XV. Preuves de saint Jérôme pour les mêmes distinctions
XVI. Des chasubles, chappes, dalmaliques, communes à la vie civile et à l'autel.
XVII. Des aubes, aussi communes, mais appropriées à l'autel par leur blancheur et leurs enrichissements.
XVIII. Pourquoi le pallium et l'étole ne sont plus que des bandes.
I. Il y aurait du danger qu'on n'inférât de ce qui a été dit que les habits du sacrifice et
des offices divins étaient aussi les mêmes que ceux du commerce civil , si nous ne prévenions une conséquence si fâcheuse et si peu vraisemblable.
Après avoir donc bien balancé toutes choses de part et d'autre, nous disons que l'Eglise a toujours eu des ornements et des habits propres uniquement destinés à l'usage des autels et aux divins offices, quoi(|u'il y eût aussi plusieurs de ces habits qui avaient un extrême rapport avec les habits communs^ et que toute cette multitude de vêtements sacrés ne se soit formée, et ne se soit augmentée que dans le cours de plusieurs années , et même de plusieurs siècles.
Jean, diacre, qui a écrit la vie de saint Grégoire, pape, prétend que la tunique de saint Jean que l'on conservait si religieusement à Rome, était un ornement sacerdotal de saint Jean l'évangéliste, lorsqu'il célébrait les terribles mystères. « Evangelistam , (|ui per lot annos post passionem Domini poiitificium ge-
DES HABITS CONSACRÉS AU SERVICE DES AUTELS. il
rens, missarum soIemni;i frequcntissime celé- semble et le sacerdoce et la royauté spirituelle
brabat, sine sacerdotalibus esse vestibusnequa- que J.-C. a exercés sur la terre, et dont il a
quam potuisse (L. ni, c. 59). » laissé la succession tout entière et perpétuelle
Ce point demanderait un garant qui fût à ses apôtres et à son Eglise,
encore d'un plus grand poids que Jean, diacre. IV. Il faut remartiuer que Polycrate, évêque
On est persuadé que le Fils de Dieu institua son d'Epbèse, et Clément, prêtre d'Alexandrie, qui
divin sacrifice avec les habits communs, et que ont rendu ce témoignage à saint Jean et à. saint
ses apôtres furent en cela môme ses imitateurs, Jacques, sont d'autant plus dignes de foi,
au moins pendant que la table sacrée fut jointe qu'ayant vécu vers la fin du second, et au
à la table commune. Cela ne s'accorde pas avec commencement du troisième siècle de l'Eglise,
la conjecture de Jean, diacre. ils n'étaient i)as fort éloignés des temps où ces
II. Eusèbe dit que saint Jean étant pontife, apôtres avaient lleuri, et avaient pu converporta une lame sur le front. Cela est tiré d'une ser avec leurs propres disciples.
lettre de Polycrate, évèque d'Epbèse, qui débite Ces divins a|)ôlres étant aussi remplis qu'ils
les traditions de son Eglise, to -jveTa^.sv tteçoswù;. l'étaient de l'idée de l'auguste majesté du sacer-
(L. m, c. 31; 1. v, c. 24). Saint Jérôme en dit doce de J.-C. dont ils étaient les dépositaires,
autant, et il fait connaître que c'était comme et voyant que les pontifes de la loi mosaïque
prêtre de J.-C, et non pas comme pontife de la avaient des habillements tout particuliers pour
loi qu'il portait cette lame mystérieuse, autre- exercer leur sacerdoce prophétique, par l'ordre
fois propre au grand pontife des Juifs. « Supra exprès qu'ils en avaient reçu de Dieu, ils ne
pectus Domini recubuit, et pontifex ejus fuit; pouvaient manquer de revêtir aussi le sacer-
auream laminam in fronte portans (De script, doce de l'Eglise de quelques ornements parti-
Eccles.). » culiers qui en fissent révérer la sainteté. Car
Il n'en faut pas davantage pour reconnaître quoique le sacerdoce de l'Eglise se soit élevé
que dès la naissance de l'Evangile, les apôtres au-dessus des ombres et des figures de la loi,
et leurs successeurs les évoques, ont célébré il ne possède néanmoins et ne représente en-
les divins mystères avec des ornements uni- core la vérité que sous des signes sensibles,
quement destinés à la célébration des fonctions V. C'est peut-être à l'imitation de cette lame
pontificales, quoiqu'ils n'eussent pas d'abord ou de cette couronne des Apôtres que nos an-
ni tous, ni les mêmes ornements que l'usage ciens évêques des premiers siècles avaient une
de tant de siècles a depuis introduits. mitre ou une couronne sur la tête, pendant la
