‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 127 sur 291 · XX. On en chassait tous ceux qui vivaient mal · texte numérisé non relu

XX. On en chassait tous ceux qui vivaient mal

XXI. Plusieurs hôpitaux étaient quelquefois confondus en un, non pas toujours.

XXII. Les bénéûciers liraient leur nom de l'hôpital qu'ils gouvernaient.

I. Après avoir parlé des communautés ecclésiastiques et religieuses et de leur obligations, il faut passer aux autres sortes de bénéfices, qui se distinguent des autres par les charges qu'on impose aux bénéficiers.

Parlons d'abord des hôpitaux, qui sont des communautés de pauvres, qui ont été souvent joints, ou même confiés à des communautés religieuses.

II. Saint Grégoire de Nazianze se rit de Julien l'Apostat, et de son affectation à imiter et a communicjuer aux païens tous les usages ingénieux de la piété et de la charité chrétienne, particulièrement les hôpitaux : xaTa-fùiia

Ce divin orateur a peint ailleurs (Orat. ni), avec les plus belles couleurs de son éloquence, les hôpitaux que saint Basile avait fait bâtir hors de sa ville épiscopale avec une magnificence surprenante, persuadant aux riches d'y contribuer, non-seulement de leur superflu, mais même de ce qui pouvait leur être nécessaire.

« Pulchra res est benignitas, et pauperum alendorum studium, atque humanœ infirmitati opem ferre. Paulum extra civitatem pedeni effer, ac novam civitatem conspice, illud, inquam, pietalis promptuarium, comnume locupletum œrarium, in quod non modo redundantes, ac superflua? opes, sed jam necessaria^ quoqne facultates propter illius cohortaliones recondimlur (7rTw/oTpotp(a) (Orat. xx). »

Il fallait que l'étendue et la magnificence de cet hôpital fut extraordinaire , puisque saint Grégoire le compare à une nouvelle ville.

L'auteur de la vie de saint Grégoire de Na-

zianze nous assure (ju'il avait eu lui-même bonne part à cet admirable trophée de la charité de saint Basile pour les pauvres. Il nous apprend aussi le soin qu'on prit de faire subsister un si grand ouvrage par des revenus proportionnés. « Amplissimis a^dibus extructis atque annuis proventibus constitutis, quos a divitibus et copiosis hominibus, prudenti oratione ad largitionem impulsis collegerat, œgrotos omnes in unum coegit, pauperum gymnasia hii'c loca a[t|)ellans. Huic in ea re adjutor operisque parliceps fuit Gregorius. »

Il y a bien de l'apparence que c'était un assemblage de plusieurs hôpitaux, les uns pour les malades, les autres pour les pauvres, les autres pour les passants; peut-être même qu'il y avait distinction des vieillards, des vieilles femmes, des veuves , des jeunes filles et des jeunes garçons, pour mériter le nom d'une nouvelle ville, et pour pouvoir avec quehjue justice être comparé à ces superbes édifices que la vanité du siècle a tant admirés, et (ju'elle a appelés les sept miracles du monde. C'est aussi la comparaison que saint Grégoire en fait (Orat. xx).

III. Mais il faut apprendre de saint Basile même la pieuse somptuosité de cet édifice, dont le gouverneur même de la province , quoi<iue son ami, conçut même de la jalousie, et obligea le saint évêque de se justifier d'une accusation si honorable. Voici ce qu'il lui écrit de l'hôpital des passants, de celui des malades, des logements des officiers, des lieux destinés aux artisans ; et enfin des maisons destinées pour les divers métiers.

« Quid perpetramus mali, dum receptacula ponimus, peregrinis qui hue advenerint? Et pnrter istos, in eorum usus, quibus opus est curatione propter infirmitates suas : necessarium bis solalium procurantes nosocomos, medicos, bajulos, ductores,et ca^teros artifices in promptu habere debent, etc. Quin et aedes l»ra>terea alias operibus faciendis requisitas. (Orat. xx).

