XIII. Du nombre des cardinaux. • . 1 i
XIV. De la coutume d'envoyer le chapeau. P^^P^^ assisteret : reliqui vero epiSCOpi , ubupie
XV. De l'obligation dfs cardinaux à résider, et de la compa- diftïisi, Apostolos repnPSentantad prœdicandum
per orbem missos. »
tibilité du cardinalat avec d'autres évêchés. -Wl. Des cxocatacèles ou des cardinaux du patriarche de
Constantinopie, et de leur séance au-dessus des évèques. ^-^ pape dit encore que les cardinaux étaient
les membres du Siège Apostolique, qui ne pou-
I. Je reviens à la préséance que les cardi- vaient être séparés, ni même éloignés du chef;
naux ont sur les évèques , pour remarquer que la donation de Constantin donnait aux car-
' que dans le concile II de Lyon, en l'27i, les dinaux la ijualité de sénateurs, de patrices et de
patriarches latins de Constantinopie et d'An- consuls ; que les empereurs mêmes nommaient
tioche étaier.t au-dessous de tous les cardinaux les patrices leurs pères; que toutes les digni-
qui avaient aussi au-dessous d'eux tous les tés et suréminences des patriarches et des
autres primats, archevêques et évèques (Rai- archevêques étant émanées du Siège Apostoli-
nald., n. 3). que, comme les ruisseaux de leur source , et
En 1312, Clément V envoyant un cardinal les branches de leur tronc et de leur racine ;
prêtre et l'évèque de Poitiers en Angleterre, on ne pouvait trouver mauvais que le même
pour y être les médiateurs de la paix entre le Saint-Siège eût répandu une nouvelle effusion
roi et les barons, s'excusa envers cet évèque, de gloire sur les cardinaux qui l'approchent de
dans les instructions qu'il leur donna, de ce si près, qu'on ne pouvait avec la moindre ap-
que l'usage présent l'obligeait de le nommer parence de raison s'opposer à une coutume
après un prêtre, contre la pratique de l'anli- immémoriale : « Consueludo tam vetusta, ut
quité (Rainald., n. ii8). ejus initiis memoria non extet in contrarium, »
L'an 1440, le pape ayant nommé au cardi- que cette préséance des cardinaux sur les èvê-
nalat l'archevêque d'York, en Angleterre, Par- ques paraissait dans les anciens conciles génè-
chevêque de Cantorbéry lui disputa le pas. raux, surtout dans ceux de Lyon I et II, sous
Le pape écrivit à l'archevêque de Cantorbéry Innocent lY et Grégoire X.
qu'il était justement surpris, qu'ayant cédé à Ce pape continue, en disant que Pordre des
Pévêque de Winchester, après qu'il eût été fait évèques était sans doute fort élevé au-dessus
cardinal, il ne voulut pas rendre le même de celui des prêtres et des diacres, mais qu'il
respect au cardinal d'York : qu'il ne pouvait s'agissait ici de la juridiction et non pas de
pas alléguer pour sa défense que l'évèque de Pordre; que par les lois canoniques de lajuri-
^Vlnchester était prince du sang, puisque cela diction , les archidiacres, quoique seulement
ne l'avait pas empêché de le précéder lorsqu'il diacres, précédaient et jugeaient les prêtres et
n'était qu'évêque, et de lui céder ([uand il eut les arehiprêtres mêmes; que les grands vicai-
étè fait cardinal : qu'au reste il devait savoir res des métropolitains avaient la même supé-
que roiTice des cardinaux avait été institué riorité sur les évèques de la province, et les
par saint Pierre. « Officium ipsum a Reato Pe- évèques simplement élus sur tous les prêtres
tro ejusque successoribus institutum invenies d'un diocèse.
