XVI. De ceux qui étaient appelés Deliciosi, Favoris
I. Les syncelles étaient, comme nous avons dit, les témoins éternels, et les compagnons inséparables des évèques , dont ils observaient la conduite la plus secrète , dans leur palais et dans leur cabinet.
Mais cette coutume si sainte s'étant comme abolie, les Pères du concile VI de Paris travaillèrent à la renouveler, par les exemples de saint Augustin et de saint Ambroise , et par les décrets du grand saint Grégoire, dans un concile romain.
Ce grand pape bannit les laïques de son palais , et voulut que les pontifes ne fussent à l'avenir, ni servis , ni observés dans leur conversation domestique que par des ecclésiastiques capables de profiter de la vie toute édifiante et toute sainte de leur pasteur.
Voici le décret du concile romain qui fut tenu sous ce saint pape. « Prœsenti decreto constituto, ut quidam ex clericis , vel etiam ex monachis electi , ministerio cubiculi pontificalis obsequantur, ut is qui in loco est regiminis , habeat testes taies, qui vitœ ejus in secreto conversationem videant, et ex visione sedula exemplum profectus sumant. »
Le concile de Paris de l'an 820 (Can. xx ) , témoigne une extrême douleur de ce qu'une coutume si sainte avait été négligée par quelques évèques, qui vivaient seuls dans leur cabinet sans la présence de ces témoins, que leur piété eût pu édifier. «Sed quia nonnullos socios ordinis nostri, sine bis personis, quas sua religiosa conversatio testes habere, et quibus exemplum bonum debuit prsebere , cubicula secreti sui didicimus incolere, id non sine magna turbidaque indignatione ferre potuimus (Capitulare Car. Mag., 1. v, c. clxxiv). »
Enfin ce concile (Can. xxi) ne fit pas paraître moins d'indignation contre les prélats qui se plaisaient davantage à converser avec les laïques qu'avec les ecclésiastiques : « Non cum clericis, sed potius seorsum cum laicis et quibusdam familiaribus suis sermocinari et convivari delectantur. »
IL L'évêque devait donc toujours être accompagné ou de ses ecclésiastiques, ou de quelques saints religieux, non-seulement en public, mais en particulier aussi dans le plus secret de son palais , afin d'avoir toujours des témoins de son innocence, et des disciples de sa piété.
Ce décret fut encore renouvelé dans le concile de Pavie qui fut tenu en 850 (Can. i). « Oportet igitur, ut cubiculo episcopi et secretioribus quibuslibetobsequiis sincergeopinionis sacerdotes et clerici assistant , qui vigilantem , orantem, sacra eloquia scrutantem episcopum suum jugiter attendant, ejusque sanctae conversationis testes, imitatores, et ad Dei gloriam prœdicatores existant. »
Cela nous marque que la vie de l'évêque en particulier, ne devant être qu'une vigilance, une prière, une méditation des Ecritures infatigable , il était nécessaire qu'elle eût des témoins, des imitateurs et des panégyristes, pour la gloire de Dieu, et pour l'édification des peuples.
111. Saint Grégoire a donné ou des clercs, ou des moines pour faire cette fonction de syn-
DES SYNCELLES ET DES CONSEILLERS. 3io
celles auprès de l'évèque. En effet, le pape bus vero longe aberant a pielate. Quos nisi as- Léon III assure, dans une de ses lettres, qu'Au- sumpsisset, et nisi per corum oculos transisset, gustin, apôtre d'Angleterre, avait été lui-même non licebat cuiquam ad divinum et sapicntem syncelle de saint Grégoire : « Augustino syn- paslorum principem accedere, et ea quœ vicello suo(Epist. i).» Mais les conciles que nous debantur eloqui (Surius , die 25 Feb., vi , venons de citer semblent nous persuader que xxxv), »
cette charge était réservée aux ecclésiastiques, VI. Ce n'était pas sans raison que les empe-
« Sacerdotes et clerici. » reurs s'intéressaient pour donner des syncelles
Les aumôniers et les chapelains des évoques au patriarche de Constantinople, parce que
peuvent bien avoir été un reste des anciens c'était ordinairement le premier des syncelles
syncelles. Témoin saint Udalric, évêqued'Augs- qui succédait au siège patriarcal. Léon le
bourg, qui avait toujours avec lui un de ses Philosophe ayant arraché de son trône le pa-
clercs dans son carrosse, pour réciter ensemble triarche Nicolas, qui l'avait excommunié,
les psaumes, outre les prêtres qui l'accompa- substitua en sa place le saint religieux Eulhy-
gnaient, pour pouvoir célébrer la sainte messe mius, syncelle du patriarche et père spirituel
avec plus de pompe et de solennité. de l'empereur (An. 901).
