PROLOGUE
Comme nouvellement me soient advenus pleurs, angoisses et empirement pour la mort du très excellent prince Tauguste duc Phelipes, le grant lyon, le grant duc de Bourgongne^ le pillier de l'honneur de France et la perle des princes crestiens, et que, avec le grant interest que je y avoye, je consideroye aussy la perte universelle qui s'en faisoit entre tant de haulz nobles hommes ses serviteurs et ausquelz la vie désormais, par samblant , estoit ennuyeuse et désespérant; à' ceste cause, moy voeullant donner lieu à ma dolleur, et pour icelle tant myeulx povoir démener à par moy, fut en pleurs et en regretz, ou fut en mains destordre, ou en parolle, me mys seul en lieu clos; doncqz, comme doeul droit là démené à mon aise en longue espace me donnoit turbation en Tesperit, et, par la vexation trop longuement continuée, pesanteur en l'entendement et fatigue, me escheit alors de me as-
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sommeiller. Et comme non tant seuUement la mort de ce noble duc, mon maistre, me avoit este impectoree, mais egjaUemeni le grand doeul du très noble fils et héritier, lesquelles pesanteurs infinies tournoient sur moy par ceste mort, et lesquelles je avoye escogitees et maniées en mon entendement, par amour que j 'avoye envers luy, advint lors que je cbey en vision estrange. Et comme je reaiment veisse alors des yeulx corporelz et non dormant, ce me sembloit, me trouvay en chambre close, là où estoit ce josne nouvel duc, le duc Charles, tout seul dedens, sur ung bancq assis, sans arme nulle et vestu de robe de doeul, ung bonnet seullement en teste, qu'il pensoit et musoit durement, ne scavoye à quoy : mais prestement, comme se ce eust esté fantommerie ou chose d'illusion, me percheuz de multitude de personnages d'hommes et femmes qui droit là naissoient, et sans y estre entrez par huys, par fenestre, ne par toict, ne par soubzterre, en ung subit et tout à ung flot, et à tous lez, Venvironnoient et en prindrent saisine toute estroicte avoient touttesfois tant en veis ayans tous et toutes sur eux tiltres et escripteaulx en divers lieux, par lesquelz donnoient à congnoistre leurs noms et leur estre, et desquelz aultre que moy en deduysant le mistere fera narration : tant seullement me loist parler de deux, d'un jouvencel et d'une dame, dont la dame gisoit devant lui à genoulx avec ung miroir en sa main, et le jouvencel se. tenoit droit devant luy, vestu de blanc sandal, à chevelure comme or et la face comme perle, lequel, comme je le perceuz le dernier et le derrain monstrant, et doubtoie bien que Teflect de tout ce mistere, en la plus grant part, deb-
APPENDICE. S2i
▼oit tourner sur luy, comme il fist, je oys alors et si le veys à l*oeul, qu'il commença ceste parolle en disant:
« Charles» nouvellement duc de Bourgongne, prince de grant venue et de haulte attente, fils d'un père qui n'a pareil, et d'un duc dont le nom temist les couronnes, que siez tu droit cy et te maintiens morne et pensif, et es en dedens toy encombré, ce me samble, en l'esperit, et au dehors tout altéré visiblement en tes moeurs et en tes manières? droit cy, à dextre et à senestre, t'environnent multitude de gens, diversité d'hommes et de femmes qui te travaillent, te estonnent les oreilles , te encombrent la veue et l'entendement, te tirent par le mantel et par ia robbe, et, couchié au lict^ te hochent l'oreiller de ton repos. Les vecy, Charles, les vecy : je les te monstre. Ce sont personnages de nouvel affaire et de grant note, et lesquelz, posé que sambler porroit qu'il te deussent inférer passion, si sont ilz neantmoins de l'essence de ton nouvel estât et de la congruité aujourd'huy de ta haultesse. Regarde en moy, 6 prince pensif, reprens vertu et vigueur devers toy, et entends et prens escout à mon estre. J'ay, à mon cler entendement, luminaire et eslor lefdus précieux de rhomme, qui, en la perplexité où je te vois ahers et assis, qoasy tout entrepris entre foire et non fiiire, te viens à confort et monstrer que là ou maintenant, poealt estre, te tiens à vexé de ceste diverse gent non aprins, ta tiendras à salut et grant fhiict leur venue, et, cy après, la presse qui te livrent k grant joye : si ne te esmaye en riens, je le prie, ne de diose qoe tu voyes ne bis murmure. Toultes ces per* sonnes droit cy ont leur nom, leur nature et singu*
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liere opération à toy servantes^ sont de ta nécessite hodierne et quasi ce mesmes que tu es , quierent ta personne et ton approce, désirent à estre veuz et ouys, et grant part de tes interiores vertus envers eux tournées. Leurs noms viendront cy aprez pièce à pièce, là où, par singulières qualitez, par doctrine, et, comme * le présent mistere requiert que je commence et que je le te declaire, expositeur ung après aultre; dont, et pour ce que une dame, entre touttes aultres, droit cy se est mise à genoulx devant toy, et, comme la dernière venue, se est approchié à toy par importun langage, désirant avoir le premier escout, moy argue aulcunement en son importunité. Et, pour ce que l'impression m'en est plus ague, feray mon commencement sur elle ; et, jà soit ce que les aultres soient de substance très grande et de grant elTect, et trop plus, poeult estre, que ceste, touttesfois, comme il convient avoir entrée en touttes choses et en touttes matières convenable addresse, ceste cy, la dernière venue, sera portière et ouverture à touttes les aultres : laquelle, comme je la trouve baptisée de propre nom, et, avec son miroir qu'elle te monstre, se nomme Cognoissance de tojr meismes. Et de ceste cognoissance, telle qu'elle est, et du fruict qu'elle t'a porte pareillement, et de son agréer si chauldement ta personne pour avoir le premier escout, et de la cause pourquoy, je te voeul assouffire, si que il te plaise tourner cy à bénigne oreille et là où tu poeulx avoir diverse ymagination en cestuy acte, entens à la sieute du mistere.
« Cognoissance de toy meismes, doncqz, te vient pre* mier adherdre; voire, et par samblant, voeult estre la première ouye, quant par singulier signe, à genoulx te
(ait singulier honneur: et en est la singularité du faire, ce sembleroity aussi de singulier mouvement qui à ce la maine. Si convient ainsy entendre qu'elle sent aulcune chose estre en elle, par laquelle elle entend te povoir donner singulier fruict et advantage aussy, en ia déduction d'aultres choses de singulier effect. Or, comme pour son dernier venir et de son ostencion droit cy porroit donner admiration de son importun semblant ne que à cela la porroit mouvoir si aigre, je, en son excuse, la declaire debvoir faire ainsy, et, devant tous aultres personnages, de combien haulte nature ilz soient, debvoir obtenir ton audience. Soyes en juge toy meismes et regarde que voeult dire le mot, et, le mot bien entendu, regarde quel lieu il doibt avoir emprez toy, premier ou dernier. Le mot te admonneste que, pour entrée de tout salut et de tout bien, tu cog* noisses et prende cognoissance de toy meismes, qui tu es en substance, quel tu es en fortune et en tous accidens ; et certes, quand tu le regarderas et considéreras, et vouldras cognoistre et entendre ce que tu es et quoy, ne dont tu viens et procèdes, et ce que tu es advenir en temps futur, ne fait aultrement à croire que de tout ce présent encombre droit cy de ceste gent que tu ignores que tu ne les sache bien desvoleper, et de tout ce que t'en poeult venir de fruiot et de bien tu n'en saches bien faire ton preu.