III. Saint Epiphane parlant de Jacques, célébration des mystères.
frère du Seigneur et premier évêque de Jéru- Ammien Marcellin raconte que le tyran
salem, assure sur la foi d'Eusèbe et de saint Mascizel ayant été surmonté dans l'Afrique
Clément d'Alexandrie, qu'il portait aussi une par Théodose, et voulant gagner ses bonnes
lame sacerdotale sur son front comme une grâces, lui renvoya les étendards militaires et
marque de l'auguste sacerdoce de J.-C. dont il une couronne sacerdotale qu'il avait pris sur
était revêtu. les nôtres. « Mililaria signa, et coronam sacer-
«Sed et bracteam eidem in capite gestare li- dotalem cum caeteris quae interceperat, nihil
cuisse, Eusebius,Clemens, et aliiidoneiscripto- cunctatus restituit, ut prœceptum est (Am-
res commentariis suis testatum reliquerunt. mian, Marcell., 1. xxix. Baron., an. Chr. 34
Quocircasacerdos,uldiximus,JesusChristusDo- n. 298). »
minus noster in œternum fuit; secundum ordi- Il est fort probable que cette lame pontifi-
nem Melchisedech, idemque rex secundum cale, dont saint Jean ornait sa tête, était atta-
superiorem ac cœlestem ordinem, ut una cum chée h une couronne ou à une mitre. Enno-
lege sacerdotium transferret, etc. In Davidis dius a fait un épigramme sur saint Ambroise,
solio considet Christus, propterea quod Davidis où il le représente avec sa mitre. « Sacra redi-
regnum transtulit, idque ipsum una cum pon- mitus gestabat lucida fronte distincta gem-
lificatu servis suis induisit, hoc est Ecclesiœ mis. » Eusèbe haranguant les évêques qui as-
Catholicœ pontificibus (Epiph., ha?res. xxix). » sistaient à la dédicace de l'Eglise de Tyr, leur
Cette lame d'or était donc, selon saint Epi- donne à tous des couronnes et des habits sa-
phane, sur le front de ces deux apôtres comme cerdotaux : « Amici Dei et sacerdotes, qui sa-
un ornement sacré , qui marquait tout en- cra tunica talari induti, et cœlesti gloriœ co-
rona decorali , et sacerdotali sancti Spiritus aux autres ornements qui en sont comme les
veste amicti eslis (L. x, c. 4). » accompajinements naturels.
Saint Grégoire de Nazianze joint aussi la En eiïet , (jui peut se persuader que les
couronne sacerdotale avec les ornements pon- apôtres ou leurs successeurs qui ornèrent leur
tilicaux, parlant de la cérémonie oij on le fit tète d'une couronne, ()our honorer le sacrifice
évèque, « Idcirco me pontificem ungis, ac po- de l'Agneau donunateur de la terre, n'aient
dere cingis, cai)iti(iue cidarim iinponis. » point pensé à la loi de la bienséance, qui vou-
VI. Ce ne serait pas sans beaucoup d'appa- lait que le reste des vêtements répondit à ce
rence qu'on dirait (jne cette couronne, par la- précieux habillement de tète. Aussi Eusebe et
quelle on conjurait si ordinairement les évê- Grégoire de Nazianze viennent de joindre la
ques, comme il a été dit dans le chapitre où couronne avec l'habit magnifi(iue du sacer-
nous avons parlé de la tonsure et de la cou- doce.
ronne cléricale, était cette même couronne Le Fils de Dieu paraît dans l'Apocalypse avec
que nous venons de voir si bien établie. Les ce même habit, vestitimi podere^ lorsqu'il y
Grecs des temps moyens ont cru que le pape paraît avec pompe. Les habits longs étaient sans
Célestin avait permis l'usage de la couronne doute communs à tout rem|)ire romain; mais
ou de la mitre pontificale aux évêques d'A- on y distinguait ceux de l'usage commun, et
lexandrie, lorsqu'il en accorda l'usage à saint ceux qui n'étaient employés que dans les céré-
Cyrille, afin de le faire présider en son nom monies. Les prêtres et les lévites du vieux tes-
au concile œcuménique d'Ephèse. Balsamon tament n'étaient pas distingués des autres israé-
même a été dans ce sentiment. lites dans les habits du commerce civil; mais
Il est vrai qu'il a cru que c'était un bienfait, ils l'étaient entièrement dans les vêtements de et un article de la donation de Constantin, qui cérémonie et de religion. L'Eglise a emprunté accorda au pape Sylvestre les marques de la bien d'autres choses de la synagogue, dignité impériale, et entr'autres la couronne. VIII. Entre les libéralités que Constantin fit Il y a peu de vraisemblance en tout cela. Ce à l'Eglise, on peut bien compter les manteaux que nous avons dit de l'usage de la couronne ou les chappes de prix qu'il donna aux évéques sacerdotale, avant l'empire de Constantin, est pour officier avec plus de pompe aux jours mieux fondé que tout ce qu'on