DES CILVNTRES ET DU CHANT DFS OFFICES DIVINS
ambij^uitas, coaptemus (De veterî ritu canendi psalm. in Ecoles.). »
L'insolence de ce ridicule censeur était montée jusqu'à ce points de condamner quel(|ues endroits des offices romains. « Non est verilus in ipsa Romana ecclesia quœdam in sacris officiis et ministeriis reprehensibilia, etiam snb anathematis damnatione resecare. »
Le même Agobard adressa un autre ouvrage aux chantres de son Eglise de Lyon , pour leur faire remaniuer certains endroits dans l'antiphonaire de celte église, qui contenaient des erreurs, ou des méprises manifestes. Aussi il en avait fait une correction exacte. « Hac de causa et antiphonarium pro viribus nostris magna ex parte correximus, amputatis lus, quœ vel superflua, vel levia, vel mendacia, aut blasphéma videbantur. »
11 leur fait une énumération des fautes qu'il avait corrigées, et leur incubiue sans cesse cette maxime, que saint Augustin, saint Grégoire, et les autres Pères eussent été indubitablement surpris, s'ils eussent entendu chanter dans l'Eglise ce qui ne se lit pas dans la parole de la vérité, qui est l'Ecriture. « Ca^terum si in diebus suis audisset aliquos non de divinis cloquiis, sed de humanis adinventionibus cantantes, numquid non mortuum et sine vita talem cantum putaret? »
Il conclut de là que rien n'est plus à souhaiter que d'avoir un livre d'offices, « Officialem librum , » ou un antiphonaire aussi correct, et aussi fidèlement tissu des paroles seules de l'Ecriture sainte, comme on a déjà un livre des leçons, « Librum lectionum,» recueilli des livres sacrés, et un missel « Librum mysteriorum, » très-conforme à la pureté de la foi.
« Omni studio pietatis instandum atque observandum est, ut sicut ad celebranda missarum solemnia habet Ecclesia librum mysteriorum, fide purissima, et concinna brevitate digestum : habet et librum lectionum , ex divinis libris congrua ratione collectum ; ita etiam et hune tertium officialem libellum, id est antiphonarium habeamus, omnibus humanis figmentis et mendaciis expurgatum, et per totum anni circulum ex purissimis sanctaî Scripturae verbis sufficientissime ordinatum : quatenus in sacris officiis peragendis, juxta probatissimam fidei regulam, et paternœ autoritalis venerabilem disciplinam, una a nobis atque eadem custodiatur formaorationum. »
Agobard a poussé un peu trop loin la néces-
sité de ne recevoir dans les offices divins que les textes propres des Ecritures. La coutume de l'Eglise de Lyon, qui en usait de la sorte, était louable, mais il n'en fallait pas faire une loi pour toute l'Eglise.
Saint Ambroise a composé des hymnes, les conciles les ont autorisées, l'Eglise ancienne les a chantées, la règle de saint Benoît les a reçues. On a lu de tout temps les actes des martyrs, et les homélies des Pères dans l'Eglise. On fait des prédications pendant la messe, pourquoi ne lira-t-on pas les homélies des Pères pendant l'office? Les offices sont composés de jirières et de lectures de piélé. On parle à Dieu |)ar la prière, on l'écoute par la lecture. Dieu nous parle par les Ecritures, par les Pères, qui en sont les interprèles et par les exemples des saints, qui exposent à nos yeux cette divine morale, que l'Ecriture l'ait retentir à nos oreilles.
XL Concluons cette matière par la dernière maxime du même Agobard, qui n'est pas la moins importante de toutes, et qui peut servir d'un juste temi)érament de cette extrême ardeur, avec laquelle on se porta au chant durant l'empire de Charlemagne. Quelque nécessaire que puisse être l'étude du chant, il y a encore d'autres études, auxquelles les jeunes ecclésiastiques doivent s'appliquer avec une chaleur incomparablement plus grande.
« Forma orationum, forma lectionum , et forma ecclesiasficarum modulationum a boni ingenii adolescentibus quam celerrime imbibita, eos et divinis laudibus concinnendis, sufficienter et gra^^ter idoneos reddat, et a potioribus ac spiritalibus studiis non impediat. »
Après cela on ne peut nier que ce ne soit un malheur déplorable, de voir tant de chantres qui consument toute leur vie, depuis leur plus tendre enfance jusqu'à la vieillesse, à exercer leur voix et à se perfectionner dans le chant, sans pouvoir, ou sans vouloir s'appliquer à la lecture des Ecritures , ou à la contemplation des vérités du ciel, et sans se remplir l'esprit et le cœur d'autre chose que du vent de leur vanité et de la folle complaisance de leur belle voix :
a Ex (juibus quamplurimi ab ineunte pueritia, usque ad senectutis canitiem, omnes dies vitir suiT in parando et confirmando canlu expendunt, et totum tempus utilium et spiritalium sludiorum, legendi videlicet, et divina eloquiaperscrutandi, iuistiusmodi occupatione
240 DU SECOND OFiDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUATRE-VINGT-UNIÈME.
consLununt. Quotlque animabus eorum proculdubio vaille est noxium, ignari fulei suao, inscii Scriplurarum sacrarum, et divinai iiitelii-
gentiœ inaneset \acui, hoc solum sibi sufficere |)utant; et ob hoc etiam veiitosi et inllati incedunt, etc. »