‹ Anchiennes cronicques d'EngleterreChapitre 24 sur 128 · CRONICQUES D'ENGLETEBRE. Li^^i · texte numérisé non relu

CRONICQUES D'ENGLETEBRE. Li^^i

rieuse mer, en tele manière que la |iluspart^ d'eyiz prindrent terre en ce mesmes jour; et lendemain descéndy le remannant, atout les tentes, vivres et artillerie. Si se logèrent entour la ville de Azille, asseant leurs instrumens et engins es lieux plus convenables, à leur sanA>lant , pour leurs annemis grever et concquerre.

Quant, doncques, le roy de Portugal vey ses gens estre logiés, il somma les Sarrazinsde lujr rendre la ville, et qu'ilz s'en allaissent en paix. Mais les payens estans sur les murailles fiers et orguilleux, s^escriaeit haultement, comme tous à une voix, qu'ilz aprochassent hardiement, et que ilz trouveraient à qui parler. Et lors le roy, oyant leur responce, commença ses gens à semondre , disant ainsi : ce Mes frer^ et amis, il est desoremais tempz que mettons à explpif la sentence de Dieu donnée contre ces infidèles mescreans, et leur esrachons des mains celle terre qu'ilz ont au peuple crestien injustement toUue ou ravye, et par longue possession usurpée ; et vous souviengne que nous ne combatons pas 4ant seullement pour acquérir par la force de nos bras glore mondaine, que le temps qui tout temist etdesgate mettera à fin , mais querons ancores la glore immortele q|ie le tempz ne peult souillier ne finir.

Haa ! quanteffbis, et à com grant regret me vient

i . Vaa. : a La plus grand part de ses gens ce jours meismes print terre. YcY eonpenoU mettre la fachon de la ville et Passiette tTicelle pour mieulx entendre la manière du siège ; mais, pour ce que les lettres d'iceÙes n'en de* visent, je m^en depporteray pour le présent et mettray en somme Vassouit et la prinse jusques à tant qu'aultres soient envoyées, qui plus particulièrement et à plain en devisent. Tje jour doncqaes ensievant, leviraanant de ses gens descendus, etc. s

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au devant y toutes fois que je vois ce pays, la doullente prison de no^tre très amé oncle [l'infant don Femant] a^ec sa plourable mort, et de tant d'autres' hommes de grant vaillance , vos parens et auctorisiës amis. Querons doncques la digne vindication de nos proismesy qu'ilz ont devant nos yeulz souvent despoiiillié de leurs vyes et menez à doUoureuse fm par mainte imfêlice adventure; le sang desquelz, quy reclame devant Dieu vengance , me fait irambler et frémir les entraillés , memorant les énormes murdres perpétrez par ces amemis de la vraye foy et boun*eaulz d'enfer, que, pour nos pechiés, Dieu a permis si longuement le sang de âous et de nos ancestres suchier. Lesqueles choses , yaillan» hommes, jusques à qusmt le souffrirons ? Advanchiés vous, mes amis ; car jà il me semble veoir leursf corpz , oingz de sang , chancelier devant vos piedz et rendre^les doullentes âmes , avec leurs richesses , sans quérir autres que vous pour possesseurs. Vecy rheure venue que tant avons désiré ; commenciés , desoremaîs , à faire sentir à vos adversaires combien vavilt la force de vos bras. 2>

A peine eut le^roy^ cessé sa parolle, quant ses complices commencèrent par si. grant elTroy à combattre ''et assaillir la ville, et les Sarra/.ins k delTendre, que c'estoit chose espovantable à regarder. Mais, en la fin, tel et si dur fut Tassault dont cristiens par diverses manières fuerroierent ceulz de la ville, que le capittaim^ d'ycelle mist une enseigne dehors, en $ignifiance qu'il vouUoit parlementer. Si se tint chascun quoy ; et le Sarrazin , regardant le conte de Furron, mist main à la barbe , en signifiance qu'il se povoit