«I A venir, donoqz, à cognoistre qui tu es ne quoy, tu poeulx dire et juger toy meismes que tu es le filz du plus hault duc de la terre, le plus illustre et le plus fameux, le plus réputé de mille ans en ça, et de qui, en cas de fortune et de haulx et glorieux fais, se debvra et porra plus escripre. Tu es doncqz le filz d'un duc de
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Bourgongne, dont le nom a esté grant en ton père : si estoit il hault et redoubtable en ton grant père, le duc Jehan, et, tiercement et plus avant encores, en ton ave, là où le oignon du royal lis dont tu es yssu prist ton essource* Quant doncqz tu regardes et considères que tu es celluy, et que tu faiz et encommences la quarte génération de tels glorieux hommes, qui si haultement et si glorieusement ont régné en telle redoubtance, que te doibt il sembler aultrement, Fors que régner et prospérer sur terre te sievent et doibvent appartenir de nature, et aussy naturellement de tes pères, comme leur patrimosne ? Raison évidente y a et bon argument; car, de ce dont séparation n'a esté faicte en ton ave, en descendant, aius annexation plus et plus ferme de père en filz, c'est de haulte fortune àhaulte maison, ne se fera point fait espérer en toy le quatriesme sep, le grigneur des aultres. Considère meismes en quoy et par quoy ils ont régné et dominé : ceste vertu, tu en as aussy devers toy la possession et habondance. Ton ave, filz du roy Jehan de France, en la dignité de sa nature se acquist par commune voix le tiltre du bon duc ; et, combien que touttes aultres vertus y estoient, cestuy nom seuUement luy estoit attribué par une preminence sur les aultres de son temps, car sa bonté vaincquoit et passoit toultes aultres par singulières oeuvres, Luy, le plus josne et dernier des quatre, florissoit et parcreut : et se disposa et tourna son entendement à preudhommye à touttes ses oeuvres, et conclusions à l'intégrité de ce royalme et de publicque salut : avoit le cœur à l'honneur de Dieu et du sien, et, en ce regard, gouvernoit seul ce royalme dessus son frere,etportoitle trosnede France, dont il estoit pillier,
sur ses adules. En luy se maintenoit beaultë et preudhommye, révérence vers Dieu et envers son tronc; et, en celle qualité, il mérita bénédiction , non pas de Dieu lant seuUement, mais des hommes, et de quoy les rays eneores redondent et resplandissent sur toy. Vint après luy le noble duc Jehan, son successeur, prince de réputation très excelse, ne forlignant ne soy estordant des grâces de son père, ne de ses moeurs; mais, par contraires oblicques fortunes, circui de tribulations et de divers dangiers, fut compellé et constrainct de régner tout son temps en armes, efforceement encontre ses ennemis, et, à quoi les greigneurs pers de France, ses contraires, ne pooient mettre remède, tenoit François soubz sa vergue et Engletz en filière. Si n avoit en luy délicate condition ne molesse de char par quoy, à toutte heure, jour et nuîct, ne fut prest à belliqueux encombre, avoit grant sens et peu de vices, véritable et prompt à tout bien faire : dont enfin, par envie et par dol, il enchei en piteuse mort, plus glorieuse pour lui, ainsy perpétrée, que non. De luy sailly, et ainsy le vault Dieu, le grant lyon et duc ton père, ceDuy en qui Dieu a doublé et mys en ong les bénédictions de ses deux pères passez, et de qui si je volloye comprendre de reciter et raconter les haultes grâces, singulières béatitudes et glorieuses adventures que Dieu luy a données et envoyées, luy régnant, et de quoy poeuple et longtaines régions, livres et mémoires des hommes sont comblez et pleines, ce me seroit trop eslongnance de ma voye et de ma matière : mais tant en soeuffre bien dire, et moy je Tose ainsy, sans encore la glorifier en ses vertus, et desquelz je laisse disputer entre Dieu et les hommes. En la terre
n'avoit nul plus beaulx hommes de luy, ne myeulxdoé,
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plus cler ne plus eslevé en fortune, ne à qui fin a esté gardée de meismes à la nature de son règne. Que diront de luypoeuplesi ne que porront dire nations voisines ne foraines ? n'est mort icelluy seul, qui a esté en la bonté et recommendation de tout lemonde,etdequi, pour la félicité de sa personne, pour la transquilité de ses terres et pays, pour l'aiïluenee des biens en iceux, pour la grande extencion de ses terres, pour ses victoires et battailles et haultes conduictes en guerre et en paix les hommes ont fait admiration, le ont déifié quasy entre aultres hommes, et le ont volu recognoistre quasi meilleur que homme. Or est il fine comme ses pères et t'a laissé en son lieu son successeur. 11 avoit glorieux pères et très fameux par devant luy, et luy ne a point empiré leur tiltre dont il te soit moindresse : il te a laissé seul leurs trois béatitudes, leurs trois l>enedictions et grandesses dont leurs règnes ont esté estorez. Il a laissé le règne d'un preudhomme, ton ave, le bon duc et le sage, le bien voulu de tout le monde, le sens, la beaulté de France et le parement, et l'honneur de crestienté en son temps : il a laissé en ton decorement encore le règne du plus vaillant prince de regnans, celiuy à qui fer estoit annexé à sa char comme par nature, qui oncqz ne craignit effort, ne à qui peur oncqz ne donna mutation, et lequel, puissant en règne comme son père, le ensievant de ses moeurs et conditions , ne luy fist point de blasme. Puis est venu ton noble père, jà defTunct, que Dieu absolve, et t'a laissé le sien règne avec le decorement de ses pères. Quel ? certes de tous celiuy perce les nues et transvolle, et circuit les grandes mers, celiuy dont il n'est nul pareil ne semblable entre les roys, ne entre les empereurs
qui y approche de long temps. De celluy haultement r^nant tu es Tunicque filz, et de ceulx glorieux hommes tu as receu trosne et règne. Tu es doncqz ton ave, le très cier viellart, de qui tu empruntes splendeur, et tu es le très redoubté prince ton grant père , de cuy main tu Taugmentes ; et tu es ton père , le souverain de tous, en cuy gloire avec la tienne tu m'esblouys la veucy en luy tu rechoipz les trois bénédictions passées, trois cleres fortunes de félicité et telle multiplicité de grâces, que je ne âcay se mieulx en loist le taire que le dire : le dire en pouroit tourner à excez et le taire à non reprise. Qui doncqz ce vois et te cognois tel homme, tel prince si glorieusement dirivé , de tronc en tronc, par père du glorieux trosne de France , par mère du royal tronc de Portugal, cler comme estoille, et en as la sieute et les haultes possessions, les honneurs et les aomemens du monde, avec infinité de biens, et te vois josne prince, florissant et vert, bien doé de nature et excellent émeut pourveu eu dons de grâce, nulle part ayant voisins ne ton pareil, que doibs tu juger de toy aultrement, fors que tu es celluy seul en la terre le plus heureux et de qui Dieu, par bénéfice receu, doibt avoir de grâces ? N'y a roy en la terre, tant en dis je bien, de si hault coeur que tu es, ne de qui la fortune me samble estre reculée empres la tienne. Si, touttesfois, aulcuns d'iceulx te précèdent en dignité de couronne, tu en précèdes pluseurs et beaucoup en dignité de plus hault tiltre; tu as en toy la meule de leur envie, et sur laquelle ils aguisent leur convoit : c'est le hault règne de tes pères, duquel, touttesfois, comme ils s'en sont glorieusement chevy, tu te cheviras à leur exemple et y mettras peine.
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<c Comme doncqz tu cognois présentement et sens qui tu es en puissance et en gloire, et de qui tu les as tirées, et cognois aussy que à ung tel et si très hault homme, et en telle dignité comme tu es, il y appartient avoir pensées et opérations de meismes, avec saine et bonne volunté en bien, non merveilles, certes, se toutte ceste gent droit cy, qui sont connaturelz et une meismes chose avec toy, te circuisent et advironnent, et te donnent presse et vexation en ton esperit, chacun selon sa nature; car n'y a nul qui, en sa présentation devant toy et en son office faire, ne te serve et profitte. Exemple : velà Sofngj ce bon chevalier, homme très agu et pressant, ensemble Souss/y son frère, avec leur soeur, dame Cure^ qui te naissent de Tame tous trois, et te viennent soliciter le coeur et les esperis de ton aflaire. Certes et ce font ilzdeuement et bien, comme qui poisent et regardent , au jourd'huy, que soing et soussy, grant cure et grant solicitude te doibvent estre prochaines, et tenir touttes les veines de ton cœur enferrées en leurs ferremens ; car en accroissement de seignourie sieut voluntiers mutacion de corage, du meismes à Testât. Qui est en la terre celluy qui ne dit que curieux soing et grant soussy, au jourd'huy, ne te soient propres et de ta nécessite, et quasy impossible de les te fortraire, quant tu as le fardeau de Thonneur du monde entre les mains, la clef pour clorre et ouvrir humain salut, et l'auctorité de povoir faire ou deffaire ta propre bénédiction et Taultruy ? Voirement, et non sans cause, te duict bien cy avoir cure et grant soing comment tu besongneras en ces trois choses, et comment tu tiendras en estât l'ancien édifice que tes nobles pères y ont fondé dessus. O non plaise à
Dieu que ce De te soit immobilement en Toeul, et que ce glorieux édifice, de si longue main fabricqué el faict, tu n*ayes plus chier que ta vie! Tes peres, helas! le ont cuydé ediffîer perpétuel, et tu, se Dieu plaist, ne frustreras point leur haulte expectation par petit y entendre.
w Vient après ces trois cy ung aultre, et d'aultre présentation, et se nomme Paour : et te remonstre icelluv que, naturellement, il doibt avoir lieu emprez toy et continuel siège, disant que sans luy tu de legier te porroyes tordre et tourner à la voye oblicque, et par luy tu tiendras en balance et en longue suspence ton élection, de paour de mal conclurre, comment il te remonstre. Et me samble que vray dit que paour, au jourd'huy,te sert merveilleusement et te est de fruîct, et ne fust tant seuUement que pour garder à sa necteté le trosnede tes engendreurs, lesquelz, par paour qu'ilz ont eu de mal faire et de ternir leur nom, le ont eslevë plus cler que fin or par curieux entremettre. Paour, telle comme droit cy, en hault homme est une salutaire vertu : elle a ung oeul eslevé en Dieu et Taulre en soy meismes, l'un en la garde d'aultruy honneur, et Taultre en son propre, et ne soeuiïre jamais prendre fourvoy à homme noble. Geste paour ne acompaigna mye le roy Boam au decez de son père, mais tost et follement la dechassa en arrière de luy, et, habandonnant le conseil des vieulx et des sages preudhommes, déclina au conseil des josnes, à sa dure meschance ; car, héritier du trosne sur douze ligniés, pour le povoir régir prestement, en perdit les dix par son oultrage. Son père les avoit gouvernez soubz vergue de jong, et luy se presumoit de les conduire soubz vergue de fer : si failli
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à son prétendre, et les Manassiés s'en rebellèrent et prindrent ung aultre roy à son contraire. O comme fructueux exemple droit cy, et comme proffitable à la bien gouster ! Salomon estoit filz de David, et leal et feable, àcuy Dieu avoit Ëiict sempiteme promission, et en cuy faveur il conferma au dit Salomon, son filz, son règne et son trosne. Le trosne de David avoit esté faict et acreu à diverses foiz, à diverses cures et labeurs de battailles, et de grandes chevauchiés contre les ennemis de Dieu, et non oncqz, fors au dernier de ses jours, tout viellarty n*avoit eu quiétude : tout son temps avoit maintenu les guerres encontre les estranges nations, avoit esté plain de soings et de cures toutte sa vie, et de ce dequoy oncqz il ne avoit eu fors sueur et travail, pour le mettre eu ung, le laissa à son filz tout paisible et transquile. Le filz maintint son règne glorieusement, s'asseist ou trosne que son père luy avoit préparé : ne luy besongna d'emprendre armes ne escuau col, tout trouvoit transquile et tout sien, en paix et en concorde, ne fit ne çà ne là deschirement ne fraction nulle : mais, comme se Dieu l'eust aymé, comme il fist, d'une sin* guliere amour, et faveur non jamais veue ailleurs, toutte la bénédiction du ciel et de la terre luy affluoit, ce sambloit, et luy felicitoit son règne, et tout en l'amour et en la bonté de son père David, lequel avoit pris en grâce. Se desvoya touttesfois ce Salomon en sa félicité, à tout son grant sens : et, en l'yvresse de tant de biens et de gloires, il oublia Dieu, perdy ceste paour que j'ay icy ramentue et courouca Dieu. Dieu n'en prist pas toutefois la vengance sur luy en son vivant, et tout pour Tamour de son père : mais en son hoir luy promist dissipation et décadence de son règne. Qui est
ce David icy ? le prince de travail et de grandes cures portées, qui^ à tant de diverses fois et encores tant de diverses mains, a ediffié et construict son trosne en ung entier : c'est le noble duc ton père. Et le noble Salomon, qui tout treuve paisible, tout reflamboiant d'or et de perles, tout plain de bénédiction et de humain convoit? c'est ta haulte et heuree personne, que Dieu a volu béatifier ainsy en l'amour de ton père espoir et pour estre le pillîer de son poeuple, en quoy il te troeuva ydoine.Dea! si Salomou se oublia et se tordi, ne s'ensieut mye pour tant et n'est de nécessité que tu feces ainsy : mais l'advertence en est fructueuse, pour tant qu'en l'affluence de tant de félicitez comme la sienne, la desvoyance y fait fort à craindre. Or es tu le vray ymage de ton père David, et Dieu, en la sienne promesse et en la vertu qu'il t'a donné, te confermera ton règne en ton trosne sans le courroucer, et ne seras pas Roboam en cuy mains tout dissipa et rompi par confusion.