avance de la solennels. Ce n'est que par occasion que Théodonation de Constantin. Mais de ces imagina- doret a fait mention de l'étole sacrée que Constions des Grecs et des préjugés dont étaient tantin avait autrefois donnée à Macaire, évêque prévenus les fabricateurs de la donation de de Jérusalem, afin qu'il la portât lorsqu'il don- Constantin, il résulte que tout le monde était nerait solennellement le baptême (Theodoret, prévenu de cette pensée, que les évêques L n, c. 27). Cyrille, évêque de Jérusalem, la avaient eu dès les premiers siècles quelque vendit depuis, un comédien l'acheta et s'en usage d'une couronne royale, devenue en leur revêtit en jouant sur le théâtre; cette impiété faveur sacerdotale. lui coûta la vie, car il tomba en jouant son
Voici ce que Balsamon dit de cette conces- personnage, et mourut de sa chute. Cependant
sion faite par le pape Célestin à saint Cyrille, sur ce récit^ l'empereur Constance s'aigrit
archevêque d'Alexandrie. « Hujus quoque tem- étrangement contre saint Cyrille. « Sacram sto-
poris patriarcha Alexandrinus jus habet ex lam, Upàv, aureis filis contextam, quam impe-
lioc edicto, ut cum Phrygio celebret. Habuit rator Constantinus Macario dederat, etc. »
autem banc facultatem sanctus Cyrillus Aie- On peut douter si celte chappe était de celles
xandrinus a Romano papa Caelestino, quando que les évêques portaient, étant seulement
coacta est synodus Ephesina ad versus Nesto- plus riche, à cause que l'empereur en faisait
rium. Cum non posset Cœlestinus adesse un présent à l'Eglise ; ou bien si c'était vrai-
Ephesi, et judicare Nestorium, visum est ut ment un manteau impérial, dont ce pieux
sancto Cyrillo a Cœlestino permitteretur huic prince voulut honorer la royauté spirituelle
synodo prœsidere. Ut itaque constaret eum des pontifes cluétiens, et honorer en môme
habere jus et autoritatem papœ , sedit cum temi)S l'empire, en faisant rejaillir sur la per-
Phrygio, et condenmavit Nestorium. » sonne sacrée des empereurs quelques rayons
VII. Après avoir affermi par tant de preuves de la majesté du sacerdoce par cette commu-
la couronne des pontifes de J.-C, il faut venir nication d'ornements pompeux.
DES HABITS COiNSACRLS AU SERVICE DES AUTELS. 43
IX. Si l'on prenait ce dernier parti, on ponr- que tout le clergé était revêtu d'ornements rait en conjeclnrer que ce turent là les coni- hlanis et éclatants pendant les divins offices, rnencements du pallium des archevètiues , « Ministri in splendidis veslihus aslahant, fulpuisqu'on ne peut nier que ce ne fût toujours goris an^^lici imagines. »
avec l'agrément des empereurs que les papes Saint Chrysoslome approprie particulièremêmes l'ont donné durant quelques siècles, ment aux diacres ces étoles très-blanches et Théodoret ne parle que de ce manteau impérial voltigeantes à la façon des ailes des anges, donné à révêque de Jérusalem, parce qu'il ne « Recordamini tremendorum mysteriorum et s'est pas présenté d'occasion de parler d'autres ministrorum divini sacrificii, tenuibus linteis semblables libéralités faites par cet empereur, super sinistros humeros imposilis angelorum
Une faut pas non plus ni omettre, ni rejeterla alas imitantium , et per Ecclesias discurren-
conjecture de ceux qui croient que ce manteau tium (Hom. de filio prodigo). » C'est cette
impérial, communiqué aux pontifes chrétiens, étole que le concile de Laodicée appelle ùjàp-sv,
était celui-là même que les empereurs romains et qu'il interdit aux sous-diacres et autres
avant leur conversion avaient emprunté des ministres inférieurs.
grands pontifes païens, dont ils prenaient eux- XII. L'explication de ce terme qui est latin
mêmes la qualité. d'origine , nous fera fort à propos passer à
Saint Grégoire de Nysse, dans le discours qu'il l'Eglise latine. Les Latins nommaient orariiim
a fait sur saint Théodore martyr, remarque ce que nous appelons un mouchoir. Saint Am-
que les empereurs avaient pris avec l'office broise faisant l'éloge funèbre de son frère
l'habit des grands pontifes qui était une pour- Satyre, dit que pour éviter le naufrage il se
pre plus sombre et moins éclatante. Tout le jeta dans la mer après avoir enveloppé la divine
monde sait que les empereurs chrétiens, jus- Eucharistie dans un de ces linges, et s'en être
qu'à Gratien , portèrent la même qualité de enveloppé le col. «Etenimligari fecit in orario,
grands pontifes. et orarium involvit in collo, atque ita se deje-