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sceuremeni aprochier de hii : en quoy faidint, descendy prestement du mur et s'aprocha du dit coble; si luy dist sou intention, laquele le conte recorda an roy : lequel, son oflre oye^ s'i acordoit assez, adfiD de eschiever la perte de ses gens et prévenir à la destinée de fortune* . Hais le duc Guy Marus, et tous les autres seigneurs qni entour luy estoient , supplièrent qu'i n'en feist rien ; car ilz n'estoient point là venus en iotencien de prendre ung grtot tas de vuide muraSle* Adont, le roy, voiant comme tous les siens de contraire oppiaion, fist retourner le Sarrazin et assaillir la lâlle plus fort que devant. Ouquel assault, fort et terrible [de tous deux eostës], persévèrent tout ce vendredy} et tant exploitèrent les cristiens par assidnele dUligence, que le samedy, au matin, avoient jà abatta une tour et ung grant pan de mur. Si commencèrent à entrer par là en la ville, atout la bannière du roy de Portugal desplotee, et abattre et tuer Sarrazins. Pois, par autres diverses parties de la muraille, montèrent cristiens par eschelles^ et tant que yceulz montans ouvrirent la porte ; et, adont, veissiés courir les ungzde chà, les autres de là , au plus grant dommage qu^ils povoient de leurs annemis. Et les Sarrazins , à cause des rues qui estoient estroites et en plusieurs lient tortues, se deflendirent vaillamment, et misrent grant paîne pour y cuidier insister; mais tout ce riens ne leur valut; anchois les convint, en fin, tourner à la fuite. Et entre les aigrement p^ursievans estoie le conte de Marialne, prince vertueux , qui tant les coiti

f. Vin. : rLa perte de ses gens et I*ine|sAlb jagement de fturtinie. i {Fomis Sotéonnê^ n« 433.)

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que fffWàl Dooibre d*eidz s'cmbarerenl en la Mtnquetle, c'est leur ^ise^ cuidant iUec eslre à saulircté. Ooquel lieu , espérant que ses gens le sierroient^ se boutta entr'eulz, comme le loup es brdMs, frapant et abattant Sarrazins qui aigrement se defSmdirent, où ilfist des armes larguement; mais, en la fin, tout mi^ et hors d'allaine, fut abattu et occis, dont ce fint grant dommage; car, à ce que les Sarrazins mesmes en ra* contèrent depuis, ung Rolland n'en eust peu pkis faire: et bien se moustra en ceulz que là on trouva entoinr luy, les wigz mors et les autres navrez, en grant quantité.

D'autre part, k pltis grand partye des cristiens^ s'esloîent prtns à assaillir le chastel; el, pour ce qu*il estoit fort et basty àe bonne muraille, gamj des grosses tours et de plusieurs vaiUans Sarrazins et Genevois, £ûsans grant resisteiice auz cristiens, ei leur donnoient beaucoup à faire ; maïs , neantmoh», tant fmrent les Sarrazins pressez du très dur assault des crisliens, que^ le capittaîne qui, comme oy avez, avoit» le jcmr devaoA, esté devers le roy, misi dehors un falaacq penonce^m, en signifiance qu'il requeroit sceureté pour parkr d'aulcun apointement. Pour quoy le roy fist cesser se» gens tant qu'il eust oy la paroUe du Sarrazin, qm luy requeroit qu'on les laiasast aUer leurs corpz sauUss,^ [et qu'ilz luy renderoient le ehasteaa] : ce que le roy^ avoit aucques acordé, quant Sarrazins recommencèrent à tyres sur cristiens, dont le roy fut si cou* roucfaié qur'il convint le payen retourner sans autre chose besongoier, combien que moult envis. Et puis fist le roy l'assault renouveller, où aulcuns gentilz hommes s'eq^nrouverent si vaillamment, qu'ilz mon-