« Âuprez de ceste Paour, dont j'ay fait mon compte, je voy ung personnage qui se nomme Désir : et icelluy , au samblant qu'il monstre, te quiert durement à tenir de près et de te avoir en main , comme se sa nature portoit forte convenience et samblableté avec la tienne, doncqz moy^ qui de ce me perchoy et me cognois assez en ton inclination, je luy loe de faire son office et de souvent te poindre et boutter avant, affin que ceste paour,qui te tient d'un lez, ne te tienne trop longuement en difficile conclurre ; car, par trop longuement la tenir et trop ample, la paour te tournerbit à vice, par manière de pusillanimité, et ne te soufTriroit produire ne conclurre effect en t»B^^à point. Et, par
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ainsy, Kaigre désir que tu as et doibK a^oir de bien faire, et de faire glorieuse et utile oeuvre. Tient -chaiil^ dier et poindre à Taultre lez de la paour, pour emprendre et exécuter ce qui est de ton estât, de ton appartenir et de la nécessité des choses, et desquelles les unes prendent et poevent tourner à gloire et à grant honneur pour toy, et les aultres à profBt et à utilité commune. Ne m'est doubte nulle que le désir ne te soit aigre de vivre et de régner haultement, et de adjoiister encores, avec la gloire, nouvelle clarté par propres fab. Ce te vient de nature et de paternelle infusion, que tu le doibz ainsy ; et la grandesse aussy de ta nais* sance et du noble sang dont tu es t'en sont cause* Touttesfois, doibs bien garder que le désir ne te pende point tant en Thonneur du monde, que le mérite et le fruict de ton oeuvre ne te soit plus chier que la gloire qui en ensieut, ou aultrement tu deelines à vanité, et vanité te payera de vaine paye.
a Je voy après une dame emprez toy, et laquelle, à peu de paroUe, te guygne de Toeul souvent, et se nomme FergongnCf reprehensive , mais instructive; car, à dire vray, celle qui est reprehensive, elle presu* pose aulcuus meffaitz ou aulcuns vices commis, de quoy le commetteur à honte; et celle qui est instruc* tive, elle baille Tadvertenceaux haulx et nobles corages de eux garder, sans riens qui soit de blasme ne de vice commettre : et estceste vergongne instructive, celle qui se présente icy et qui est propre et de grant fruict pour toy, et louable et salutaire pour moult de causes. Geste vergongne instructive, elle fait considérer à ung prince comment vices et meschancetez sont fort mes* seans à ung aultre de son estât semblable , et com*
ment, par laidure de leurs fids, ils se acquièrent laide grâce et blaBuie de leurs fais et raesuz. Si s'en chasiie vcriontiers qui sages est, et s'en corrige quant il les iroity etf par exemple , de ce dont il a honte de le veoir en aultruy se contregarde curieux en soy, affin de non cheoir en semblable. Tout homme curieux de son honneur doibt estre curieux aussy de son sens, par lequel il se conduict; car, par sens, il délaisse ce qui est à non emprendre. Quelle honte est ce et yergongne à ung prince, quant il délaisse et habandonne le train des nobles moeurs^ et s*encline et adonne à paresse et à lâcheté, en contraire de sa lignié. Certes, après le cas commis, vergongne reprehensive y est toutte et en est l'homme defTait : mais, le cas non commis en* coresy et pendant le temps que ung prince varie tel fois et est teiopté de chose non honneste, vergongne instructive droit cy le contretient et garde, en luy disant : a Que voeulx tu faire, homme? tu en seras deshonnoré. Tu vois les aultres blasmez du meismes de ce que tu voeulx faire, tu ne le feras pas. n Et en ceste advertence l'homme s'arreste et se advise, et, pour fuyr blasme» il délaisse ce qui est de malvais propos ; et, pour mente acquerre et garder honneur, il observe et se mect au train de ce qui est honneste et de fruict benoicte« Et, doncqz, bien louable est ceste vergongne par laquelle les princes se troeuvent en paix et en arrest de leur necteté, et corrigent, et repriment leurs passions et vicieux propos qui les peuvent tempter et tirer à vice.
« De rechief je voy icy emprez toy , tout en ung flot, ung grant mont de femmes et dliommes, et lesquelles, qimnt bien je les regarde toutte^, sont de ta prochain
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neté, assez nécessaires et quasi connaturelles, et se nomment Diverses cogitations, Parfonde pensée, Convoitise d'honneur. Noblesse de corage, Haultain propos, Ardeur de bien faire et de glorieusement vivre. Si me delitte droit cy, o noble duc, de t'en exposer ung peu grossement ce que je comprens de leur nature et de leur office emprez toy, et me samble voir que moult sont convenables et séantes à ta noble personne , et, que plus est, non bonnement separables ; car trop te sont de près et intrinsecques en Tame. Exemple de Diverse cogitation . comment te porroit elle estre séparée ne estorse , ne comment porroies tu vivre sans,
quant tu as tant de diverses matières et de diverses causes en quoy tu labeures intellecdvement , que la multitude en empesche la discrétion pour en distinguer par nombre ? et comment porroies tu aussy, sans Parfonde pensée ? qui as l'abisme des humains affaires entre mains , et qui touchent à Tame et à l'honneur, et, sommierement, à tant de qualitez et de conditions d'hommes, comme tu as diversitez de pays et de diverses natures. Tu doibs à chascun voloir satisfaire, traicter chascun en nature de noble prince , gaigner coeurs et corages par vertu , les subgetz par bonne gouverne, les serviteurs par recognoissance, les nobles par bonne exemple, et les villes et citez par justice, en quel affaire et quy tout vouidroit bien peser et scrutiner, il y poeult seoir de parfonde pensée beaucoup et difficillement comprise, souvent, comment on en porra user; car à tant de difficultez respondre, et pourveoir à tout, n'est pas legiere chose. Ces deux dames, doncqz, ont grant exercite en toy et continuelle opération, et là où nonchaillance te porroit traire à oyseuse,
qui est grant vice en prince , elles mettent ton josne boullon en multitude de charges y et par lesquelles te parfont et glorifient. Non moins en fait bon debvoir Compulse (t honneur. Geste là, où que tu te tournes ou Yoises , te sieut a queue et ne te laisse pas , ne ne te quiclera jamais que tu ne parviengnes à ton intencion. Certes et non merveilles; car elle te tient d'hoirie et de succession, et de génération en génération , de long temps et d'ancienne noblesse qui te est infuse, et dont la loy voeult avoir sa nourriture en toy et son usage. Car tout hault homme, comme plus est hault tant plus convoite hault honneur et sollempnel oeuvre , et aultremeni n'est point homme hault qui ne jouy t de hault tiltre, ceste convoitise d'honneur en ung prince est moult louable, car elle fait garder curieusement ce qui est acquis par luy ou par aultruy ; et , de ce qui est à povoir acquerre par labeur, elle donne soing et attente : et, voluntiers, tous ceuk qui sont de cest esgard coustumierement sont haulx et eslevez corages, et netz et honnestes, sans reproce, et peu les voit on encheoir en mesuz. Et pour ce dit on voluntiers que : Qui ayme son honneur, il ayme son ame : et s'en ensieut que tout preudhomme doibt aymer son honneur, car nul ne poeult estre preudhomme sans aymer son ame. Si y a encores Noblesse de corage, Haultain propos^ Ardeur de bien faire et de glorieusement i^ii^re, qui te donnent de la peine beaucoup, et ne te laissent en nul repos : mais te font le coeur envoUer l'une fois envers le ciel tout au plus hault, l'aultre fois à la rondeur de la terre par grant circuit toutte large , te promectre la mer povoir subjuguer en ta main et la terre en ta force; touttes voyes et manières te fout excogiter pour hault
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parattaindre, et pour en singuliers haulz fois acquerre singuliers loz. Gestes conditions et natures sont et doibvent estre de Tessence de tout noble prince, et tant plus comme il est plus hault et d'excellent origine. Ton père en a eu haulte et large portion, en son temps, de telles haultes et singulières attainctes, et par lesquelles sa tombe reluit et gist perlisee glorieusement. Si n'est ce point hors de ta nature, ne de ton appartenir, si ces nobles meismes dames qui Font tenu de près tout son temps, te sieuvent aussy et se joignent à toy par intencion samblable.
t Vrainment encores me perchoy d'une dame aultre qui se advance et laquelle , afiin qu'elle ne soit oubliée pour la presse des autres , crie tout hault , et se nomme Nécessité publlcque, disant : « O très noble et très hault duc de Bourgongne, prince de haulte et renommée vertu, donne moy ton regard. Je suis publicque nécessite, qui doy avoir lieu droit cy et escout en ton siège. Les princes de la terre sont ordonnés ad ce, et constitués, que par eulx et par leurs sens il soit pourveu en moy de mon affaire. Je suis celle à qui pend la conversation du mondje , Fentretenement des hommes et la paix des corages, lors que je suis bien maintenue. » A tant se taist ceste dame et n'en dit plus, et moy, du surplus, o noble duc, je feray son office. Si çst vray, o très hault prince, que ceste dame publicque nécessité samble te voloir persuader que tu la prende fort eu coeur, et que ton afTaire tu pourvoies par grant sens, et que du sien affaire tu traictes et disposes par saines voyes ; car, entens bien , en toy originelement doibt estre regardée la nécessité publicque, comme pour toy et comme prince : et es aultres.