IV. Le concile de Calcédoine (Can. vin) nous a fait connaître qu'il y avait plusieurs semblables hôpitaux dans l'Orient, et qu'on ordonnait des prêtres et d'autres ecclésiastiques pour en avoir la conduite, mais c'étaient les évêques qui nommaient ces prêtres, aussi bien que ceux qui devaient diriger les monastères. « Clerici qui praeficiuntur ptochodochiis et monasteriis, sub episcoporum potestate permaneant. »

5SS DU SECOND OUDUK DES CLERCS. — CIIAPITIIE Ql'ATUE-VlNCT-NEDVIÈME.

Ce canon el cet exemple de saint Dasile ne mis en exécution, et (]ne ce di^ne monument

nous permettent pas de douter que les évèques de la charité incomparable des chrétiens sera

n'en eussent la suprême direction, et même capable de convertir tout le reste des païens,

qu'ordinairement ils n'en fussent eux-mêmes Les orages qui s'élevèrent contre ce saint

les l'ondaleurs. homme arrêtèrent le cours d'un dessein si

V. Nous en douterons encore moins (piand digue de la générosité épiscopale.

nous aurons a|)|)ris de Pallade (|ue saint (^iu'y- « Si in hac via ])rogre(liuuir, credo (juod et

sostome , après avoir retranché toutes les dé- hoc futurum sit. Obtemperate mihi solum, et

penses superilues et les profusions excessives per ordinem corrigemus ucgotia; et si Deus

des revenus de l'église et surtout de l'évêché, vitam dederit, credo quod statim in hanc nos

se servit de l'argent (ju'il trouva de reste à bà- recepturi simus vitic rationem (Hom. u , in

tir des hôpitaux pour les malades, dont il donna Acta). »

la surintendance à deux prêtres vertueux. Il y Vil. Saint Paul avait recommandé l'hospita-

éfablit aus.ii des médecins, des cuisiniers, et lité aux évêques ; saint Chrysostome fut accusé

tous les autres officiers qui ne pouvaient être de ce qu'il mangeait toujours seul. Pallade en

mariés. doiuie la raison. Ce saint évêque était fort in-

M Post hœc dispensatoris ecclesiastici scripla firme ; souvent il ne mangeait que le soir; ainsi

relegens, inutilesiiue Ecdesiie sumjUus depre- il eût gêné ses hôtes. Outre cela il ne pouvait

hendens, amputari hos protiuus jubet. Accessit soullrir les dépenses excessives qui eussent été

et ad solemnes episcopi sumi)tus iuspiciendos, inévitables dans une aussi grande ville que

invcniensque immodicam profusiouem, trans- Constantinople. Entin il considérait que l'hos-

ferri hanc magniticentiam ad infumorum so- pitalité était peu nécessaire à un évêque dans

latia pra'cepit. Et cum superessent pecuuia^, une ville si riche et si puissante : les laïques y

nova quoque infirmorum receptacida con- exerçaient assez libéralement cette vertu ; et

striiit; pncficiens bis duos ex sacerdotum uu- ainsi l'évêque ne devait pas quitter le soin de la

mero religionis sumnite viros; et medicos et prédication pour s'occuper des pensées et des

co(iuos et miuistros qui sine uxoribus essent, inquiétudes du ménage,

eis ad ol)se(|uium statuens, etc. (Pallad., in acta « Enim vero qui civitatem optimis legibiis

Chrys., c. \'.\ » iustructam habitat, cujnsmodi Constautinopolis

Ce saint évêque fut donc le réparateur des est, in qua omnes fere hos|)itales suut : si saanciens hôpitaux, il en fonda de nouveaux, il C(!rdos est, supertlue satis verbi relincpiit mien donna le soin et la direction à des i)rêtres nisterium, ut o|isoniorum compidet siuuptus qui en furent comme les bénéficiers, il y éta- seque in)prudens cauponem pro doctore arbiblit des officiers qui ne fussent point mariés. Iratur (Pallad., vita Chrys., c. xii, ii, xvii, xii,

Vi. Le zèle et la charité de ce prélat incom- xiii). »

parable ne s'arrêtèrent pas là. 11 piopt>sa un Saint Chrysostome témoigne lui-même néan-

jour à tout son peuple d'entreprendre de moins , dans sa lettre au pape Innocent, qu'il

nouriir tous les pauvres en commun. U su|)- avait prié Théophile et tous les autres évêques

posa que le nombre des pauvres de Constanti- d'Egypte de venir loger chez lui. Pallade, qui

nople montait bien à cincjuante mille. Il ne rapporte cela , se plaint des prêtres et des dia-

laissa pas de leur faire voir que cette entreprise cres de Constantinople qui ne voulurent pas