(Sponde., n. 31).» Il finit en disant que la dignité des cardi-
42(i DU SECOND OKDKE DES CLEHCS. — CHAPITHE CENT-QUATORZIÊ-ME.
ii;ui\, (|iii gouvernent avec le pape l'Eglise lis Apostolis cardinalalus autoritas. I*io cujii?
universelle, et jugent niènae des évèques, était declaratione scienduin est, quod sicut patet ex
induhitableuieni su|)érieure à celle des pa- decursu liistoriie Actuum Apostoloruin, eccle-
Iriarolies et des autres évè(|ues,qui n'avaient siastieis historiis ac sanclorum Patruni decre-
la conduite que d'une Eglise particulière, et tis. aute divisionem Apustuloruni, per (piain
dont il y avait appel au Saint-Siège. ad diversas inundi partes dis|>ersi sunt, Apo-
Voilà en abrège ce (pie le i)ape Eugène IV stoli Petro, taïKiuatn papale ofiiciuni gerenli, étala dans la bulle cpril publia sur ce sujet, assistebant, tanquam cardinalatus tninisteiiuni Quoicpie dans celte bulle il prétend (jue la exerccntes; sicut nunc pajuu assistunt cardipréséance des cardinaux est fort ancienne, il nales, tancjuam ejus principales assessores et ne particularise rien néanmoins de i)lus ancien consiliarii, atque cooperatores in reginnen unique les deux conciles de Lyon. versalis Ecclesi.c. Postiiuam vero Apostoli a
Ce qui avait précédé ne pouvait passer que Petro separati, spéciales sibi diœceses sortiti
pour des tentatives, des vicissitudes et des al- sunt, ex tune episcopale oflicium exercuerunt
ternatives; mais depuis le concile I de Lyon, la (Ibid., p. 800, 000, etc., 906, 907, 749). »
chose était fixe et déterminée, ce qui suffisait Ce savant théologien infère de là que les
pour faire une coutume immémoriale au temps apôtres ont fait la fonction des cardinaux,
du pape Eugène. Pour ces sortes de choses qui avant que de remplir celle des évèques, et
ne regardent que la discipline libre de l'Eglise, qu'ils ont été cardinaux pour toute l'Eglise,
une possession plus que centenaire peut passer avant (ju'il y eût des cardinaux dans celle de
pour immémoriale, et même pour apostolique, Rome. « Ex hoc potest inferri, quod Apostoli,
sans qu'il soit besoin que les papes et les con- prius cardinales, qnam episcopi fuerunt, etc.
ciles s'embarrassent d'une critique épineuse, Priu? fuerunt cardinales orbis, quam urbis. »
pour (ixer au vrai les époques de chaque pra- Il conclut encore de là, que les cardinaux et
ticjue. les évèques ont recueilli la succession des apô-
11. Quanta la proposition du pape Eugène, très, mais diversement. «Senatui Apostolorum
que l'office et la dignité des cardinaux est do succedit coUegium sacrum cardinalium, quan-
la même anticjuité que l'Eglise, parce qu'ils tum ad illum statum quo Apostoli coassiste-
reuiplissent la place et les fonctions des apôtres bant Petro, antequam fièrent particularium
au|très de J.-C. ou de son vicaire, on ne doit ecclesiarum episcopi. Stalui autem Apostolo-
point en être surpris, puisque c'était alors la rum, in quantum fuerunt episcopi, succedit
doctrine la plus comnuuie des théologiens. ordo episcoporum. »
Gerson, qu'on ne peut accuser d'avoir flatté Enfin, il infère que c'est là un légitime foula cour romaine, le dit formellement. « Status dément outre la coutume, pour faire précéder Siimmi Pontificis, ac sacri collegii dominorum les évèques par les cardinaux, même par ceux cardinalium, fuudatus est in ecclesiastica lue- (pii ne sont (pie diacres, comme les archidiararchia subcœlcsti, immédiate a Christo, nec cres précèdent les prêtres. Alinahin confesse humana insiitutione, seu pra^sumptione potest (jue ce sont là les sentiments de Pierre d'Ailly, destrui (Tom. i, p. 188). » et il ne s'en éloigne pas.