APPENDIC3E. 237
les siippos de tes seigDOuries et divers pays, elle doibt astre regardée par toy comme participation universelle. Exemple : il est publicque nécessite à toy, se tu voeulx vivre et régner, et avoir la bénédiction de ton père, que au meismes point là où il a laissé tout , que tu te formes et réduises à iceiluy pour estre son ressamble. Et que sera ce? ne quel sera ce point? Certes, c'est que tu te faces aymer cordialement à ung cbascun, comme luy, que tu te faces prendre en dilection par ta doulceur, et craindre et avoir en révérence par ta justice. Geste nécessité principalement concerne i ta seuUe personne, et non à aultre.Tu voeulx doncqz et quiers à régner puissant , et avoir en ta possession et main ce qui est de ton hoirie, et raison le voeult : mais, avec, convient il entendre que, comme tu appetes à avoir ce qui est de ton convoit et de ton amour, en semblable, et par la meisme raison, tu doibs appeler ce par quoy ce que tu aymes, ce sont tes pays, puissent demourer en estât ; ou, aultrement, ton amour ne serviroit à nul rien que à toy, et ce que tu debvroies aymer pour te tenir grant iroit à perissance. Ne fait à ygnorer que la seulle et souveraine félicite de leurs suppos pend en la prudence et vertueux usage des princes. Qui est au monde prudence plus grande, en ung prince, que de soy faire aymer ? qui est plus vertueux usage en terre, ne de si grant fruict, que de gaigner les coeurs des hommes par révérence ? prince aymé se fait révérer, et poeuple qui aime porte cremeur : de poeuple amy vient au prince richesse, et au prince cremu vient puissance de poeuple. Et qui est ce qui fait aymer? ce fait bonté tirée du fons de prince, et ce qu'il le Eût craindre, ce fait sa vertu et sa justice
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roiddement maintenue. Et quelle provision vient au poeuple» ne quel fruict de cest amour de prince? certes très hauU et très salutaire. Il en vient «pie toottes choses en sont observées et maintenues en ordre et en reigle^ en divers estatz sont mises diverses ordcMH nances : en adversité de causes et d'accid^is quotidiens sont mis divers remèdes, et tout au salut et à la |)ai\y et à l'entretenement du monde et à quoy les princes sont constituez d'avoir Toeul et de y mettre attente, et cure à chascune personne et à chascune i^use, à Texigence et nécessité de Tafiaire. Là gist la publicque nécessité que le prince doibt avoir en Toeul, t^t en quoy, par amour et pour Thonneur de Dieu, qui à ve Ta commis, il doibt labourer et veiller. Et par w faire, il gaigne les cœurs des hommes et se fait aynif r ; et par amour gaignié, il se fait doubler et crainiht> en son dedens et dehors, et en tire la substance. U est doncqz publicque nécessité que le poeuple soit bien traicté, qu^il soit gardé d'inconvénient, qu'il soit pourveu de ce qui est de salut, et administré de ce qui est de prouflit. En ces quatre poincts, et lesquels vieuueiit de bénéfice de prince, est conservée et complaise tout huuuiiue félicité, et entièrement paracomply, aussy» le debvoir de principal vocation.
M IW rechief je en voy trois nouvelles, lesquelles, au namblaut qu'elles portent , te debvront donner du |»euseiueut beaucoup et de grans regretz en toy. Et se iKUUiiie la première Copisidenition des humains af* /niu^\ la seconde UauUe pesa/Ueur Je tes pays, et la tiei AV />ûv/\>e^ cortUùiort et qualité de tes divers poeuples, vieM)uclle(i n'y a celle qui ne se repute bien valoir U\4\iûr eeicout et d'estre avec toy : traicte et maine
chacune à sa nature. Venons doncqz à la première, qui se dit G>nsideration des humains aflaires, et advisons en quoy et combien elle te compete de Tavoir en tes yeulx. Certes, à mon vray jugement, elle te compete à beaucoup, ce me semble; car, sans tourner ton entendement, parvenir à tiltre de bon prince et de qui le droit et le debvoir si est d'entendre au bien de ses hommes et de leurs affaires, comme commys ad ce et establi de Dieu par remède. Or sont les humains aflaires comme les uudes de la mer, infinies, fluctueus et mouvans à tous ventz : huy, tempestueuses et furibondes, bruyent et font une freeur espoventable; demain, seront paisibles et coyes, et se remecteront en nature. Ainsy sont les humains affaires : ilz sont infiniz et oultre toutte compréhension ; ilz sourdent et s*esmoeuvent à tous ventz de fortune, ne jamais ne sont sans mutacions en ung endroit de la terre, d'une manière en une aultre. Huy sont en guerre, demain en paix : huy conduisables, demain desesperables. N'y a stabilité nulle ne ferme arrest , sinon aultant que les gouverneurs des princes y mettent de leurs sens et de leur provision , par bonnes reigles et par bonnes loix, telle fois, à Testroit et bien asseurement, telle fois, aussy, ung peu mollement et en moyenne doulceur, selon l'exigence des diverses natures et causes, lesquelles toultes sont à considérer à prince de hault règne. La mer se soeuffre naviguer par art et par sens, et par industrie d'homme, et conduit on, parmy les impétueuses et espoventables undes , le navire à port de salut : le patron qui le gouverne a tout en main; il a la vie, la mort de mille hommes en sa disposition; il potu*voit en ses offices dessoubz luy, et à chacun
su CROHIOQUES D'ENGLETEHRE.
baille acm eotremiae; et luj meismes, pour le salut de tous, il veille, il travnlle, il pense et solicite chacan î Taire sod devoir, et ne doone repos à nulluy jusquez ad ce que chacun soit hors de péril tout oultre. Te) doibt estre d'un prince qui, par les diverses tribulations et variations de ce monde, a poeuples et diverses nations à conduire, et desquels il avoit le soing pour les mener à sauf. Luy premièrement et sur tous doibt avoir le souverain r^rd, et, pour plus aiseement en venir à bonne fin, il doibt mettre en pratique sa conduicte par diverses mains, par divers officesgens utiles et laborieux, et luy, tousjours veillant et eotenduit sur eulx par le moyen de sa solicitude, il mènera k sauf et à port ce que il a en garde.
a L'aullredame, qui se nomme Pesanteur de tes pays, se ramentoit maintenant droit cj. Si fait Diverse condinon et qualité de tes divers poeuples, et de«rent fort que tu entendes à elles et que tu les cognoisses. Quant à la première, qui se nomme Pesaotoir de tes pays, n'est de merveilles se elle se présente à toy et se ramentoit; car te dis bien, sans faulte, que la pesanteur de tes pays est grande, et non pas grande, mais admi* rablament de grand estime et de grand importance. Elle est grande en nature de situation où ilz sont, die est grande en la nature de l'habilacion qui y est, elle est grande en la qualité et condition des habitans qui y sont sans nombre, elle est grande en considération de leur ancien tout vid ploy et usage, dont se souffreient frustrer ne rompre, elle est grande en considetîon de leurs richesses et grandes puissances de leurs âges, et privilèges de leurs loix, lesquelles voeullenl oir observées, elle est grande, encore, en considéra-
APPEI!n)ICE. 241
tioD de ce que, depuis mille ans, et avant que premièrement furent habitez, ce ont esté les pays des parties d'occident les plus populeux, les mieulx édifiez de fortz et de villes, les mieulz stabititez et pourveuz de ioix, les mieuli et les plus submis à justice, les mieulx usant et habituez de marchandises, les plus certains pour touttes nations recepvoîr, les plus sages et les plus expers en touttes nations subtilles, les plus riches et les plus habondans en biens, les mieulx et les plus haultement gouvernez de haulx princes, et les plus tenus en francise et en grant police qui fussent en la terre. Par quoy, tout ce considéré, et quel est la nature de tel peuple et de telz pays, quelle est la preemi* nence des haultx titres et des haultes grâces qui y sont et qui se voyent à Toeul, et que la duration en a esté si anchienne et si glorieuse, et que leur transquilité et paix a esté si curieusement observée tousjours, et deffendue par tant de haulx et nobles princes, sans que oncqz l'on mordit en eux, ne que on les violât, pitié seroit et amere dolleur se en toy ceste glorieuse félicité prenoit fin ne amoindrenement, qui es le grigneur encore et de plus grant attente que oncqz nul de tes pères, et qui plus y doibz mectre peine et soing pour le conserver en esire.