était aussi facile que sainte ; et qu'elle serait recevoir chez eux les moines que Théophile

même avantageuse en ce point, qu'on dépeii- avait chassés d'Egypte, et qui laissèrent cette

serait bien moins à nourrir les pauvres en gloire à une sainte diaconisse.

comiuun que séparés. Enfin il leur remontra Ainsi il est certain que l'hospitalité s'exerçait

que si un si petit nombre de fidèles avait [>u au dans Constantinople; mais saint Chrysostome

commencement de l'Eglise nourrir tous les en évitait ordinairement l'embarras, pour s'oc-

pauvres en commun, la même charité se pour- cuper aux autres fonctions de son ministère,

rait exercer avec incomparablement plus de outre qu'il évitait les dépenses superilues du

facilité lorsque les chrétiens étaient inliniment bien des pauvres, les voleries des ofticiers, la

accrus et en multitude et en richesses. coutume déplorable de traiter plutôt les riches

Cet admirable docteur ne craint pas d'avancer que les pauvres. Voilà ce que Palladius déduit

qu'il espère de voir un jour ce grand ouvrage fort au long.

DES HOPITAUX ET DES BÉNÉFICIERS, etc. 2S9

VIII. C'est cotte même raison i\m obligea Voilà les lieux où les évoques et les empe-

cnfm les évoques à bâtir des hôpitaux pour les rours même exerçaient l'hospitalité,

hôtes et pour les malades. IX. H est donc très-certain que les évêques

En effet, l'hospitalité et la nourriture des ont la surintendance sur toutes ces maisons de

pauvres les regarde, tant par l'exemple de J.-C. charité, puisque les Apôtres furent les déposi-

et de ses Apôtres, (jue par leurcoinniandoment taires et les dispensateurs du patrimoine des

exprès, et par la conspiration même de tous les pauvres ; puisque les évêques leur ont succédé

fidèles, qui mettaient aux pieds dos Apôtres, ou dans cet exercice de piété aussi bien (jue dans

entre les mains des ecclésiastiques toutes les tout le reste de leur autorité ; puisque les fidè-

aumônes que l'esprit de charité leur inspirait les ont toujours continué de mettre entre les

de faire : il n'y avait point de moyen plus con- mains des évêques leurs sacrifices, leurs déci-

venable et plus avantageux pour s'acquitter de mes , leurs prémices , et enfin toutes leurs

ce dessein que de dresser des hôpitaux, et d'y saintes libéralités; puisque des revenus de

appliquer la portion des revenus de l'Eglise l'Eglise il y en avait une troisième ou une qua-

qui était destinée à un si saint usage. trième partie consacrée à l'entretien des pau-

Le même Esprit-Saint qui avait porté les vres dont l'évêque avait la disposition, comme

Apôtres à se décharger du soin de nourrir les nous dirons dans la suite ; puisque si la por-

pauvres sur les diacres, afin de pouvoir se tion de ces revenus affectée à l'évêque était

donner eux-mêmes avec plus de liberté à la grande et surabondante, c'est parce que Tapô-

prière et à la prédication : ce même Esprit, tre saint Paul et les conciles mêmes l'avaient

dis-je, persuada enfin aux évêques de se déli- parlicuhèrement chargé de l'hospitalité ; puis-

vrer des distractions et des inquiétudes de que nous voyons que les premiers et les plus

l'hospitalité , et de l'entretien des pauvres et anciens hôpitaux ont été fondés par les évê-

des malades en leur bâtissant des maisons pro- ques, et ont été gouvernés par des prêtres

près pour cela. Durant le règne des empereurs qu'ils y avaient établis,

païens, les évêques avaient le soin et la surin- X. Nous n'avons encore parlé que des Grecs,

tendance des pauvres, des malades, des hôtes, Venons aux évêques et aux prêtres de l'Eglise

des veuves et des vierges consacrées à Dieu ; et latine. Saint Augustin avait un extrême soin

de tous ceux qui , vivant dans une retraite des hôtes, des pauvres et des malades, et il les

toute sainte, faisaient voir en leur vie comme secourait très - libéralement des revenus de

les préludes de l'état monastique. Mais la crainte l'Eglise.

