Voy. d-detniSy page 79, note
210 CRONICQUES D'ENGLETERRE.
(Voy. L m, page 427.)
lettre de Marguerite (TYorkj duchesse de Bourgogne^ à la duchesse douairière de Bourgogne^ Isabelle de Portugal, sur la victoire remportée par le roi Edouard d Angleterre, son frère, contre le comte de fVarwick et ses adhérents. (Sans date. Avril 1471 .)
Ma très redoublée dame et mère, tant et Ires humblement que plus puis je me recommande à vostre bonne grâce. Et vous plaise savoir que aujourd'huy est arrivé ung homme natif d'Engleterre, qui fu prins par les Âustrelins et amenet à Zelande, lequel parti de Londres lundi, lendemain de Pasques, aprez disner, derrain passé, et dist et afferme pour vray les nouvelles qui s'ensuyvent eslre vrayes.
C'est assavoir que monseigneur le roy et frère, venant atout ses gens ung matin , mon (rere de Qarence, qui veuoit aussi atout grant puissance vers lui, se trouvèrent aux champs prez Tung de l'autre, assés prez d'une ville nommée Brambri. Lors chacun mist ses gens en ordonnance, et se tira mon dict frère de Clarence à petite compaignie arrière de ses gens, apro* chant mon dit seigneur et frère, lequel, se veant, viut vers lui, et mon dit seigneur frère de Clarence se mist à genoulx, tellement que mon dit seigneur et frère, veant son humilité en paroUes, le leva et baisa plusieurs fois, et fisrent grant chiere. Et lors ilz crièrent: oc Vivele royEdouartl » et jusques via mon dit seigneur et frère n'avoit fait nul cri comme roy.
Si se tirèrent pour venir à Londres; et aucuns leurs bons serviteurs et amis, de ce advertis, entreprirent, le merquedy de Ténèbres au matin, de prendre Ja porterne de la tour de Londres, et de fait le tinrent et gaignerent la tour. Ceulx de la ville, ce veant et aussi sentans le roy estre près, n'osèrent eulx esmouvoir, ne faire aucun semblant, et laissèrent entrer paisiblement en la dite ville mon dit seigneur et frère, joeudy ensuyvant. Et alerent en Tesglise de Saint Pol, où estoit le roy Henry et rarchevesque d'Iorc, auquel roy Henry mondit seigneur et frère tendi la main ; mais le roy Henry le vint embrachier, en disant : « Mon cousin d'Iorc, vous soies le très bien venu : je tiengs que ma vie ne sera pas en dangier en vos mains, n Et mon dit seigneur et frère lui respondi qu'il ne se soussiaist de riens, et qu'il povoit faire bonne chiere. L'archevesque d'Iorck s'excusa moult enverz mon dit seigneur et frère, en disant que oncques il n'avoit esté contre lui, mais qu'il avoit bien esté consent ans de la venue de son frère de Warwicque, quand il estoit en France, non sachant que mon dit seigneur et frère deust estre déboutez du pais; et raesme qu'il fust vray, s'en raportoit au peuple et a chascun se en nuls prestemens il avoit dit aucune chose, touchant le droit de la couronne, qu'il deust apartenir à autre que à lui. Et finablement, aprez ses excusacions faictes, mon dit seigneur et frère s'en ala vers madame et mère, laquelle, ensemble la royne et son fils, le mena en la dite tour de Londres.
Et lendemain, qui fu le bon vendredi, faignant le roy que Warwicque s'estoit parti de Conventry, et se devoit joindre avec son frère le duc de Excester, le
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duc de Sombressel et le conte d*Oachefort, et qu*il avoient grant puissance et intencion de le trouver et ruer jus en chemin, mon dit seigneur et frère fist crier en ladite ville de Londres le pris d'aucunes monnoies, aussi que Tescut de France ne vauldroit que un sous de gros, et le lion v sous; aussi que nul ne fust sy hardi qu'il meffesist à nulz subjectz des pais de monseigneur, et semblablement que tous hommes à piet, que povoient porter bastons, yssirent dehors. Et se commencherent à partir le dit vendredi.
Lendemain, la nuit de Pasques, fist aussy crier mon dit seigneur et frère que toutes gens à cheval yssissent la ville avec luy. Et de fait il se parti, et avoit en sa compaignie le roy Henri et mes autres frères, et n'estoient ensemble environ xn™ x hommes.
