X. Mais il n'importe lequel de ces deux sen- cit in mare
timents on voudra suivre : Il en résultera ton- Le même saint Ambroise dit qu'on jetait des
jours que dans les cérémonies saintes on usait mouchoirs : « quanta orariajactantur, » sur les
d'autres habits que des communs, soit qu'ils corps des saints Gervais et Protais, nouvelle-
fussent imités des pontifes de la gentilité, ou ment découverts, pour les conserver ensuite
empruntés des empereurs, ou enfin qu'ils fus- comme autant de reliques miraculeuses (Epist.
sent plus anciens que les empereurs chrétiens, lxxxv). Vopiscus dit que l'empereur Aurélien
On Ut dans la bibliothèque de Photius fit une magnifique largesse au peuple romain
(Cap. ccLvi), des actes, où il est dit que Métro- de tuniques de lin et de mouchoirs. « Douasse
phane, évêque de Constantinople, désigna pour etiam populo Romano tunicas albas manicatas
son successeur Alexandre, en présence de l'em- ex diversis provinciis, et lineas Afras, atque
pereur Constantin, en remettant sur l'autel son .-Egyptias puras; ipsumque primum douasse
pallium, ou sa chappe, ùaoçop-.ov, et comman- oraria populo Romano , quibus uteretur ad
dant qu'on le remît entre les mains d'Alexandre favorem . »
(L. I, ep. 136). XIII. Il ne faut pas trouver étrange que les
Isidore de Damiette nous a fait une descrip- étoles blanchesvolantes etde lin, que saint Chry-
tion assez exacte de cet ornement pontifical, sostome vient de nous faire voir, et qui faisaient
quand il dit que l'évèque célèbre en étant l'ornement propre des diacres dès le temps du
revêtu, qu'il est de laine, et non de lin, qu'il concile de Nicée, n'eussent été originairement
lui couvre les épaules, et qu'il représente la que des mouchoirs ou des linges pour essuyer
brebis égarée que le divin pasteur rapporte sur la sueur et la pituite; puisque tous les auteurs
son dos. anciens et modernes conviennent que ce que
XI. Quant aux autres habillements sacrés, ce nous appelons le manipule, n'avait été dans les même Père dit que le linge avec lequel le commencements qu'un mouchoir, ou un linge diacre servait au sacrifice, nous représente destiné au même usage.
celui dont le Fils de Dieu se ceignit pour laver L'étole des diacres et le manipule des sous-
et pour essuyer les pieds de ses apôtres (Ibidem), diacres, ont eu la même origine et le même
Saint Grégoire de Naziauze avait déjà remarqué sort. Ce n'ont été que des linges destinés
d'abord à l'usage que nous avons dit, ou à nisterio , alterum in usu vitaque communi
quelque autre approchant. Par le res[tect (lu'on (In. c. U Ezechiel.). »
portait au sacrifice, on les a tellement enrichis II est vrai que ce Père semble mettre la prinavec le temps, qu'on en a fait des ornements cipale différence entre ces deux sortes d'habilriches et honorables, et on a été obligé de subs- lements dans la propreté et la blancheur plus tituer en leur place d'autres mouchoirs. éclatante de ceux qui servent à l'Eglise, ce qui C'est ainsi que le manipule, Mapj)ula, fut est un symbole de la pureté de la conscience substitué pour servir de mouchoir ai)rès que de tous les ministres de l'autel. « Munda conl'orarium eût changé de nature, et le manipule scienlia, mundis vestibus tenere Domini sacraayant été aussi enrichi d'or et de broderie avec menta. »
le temps, et étant devenu un ornement de Voici comme il parle encore ailleurs sur ce
parade, on a pris d'autres mouchoirs com- sujet. « Si episcopus, si presbyter, diaconus et
muns. reliquus ordo ecclesiasticus in administraiione
XIV. Il ne faut pas inférer de là que les vête- sacriflciorum candida veste processerit (Contra ments sacrés ont été les mômes que les civils; Pelagi., 1. i). »
puisqu'il paraît au contraire que les ornements XVI. Il était difficile de trouver d'autres
civils même n'ont pu approcher des autels , différences dans les siècles, où le commun des
sans devenir sacrés, et incommimicables après hommes était vêtu de long, où le luxe et la
cela aux usages profanes. C'est manifestement commodité avaient inventé et mis en usage
ce que dit le décret du pape Etienne qui mou- toutes les vérités imaginables dans les habits
rut en 260. « Hic constitutisacerdoteset levitas longs, où les tuniques de lin, aussi bien que
vestibus sacratis in usu quotidiano non uti, et celles de laine avaient été dans l'usage com-
nisi in Ecclesia tantum (Baron., an. 260, mun.