despersécuteursnepermettait pas de faire vivre Possidius en est un bon témoin, mais il ne

en communauté toutes ces sortes de personnes, dit pas qu'il eût fondé aucun hôpital: il ne

Dès que l'empire chrétien eut mis l'Eglise en recevait les hôtes qu'à sa table, mais il se conliberlé, ces solitaires qui avaient vécu séparés tentait de distribuer, ou d'envoyer aux paucommencèrent à bâtir des monastères; les vres tout ce qui était nécessaire à leur entrevierges et les veuves suivirent bientôt leur tien. « Mensa usus est frugali et parca, quoî exemple ; les évêques s'efforcèrent de porter le quidem inter olera et legumina, etiam carnes clergé à vivre en communauté : enfin on fonda aliquando propter hospites, vel quoque infirdes hôpitaux pour les pauvres, pour les malades miores continebat (Cap. xx).»Et plus bas :«Hoet pour les passants, afin de les pouvoir entre- spitalitatem semper exhibuit,etc. (Cap. xxiii). » tenir avec plus de commodité et avec moins de Et dans la suite : « Pauperum vero semper dépense. niemor erat, eisque inde erogabat, unde et sibi

L'impératrice Placille,digne femme du grand suisque omnibus secum habitantibus eroga-

Théodose, allait elle-même rendre les plus batur : hoc est, vel ex reditibus possessionum

humbles services aux pauvres dans les hôpi- Ecclesiœ, vel etiam ex oblationibus fidelium. »

taux de l'Eglise. « Ecclesiarum hospitia visere. Saint Augustin témoigne lui-même (jue cette

œ""rotis in lecto decumbentibus curationom nécessité inévitable d'exercer l'hospitalité et

adhibcre, tractare ollas, jusculum gusiaro, pa- de recevoir à sa table les étrangers et les pas-

tinam illis déferre, hangere panom, otfas por- sants, l'avait obligé de quitter le premier mo-

ri"ere eluorc pocula, omnia deni(iue alia mu- naslère qu'il avait fondé aussitôt qu'il eût reçu

nera obiro, qua^ servi et ancilUr oxequi soient la prêtrise, et d'en établir un autre de clercs

(Theodoret., l. v, c. 18). » dans la maison épiscopale même.

Th. — Tome 11. 19

a Perveni ad e|)iscoi)atuin, vidi necesse liabere exhibere bumanitatem assiduain quibusque venientibus, sive transeuiilibus : quod si non fecisseni, episcopus inbuinanusdicerer. Si aiiteni c'onsiietudo ista in iiionaslerio perniissa esset, indecens esset : et ideo volui babere iii ista donio episcopi , nieiim nionasteriuni clericoruni (Serm. W de divers.)- »

XI. Palladius remarque, au même endroit qui a été rapporté, que saint Cbrysostome voulait qu'on reçût les botes et les passants dans rbo|)ital qu'il avait fondé : adrimt'intes /lospites. On pourrait juj^er. avec quelque vraisemblance, que la même cbarité animait saint Augustin et saint Clirysostome , quoiqu'ils exerçassent l'bospitalité en des manières si dinérentes (Cap. v).

Saint (^brysostome aussi bien (jue saint Basile conservait encore ()uelques restes de son premier amour pour la retraite et pour la solitude : ainsi il ne put se résoudre à recevoir tant de monde à sa table, il aima mieux leur donner à manger en des lieux destinés à cela.

Saint Augustin témoigna plus d'inclination pour la vie civile des Apôtres : ainsi il fit de sa table une école de frugalité aussi bien que de cbarité.

Ces deux manières diverses de pratiquer la même vertu d'hospitalité ont été admirées et imitées de tous les évêques des siècles suivants.