« Sedebat in solio super carpentum compo- Le même Léon avait fait, longtemps aupara-
sito, de humerulis plaustri in ferro pendente, vaut, son frère Etienne, patriarche de Constan-
et cum eo unus clericus de capellanisejus, qui tiuople, de syncelle qu'il était, comme avant
cum eo totos dies psalmos decantasset. Comi- cela Théophile , empereur, avait donné à un
tari semper cum illo aliquos suos presbyteros nommé Jean la qualité de syncelle, pour le
l)rudentissimos, et de capellanis tantum utquo- préparer à celle de patriarche,
tidie servitium Dei décore perficere potuisset, Tous ces exemples sont tirés de Cédrénus et
prœcepit (Surius, Julii die 4, c. iv). » de Curopalate, qui racontent aussi comme l'em-
IV. Les patriarches et les évêques orientaux pereur romain, après avoir fait couronner ses élevaient ordinairement des moines à cette di- deux aînés, lit raser son troisième fils nommé gnité de syncelles, ce qui paraît en la personne Théophylacte, le faisant ordonner clerc et sousde Jean et de Thomas, moines et prêtres, qui diacre par le patriarche, et ensuite syncelle : assistèrent au concile II de Nicée, avec la qua- . « Reliquum Theophylactum patriarclia radit lilé de légats des trois sièges, des patriarches in clericum et subdiaconum ac syncellum ded'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, dont signât; cum prius in sanctuarium intrasset, ils étaient les syncelles. officium subdiaconi gerens. »
Dans le concile VIII général (Nicen. Syn. n, Cet auteur semble insinuer qu'il fallait être
act. m et iv, act. i), Elie, rehgieux et syncelle sous-diacre pour être admis au rang des syn-
du patriarche de Jérusalem, paraît aussi entre celles. Mais il distingue fort clairement l'ordi-
les autres présidents du concile. Comme les nation du sous-diaconat, de la promotion à la
patriarches et les évêques d'Orient étaient or- dignité de syncelle. XsipoTowiffô? Û7ro^ixy.ovov, 7rpox,ei.
dinairement choisis d'entre les moines, il ne f((j3'.[Acvc; aj-^-xsxxov.
faut pas s'étonner si leurs plus intimes confi- Dans la suite de l'histoire, ces auteurs font
dents étaient aussi de même profession. voir que cette qualité de syncelle n'était re-
V. Mais il ne faut pas se figurer que ces syn- cherchée, par les fils même des empereurs, que celles fussent toujours les amis les plus sin- comme un degré au patriarcat; car ce Théocères et les plus fidèles confidents des prélats, phylacte monta dans la suite du temps sur le L'auteur de la vie de saint Taraise, patriarche trône patriarcal de Constantinople.
de Constantinople, raconte comme l'empereur. Je ne m'arrêterai point à rapporter ici d'au-
pour se venger de lui, lui donnait des syn- très exemples tirés de ces mêmes auteurs ou
celles qui étaient autant d'espions dangereux, des autres historiens. Ceux que nous avons
qui observaient toute sa conduite, et celle de rapportés sont plus que suffisants pour justifier
ceux qui l'approchaient, avec un esprit rempli ce que nous avons dit.