n. 6). » Il était alors certainement difficile d'affecter
Valafride Strabon cite ce décret du pape au ministère des autels quelque habillement
Etienne, qui est tiré du livre pontifical, et il en que ce fût, qui n'eût déjà été profané par les
conclut qu'avant ce pape on célébrait avec les séculiers. Aussi tous les habits du sacré minis-
habits communs. « Vestes sacerdotales per in- tère se trouvaient avoir le même nom et la même
crementa ad eum qui nunc habelur, aucta sunt forme que ceux dont on se servait dans la vie
ornatum. Nam primis temporibus communi civile. Et néanmoins on s'étudiait à y mettre
indumento vestiti, missasagebant, sicut et bac- quelque différence, ou parla blancheur extraor-
tenus quidam orientalium facere prohiben- dinaire, ou par la propreté et la somptuosité,
tur. » comme on le peut voir dans ce que saint Jérô-
Je crains que cette conclusion ne soit un peu me vient de nous dire des habits blancs de tout
trop étendue; car quoique la suite des siècles le clergé à l'autel, et dans ce riche manteau,
ait et enrichi et multiplié les ornements sacrés, dont Constantin fit présent à Macaire de Jéru-
quoique les ornements sacrés aient beaucoup salem.
de rapport avec les anciens habillements des Cassien opposant la pauvreté des habits dont Romains, des Grecs et des Orientaux; ce que usaient les moines à la somi)tuosité de ceux nous avons dit est néanmoins i)lus que suffi- des séculiers, parle de ces derniers en cette sant pour montrer qu'avant le pape Etienne, et sorte : « Et ita planeticarum atque byrrorum depuis la naissance même de l'Eglise, on affecta pretia simul ambitionemiue déclinant (L. i. toujours quelque singularité dans les vête- De habitu Mona., c. 7.) Si cette sorte d'habillements qui servaient au sacrifice, ment, planetica, était commune aux laï-
XV. Saint Jérôme expliquant un passage ques, ceRe de casula ne Tétait pas moins. Voici d'Ezéchiel, montre clairement la distinction comme Ferrand, diacre, jjarle de saint Fulgence des habits comnmns , d'avec ceux qui servent et de ses religieux dans la vie decesaint: «Casuàla religion. « Per quae discimus non quoti- lampretiosamvel supcrbi coloris nec monachos dianis, et quibuslibet pro usu vitœ communis suos habcre permisit. Subtus casulam nigello, pellutis vestibus nos ingredi debere in sancta vel lactinio pallio circumdatus incessit. Quando Sanctorum , sed munda conscientia et mundis tcmpcries aeris invitabat, solo pallio intra movestibus tenere Domini sacrameiita, etc. Porro nastorium est cooiierîus (Cap. 18). »
Religio divina alterum habitum habet in mi- Voilà pour les habits, dont il usait dans la
DES HABITS CONSACKES AU SERVICE DES AUTELS. Ar>
maison , Yoici pour ceux de raulcl. « In qua et sans broderie, piû^as dit Vopiscus. II y
tiinica dorniicbat, in ipsa sacrilicabat; et in en avait qui étaient relevées d'or, de soie, ou
tempore sacrificii niutanda esse potius corda, de quel(iue autre matière précieuse. Il ne faut
quam vestimenta dicebat. » pas douter que les plus précieuses ne fussent
Cette sinj,nilarité de saint Fulgence peut réservées à l'aulel. Aussi Optât raconte que
servir de preuve, que la coutume ordinaire l'empereur avait envoyé des ornements aux
était de prendre des habillements propres, et églises. Et qui doute (jue ces ornements ne fus
tout différents à l'autel. Et quant à celte tuni(|ue sent dignes de la magnificence impériale"
que saint Fulgence ne changeait point, cela « Misisse ornamenta domibus Dei. »
n'est marqué par Ferrand que pour nous faire Le même Vopiscus (L. 2.) nous a appris la
remarquer Textrème pureté de saint Fulgence manière d'orner ces aubes de lin, en y appli-
qui était exempte de toutes les impuretés invo- quant tout autour des bordures, des franges,
