IX. Comme la fin de ces ordonnances et l'in
tention de nos rois a été toute sainte, il ne faut pas tant déplorer le retranchement qui a été fait de l'autorité ecclésiastique que le mauvais usage que les ecclésiasti(iues faisaient de ces administrations, ou la négligence des évèques à y remédier, [)uisque ce sont là les causes véritables de ce retranchement.
Le concile de Trente a laissé les administrateurs laïques: ainsi il ne cho(jue pas ces ordonnances ; mais il a rendu aux évê(|ues toute, ou presque toute leur ancienne autorité, en leur donnant le droit de visite et de se faire rendre com[)te dans toutes sortes d'hôpitaux.
C'est à quoi il faut espérer que l'usage du royaume s'accommodera enfin. Si ce concile ne donne nul {)OUYoir aux évêques sur les liôpilaux, (jue les particidiers peuvent ériger sans l'intervention des évèques, et qui ne sont par conséquent que des lieux profanes, les évèques ne laissent pas d'y exercer d'ailleurs leur autorité selon le même concile (Sess. xxn, c. 9), |iuisqu'après la mort du fondateur, ils doivent veiller sur l'exécution de leur pieuse volonté; ils doivent contraindre les exécuteurs négligents à faire leur devoir, après cela ils deviennent euxmêmes les exécuteurs; enfin ils peuvent obliger les administrateurs de leur rendre compte tous les ans, selon le concile, à moins qu'il y eût une clause contraire dans la fondation (Fagnan. , 1. ni. Décret. , part, u, p. 20:2 , etc., 300, etc.) » (1).
(1) li n'est pas inutile de savoir que sous le nom générique d'hôpitaux étaient compris plusieurs sortes de lieux pieux dont on rencontre la désignation dans les auteurs et qu'il est important d'expliquer. Le Xenodocliium était uq lieu où les pauvres pèlerins, voyageurs, piétons, étaient hébergés gratuitement: le Ptocliotropliium donnait la nourriture aux pauvres, aux mendiants, aux indigents; le Brephotrophium recueillait tous les petits enfants des pauvres et les nourrissait ; VOrphanotrophium était le refuge des orphelins; le Gérant ocomiwrn recevait les vieillards et les infirraes de la vieillesse ; le Nosocomium était le lieu destiné aux malades; le Goptophroninm était une maison xtbi, dit un canoniste, feminœ dehilium stistcntatrices habitant. Il y avait encore les Léproseries destinées à ce genre de maladie, et les Aumôneries où l'on distribuait des secours en nature à tous les pauvres. Outre l'ordre de Saint-Jean-de-Dieu, consacré au service des hôpitaux, il y avait encore l'ordre des Jésuates, fondé par saint Jean Colombin, qui desservait les hôpitaux, et dans ses couvents se hvrait à la pharmacie et distribuait gratuitement des remèdes à tous les pauvres. Sur la demande de la république de Venise, qui voulait s'approprier les biens considérables des Jésuates . pour la guerre contre les Turcs, Clément IX supprima cet ordre en 1668. II possédait plusieurs maisons à Rome, entre autres le couvent et la belle église des saints Jean et Paul sur le mont Cœlius. Les hôpitaux, comme les monastères et les évéchés, pouvaient être curés primitifs, et alors la paroisse était régie par un vicaire perpétuel à portion congrue, à la nomination des recteurs de l'hûpilal, sans passer par le concours requis pour les cures.
La révolution a complètement sécularisé les hôpitaux, et le clergé, qui les avait pres'jue tous fondés, n'a plus aucune part d'action dans ces établissements. En abolissant les dîmes, l'Assemblée nationale, par décret du 11 août et 21 septembre 1789, ordoima que désormais l'Etat pourvoierait à l'entretien des hôpitaux. Par un autre décret de décembre 1789, elle confia l'inspection et l'amélioration de ces établissements aux administrations départementales. Le 16 juillet 1794, la Convention réunit l'actif et le passif des hôpitaux au domaine national. Aujourd'hui tous les hôpitaux et hospices publics sont des établissements civils, quelles que soient leur origine et leur destination. Dans les déparlements, ces établissements charitables sont sous la direction des préfets, dans les communes, sous la direction d'une commission de cinq membres nommés par le préfet. On a eu tellement peur de l'action du clergé dans ces asiles ouverts à toutes les souffrances, que, même dans les bureaux de bienfaisance des communes rurales, le curé ne fait pas partie de la commission administrative.
Quant à l'exercice du culte dans les hôpitaux, d'après une circulaire ministérielle du 14 septembre 1803, leurs chapelles peuvent être érigées en cures, ou en succursales, ou en chapelles domestiques. Les frais du culte doivent être afTectés sur les revenus généraux de l'établissement. Le service intérieur des hôpitaux peut être confié à des sœurs de charité, sur la présentation et la surveillance de la commission administrative de l'établissement.
(Dr André.)
DES BASILIQUES ET DES CHAPELLES, etc.