d'aigreur et de malignité. VII. Depuis que les enfants et les frères des
« Imperator Magnum oppressif Tarasium empereurs se crurent honorés de la dignité de
multis tenlationibus, ei adhibens custodes, (jui syncelle , les évêques et les métro|)olitains
nomine quidem usi sunt syncellorum, mori- même y aspirent , quelque incompatibilité
(|iron put se figurer entre des qualités si dift'é- liarius vester (Epist. m), » Cliarlemagne, dans
rentes et des fonctions si éloignées. son cajtitulaire d'Aix-la-Chapelle de l'an 7,s*.> ,
Les mêmes auteurs font mentiou d'Etienne, dit (ju'il a délibéré de toutes choses avec les
syncelle et pontife de Nicomédie; ils racontent évoques et avec ses conseillers, « considerans
aussi comment l'empereur romain Argyrc; fit una cum sacerdotibus et consiliariis nostris. »
trois syncelles métropolitains ou trois niétr()|)0- Dans l'histoire de la réception du i)ape Léon
litainssyncelles: celui d'Ephèse, comme [)art'nl 111 par Cliarlemagne , les évèques sont distin-
du patriarche ; celui de Cysique , comme son gués du conseil du prince et ont le dessus, « ex
ancien favori ; et celui d'Euchaïres, comme |>a- omni parte archiepiscopis, episcopis et céleris
rent de son favori. « Fecit très syncellos meiro- sacerdotibus venientibus una cum régis consi-
politas (Cedren., p. 536, 593, 0(»"2, (i^i, (iHd). » lio, omnibusque eximiis Francis (Conc. Gall.,
11 donna cette même dignité de syncelle à tom. n, p. !2(), 130, 2-27, 23S). »
Jean, autrefois secrétaire de l'empereur Basile, Dans la consultation sur les curés soupçonnés
mais qui avait déjà rasé ses cheveux, et lui du crime d'impureté , sans qu'on i»ùt les en
donna en garde la sœur de l'impératrice sa convaincre, la résolution fut enfin prise sur la
femme. réponse des évê(iues, du clergé et des conseil-
Et quoique ce dernier trait ne vienne pas di- 1ers du roi. « Nec non et nostrorum episcopo-
rectemenl au sujet que nous traitons , nous rum omnium , ceterorumque sacerdolum et
avons néanmoins cru le devoir rapporter. Nous levitarum autoritate et consensu, atque reli-
ferons même voir ci-après que dans l'Occident quorum fidelium et cunctorum nostrorum con-
cette charge a été en plusieurs rencontres don- siliariorum consullu definitum est. »
née à des évêques. 11 semble résulter de ces passages que les
VIII. On ne sera pas surpris après cela si les évoques étaient distingués du conseil du roi, syncelles prirent leur rang et leur séance au- non pas comme en étant exclus, mais comme dessus des métropolitains. étant au-dessus de tous les autres membres du
Ce ne fut pas sans que ces prélats fissent écla- conseil,
ter leur juste indignation contre une nouveauté En effet, les évêques du concile VI de Paris,
si scandaleuse, mais à laquelle ils avaient peut- tenu en 829 (Can. xxvi), conjurèrent avec les
être eux-mêmes contribué , en briguant la fa- dernières instances l'empereur Louis le Débon-
veur des princes pour s'élever au-dessus d'eux- naire, de choisir des conseillers et des ministres
mêmes, en se rabaissant à la dignité de syncelles. qui pussent soutenir le poids et l'importance
« Die Pentecostes sacro tumultuatum est ob d'une si grande charge. « Quatenus consiliarii
sessionem in sacro officio, metropolitis non fe- et dignitatisvestrœministri, custodesqueanimœ
rentibus superiore loco ipsis sedere syncellos vestrœ et corporis , qui debent esse intra re-
(Cedren., pag. 723). » gnum aliis bonitatis decus et exemplum, chari-
Depuis que les métropolitains crurent s'élc- tatem , pacem et concordiam invicem habeant
ver en se revêtant du syncellat , les syncelles (Ibidem, p. 552, 592). »
regardèrent aussi les métropolitains comme La même remontrance fut encore faite en
leurs inférieurs. mêmes termes par le concile II d'Aix-la-Cha-
La faveur des empereurs peut encore avoir pelle, célébré en 836 (Can. xii), qu'ils seraient
servi à cette élévation des syncelles au-dessus les vrais conseillers du roi et de l'Etat, si, par
des métropolitains. Le protosyncelle se trouva leur concorde et par leur sagesse, ils conser-
enfin le premier ministre de l'empire. « Orienlis valent la paix et la tranquillité publique. « Tune
duces se ad primarium syncellum conferiint , enim veri consiliarii, verique adjutores vestri
luncreipub. gubernatorem, eoqueapud impe- et totius regni salubriter esse poluerunt, si
ratorem intercessore utuntur(lbid., p. 79(;). » unanimes extiterint. »
IX. La qualité de conseiller n'a pas peu de X. Mais il ne se pouvait pas faire que le nom rapport h celle de syncelle, comme nous avons de conseillers du roi ne fût aussi communiqué dit ci-dessus; mais je ne comprends pas dans aux ecclésiastiques, puisqu'ils tenaient déjà la ce discours les conseillers des princes, comme première place dans ses conseils.