n CROOTCQUES D'ENGLETERRE. [1471]

terent sur les murs du dit chastel ; mais ilz y trouvèrent si grant deflence que entrer u'y povoient. Et, adont, le roy, trouvant plus grant resistence qu'il ne cuidoit, délibéra admonnester auz Sarrazins partir de la place, leurs vyes saulves. Et sur ce pas, les ungs dient que le roy y envoia le conte de Montsaint% et autres dieut que le mesmes conte requist au roy d'y allçr pour demander le butin qui y serroit trouvé. Lequel conte, estant appuyé sur le mur dudit chastel» parlant de cest acord , fut féru d'une lance en la gorge, dont il chut mort par terre , quy fut grant perte pour les cristiens; cai* c'estoit ung très vaillant chevallier, de grant sens et conduite, qui moult honnourablement aVoit servy le roy. Et aidcuns dient que' les Sarrazins mesmes firent la requeste au roy qu'il leur envoiast ung noble homme de son sang, pour lui rendre la place , auqud le dit conte requist instamment d'y aller : ce que le roy luy réfusa, tousjours soy doubtant de trahison. Mais, ènfin,4tant le importuna de ses prières qu'il le laissa aller , et que, luy entré dedens le chastel , il fut tué par ung Genevoix , comme il estoit ordonné par les destinées que les Genevois quy, par avant, avoient tué le père, maintenant tuassent le filz. .

Lgvs le roy, terriblement courouchië de despit pour la mort du conte ainsi trahiteusement murdry, fis! plus fort combattre et assaillir le chastel que devant ; telement que , par force , ses gens y entrèrent, dont fut l'un des premiers entrans dom Rodrigue» filz naturel du dit feu conte, atout ses gens , où hardiement vengèrent la mort de leur seigneur; car tous les

1 . Alvarèt de Castro , comte de Mnsanto, camérier major du roi.

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Genevoi» et Sarrazins qu'ilz y trouvèrent misrent à Tespee.

Ainsi^ comme vous oez, futprinse la ville d'Àzille el &ite cristienDe, qui loDgtempz avoit este payenne^ par uDg samedy, jour de saint fierthelemieu , xxnu* d'aoust mil lUr LXXI '. Et lendemain, qu'il fut di'* nieoce, Tarchevesque de Lixebonne chanta messe sol-^ lempnele en la musquette qui fut des Sarrazins, en grant joye de tout Tost; et le nomma on Saint Berthe* lemieu, en la mémoire du saint au jour duquel elle a^oit esté prinse. Sy furent illec mors xvif^ cristiens, et des Sarrazins deux mil yiiVlxxv. Entre lesquels fina ses jours [vieulx] Jacquelaires, le meilleur capit* taiue et plus renommé chevallier d'ÂufTricque, et Tun des grans princes d'ycelle terre. Et les prisonniers furent nombrez à y^; entre lesquelz estoient deux feounes et ung filz à Morleghet% qui est ung grant prince ou royaulme des Fez, et ung très grant capit* taine; et, à ce qu'ilz dient, c'estoit la plus belle créature qu'ilz veyrent oncques, dopt le dit Morleghet fut très doullent. Si envoia tantost supplier au roy qu'il feist garder ses femmes, filz et chevalliers, sans faire part à nulluy, ne les mettre avec Tautre butin, jusques k ce qu'il eust parlé à luy . Au sourplus, qu'il lui pleust consentir que il luy venist faire la révérence; laquele chose le roy luy acorda, et Tatendoit au«disner. Et le dimence aprez , les Sarrazins des villages d'entour AziUe, quy sont environ de xv*" maisons, se vindrent,

i. Le récit de cette expédition aurait dû être placé à la fin des Chroni({aes de Wayrin, puisque la pièce qui les clôt est datée du 29 mai 1471. Le manuscrit Fonds Sorhonru n» 432 suit Tordre thronologique.

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