O et comment te doibvent donner à penser parfondement cincq ou six aultres dames que je voy icy devant toy d'une felle manière et hideuse, et desquelles la première se nomme P Inimitié des roix et des princes tes hayneux, l'envie et hayne des francois et des voisines nations, murmure, machination, fraulde et déception couvertes, et desquelles touttes ensemble les menaches et evidens perilz apparent et les voit on
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à Toeul. Si convient encore à toutle la chaîne que tu as de toy conduyre et gouverner avec tes subgetz que en ces dames icy, qui touchent à la vie et à l'honneur de ta personne, tu souverainement regardes et entendes ; car du lez dont plus tost te poeult venir le hazart se doibt plus tost mettre le remède. Inimitiés sont dures et font à craindre, et souverainement en ceulx qui portent injure non vengée. Tu scés à qui tu as poincté, et à quelle cause, et es assés expert des corages de ceulx qui ne te sont point amys : si aujourd'hui ilz différent d'exécuter leurs hayneux propos, demain s'en metteront en peine et se essayeront en ta personne. S'ilz poevent, ilz s'en vengeront sur les tiens ; et là où ilz ne porront aller par effect et par main mise, soubz couverte et longue machination feront venir et envoyeront fraulde en jeu pour te vaincre. C'est celle seule soubz qui se faindront voloir entendre à ton amitié réconciliée : mais ce sera pour te deffaire. La hayne y est congree trop ancienne, et l'envie trop multiforme redoublée. Envie et hayne sont nées avec francois encontre ta maison ; les mères en respandent le lait en la bouche de leurs enfans au bers, et est chose si connaturelle à eulx, qu'il convient ou que France produise une nouvelle génération toutte aultre de ceste, ou que ta maison de Bourgongne soit foullee aux piedz et toutte démolie, «lamais aultrement n'y aura concorde en ton bien : ce sont les deux extremitez^ bien difticilles touttesfois. Et pour ce que je les trouve didiciles, je juge difficillemeut y povoir trouver bonne amour. Là où, doncqz, l'amour ue se poeult trouver fors soubz doubte, ruses et scrupuleuses voyes, il se convient pourveoir encontre
l'inimitié par convenables remèdes. Ënnemy veille et ne cesse de songer mal: tu en as, tu le scez bien, de malicieux songeurs contre toy, et lesquelz sont nez de celle heure que jamais bien ne te feront. Toutteibis ilz sont créatures et œuvre de Dieu, et leur preste Dieu règne et vie : mais ce poeult estre au bien et à la gloire d'autruy qui, par ce moyen, exercent leurs vertus et s'en font aprez louer et recommander. Les aspres et dures fortunes souvent, en josue eage, font croistre et devenir glorieux viellars : le fer s'aguise et se pollist sur la dure pierre, et le vertueux homme sur ces durs affaires. Ton père a eu de durs passages beaucoup et de bien estroitz, et lesquelz, aprez les avoir passés, les a trouvés larges et délectables. Ne fut oncqz, jusquez à sou tout viel eage, sans avoir des escuremens contre la dure pierre; touttefois n*y est oncqz succumbé ; aussy ne feras, espoir m'est : il a eu les inimitiés les non pareilles du monde, il les a glorieusement vaincues touttes, et tu aussy les vaincqueras, se à toy ne tient. Comment à toy? c'est que tu y pourvoies par sens, et par obéir au conseil des sages preudhommes et expers d'eage, que tu te fies en iceulx dont tu cognois les bonnes moeurs, les vertus et les recommandations, et que tu ne mettes point ton corps en mains de legiere sorte, ne ton secret en bouche de flatteur. Tu en as veu des meschiez et de grans griefz advenir : pense se je dis vray. Ton grant père en fut murdri, et toy le as cuydé estre : ton père en a esté menaché, mais son heur ne l'a souffert. Tu viz encores en semblables menaches, mais Dieu, qui est ta garde et ton meneur, te préservera de tout. Tu es à luy : la foy saulve l'homme et sa bonne vie. Mais Dieu voeult que
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Ton se ayde et que Teti se ordonne et arme de nobles œuvres et de vertueulx faictz, et que Ton mette son faict et son estât en nobles et sages mains, et en preud* homme, pondereux conseil, e| que Ton se fortifie de l'amour et benivolence de son poeuple et de ses nobles, par lesquelz on achieve les grans fais et les dures impulsions des ennemis. Prince qui est bien amé de ses nobles ne poeult succumber : il est riche de précieuse chair et a du sang à commandement, comme d'eaue en mer. O noble amour et bien employé qui là se tourne ; et comme est grant pitié et plorable, quant prince à ce ne regarde. Ton père avoit coeur, ratte et polmons; il avoit les vies et les substances de ses subgectz, et leur estoit son aspect habandonnement à la mort.
(c Tout à ce dernier, et comme en queue, je voy venir avant encore ung personnage d'homme, froidement enmanieré et de bonne mode, et, comme je perchoy de son estre, il porte quatre noms : le premier si est Regard à son deb\foir^ le second Regard à sa ifocatio/ij le tiers se dit Regard à sa glorieuse fortunej le quart Regard à multitude de divers grans exemples. Or, très hault et très excellent duc, icy te plaise à entendre, je te prie, à l'exposition de ces quatre, et par lesquelz je voeulx conclu rre et faire fin en ceste matière ; car n*y voys mais chose nulle, ne mislere qui me donne plus loy déparier. Et me samble qu'en tant qu'il touche ne competer poeult à ton noble et principal estât, à ta haulte et exceUeute personne, ne aux presens affaires de tes subgectz, pays et seignouries, tout y sera à suffisance compris, touchié et remonstré dedens pour aultant de l'effect que la vision et du mistere presant
porte et là où je voeul copper. Or, doncqz, regarde à toD debvoir c[ui te Tient admonester droit ey en son premier tiltre, et fais bien. Mais poeulx demander de quoy y ne de quel chose te voeult il donner Tenhort , et je respons que de moult grant chose et fort convenable; car il te voeult faire muser et penser à ce que tu doibz, et à ce à quoy tu es oblegé, par contraire de ce qui te porroit mal seoir et que tu doibs laisser. Qu'esse doncqz qui te porroit bien seoir ou mal , ne en quoy tu porras acquicter ton debvoir ou non ? ce sont vertus ou vices. Vertus et bonnes œuvres te doibvent estre connaturelles, et les vicieuses moeurs anéanties. Quelle chose doncques appellerons nous debvoir en toy, ne à quoy tu es oblegé, ne de quelles vertus dirons nous qu'il te convient user en acquictant nature? je respons, certes, que non d'une vertu ne de deux, ne de trois, ne de telles, mais de touttes les plus haultes et les plus dignes, et les plus glorieuses dont adviser te porras ne ymaginer, et desquelles les plus haulx rois du monde du temps de jadis, et les plus parfaitz, et les mieulx adressez, et le plus renommés le ont fait en leurs temps, si comme on trouve en leur temps comme ilz ont esté décorez et parez, et qui ont en leur manière de faire et de vaincre, et par leur hault sens, et par manificques courages, empris et conduict les haulx dangereux fais, conquis et submis royalmes et diverses nations, edifïié poeuples en police et en bonnes loix, et plus gaignë leurs corages par engin que par force, tant que la renommée leur en dure et durera tous les siècles. Donc, comme tu es aujourd'huy l'un des haulx princes de la terre et des plus eslevez, et, ausquelz près, le
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second ou le tiers du monde, il est convenable que tu aussy, à Tad venant de ta haulte eslevee fortune, tu acquières par singuliers faitz la renommée de meismes, et que tu face resplendir par vertu ce que fortune te donne par faveur. N'enteus tu pas que possession de haulte seignourie, soit de sceptre ou de couronne, au mal vais ung tirant tel fois possède, et règne au dur et à Tannuy d*aultruy? mais si n'a il tiltre, pourtant^ fors de régner et que Ton dit de luy : Ung tel est roy. Mais le bon, qui règne en sa bonté, en son noble et vertueulx corage, et en considération de son estât, celuy clarifie sa fortune par sa glorieuse renommée et fait resplendir son nom par la singularité de ses fais. Porter nom de prince tant seullement, c'est povre tiltre : sotz et povres personnages le portent; bossus, contrefais et aulcuns de perverse vie s'en parent. Hz ont les possessions ou les noms sur quoy ilz se grandissent, et posé qu'ilz soient de troncq et de nom, si n'y a sieute nulle aultre que de vanité, ne bonnes moeurs, ne bon exemple : mais porter nom de prince princiant, c'est ung hault tiltre* Icelluy tiltre tant seullement compete à glorieux hommes, à princes de haulte renommée, qui exercent et exposent tous leurs engins en honneur, en bien faire et en bien régir : ceulx là sont princes à droit et tout à bon. Dignes sont de porter sceptre, et d'avoir règne et possession ; car le fait y est : et vault myeulx ung povre homme que vertu accom])aigne venir à tiltre de roy et à coronne non doé de nature. Riens ne fait digne l'homme que ses bonnes moeurs, et riens ne le fait cler que ses biensfais, et son loablement proposer de soy acquicter en son debvoir, ou certes envers Dieu, envers soy meis-
mes, eDTers son propre honneur, envers son propre salut, envers ses subgetz par equicté maintenir, envers ses nobles par les cognoistre, envers ses serviteurs par les rémunérer, envers les bons et dignes par les advancier, envers les sages par les attraire, et les vaillans honnorer et tenir en amour par singulier bénéfice. Ne doibt avoir ung noble prince riens frustre en luy, riens casse, ne riens vain : tout doibt avoir lieu, et note ce qu'il faict: tout doibt estre juste, et compassé refTect à la cause ; et là où le fait ne poeult estre tousjours, que la volonté, pour le moins, s'y monstre. Belles parolles, doulces responces, amyables promesses de princes contentent les hommes : belles parolles mainent à mort. Si cuyde que plus est de fruict ung prince douU et fort tenant, que ung rude bien large et de pervers affaire. Me vault aultre chose à ung prince fors qu'il entende à son nom, qu'il entende que voeult dire prince et qu'il signifie, et lors, aprez l'entendre, il en prende l'efiect, si luy plaist, devers luy, ou le délaisse. Si le prend aprez bien l'entendre, il s'estore bien; et s'il le délaisse, il vit obscurément, il se monstre homme commun et de bas affaire, qui se doibt faire regarder comme le ciel.