l'abbé de Saint-Denis Fulrad est appelé conseil- Le concile tenu à Sainte-Macre, en 881 ^
1er du roi Pépin, dans la lettre du pape Etienne (Can. viii), sous les rois Louis et Carloman,
à ce roi. « Fulradus presbyter et abbas, consi- assura ces deux princes que l'empereur Charte-
magne avait toujours auprès de sa personne terquam quod consiliariis suis magis crcdidit, trois de ses principaux conseillers d'Etat, les (juani o|)us esset, etc. Quia jamduduni illa appelant par tour les uns après les autres; pessima consuetudo erat, ut ex vilissimis servis (ju'il délibérait avec eux sur toutes les particu- summi pontifices flercnt, etc. » Et plus bas : larités qui se présentaient, et sur toutes les « Summopere cavendum est^ ne amplius fiat, pensées qui lui venaient en l'esprit, et qu'il ut servi sint consiliarii sui : quia si possunt, avait soin d'écrire sur des tablettes, soit le jour, hoc maxime construunt, ut nobiles opprimant, soit la nuit ; enfin, il prenait ses dernières (Du Chesne, tom. ii, p. 279, 28i). » résolutions dans l'assemblée de ses Etats, où se Cela montre clairement que les évêques trouvaient tous ses conseillers, et travaillait en- tenaient les premiers rangs dans les conseils suite à les exécuter. de cet empereur , et qu'il y avait toujours quelce Carolus Magnus nullo unquam tempore que jalousie entre eux et la noblesse, qui chersine tribus de sapientioribus et eminentioribus chait même dans leur naissance les sujets de consiliariis suis esse patiebatur : sed vicissim les décréditer.
per successiones, ut eis possibile foret, secum Hincmar, archevêque de Reims, écrivit au roi
habebat; et ad capitium lecti sui tabulas cum Louis le Règue, qui l'avait appelé pour prendre
graphio habebat, et quœ sive in die, sive in ses avis sur le gouvernement de l'Etat et de
nocte de utilitate sanctœ Ecclesiœ, et de pro- l'Eglise, que le salut ou la perte de l'un et de
fectu ac soliditateregni meditabatur, in eisdem l'autre dépendait entièrement des bons ou des
tabulis adnotabat ; et cum eisdem consiliariis mauvais conseillers que les rois choisissaient
quos secum habebat, inde tractabat.Etquando selon qu'ils étaient eux-mêmes bons ou mau-
ad placilum suum veniebat, omnia subtiliter vais. « Legimus quia boni reges constituti,
tractata, plenitudini consiliariorum suorum bonos sibi consiliarios adhibucrunt, et per
monstrabat, et commun! consilio illa ad effe- bonos reges et bonos consiliarios, regnorum
ctumperducereprocurabat(Conc. Gall.,tom.iu, populi multa bona habuerunt : et per malos
p. 514). » reges et malos consiliarios regnorum populi
XI. Il n'est pas exprimé dans ces paroles multa mala sustinuerunt (Ibid., pag. 475 ; Du
qu'une partie de ces ministres du conseil de Chesne, tom. m, p. 246). »
Charlemagne fut d'ecclésiastiques, et l'autre Les annales Rertiniennes distinguent les deux
de seigneurs laïques. Mais on le peut bien conseils ou assemblées où les conseillers du
conjecturer par l'assemblée annuelle de tous roi étaient appelés, l'une particulière, l'autre