XII. Mais il faut avouer de bonne foi qu'il y a eu des bopitaux qui ont été l'ouvrage de la piété des laïijues.

Saint Jérôme écrivant à Pammaque sur la mort de sa femme Pauline, le loue d'avoir aussitôt embrassé la profession monastique, d'avoir bâti un hôpital près de Rome, et de s'être élevé d'abord au comble de la vertu, en se rendant l'imitateur de rhos|)italitédu grand patriarche Abrabain. Il l'exhorte à imiter encore Abraham en ce point, à servir luimême les pauvres, et après avoir donné à J.-C. tout ce qu'il avait, à s'y donner encore luimême. « Audiotexenodochiuminportu fecisse Romano, etc. Initia transgrederis, statim summum tenes, priums inter monachos, in prima urbe, primum sequeris patriarcham, etc. Moneo non solum pecuniam, sed teipsum Christo olï'eras, etc. »

XIII. Pammaque était de maison patricienne, « patricii generis primus inter prinios monachos esse cœpisli, etc. » Ainsi si sa charité

n'avait point de bornes, ses richesses étaient immenses. Mais saint Jérôme fait bien voir dans la même lettre (jue la charité trouve dans elle-même des trésors infinis. Il assure qu'il avait bâti lui-même à Retbléem un monastère et un hospice, ou unhô[)ital, dans lequel étaient reçues les personnes religieuses (jui accouraient aux lieux saints de tous les endroits du monde. Aussi envoya-t-il son frère Paulinien pour vendre tout le reste de leur patrimoine commun, afin de ne pas laisser un si saint et si grand ouvrage imparfait. « Nos in ista provincia œdificato monasterio, et diversorio prol)ler extructo, ne forte et modo Joseph cuni Maria in Belhleem veniens non inveniat hospitium, lantis de toto orbe confluentibus turbis obruimur monachorum, etc. »

C'est api)aremment du même hôpital qu'il parle, dans l'épitaphe de la bienheureuse Paule, à laquelle il en donne la gloire : « Donec extrueret cellulas etmonasteria, et diversorum peregrinorum juxta viam conderet mansiones, in (|ua Maria et Joseph hospitium non invenerant \h\ Epita|)h. Paulae); » à moins de distinguer les deux hôpitaux, aussi bien que les deux monastères qui étaient certainement différents, l'un pour les moines, l'autre pour les tilles religieuses.

XIV. Si Pammaque fut le premier qui dressa un hôpital en Italie pour recevoir les passants, Fabiole eut la gloire d'en avoir la première bâti un très-magnifique pour les malades. Elle y employa des richesses immenses, et elle surpassa toutes ses libéralités, en s'y consacrant elle-même au service des pauvres.

« Omncm censum quem babere potcrat,erat autem amplissimus, et respondens generi ejus dilapidavit et vendidit, et in pecuniam congregatum usibus pauperum prœparavit, et prima omnium vcdox-ojAstov instituit, in quo iegrotos colligeret de plateis, et consumpta languoribus alciue inedia miserorum membra fovebat. Quoties morbo regio et pœdore confectos humeris suis ipsa portavit? quolies lavit puruleidam vulnerum saniem, quam alius as|)icere non valebat? pnebebat cibos pro[)ria manu, et spirans cadaver sorbitiunculis irrigabat (In E|)itapli. Fabiolœ). »

Voilà comme cette sainte dame surmontait la délicatesse de son sexe et faisait la leçon à tant de riches qui, pour exercer ces œuvres de miséricorde, emjjruntent les mains d'autrui ; « Clémentes pecunia, non manu, » dit ce l*ère.

DES HOPITAUX ET DES HÉNÉFICIERS, i-ir. 291

XV. Il fait encore ailleurs mention de plu- linus inancs, stipendiuni (juasi prccariœ mansieurs laïques qui s'adonnaient à l'hospitalité sionis Domino pensitans, de socia et corporis avec tant de zèle et tant de libéralité, qu'ils tiii, et animi servitute (Epist. ad Severum). » attiraient sur eux la jalousie, et quelquefois XVII. Palladius raconte une histoire toute même la persécution des évècjues et des |)rè- semblable de deux frères fort riches, dont l'un très. vendit tout et distribua tout aux églises et aux

Au reste, saint Jérôme dit fort sagement que |»auvres, vivant d'un métier qu'il apprit, et

cette vertu doit être commune aux ecclésiasti- s'occupanl tout entier de la prière. L'autre

ques et aux séculiers, mais que les évêiiues y fonda un monastère et un hôpital, où il rece-

doivent exceller par-dessus tous les autres , vait tous les pauvres et tous les passants (Hist.

parce (ju'il sufdt aux laïques de donnera man- Laus., c. xv, xvi).