« Or doy. je parler, maintenant, de Regard à sa wcation et de ce à quoy il prétend envers toy. Certes il te voeult donner à entendre que ta vocation est d'estre le refuge du poeuple, le centre et le comble de leur ressort, et à qui ilz poevent et doibvent prendre chief et production, et advance de tout leur salut : dont, pour ce que infinie multitude d'hommes ne se poeult unir et concorder à soy sans chef de telle infinité, aflfin de les maintenir en reigle, dont comme ceste
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reigle sortit à diverses fins et effectz, comment donoqz elle se contourne en diverses vertus, et lesquelles sont de ta vocation, disons doncqz quelles sont les reigles ne les vertus de ta vocation. Et je dis, premièrement, que ce sont justice, equitté, droicture en tous cas, parfond regard, fréquente solicitude, diligence en commun bien, attente à salut et providence de paix, nourrir poeuple en cremeur, et aussy, pareillement, les nobles hommes en bonne amour, les pays en transquilité et bonne ordre, et iceulx préserver et deffendre d^ennemis, laisser ce que l'on troeuve bon en son estât, et ce qui va combre de le reduyre selon le faisable, user de sens et de raison, non de volonté, régner sur toy premier que sur aultre, et sur ton poeuple par douiceur, et en ton dehors par cremeur, avoir Dieu et saincte Eglise en révérence, propos à tout bien faire, d'estre exemple de bien au monde, et de dresser tout tes les voyes à bonne fin. Gestes sont, avec pluseurs aultres, les conditions et les vertus qui duysent à ta vocation et qui sont de l'appartenance de ton estât et de ta personne, et en quelles il est apparence et espoir grant que tu floriras et floris, et en seras hault et loable à qui que Dieu doinl.
(f Que dirons nous du Regarda ta glorieuse personne ? siet il icy ramentevoir, ne qu'on en face répétition? raison me juge que ouy, et que c'est chose convenable d'en gouster bien ce qui est de l'efTect. L'on dit volontiers que ce qui est acquis chierement et en longz travaulx et dangiers, il doibt estrede chiere garde, et en doibt l'en avoir tant plus de soing comme il est hault et de chier acquest : chose obtenue et acquise ne vault que au poix de ce que l'acquérant en &ict
pris; et pour ce que le regard que rhomme y mect a Tequi^alent de ce que la chose luy monte, si elle luy est grande, il y mect grand regard, et s*il luy samble petite, il en fait aussy moins de poix. Venons doncqz à ceste fortune et sur laquelle tu doibz asseoir ton regard, et voyons de quelle estime elle tepoeultestre, ne de quelle réputation. Quant est à ce qu'il en samble aux hommes, elle est merveilleusement haulte : mais se l'estime en est samblable à toy, cela pend en doubte; et pour ce que la doubte y est, et que la Ëiulte de la condigne réputation y porroit cbeoir, ce regard droit cy te vient admonnester d'entendre à fortune , laquelle est ailin que tu entendes quelle elle est, ne quel nom. Il la te baptise glorieuse, et, voirement, en bonne equit té, bien l'a baptisée ainsy; car, certes, glorieuse est elle et très excelse, et sur toutte commune condition ailleurs peradmirable. Doncqz, pour en parler au vray, en touttes qualitez et dons qui sont du povoir de fortune, à ton noble père et à toy elle en a donné tout l'extrême, ne a riens recoppé en l'un ne retaillé en l'aultre ce de quoy elle poeult enrichir tout homme : tout a converti à toy seul : à toy seul a ouvert son trésor, là où, nulle paît, n'en distribue que par portion, cy d'une manière, là d'une aultre. Veons doncqz (fuelles sont ces largesses de for^ tune envers toy, et les dons si extrêmes dont eUe te sert. Ne sont ce les richesses, si grandes que le tout ne poeult estre compris? ne sont ce honneurs et exaltacions, égales avec les roix? ne sont ce puissances et anciennes possessions de seignouries, non moindres que royaulmes?ne sont ce faveurs et révérences de subgectz, nulle part trouvées semblables? ne sont
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ce aspirations des cieulx et des dieux, se ainsy parler on osoit j qui te donnent et ont envoyé à ton feu noble père et à toy, gloires et victoires les plus admirables et les plus redoublées de la terre, avec touttes aultres bénédictions, félicités et béatitudes, touttes gratuides et complacences si avant, et tout ainsy que souhait et convoit de cœur porroit appeter ne demander à Dieu, et dont l'approbation te refiiert au front et te fait cognoistre que nulle part du monde, ne loingz ne prez, Ten ne troeuve ainsy ? c'est bien une glorieuse fortune, doncqz, et bien resplendissant, qui ainsy passe touttes aultres, et fait bien à tenir à chiere que l'a si faicte. César prépara le triurophal empire et l'ediffia sur l'univers monde : l'Auguste, son nepveu, cler en vertu de son oncle, le possessa paisible^ et en Tibère se déclina la gloire de l'impérial acquest. Doleur, donqz, et reproche à Tibère de perdre l'intégrité de si haultes gens comme les deux ; et fault dire, ou que la vertu luy fut moindre que de aultres, ou son eur. Si vertu luy failly, ce luy fut reproce; et s'il tenoit à eur, si luy tourne il à charge, car n'estoit point bien volu des dieux. Le noble duc mort a esté César : tu es et seras, si plaist à Dieu, le vray Auguste. Tu auras, si luy plaist, le tout en ta paix et fruycion ; tu appaiseras les rebellions, et seras produyseur de unyoo et de paix, partout où seras, en tes moeurs et beaulx exemples, comme déifié des hommes, entreteneur de ton trosne, non dissipeur, non elat ne enfieri en ton exaltation, corrigeur des mal vais et Texalteur des bons; et, rendant grâces à Dieu de tant de biens, tu recognoistras ta glorieuse fortune et toy meismes, comme fist icelluy que Dieu tant beatiffia, qui voult
APPENDICE. m
naistre soubz luy et en son règne, comme j 'espoir sur loy. U porra renaistre encore tout nouvel en coeur des hommes, et se corrigeront les vices et les malvaîstiés qui courrent aujourd'huy, et se révélera la foy de Dieu et l'honneur de FEglise en vigueur. Soubz les preudhommes princes et de leal coeur faict Dieu naistre, coustumierement, toutte félicité, habondance de paix et d'amour : et, par contraire, soubz prince tyrant, derrision eu tous estas. Les hommes sievent leurs princes en exemple : c'est chose experte et cogneue. Leal homme, doncqz, et vray coeur, il cognoist les biens que Dieu luy a fait, il cognoist sa gloire et sa haulte félicité, il cognoist sa glorieuse fortune et la pourpense souvent ; et, selon ce, il se dispose et ordonne de luy en rendre grâce, et d'en estre curieux gardeur sans décadence, laquelle ne fait jamais fors par couroucer Dieu et habandonner vertus. Cognoistre ce qu'on a, Eait aymer : amour faict chierement garder d'une fruition, et joyeux pose de ce qui est de garde.
« Reste doncqz le dernier regard, celluy qui se nomme Kegard à divers haulx fais et qrans exemples^ et duquel, pour faire usage du présent mistere, il convient que j'en expose ce qu y fait à entendre. Regar^ dons doncqz quel fruict il y a en avoir son regard assis en divers exemples, ne d'avoir son oeul rué en dehors de soy bien loingz, pour le retirer de près arrière en dedens soy, à rapport et à gaigne. Certes, là où le rapport se faict de fruict et de lucre, il samble que le ruage y a esté fait à bon preu et à cause honneste. . Les philozophes demonstrent que nostre humaine cognoissance nous procède et nait des choses
25S CRONICQUES lyENGLETERRE.