les conseillers, où les évêques et les abbés te- générale, comme il a déjà été remarqué de
naient toujours le premier rang, et ne faisaient Charlemagne. « Carolus in Purifîcatione sanclaî
peut-être pas le moindre nombre. Mariœ cum suis consiliariis placitum in mona-
On en peut encore tirer une preuve du sterio sancti Dionysii peragens , ibidem Pasclia
conseil que ce concile donne ensuite à ces Dominicum celebravit. Générale quoque pla-
deux rois, d'avoir toujours auprès d'eux des citum idus Junii tenuit in villa Duciaco, ubi
conseillers tirés du clergé et de la noblesse, de et annua dona sua accepit (An. 874). »
les changer tous les mois, et de les appeler XII. Mais Hincmar a admirablement déve-
successivement les uns après les autres, pour loppé toute cette matière, dans le traité qu'il a
traiter avec eux de toutes les affaires impor- fait de l'éducation du roi Carloman, et de
tantes de l'Etat et de l'Eglise. « Quœsumus l'ordre du palais. Car il distingue d'abord les
cum consilio et auxilio fidelium vestrorum , deux assemblées, où les principaux du clergé
eligite qui vobiscum per singulos menses de et de la noblesse se trouvaient, les anciens pour
utroque ordine consiliarii maneant, qui bus donner conseil, les jeunes pour le recevoir et
aurem et cordis et corporis libenter accommo- i)0ur l'exécuter.
detis, quique vos Deum timere, et Ecclesiam « Consuetudo erat, ut non saepius sed bis in ac rectores ejus doceant bonorare. » anno, duo placita tenerentur. Unum quando Tliégan dit que la source de tous les mal- ordiuabatur status totius regni, etc. In que heurs de Louis le Débonnaire fut le trop de placito generalitas universorum majorum , créance qu'il avait à ses conseillers, et la per- tam clericorum, quam laicorum conveniebat : nicieuse coutume de choisir les évêques d'entre seniores propter consilium ordinandum, Jules esclaves : « Nihil indiscrète faciebat, prœ- niores propter idem consilium suscipiendum.
3i8 DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE CENT-UNIÈME.
CrPteriim propter dona p:eneialiter dandaaliiul sas ordinarent, quousciue illa, qu;R generaliter
placitum cimi senioribus tantum et i)ra'cipiiis ad salutcm , vel slalum régis et regiii perline-
consiliariis habebatur : in quo jam iutiiri anni bant, ordiiiata liabuissent. »
statiistractari jaiii iiieipiebatur (Hincmar.jt. II, Enliii, dans les accidents imprévus où l'on
p. 211). » ne pouvait convoquer ni la grande assemblée
Voilà deux assemblées annuelles pour les des Etats , ni le conseil de ceux qu'on appelait
allaires d'Etat ; dans la première, les ecclésias- proprement conseillers , il y avait un autie
li(|ues et les barons étaient reçus, sans qu'il conseil des officiers du palais qui suppléait à
lut nécessaire qu'ils eussent été honorés de la leur défaut, parce que tous ces ofliciers avaient
qualité de conseillers d'Etat : « Generalitàs été nourris dans les conseils et dans le manie-
imiversorum majorum. tam clericorum, (juani nient des allaires.