Et ainsi que le jour de Pasques, bien matin, le dit Wan^icque et autres dessusnommés, aiant bien de xx à xxuii"', et sachant la venue de mon dit seigneur et frère, se joindirent aux champs : il faisoit si grant bruynne qu'ilz se trouverrent si prez les ungs des autres en un champ que, avant qu'ilz peussent estre du tout mis en ordonnence, iz frappèrent les ungs sur les autres. Et s'estoient assemblés les archiers de corps de mon dit seigneur et frère, et ceulx qui soloient estre en garnison à Callaix, que Warwicq a fait bouter hors, de viii à ix cent, qui firent sarement de non fuir du camp, mais combatre jusques à la mort, iesquelx s'i portèrent vaillamment. Et finabiement commencherent a vm heures du matin, et dura la bataille jusques à X heures ou plus ; et jusques tant mon dit seigneur et frère se porta si honnestement que, là où il avoit le visage vers le vilage où Warwicque estoit parti, qui
PIÈCES JUSTmCATIVES. 213
est à dix mil de Londres, Dommet Verne t, il se trouva le dos en le fin contre icelui village. Et furent pluisears tués, et Ton ne set pas eucore le nombre ; mais peu du coste de mon dit seigneur et frère. Et illec fu tués le firere de Warwicq, marquis de Montagu; et iceluy Warwicq, ce veant, et sentant qu'il avoit le pire, monta sus ung cheval, soy cuidant sauver ; et ainsi qu'il s'en aloit, fu ratains d'iing homme qui le print, et comme il le remenoit, aucuns le congiïeurent et le tuèrent. Mon dit seigneur et frère, de sa prinse adverti, acourut vers lui, le cuidant sauver ; mais il le trouva mort, dont il fist grant regret. Et lesdits ducs d'Excester et Sombresset et conte de Douchefort s'enfuirent.
Et ce meisme jour de Pasques, mon dit seigneur et frère revint à Londres, acompaigné comme dessus. On avoit raporté qu'il estoit rués jus, et continuèrent ces nouvelles bien m heures. Et le vinrent recepvoir hors de la porte le lieutenant du Maire de Londres, ensemble les haudremans, auquel leur fist grant chiere, et de là s'en ala en ladite esgÛse de Saint Pol en ceUe viUe faire son offrande, et aprez à Tostel madame ma mère. Et, pour ce que mon dit seigneur le roy entendi que aucuns de la ville ne creoient pas que le dit de Warwicq et son frère fuissent mors, il fist aporter leurs corps, lendemain lundi matin, en ladite esglise Saint Pol, où ilz furent couchiés et descouverz de la poitrine en amont, et là veu d'ung chascun. Et à Teure de x heures, ou environ, le dit homme, qui est venu, le vit et le leissa en ladite esglise.
Et n'en set plus avant : car le jour mesme se parti, et entra en son bateau, pour aller Nasfort, dont il est.
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cuidant aporler les premières nouyelles. Mais il trouva
les Austrelins, qui le prirent en Zellande.
« Les mors et prias :
Le duc de Excester, le conte de Warwicq et son frère, marquis de Montagu, le conte de GuifFort, bien blechiet et prins; mons' Richart d'Ouscal, chevalier; mous' Jehan Griselle, fortbiechié et prins; mous' Guillaume Thierret et ung de ses Frères, de mons' le conte d'Oexenfort, mors ; Thomas Stocphart, fort blechié et prins.
Les prisonniers cm rojr Edouart :
Le roy Henri; l'arche vesque de Yorck; Tevesque de Vincester ; Tevesque de Lincol; Tevesque de Saint Denis ; l'evesque d'Ëcester, et encor pluiseurs autres gens nobles, thuës en bataille.
Les mors du costé du roy Edouart :
Le s' de Comaille; le s' de Say ; mous' de fiourset ; Thomas Perquier ; Ferby Testiner ; Gesfray Gumat.
Les aliés du roy de France :
L'empereur de Romme ; le roy d'Espaigne ; le roy Henri d'Engleterre; le roy d'Escosse; le roy de Sezille j le duc de Ghiennes; le duc de Millan; le duc de Ca labre.
Les aliés de monseigneur de Bourgogne :
L'empereur de Romme ; le roy de Portingal ; le ro\ Edouart d'Engleterre; le roy d'Escoce; le roy d'Ar-
ragoo ; le duc de Bretaingne; le duc de la maison de Savoie; le duc de Jullers; le duc de Venise; le duc de Bauviere; le conte Palatin; l'archevesque de Cologne ; rarchevesque de Mayenche ; Tarchevesque de Trêves.
{^Archives de J^ Etat de Namur : Registre aux reliefs des fiefs du sous^erain bailliage de 1467-1477, foU 72 et suiv. — Compte rendu des séances de la Commission d'histoire de Belgique , tome VII , page 47, 2* série.)
Voyez ce que nons avons dit de la chroniqae qui fomie cet Appendice dans notre premier Tolome, note 5 de la Préface.