure de ses gens de cheval, fut moult doullent et courouchié : ouquel instant il vey venir la battaille du conte de Nortliumbelland, portant ycellui la bannière du roy Henry. Si chevaulcha tout au long de sa battaille, où estoient les princes de sa compaignie, ausquelz il remonstra comment ilz l’avoient voulu eslire pour estre leur roy, disant qu’ilz ne scavoient plus prochain hoir de la couronne, laquele ceulz de Lanclastre avoientusurpeejaavoit longternpz: et, pour ce, leur prya instamment que ayder le voulsissent à recouvrer son héritage, de quov chascun luy voulsist dire sa voullenté, et se aulcuny avoit quy ne lui voulsist bien faire, se partist et allast où bon luy sambleroit. Alors chascun d’eulz, oians la requeste tant amyable que leur faisoit ledit jeune conte, lequel desja tenoient pour roy, respondirent tous d’une voix que jusques au morir ilz luy aideroient de corpz et d’avoir; de laquele responce le conte lesremercya.Sidescendy de son coursier, en leur disant, l’espee ou poing,

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[de laquelle iloschist son coursier] \ que ce jour voulloit vivre et morir aveceulz, adfm de leur donner plus grant courage. Et lors se vint il mettre devant son estandart, regardant ses annemis qui marclioient puissamment, menant moult grand bruit, cryant à liaulte voix : u Kinc Henry !» Si y eut, au jour de cest aprochement, moult grant occision entre les deux parties, et fut une longue espace que l’en ne scavoit à qui donner la victore , tant fut la battaille furieuse, et la tuyson grande et pitoiable; car le pere ne deportoit le fdz, ne le filz le pere. Mais enfin, par la grant proesse principalement dudit conte de la Marche , Dieu luy donna la victore et guaigna la journée1 2 sur ses annemis, lesquelz il mist à plaine desconfiture.

A la vérité, qui volroit déclarer et dire toutes les proesclieuses apartises d’armes qui ce jour s i firent tant d’un costé comme d’autre , l’en y porroit trop mettre, et pour tant m’en passeray le plus brief que faire porray ; mais je vous ose bien affermer que la plus grant froisse de la battaille s’aborda vers le quartier du conte de Warewic, lequel y fut durement navré; mais enfin ceulz de la partye du roy, de la royne et du duc de Sombresset furent menez à plaine desconfiture, et demoura victorien le conte de la Marche ; et, comme je feus informé lors par gens de credence qui à la battaille furent, tous les plus grans princes d’avec le roy et la royne y demourerent mors ou prins. Premièrement le conte de Nortliumbel-

1. Du Clercq (XIV, chap. 24), ainsi qu’Holinshed (II, 664), attribue cette action et ces paroles au comte de Warwick. Habington (II, 432) raconte ce fait exactement comme notre chroniqueur.

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