laicorum conveniebat. » Dans la seconde, ou C'est ce que dit Hincmar au même endroit,
n'appelait que les seigneurs et les conseillers où il ajoute (jue dans ce conseil étroit Tarclii-
d'Etat. « Aliud iilacituni cum senioribus tan- chapelain avait la première place avec le comte
tum, et prcccipuis consiliariis habebatur. » du palais et le chambellan (Pag. 123, 20G). 11
Ces conseillers étaient choisis d'entre les avait dit auparavant qu'il avait vu, étant encore
ecclésiastiques et les laïques les plus sages, les jeune, le sage Adélard, abbé de Corbie, tenir le
plus vertueux, et les plus incorruptibles dans premier rang entre les premiers conseillers de
la fidélité qu'ils devaient au roi et à l'Etat, (^barlemagne. «AdalardummonasteriiCorbeiœ
« Consiliarii autem tam clerici, quam laici, abbatem inter primos consiharios primuin in
taies eligebantur, qui primo Deum timerent, adolescentia mea vidi. »
deinde talem fidem haberent, ut excepta vita XIII. On peut conclure, de ce qui a été dit ,
(Cterna nihil régi et regno prœponerent. » que les ecclésiastiques avaient la première place
La maxime la plus essentielle pour ces con- entre les conseillers du prince , soit qu'on les
seillers était le silence inviolable des proposi- considère dans les états généraux du royaume,
lions et des résolutions qui avaient été faites : qu'on appelait alors placita et qu'on appela
« Consiliarii hoc principaliter inter se consli- parlements sous la troisième race de nos rois,
tutum habebant, ut nullus prodere debuisset , ou dans la petite assemblée des Etats, qui por-
etc. Seu in annum, seu in perpetuum sub tait aussi le nom de placitum , soit enfin dans
silentio manere necesse fuisset (L. xxi). » C'est le conseil privé ou étroit, qui n'était composé
pour cela que ce conseil fut appelé secret et que des officiers ordinaires du palais,
qu'on l'appela même sile?itium, silence. C'est apparemment de ce dernier ordre de
Paul Diacre, dans son histoire mêlée, dit que conseillers qu'il faut entendre ce qu'on lit assez
Léon, empereur, assembla son silence, c'est-à- souvent dans les anciens historiens , que les
dire son conseil contre les saintes images, où il évêchés étaient donnés de la volonté du roi et
appela le patriarche Germain. « Impius Léo de l'avis de ses conseillers. C'est ainsi que, selon
silentium contra sanctas et venerabiles celé- les annales de Fulde, fut élu le successeur de
bravit imagines , advocato quoque Germano Raban , archevêque de Mayence. « Magis ex
patriarcha. » voluntate régis et consiliariorum ejus , quam
De là vient que le nom de silentiaires a la ex consensu et electione cleri et populi (An.
même signification que celui de conseiller, 856). »
comme on voit dans une ancienne vie de saint Loup, abbé de Ferrières, écrivit à l'archevè-
Angilbert: «Sibi Carolus eumdemsilentiarium que de Lyon qu'il ne devait point faire de dif-
statuit, ut in quo compererat prudentiœ altitu- ficulté de sacrer celui à qui le roi Charles le
dinem , ejus consilio componeret lotius regni Chauve avait donné Tévêché d'Autun, de l'avis
utilitatem (Du Chesne, tom. ii, p. 357). » de ses conseillers : « In hoc probatissimorum
Hincmar ajoute que cette assemblée de con- ejus consiliariorum acquiescit consensus (Epist.