exterioresy sensibles et capables par sens, et puis, par uDg retour en devers nous, les bouttons en nostre entendement et en reservons Tymage : et^ par ainsy, la vertu sensitive esmoeult et mect en œuvre la vertu intellective. Comoie doncqz cecy est vray, et que par touttes les choses qui en terre sont et jusquez au mouvement du ciel cecy se proeuve, utile chose est doncqz et très nécessaire que, pour soy assagir et faire cler par dedens, que Ton rue donqz les yeulx dehors soy et là envers,dont on ne poeult retirer clarté. Question est pourquoy ne poeult Tadveugle jugier des couleurs : response est pour ce qu'il n'en vit oncqz nulles et qui n'a point en luy la sensitive qui luy en fait le rapport. Il ignore la différence du blanc au noir. Appert, doncques, que la vertu sensitive du corps informe et enbesogne la puissance interiore» qui est en l'ame. Ramenons doncqz au propos cest argument : l'aveugle, qui oncqz ne vit blancq, ne scet comprendre aussy que c'est de noir; et qui oncqz ne vit clarté, ne scet que c'est de ténèbres. En luy ne poeult avoir nulles impressions de nulle riens, par carence de la vertu visine, qui fait les présentations. Â qui acompagnerons nous l'adveugle? à ung prince ignorant. Â quoy le blaiicq et le noir? à vertu et à vice. A quoy clarté et ténèbres? à glorieusement et obscurément vivre, à vivre à prudence et à grant aguet, ou à vivre à non chaillance, inutile à soy meismes. Comme, doncqz, prince ignorant est de grant grief au poeuple, et, que plus est, à luy meismes en ame et en corps, est comme ung homme despect et imparfaict, demy homme, demy riens ; ne vise ne à clarté ne à ténèbres, ne au blanc ne au noir, car ne les cognoist ; ne vise
que à mettre jour après jour, en brutal usage. Par contraire, prince prudent et enlumine d'entendement, tout premier il pourveoit à luy meismes, et, par ce moyen, il pourveoit à son poeuple; et est la charité de luy à luy plus nécessaire que de luy à aultre. En sa prudence ,doncqz, et par ce qu'il a la cognoissance du blancq et du noir, il se adhère au blanc par élection, il préfère clarté de ténèbres, etsapience devant ignorance, il préfère glorieusement vivre devant vie obscure, et bien voyager et bien faire devant vanité et folie. 11 a doncqz son élection au blanc, qui luy représente les vertus; il a son amour en clarté, figure de glorieuse vie : et, par contraire, il contempne le noir pour sa laide représentation, et les ténèbres, il les fuit pour ce que àTame il les voit contraires; laquelle ame est clere et resplendissant en soy, et, par ce, elle ayme ce qui est son semblable. Que dirons nous, doncqz, de ces exemples dont parlé est dessus, et cause de quoy nous avons fait ces prémisses? Exemples, vray est, sont de la nature des couleurs : les ungz sont blancz et les aultres sont noirs, les ungz obscurs et les aultres bien clers, et tous deux, neantmoins, les blancz et les noirs, et les clers et les obscurs, servent à ung sage prince : en ung endroit, pour luy eslever le corage en leur bonne demonstrance ; en l'aultre, pour luy reprimer son desvoy par leur cogneu reproche. Geste discrecion ne se troeuve point en prince ignorant : prince ignorant ne assiet nulle élection, et si, d'avanture, il en assiet aulcune, si le assiet il en ce qui est de sa nature, en choses viles et basses ; car n^a clarté en luy par quoy clarté luy soit de réputation. Telz sont les princes qui sont plains de lassiveté et d'ordure,
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tous enveloppez de charoelle volupté, qui mettent leur trésor en fange puant et le trosne de leur plaisir en volonté desbridee. Sages princes et de hault corage le mettent bien en lieu plus noble, et, nonobstant que la char tire et vainc tel fois, si le mettent îlz en précieux estuy tant hault, là où le soleil fiert dessus, et en foit tourner la réverbération en terre, tant que les yeulx des hommes et les mémoires s'en remplissent et s'en clarifient iceulx, et si fais. Princes, au temps qu'ilz régnent, sont exemple et miroir, par ainsy faire, à leurs contemporains et à ceulx qui aprez viennent : ilz laissent en mémoire leur vie, par exemple de les ensievir. S*ensieut, doncqz, que les biens vivans ders hommes sont et doibvent estre exemple à aultres de clere vocation et decler corage; et, par la cognoissance et dilection que Ten a à celle clarté, nécessairement, aussy. Ton se doibt tourner à la cognoissance des exemples obscures, par ce que la leçon pend entre choses contraires.
a Venons doncqz à alléguer nos exemples, soit en personnes, soit en cas advenus, par quoy nous puissons tirer fruict et parattaindre à nos demonstrances. Histoires et sainctes escriptures sont pleines des ungz et des aultres, de vertueux princes et de grant los, et d aultres de povre recommandation. Les hommes vont en comparation avec les arbres, sont fertiles et rendent bon fruict, aultres stériles et ne servent à riens; et si, d'adventure, ilz produisent fruict, si est il sur et mal vais : tout tel est il des hommes. Il est debeaulx hommes et de haulte extraction assez, et desquelz le fi*uict est de petit pris; et si en est d'aultres de moindre apparence, et dont le fruict est excellent et noble. U
beaultë ne fait riens à la vertu, ne la haulte extraction à la noble yie :mais la noble rachine du coeur produict le noble fruict. Souvent on voit les fleurs champestres médicinales devant les cultivées en jardin royal, et les moins belles devant les especialles. Cecy je ramaine à exemple, par doeul que j'ay des choses veues, et que nobles hommes de hault royal lict et aultres souvent de singulière beaulté et de forme portent fruict, le produisent tout au contraire à leur beau semblant, et, que pis vault, contraire à leur rachine original dont ilz naissent. Soubz le nom de noble arbre, ilz portent de villain fruict : et, soubz beaulté de figure et de couleur, portent fleurs sans vertu. Jugeons s'il est vray, et advisons quantz il en est. Je dis que la plus part des grans du monde sont telz : et eulx, qui deb«vroient monstrer et boutter avant les fleurs de perfection et de bon exemple, ce sont ceulx qui sont les plus forlignans et les plus bastardz en bien faire, se desnaturent sans honte et ne ont vergongne de porter reproche, et d'estre aultres en effect qu'en appartenir; se confient et se présument en leurs haultesses, ne comptent k nulles paroUes que les gens dient, et concluent que tout ce qui leur vient à gré leur est loisible. S'ilz le osent penser, ilz le poeuvent faire ; subgectz ne sont à nulle loy ne à chastoy de nulluy ; ne leur chault quel fruict porte leur vie, mais qu'elle plaise à eux meismes : la vie est leur, ilz sont grans et haulx en dignité, si en voeuUent user comme pour eux, dont en effect largement et en grant nombre s'en pert tous les jours, et s'evanoyssent et moeurent Dieu scet comment. Hz vivent sensuellement, non en raison; ilz vivent de vie en volupté et en délectation de la char
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purement, obéissent à leur inclination ; non riens demonstre en eulx fors orgoeul et haulx apparaulx; vestent le dehors précieusement, dont le dedens n*est que tien ; et de la sueur des povres et de leurs dures labeurs se grandissent par les rues ; n^y a sieute de fruict nul, fors d*ignorance et de vanité, et contempnent scavoir et d'estre remontrez ; de Dieu font petit poiz, le oublient le plus du temps, et du dernier et du plus froit du cœur le servent ; tout leur temps ilz le passent en vanité, en ignorance et en ingratitude. Si font briefve termination, souvent, et fort doubteuse, et vivent comme bestes, et moeurent si fais.
<K Quant, doncqz, entre si (sas et haulx hommes, voix et princes de la terre, et desquelz je debveroye bien nommeement les exemples dire, il eschiet que ung ou deux entre tous eulx se addressent à bien, et rendent et portent fruict de perfection et de vertu, ceulx là se font r^arder par exemple, ceulx là se font préférer en honneur et en loz : et comme Testoile du matin se fait cognoistre en l'aube du jour, tout ainsy se fait cc^noistre le prince en sa vertu sur les aultres. Entre cent millions d'estoilles au ciel n'y a que sept planettes, et en la rondeur de la terre, souvent, n'y a que uog prince cler. O bien heure celluy ! et ung seul soleil enlumine tout le ciel : lune et planettes se refont en luy seul. Tout ainsy poeult ung prince seul en addresser ung grant nombre d'aultres, et les parfaire, et font l'exemple et pabron l'un à Tautre par ung chef. Ung prince de vertu en sa vie, il reprime et corrige ses subgectz, il leur recoppe ce qui est de salut, il proflBtte à luy et à aultruy, il tient la terre et la mer sans vent d'orage, il tient Dieu benevolent envers son poeu[de
et le poeuple recognoissant de sa grâce. Ne tient que à ung prince de vertu que le ciel et la terre, et les anges él les hommes, ne soient en ung compassé non divisibles, et que ung voloir ne soit commun à eulx tous. ' Or devisons des planettes non divisibles en tout le grant cercle du ciel, qui sont iceulx, et de Testoille journal, qui est seulle au monde. Quant au ciel, le soleil se préfère, et, combien que les aultres se monstrent clers, si est ce en sa vertu. Âinsy est il : en la terre n'a que ung soleil, de qui tous les aultres principaulx estats prennent refulgenc^, le Pappe Tun, T Empereur Taultre. De ce qui fault, d'aventure, en tous les deux, ce se mect et se recoeuvre en la très crestienne maison : au moins se doibt ainsy entendre. L'estoille journal, qui est ce? c'est celluy qui , reaiment et par efTect, se fait grandir et cognoistre en ses cleres oeuvres et en ses clers exemples, et devant tous ceulx de son semblable estât. Princes et roix se font apparoir en leur clere vie : icelluy, quant moindre seroit d'un roy, si est il radressé de royal estât; en ce qu'il se préfère eu clarté d'exemple, en tant se préfère il en dignité de personne. Le soleil soeuflre éclipse tel foiz et en tel temps, aussy il soeuffre ténèbres ou rougeurs comme sang, et en est le^tfbl. tout altéré et de jugement tout estrange. Se, par semblable, empereurs ou roix aulcuns les supereminens se desvûient ou desnaturenl, ne s'ensieut mie que touttii^ la girarchie des princes en dessoubz eulx se fine pour tant avec eulx, ne se desmoeuvent de naturel ordre : cela ne se fait que à temps et à terme, et vertu en coeur d'homme, où que ce soit, demeure perpétuelle. Qui doncqz, en temps que clarté fault, reliesve clarté et la monstre? c'est celluy qui se fait
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coguoistre etveoiren temps d'ecUpse. L'en voit rhum* me en ses fais, et en ses moeurs on le juge^ Se l'empereur fault, le très crestien roy le recoeuvre : et se faulte a en celluy , aultre de son sang ou de son trosne le restore, le royal père ne poeult périr pour ung corps rétrograde. Souvent le moindre exerce Toffice du plus grant, et est toutte une maison saulvee en la fermette d'un pillier.