Il est bien vraisemblable (pie Gerson ne ré- Ceux qui disputèrent contre les Bohémiens
vêlait en cela que les sentimenfs conunvms de dans le concile de Bcàle ((^onc, tom. xu,
ceux (]ui coniï>osèrcnt le concile de Constance. i)ag. 1332 et scqq.), suivirent ces mêmes idées
Cela [)araîtra encore plus èvideuunent par le du cardinalat. Les docteurs de Prague, en
traité que Pierre d'Ailly, qui fut de[)uis cardi- 1113, avaient déjà proposé cet article à signer
nal, composa dans le concile de Constance entre plusieurs autres, pour s'opposer aux er-
même. en i i 17, du l'autorité de l'Eglise. reurs de Jean Huss : « Quod crédit sicut Romana
Voici ses paroles, (pie le pape Eugène semble Ecdcsia, cujus caput est papa, corpus vero
avoir entièrement suivies : « Licet nomina i)a- collegium cardinalium, manifesli, ac veri suc-
patus et cardinalalus, tenipore Pétri et aiiorum cessores Pétri principis Ai)Ostolorum, et colle-
apostolorum non fuerint in Ecclesiœ usu : ta- gii aiiorum xVpostolorum Christi (Rainald.,
men ecclesiasticic potestates diclis nominibus an. 1413, n. ri; Rainald., an. 1449, n..8). »
designalœ, ex tune in a|)Ostolis pra^fulserunt, Longtemps avant, c'est-à-dire en 1239, l'em-
videlicet papalits dignitas in Petro, et in singu- pereur Frédéric avait écrit aux cardinaux,
DES CAUDINArX DEPUIS L'AN MIL TROIS CENT.
comme aux successeurs des apôtres. Mathieu I Paris rapporte la lettre : « Cum sit Cbristns i caput Eeclesia', et iii Pétri vocabulo suani fiiii-
daverit Ecclesiam supra [)etram , vos Aposlo-
lorum statu it snccessores. »
III. Il faut reprendre le discours des contestations sur la préséance. Eugène IV ayant envoyé le chapeau de cardinal à l'évèqne de Cracovie, cà la demande du roi de Pologne, l'archevêque primat de Gnesne, et président-né des Etats, fit difficulté de lui céder. Nicolas V accommoda ce différend en Tan 14-49, ordonnant que le cardinal aurait la préséance , mais qu'il n'opinerait qu'au rang de son évèché, et laisserait à l'archevêque la jouissance libre de ses prérogatives et de ses fonctions dans les Etats.
Ce tempérament ne put empêcher que le Parlement ou les Etats de Pologne ne fissent un statut qui défendait de rechercher le cardinalat , ou la légation du Saint-Siège , sans la permission du roi et du sénat ; et que ces deux prélats ne viendraient h. l'assemblée qu'alternativement , selon que le roi les y appellerait, sans se trouver jamais ensemble ( Statutœ PoloniiB., p. 63,64, 421). Néanmoins, dans les actes publics, le cardinalétaitnommé et signait avant l'archevêque primat de Gnesne (Sponde., an. 1449, n. 14^.
IV. Je ne sais quand les protonotaires apostoliques avaient commencé de prendre le pas sur les évêques dans la cour romaine. Mais je sais que Pie II rétablit les évêques dans leur rang, et qu'il le raconte lui-même avec des termes très-avantageux pour la gloire de l'épiscopat. Car il avoue qu'il n'y a rien de plus grand dans l'Eglise , et que le vicaire même de J.-C. se contente d'être appelé évêque.
« At Plus altitudinem episcopalis eminentia' animo volvens , qua nihil est in Ecclesia subtimius, et quod ipse Romanus Pnrsul Jesu Cluisti vicarius, episcopi nomine coutentatur. Notarios non consuetudine, sedcorruptela pra^latos episcopis judicavit, idque deinceps prohibuit, édita lege, ([uam totus ferme orbis collaudavit (Comment. Pii 11, 1. ui, p. (54). »
La bulle qu'il en publia, en 14r)9, semble faire connaître que cet abus était venu de la l)lace de ces notaires^ ou protonotaires apostoli(jues dans les consistoires publics , où ils étaient les plus proches de la personne du pape, afin de pouvoir dresser les registres de ce qui s'y résolvait.