seillers ne travaillait à terminer les causes et lxxxi). »
les différends des particuliers qu'après avoir ré- Cette dernière considération pourra servir à
solu toutes les affaires d'Etat. « Prœfatorum justifier cette qualité et cette fonction de con-
consiliariorum intentio, quando ad palatium seillers dont les évêques et les autres ecçlésias-
convocabantur, in hoc prœcipue vigebat , ut tlcjucs élevés au-dessus du commun étaient
non si)eciales, vel singulares quascumciue eau- honorés auprès des rois. La personne des rois
étant sacrée, et leur conseil étant comme nn Nicolas I" envoya en France le nonce ou
sanctuaire où se traite une partie des plus grau- légat Arsène, qui était évêcjue, à qui il donna
des affaires de l'Eglise, des intérêts et des lois de le titre de son conseiller, « Consiliario nostro. »
laquelle les rois sont les gardes et les défen- Le pape Adrien II y envoya les évèques l'aiil
seurs, on ne peut douter que cette qualité de et Léon ses conseillers, « Delectos consilianos
conseillers d'Etat ne soit très-conforme à la nostros (Epist. xxv ; ep. xvi, xvui, xix). » Il y
profession ecclésiastique, et que la fonction envoya une autre fois un prêtre cardinal avec
n'en soit très-avantageuse, et même nécessaire une qualité fort approchante. « Presbyterum
à l'Eglise. cardinalis nostri , dilectumque familiarem
XIV. Quelques savants ont cru que les em- nostrum (Act. 1). » Les deux évêciues et le pereurs d'Orient avaient eu leurs syncelles, diacre que ce même pape envoya au conaussi bien que les patriarches. Ces conseillers ciie YIII général , furent appelés conseillers que Charlemagne avait toujours auprès de lui, dans la lettre adressée au concile. « Consiliarios et ceux du troisième ordre dont nous avons nostros. »
parlé, qui résidaient toujours dans le palais, Le pape Jean VIII, écrivant au roi de France
avaient beaucoup de rapport à ces syncelles im- Louis le Bègue, le déclara son confident et son
périaux. conseiller, en la même manière que l'avait été
En effet, il ne se peut faire que les syncelles son père, l'empereur Charles le Gros. « Te
ne deviennent enfin les conseillers et les mi- quoque, carissime fili, ad vicem genitoris ve-
nistres de ceux à qui ils sont attachés. Aussi stri domini Caroli perpetuiimperatorisAugusfi
Flodoard ne donne point d'autre qualité que a secretis constitue meum consiliarium (Ep.
celle de conseiller ta Haganon, seul ministre du lxxxvh). » Ce titre fut encore donné par ce
roi Charles le Simple. « Propter Haganonem pape à des évèques (Epist,. clxix, clix, ci).
consiliarium suum (L. iv, c. 15). » XVI. Comme ce pape joint en une de ses
XV. Je passe aux conseillers du pape, d'où lettres la qualité de délicieux ou de favori, Delila qualité de conseiller s'est peut-être commu- ciosus, à celle de conseiller, j'ai cru que c'était niquée aux autres cours des princes chrétiens, ici le lieu d'en dire un mot. Ce sont ces légats
Cette qualité a été indubitablement plus an- que ce pape honore de ces deux titres : « Doli-
cienue dans la cour de Rome que dans toutes ciosis, consiliariis nostris (Epist. cci, ccciu,
les autres, comme on peut le juger par ce qu'il Lxxn). » Et ailleurs : « Joanni duci, delicioso,
a été dit. Un vieil exemplaire du traité de Gen- fideli, et misso nostro (Ep. xix). » Et encore
nadius des écrivains ecclésiastiques, fait saint ailleurs : « Gaudericum et Zachariam epi-
Prosper conseiller du pape Léon. « Prosper scopos, deliciosos, et consiliarios nostros vobis
homo Aquitanicne regionis, consiliarius papœ direximus. »
Leonis , etc. (Baluzius in Notis ad Lupum Nicolas I" envoya en France deux évèques
Ferrar., p. 477). » pour y assembler un concile, et y présider eu
Anastase Bibliothécaire dit que le pape (jualité de légats du Siège Apostolique , selon
Etienne 111 envoya en Toscane, vers le roi que le roi Charles le Chauve l'avait demandé;
des Lombards Didier, Christophe, son conseil- il les honore de ce môme nom « : Sanctissimos
1er, Consiliarium, avec l'abbé Fulrad , con- episcopos, deliciosos nostros. »
seiller du roi de France. Dans la vie du pape Anastase Bibliothécaire attribue cette même
Etienne IV, il fait voir ce même Christophe, (pialité à Alcuinj à l'égard de Charlemagne :
conseiller et primicier, comme un rempart in- « Albinus deliciosus ipsius régis. » C'est dans
surmontable opposé au schisme qui s'était la vie du pape Adrien I". formé dans l'Eglise romaine.