ger à (jiielques passants; mais c'est le devoir de Le saint abbé Pambon voyant ses religieux

l'évêque de n'en exclure aucun de sa table et divisés sur la préférence de ces deux frères ,

de sa maison. leur apprit que, (juoique leur conduite fût si

« Si omnes illud de Evangclio audirc deside- diverse, leur mérite était égal ; l'un ayant imité

rant, liospcs fui, et suscepistis me : quanto l'hospitalité d'Abraham, et l'autre ayant été

magis episcopus, cnjus donms onmium com- enflammé du zèle et de la ferveur «l'Elie. Mais,

mune débet esse hospilium? Laicus enim dans toutes ces rencontres il faut généralement

unum,aut duos, aul paucos excipiens, implebit supposer que l'Eglise possédait toutes ces mai-

hospitalitalis oflicium : episcopus nisi omnes sons dédiées au soulagement des pauvres ,

receperit, inhumanus est. » conmie nous l'a appris saint Paulin, en parlant

XVI. Tous ces exemples d'hôpitaux fondés à un illustre fondateur : « Ecclesia teserviente par des personnes séculières ou religieuses , i)Ossidet. »

mais imllement ecclésiasticiues, [)Ourraient fa- XVllI. 11 ne sera pas hors de propos de faire

cilement nous surprendre et nous persuader encore cette réflexion que ])lusieurs des exem-

que les évêques n'y avaient aucune juridiction, pies et des auteurs rapportés dans ce chapitre,

Mais saint Paulin nous apprend fort à propos nous ont fait voir les monastères et les hôpi-

que, dès que ces maisons saintes étaient consa- taux joints ensemble. Les religieux avaient

crées à la charité, elles appartenaient à l'Eglise, apparemment l'intendance de ces hôpitaux, et

et par consécjuent elles étaient soumises au on ne doute pas qu'en ces temps-là ils ne

pouvoir et à. l'autorité de l'évêque. fussent parfaitement assujétis à l'autorité des

Sévère Sulpice avait vendu une partie de ses évêques. Il faut donc conclure la même chose

héritages , et en avait distribué le prix aux de ces hôpitaux. Il y eut dans les siècles sui-

pauvres. Il avait réservé l'autre partie et en vants des hôpitaux où l'on observait les règles

avait fait un hôpital où il servait lui-même les monastiques.

pauvres. Son humilité lui persuada qu'il était XIX. Il est encore bien juste de remarquer

bien loin et bien au-dessous de la vertu achevée que, si les évêques ont fondé des hôpitaux,

de saint Paulin, qui avait tout vendu et tout ce furent le plus souvent les libéralités des

donné sans se rien réserver. laïques qui leur en donnèrent le moyen.

SaintPaulin, au contraire, parunesaintecon- Car, saint Basile, dans une de ses lettres

testation d'humilité et de charité, lui remontre (Epist. cccxcu), après avoir parlé de son hô-

que c'est l'elTet d'une plus haute perfection pital des pauvres, TTiùxorpoçàiov, donne cette règle

d'avoir réservé un fonds non pas pour soi, mais importante, que ceux qui se dépouillent de

pour l'Eglise ; non pas pour le posséder, mais leurs biens ne doivent pas les dispenser eux-

pour y être possédé lui-même par les pauvres, mômes, parce qu'ils ne i)euvent pas faire le

« Ideo sine animi captivitate possessor, quia discernement des vrais pauvres , mais qu'ils

quœ reservasti , Ecclesia te servieutc possi- doivent en commettre l'emploi et la distribu-

deat, etc. lUud Apostoh comptes, ut habcus, tion à celui qui est chargé du soin des pauvres,

non habeas, quia non tibi, sed non habentibus itto)7,ûv cî)ccvcu.eIv èu.-£TTiaTSja='vû.

habens, domus tuœ hospes es, ut sit hos|)itum II y avait donc un économe des pauvres ,

domus, etc. Tuorum confamulus vernulorum, constitué sans doute par l'évêque , qui était

temporale habitaculum tui tecti, non ut pater- ordinairement le dépositaire des libéralités

familias usuri)as, sed ut mercenariusvelinqui- extraordinaires de ceux qui renonçaient au

