‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 5)Chapitre 118 sur 146 · CHAPITRE XLVir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVir

Gomment le roy print Roye, le Tronqnoy, Corbie et Donrlens; et oomment le conte de Ronssy fut descoofiz et prins par IfS Francoii» et d*anltres choses touchant Sainct Ricquier, et des trefvet de noeuf ans.

En oedit an, le roy fist venir et descendre, es pais engagez, une grosse armée, là où il estoit en personne : et estoient les trefves faillies entre luy et le duc. Fist amener sa grosse artillerie, et, de prime face, vint à Roye, en Vermendois, qu'il fist abbatre et ardoir, ville et chastel, et murs. De là, s'en alla devant ung chastel nommé Tronquoy, ouquel avoit de trente à quarante compaignons qui se disoient au seigneur de Crevecoeur, bailly d'Amiens, qui faisoient tous les maulx du monde aux François d'Amiens et d'ailleurs, et à tout le pais d'environ; mais le roy y fist asseoir ses gros engins, et le fist abbatre et trébucher en terre, et pendre et estrangler tous oeulx de leens, réservé le cappitaine qui eschappa par finance. De là, s'en vint le roy devant Corbie, laquelle il fist assaillir par pluseurs fois, et battre de ses engins merveilleusemeut fisut, et abbatirent grant foison de murs. Et lors le seigneiu* de Contay, le seigneur de Gappanes, et aultres du parti du duc, se rendirent, sauf leurs corps et leurs biens, et s'en allèrent à Arras ; et lors les François entrèrent en la ville, laquelle ilz pillèrent, et puis y boutterent le feu et abbatirent les murs auprez des terres. De là, s'en vint la dicte armée du roy devant Dourlens, laquelle luy fut rendue : puis pareillement fist bruUer, démolir et abatre les murs Jusques aux fondemens.

Ce pendant, oudit an, le conte de RoussyS filz du

I. Antoine de Ijuxembourg, comte de Brienne, de ligny et de Ronssy, etc., conseiller et chambellan du roi, ûU du connétable de Saint-Paul (AnsKun, III, 729.)» fut d*abord atUché A la maison de Charles le Téméraire, et reçut, le 18 février 1472, les provisions de lien-

308 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

conte de Sainct Pol, conuestable de France, estoit en BourgOQgne, cappitaine gênerai commis de par le duc de Bourgongne, à tout une grosse armée de Picardz qu'il avoit amené avec luy des nobles de Bourgongne : furent mis en desroy, rue?; jus et mors, et ledit conte de Roussj prins prisonnier, et pluseurs aultres avec luy.

En cest an , ou mois de may, le seigneur de Picquigny, vidame d* Amiens, vint à Sainct Ricquier, laquelle luy fiit rendue par les gens de .guerre qui se partirent leurs corps et biens saufz : et ceulx de la ville debvoient demourer avec leurs biens dedens ladicte vOle, et tous ceulx des villages qui y estoient, en faisant le secment au roy, ce qu'ilz firent. Mais, incontinent quHlz furent leens, ilz commencèrent à pi Hier en aulcuns lieux : et, au partir, le seigneur qui estoit logiez dedens Tabbaye fist chargier tous les biens moeubles dudit abbé, lictz, coffres, bancz, buffetz et aultre maisnage^

tenant général de Bourgogne. (Saiazaho, IV, 405.) Un compte de Jean de Varry, cité par La Barre (II, 270, note B), et finissant le 30 septembre 1475, le qualifie c lieuteuant-géuéral de M. le duc, gouTcmeur et maréchal du comté de Bourgogne, etc. » Fait prisonnier à la bataille de Gaipj, près Cbâteau-Ghinon, le 20 juin 1475 , il fut enfermé dans la grosse tour de Bourges, d'où on l'amena au Plessis-du-Parc. Louis XI lui reprocha rudement ses torts et ses perfidies, et ne consentit à loi laisser la vie sauve qu'à la condition par lui de payer, dans deux mois, une rançon de quarante mille écus d'or. (Lsitglkt, II, 117, 123, 201.) Cette condition fut probablement remplie, car Antoine de Luxemboui^, alors comte de Brienne, figurait, le 12 juin 1493, an nombre des seigneurs que le roi de France chargea de reconduire Marguerite d'Autricbe, et de la remettre entre les mains de l'empereur Maximilien. (Ahsblxb, Ioc. cit.; La Glat, Correspondance de C empereur Mtixlmllien^ II, 425.) Scohier, cité par Anselme, place la mort du comte de Roussy en 1515. Nous croyons ce renseignement exact. Deux sentences rendues aux requêtes du palais, à Paris, prouvent, du moins, qu'Antoine de Luxembourg vivait encore le 30 mai 1512 , et qu'il n'existait plus le 31 mars 1516. Il n*y a donc aucun compte à tenir de ce que rapporte La Barre {toc. cît,). d'après le même Jean de Varry, de la mort d'Antoine de Luxembourg avant le 30 septembre 1476. Au mot que nous imprimons en caractère italique, il faut sans doute substituer celui de prise.

APPEPn>ICE. 309

tant qu'il n'y laissa jusques à ung seul passet* ne scabelle, et tout emmena par chairoy, à Amiens, où bon loy^ambla. Et, au partir, non obstant le serment fait, tout le bestiail qu*ilz trouvèrent hors de la ville ilz l'emmenèrent, et meismes, dedens la ville, prindrent pluseurs biens, disant que c'estoit à gens qui n^avoient point faict le serment, ou qui estoient du parti contraire. Et y furent lesditz François depuis le lundi de Penthecouste , qu'ilz y entrèrent environ douze heures, jusques à la nuict du Sacrement, aprez vespres , qu'ilz partirent hastivement : ainsy y furent dix jours entiers. Et Tendemain, jour du Sacrement, le seigneur vydame d'Amiens renvoya sa trompette audit Sainct Riquier signifier aux bonnes gens qu'il estoit desplaisant de ce que on leur avoit osté , et qu'il leur feroit tout rendre et renvoyer, et qu'ilz fussent tousjours bons et loyaulx au roy.

Cy est à noter ce que j'avoie obmis : ce pendant que les François estoient en la ville de Dourlens, et aincois que les murs fussent démolis, ilz allèrent courre devant An*as, et e8(oit leur cappitaine le bastard de Bourbon', admirai de France. Quant ceulx de la garnison d'Arras en furent advertis, dont estoit chef le conte de Romont', frère de la royne de France, messire Jacques de Luxembourg*, frère du eonnestable, issirent dehors, là où il y eust grant rencontre (^ occisiôn de gens; mais, finablement, le conte de Romont s'en retourna en la ville, et messire Jacques de Luxembourg,

i. Petit tabouret, c Ne lay bailler carreaiiXy ou tronchety ou passet à mettre soubs les piedz. » (Les Arrêts d'amours, p. 69.)

2. Louis, bfttard de Bourbon, fils naturel de Charles !«', duc de Bourbon, et de Jeanne de Bouman, légitimé au mois de septembre 1463; marié à Jeanne, fille naturelle de Louis XI. Mort le 19 janvier i486. (AVSKLME, I, 308.)

3. Jacques de Savoie, comte de Romont, mort le 30 janvier i486 (GuiciutiioB, II, i0i-i02.)

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