lontaires même de la nuit. Les autres qui n'a- ou des passements de pourpre, ou de quelque
valent pas le môme don du ciel , changeaient matière précieuse : et y en appliquant même
môme de tunique avant de prendre les habits jusqu'à deux, trois, quatre et cinq rangs, ce
sacerdotaux pour la célébration des mystères, qui faisait aussi diversifier leurs noms. « Et
Nous dirons dans la suite, que c'a été par une quidem aliis monolores , aliis dilores , trilores
raison semblable qu'en quelques lieux on intro- aliis, et usqueadpentalores, qualeshodie lineaj
duisit l'usage d'une première aube sans man- sunt (In Aureliano). » Le concile IV de Car-
ches, pour ne pas mettre les habits sacerdotaux thage (Can. xli) défendit aux diacres de por-
immédiatement sur les habits communs. Jean, ter l'aube hors le temps du sacrifice, ou de la
diacre, qui a écrit la vie de saint Grégoire, lecture qui se fait dans l'église. « Ut diaco-
pape, dit qu'on voyait à Rome la peinture de nus tempore oblationis tantum, vel lectionis.
Gordien, père de ce grand pape, revêtu d'une alba utatur. »
dalmatique, et d'une chasuble par -dessus. On peut conjecturer de là, que les évêques,
« Cujus Gordiani habitus castanei coloris pla- et les prêtres portaient leur aube même hors
neta est, sub planeta dalmatica (L. iv. c. 83.) » du temps du sacrifice; peut-être durant le chant
Le cardinal Baronius conjecture de là, que des divins offices dans l'église, peut-être hors
Gordien avait reçu les ordres sacrés avant la fin de l'église môme dans le commerce civil^ pour
de sa vie. Mais c'est deviner ; et on sait assez se distinguer du commun des hommes, ets'en-
d'ailleurs que tous ces habillements divers, gager eux-mêmes à faire éclater la sainteté du
« Casula, planeta, dalmatica, penula, » étaient sacerdoce dans toutes leurs conversations avec
dans l'usage commun des séculiers. Aussi ce les autres hommes. Cela sera encore plus clair
savant cardinal laisse enfin la chose douteuse , dans les siècles suivants. 11 ne faut pas oublier
si Gordien est vêtu dans cette peinture en séna- la tunique blanche et éclatante que saint Chry-
teur, ou en diacre. « Attentius tu considéra, sostome donne aux diacres , « Tunicam indui
quem reddat piclura, senalorem , vel diaco- candidissimam, xeuxovxiTwvidxov xaî àTCoaTD,pGVTa(Ho-
num. » mil. 83. in Math.) »
XVII. II n'est pas moins certain, que les XVIIL Ces passements ou bandes de quelque aubes venaient aussi de l'usage commun. Vo- matière plus précieuse , qui faisaient le prix et piscus nous a appris ci-dessus , qu'Aurélien fit l'ornement des habits de cérémonie, en la maune libéralité au peuple de ces sortes d'habil- nière que Vopiscus vient d'en parler, peuvent lements, « Tunicas albas, manicatas, ex diver- servir à nous donner quelque éclaircissement sis provinciis, et lineas Afras, atque ^gyptias sur l'étole des diacres, et sur le palhum des puras. » C'était apparemment une de ces aubes archevêques. II y a cela de commun entre d'Afrique dont saint Cyprien demeura vêtu l'étole et le pallium , que l'un et l'autre sont lors de son martyre, puisque Pontius dit, naturellement un juste habit, qui puisse couce Stetisse in linea. » C'est peut-être une de ces vrir tout le corps; (Car le mot de stola se prend tuniques que le prêtre Népotien laissa par tes- dans l'écriture, dans Joseph, et dans les auteurs tament à saint Jérôme : « Tunica, qua utebar profanes pour un habillement entier) et ne in ministerio Christi ( Hieron. Epist. ad He- sont plus aujourd'hui que de simples bandes liod.). » fort étroites. Comme l'enrichissement et le prix
Il y avait de ces aubes qui étaient simples de ces vêtements ne consistait que dans ces