29i> DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUATRE-VINiiT-NEUVIÈME.

monde el à tous leurs biens. Saint Rasilc lait ment l'Eglise et la maison alVectée au soulage- \oii' que cetttî police avait pris sa naissance mentdes hôtes et des passants. «Est tloniicilium avec l'Eglise mcnie , lorsque les fidcles ven- comnume Ecclesia?, quarn vocamus liospitalcm daient leurs héritages , et voulaient (pie les Iviwia. (In Acta tom xlvi). » Apôtres en fussent les souverains dispensa- Il dit la même chose ailleurs, où il repréteurs, seule les dépenses prodigieuses (|ue l'aisjiit

XX. Celte considération est de ciuelque poids l'Eglise de Couslaiitinoplc, ayant tous les jours pour soumettre tous les hôpitaux, au itouvoir trois mille pauvres à nourrir, et outre cela et à la direction de Tévèque. En voici une envoyant de quoi laire subsister les prisonniers, autre qui ne doit pas être négligée. Le même les passants, les lépreux, et enfin tous les misésaint Rasile est d'avis qu'on chasse des hôpi- râbles. « Jam numerus eorum in calalogo adtaux les infirmes dont la vie est scandaleuse, scriptus, ad tria millia asccndit, et pra3lerea parce (lu'on doit regarder la personne de J.-C. multis, (jui in carcere habitant, auxilialur dans celle des i)auvres qu'on sert; ainsi ils ne Ecclesia, multis in hosj)ilali, xev&'W/.£i(,) laborantiméritent pas cet honneur, si leurs mœurs sont bus, multis advenis, multis leprosis, etc. (In contraires à la loi de J.-C. (Regulœ brevior., Malth. tom. lxvh). »

c. CLv). XXII. Toutes ces différentes sortes d'hôpi-

Ces termes de saint Rasile ToïçèvTM ^evcV.^ïw àp- taux donnaient des noms et des qualités hono-

pciarct;, pourraient faire croire que les ma- râbles aux bénéficiers qui en étaient chargés, lades étaient mêlés avec les passants dans son Théodore, lecteur (L. m), dit que Cennadius

hôpital. Or ce discernement des bons et des fut fait patriarche de Constantinople par la

mauvais pauvres n'appartient proi)rement faveur d'Acacius, orphanotrophe, ou préfet de

qu'aux ecclésiastiques. l'hôpital des orphelins. Saint Epiphane dit

Il y avait donc un économe des pauvres qui qu'Eustache,évêque deSébaste, se montra trop

était certainement établi par l'évèque, entre favorable à Aerius, quand il le fit prêtre, et lui

les mains de qui étaient déposés tous les biens donna l'intendance de l'hôpital Xenodochii^

et tous les elïets de ceux qui renonçaient au qu'on appelle dans le Pont Plochotrophiimi

monde. Saint Basile parle de cela depuis sa (Hœres. lxxv).

première origine, lorsqu'il proi)Ose pour mo- Saint Basile, après avoir fait l'éloge d'un de

dèle l'exemple des premiers fidèles qui ne dis- ses chorévêques, dit qu'il est économe d'un

tribuaient pas eux-mêmes leurs biens aux liôpital, -rTw/.cTpocpEï&vTb-/ uapaùxcù ax&vcacGiJiev&v. Sozo-

pauvres et n'en faisaient pas des largesses aux mène dit que Théophile voulait faire monter sur

uns plutôt qu'aux autres, mais qui les met- le trône de Constantinople, au lieu de saint

talent aux pieds des Apôlres pour en disposer Chrysostome, un de ses prêtres nommé Isidore,

à leur discrétion , suivant le besoin (ju'ils sa- qui était grand hospitalier d'Alexandrie. I-kIti^q.

valent que les pauvres en pouvaient avoir. tov tûv èv 'Â)4àvfîpEta utox^v.

XXI. Au reste si saint Basile avait destiné un Nous traiterons en peu de mots, dans les même hôpital aux pauvres passants et aux cliapitres xciu et xciv, ce qui s'est passé à ce malades, on ne peut pas avoir la même pensée sujet dans le sixième et le septième siècle de de saint Chrysostome qui distingue manifeste- l'Eglise.

DES HOPITAUX SOUS CHARUEMAl^NE.

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