a Laissons les empereurs, n'y querons riens, ne faisons mention de leur clarté ne de leur exemple ; ce qui est de eulx, il es( veu. Venons aux empereurs du trosne de France, et voyons droit là qui nous est exemple : et délaissant Charlemaine et Pépin, prenons nous à nostre plus pre^, là où il nous duict. Prenons nous au roy Charles cincquiesme, lequel, trouvant son père prisonnier et les nobles du royalme, espuisse en finance jusquez faire monnoye de cuyr, et foullé et submis d'ennemis, régna seize ans sans plus, et en sa vertu, et en son sens, et en sa royalle clarté le remist plus hault que jamais ne fi$t homme, et avec toutte haboodance d'humaine félicité, et de population, et de richesse, le misten telle justice que meismes les Sarrasins y sont venus prendre jugement de leurs debatz. Que dirons nous decest exemple? est il point 4i§De'4*estre pour ses faictz. Helas ! en sou filz ne se continua mye ceste bénédiction : le soleil y souffrit durement éclipse, et de quoy tout le trosne tourna en trouble. Y avoit il des releveurs, touttesfois, et puis cy, puis là, lesquels, par envye l'un de l'aultre, se descordoient pour Tad* vaace. Ton grant père y monstra sa clarté mieulx que nul ; mais fortune l'en paya de dure, et ne parr^a point. Vint Charles le septiesme apr», et de qui, se
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parler en loisl par recommandation, n'a son per en terre. Luy, en seulle vertu et aigre battaille encontre Torlune, surpasse tous roys, et par le contraire en quoy aultres se reputent malheureux, c'est povretë : là est monstre benoit, là se est monstre riche du trésor de vertu, et de tout ce qui fault pour devenir grant homme, tousjours son oeul luy veoit droit là, et au point où il avoit fichié, là parvint ; il vaincquist pôvretë au bras, et toutte adversité submist à la luicte ; il dechassa ténèbres et orages à sueur de corps, et tout le desirement de son royalme il interina par diligence ; il ramena le lait en bel, l'obscur en clerté, et désolation en joye; il refist d'un trosne fouUé, marchepied de sacquemenSy le plus excellent de tous les roys, et là où justice et révérence, et cremeur, et toulte intégrité de salut regnoient et tenoient siège. Et comme vertu le avoit mené jusquez à là par divers temps et degrez, celle meisme vertu il observa devers luy pour sa durée; la consideroit aussy nécessaire en son hault vol comme en son contendre pour monter hault : son royalme mist en seureté, en ung entier et en ung rond, tout espurgié d'ennemis et opprobres, et tant fist que je nescay ou se vertu prist clarté de luy, ou luy d'elle. En ceste gloire trespassa du monde, et en ceste benoiste clarté laissa son royalme comme, il est : aujourd'huy se poeult faire le jugement tel que on le voit. J'en laisse Fexemple à eeulx à qui il sert, et la comparation de l'un à l'aultre, là où il sera besoingde le (aire : mais quant au père, il estoit de glorieux exemple et de hault miroir ; et quant au fîlz, si plaist Dieu, il se trouvera pareil : la fin juge l'œuvre. Souvent les moyens ne les commencemens ne sont du mesmes de la fin ;
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Tiiu desment Taultre souvent : mais, quoy que soit, leffect demeure tousjours, et de Teffect procède le tiltre; quant Thomme fault, jamais tiltre ne fault pour tant. Et, au premier, quant Phomme est failly, là se iroeuve sa famé, et en fait on exemple et allégation de bien ou de mal, selon le cas. Le roy de Portugal, ton grant père, te est une clere estoille et bel miroir : si est le roy d'Arragon Alphonce, qui de science et d'armes fisl une mixtion peu veue : si est le roy d'Engleterre, d'aussi peu que régna, mais plus, poeult estre, en glore du monde que à salut d'ame. Ung conte Francisque, de bas et humble sang, en sa vertu et splendeur de corage se (ist duc de Millan, se fist reputer avec les roys et digne d'impérial sceptre : et non, doncqz, pour tant, pour élévation de sa fortune, ne oublia humilité de sa vocation primitive, et en attribua la dignité, non à sa personne, mais à sa vertu, et d'icelle fist son manteau de parement. O bault exemple droit cy, et de grant fruict à tout noble prince!
a Or, as ouy pluseurs exemples et pluseurs haultes recommandations de prince par ung abregié, et lesquelz te sont et doibvent estre en miroir pour les ensie vir ; car aux bons siet louenge, et à ceulx qui clochent sombre grâce ; l'en doibt tourner l'oeul envers le blanc, par contraire du noir, et envers la clarté, par contraire aux ténèbres, qui hydeuses sont et espoventables. Et qu'esse de mal vivre et de mal régner, qui est puantise et hideur? et de bien faire et de régner glorieusement, fors blancheur et clarté ? sur quoy clercs parolles et louables escrips se fondent. Tu ois et entens ce que Ton dit en divers lieux, et cognois, par
rapport des hommes, Testât des royalmes^ et les hommes et lesroyalmes portent leurs tiltres telz ou telz, et ne s'en poeult musser la vërité : mais grant chose est de prendre chastoy en aultruy desvoyance. Se ne fussent les loix, n'y auroit révérence nulle ne cremeur en terre ; et se ne fussent les doUoreux et divers accidens, n'y auroit nul exemple de correction. O Charles, Charles, entens droit cy : poise, je te prie, les divers exemples contraires, et ramembre souvent ; ne deviens mye deceulx, helas! qui pervertissent le bien en mal, ne qui muent paix et salut des hommes en turbation de corage ; tu as receu ung climat de terre scitué en paix et que le ciel a longuement regarde par faveur, metz peine de Tentretenir et de non le muer en pis que tu le troeuve. Le faire ainsy te donnera los et be* nediction, et à Dieu contentement ; et le faire aultrement, te donnera reproche et inreparable meschief. Dieu t'a haultement pourveu en biens de nature : des biens de fortune, lu en as toutle la sommittë, et, des dons de grâce, tu en as ce qu*il fault à honmie. Ne fault riens, doncqz, fors que raison te gouverne et que tu portes empire sur ta volonté pour la tourner en bien, que tousjours tu tourne les yeulx envers le hault, par honneur, et, par devers terre, en amour et dilection à ton poeuple, à l'exemple de ton père. Il te loist estre doulx et familier, estre homme tout homme, seigneur sur tout et serf à tous, et, à l'exemple de César, imperer tellement sur tes subgectz comme tes subgectz te vouldroient avoir empereur. Tu es de la plus noble rasse des crestiens, par père et mère, du plus noble sang de la terre, et lequel jusquez en toy semble estre beneit et aspiré de Dieu. Tesmoing ton grant père, le
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roy Jehan de Portugal, champion de la crestienne foy ; tesmoingz tous ses nobles enfans, que Dieu a tous oon* duictz; tesmoing ta noble mère, la vertueuse princesse, coflre de charité et de dévotes prières, et de laquelle, avec ton propre bon zèle et les bontez qui en toy sont, il ne poeult que tu ne tires firuict et béatitude, et que la main de Dieu ne te conduise et gouverne, et préserve de mal et de confusion, et de ruyne, comme tous les tiens. Vraye equitté est et naturelle que le bien faire grandist Thomme, et est force que, qui en vertu labeure, il attainde à hault honneur. Vertu prend son mouvement de Dieu, et envers le lieu dont elle moeult elle contourne sa fin. Dieu, doncqz, la guyde et la gouverne, et Dieu a Toeul tousjours sur celluy qui de vertu use. Aymé doncqz vertu et ensieus les clers exemples, et te contourne envers celuy qui a Toeul sur les clers hommes : requiers luy de son amour et te dispose à sa grâce ; les humaines tribulations et povretës dispense les, je te prie, et les supporte en ton sens ; metz ta haultesse et ta haulte fortune en comparation à leur faculté povre; car comme est plus haulte et glorieuse la tienne, tant plus doibt estre humble et bénigne envers la leur.
n Tu vois les royalmes et divers pays soufTrir soubs prince deflectueux; tu vois les royalles lignées terminer et faillir à règne, par pugnition de Dieu ; tu vois villes et citez périr pour vicieux gouverne, et de quoy les princes portent le fardeau; tu vois que peu, aujourd'huy, les grans de la terre entendent au fait de Dieu, passent leur temps en vanité et desordre : et Dieu, aussy, souvent les oublie et ignore; moeurent doUentz ou déclinent d'honneur et de clievance, et ne se reliefvent
jamais leurs faoirft. Les péchez mainent à néant les maisons, et les vertus et les bonnes oeuvres les eslie*tent : expérience le te monstre par effect. Or, as la cog^ noissance de loy meismes, et scez qui tu es et dont tu viens; et, par une chose et par aultre, tu entens et cognois ce qui est de ton appartenir et de ton laisser, et quel fruict tu poeulx prendre en contraires exemples. Reste tout le plus et le plus fort à ce dernier, c'est que tu cognois que tu es mortel homme et morras comme ton père, sievras ton grant père et ton ave, laisseras à aultruy ce qu'ilz ont laissé à toy, n'em-^ porteras riens du tien ne du leur. £ulx, ilz te ont laissé gloire et félicité : rapporte leur bénédiction de leurs biensfais, prie pour eulx, aultruy priera pour toy; eulx, ilz ont emporté le chappeau de leur gloire, faijs le tien à ta poste, il sera tel que ta vie. Du leur ilz sont certains, et lu pendz en doubte du tien : par cy devant ilz ont gouverné les hommes, et maintenant ilz en sont au compte rendre. La tu venras comme eulx, et aultres te sievront ; eulx sont allez devant, et tu les sievras aprez ; eulx ont rendu leur compte, et tu viendras à rendre le tien. Labeure doncqz en ton chappeau, et Testore de belles fleurs : celluy de tes pères est plain de précieuses jacintes; le leur reluist très cler, fay resplendir le tien, car tu n'emporteras aultre chose. Ton compte sera du meismes à ton chappeau ; tel l'un, tel Taultre; et tout tel Dieu tu trouveras à compter là hault, comme tu auras usé de ta recepte en sa commission cà bas. »
A. ce mot, présentement, s'esvanoist le parlant, ensamble tous les aultres personnages. Ainsy que subitement se estoient apparus, se perdirent; et le noble
Kl CRONICQUES D'ENGLETERHE.
prince demoura tout seul. Lors, ou eo subit, je ovry les yeutx, et, eu reganlaot entour de moy, me donuay men'eilles de ce que veu avoye et ouy, dont, comme se j'en eusse eu la vive impression en moy, ou comme se ce fiit ma propre oeuvre, j'en ailay mectre en escript mon retenir, lequel, par humilité et grant amour, et en graut révérence, pour ce que l'ay trouvé competant à vous, o mon très redoublé Seigneur, je le vous présente et envoyé. Plaise vostre noble baultesse et bonté le recepvoir agréable, et l'envoyeur escripvain en vostre noble et bonne grâce.