DES CARDINAUX SOUS L'EMPIRE DE CIIARLFMAGNE
déshonorait pas : « Iiiiperalor di\i(, (|uod et que Louis le Débonnaire obtînt la inème
Domnus Apostolicus ei suas vices coiumisit in grâce pour Drogon; ces deux exemples ayant
synodo. » été allégués par Charles le Chauve dans sa
Nous avons déjà rapporté ci-dessus que l'em- lettre au pape Nicolas, dans les bonnes grâces
pereur Charlemagne avait obtenu du jtapc duquel ce prince tâchait de rétablir Adven-
qu'Angilram, son grand chapelain, fût aussi tins, évèque de Metz (Conc. Gall., tom. m,
légat ou nonce du Siège Apostolique en France, p. 2i3) (1).
(1) Le mode de création des cardinaux a varié avec les siècles. Aujourd'hui le pape nomme cardinal qui il veut, quand il veut, sans avoir besom de l'assentiment des cardinaux. Cependant par convenance il demande leur avis. Il n'y a plus même de forme déterminée pour la promotion, quoique le cérémonial romain en donne une. Si celui qui est promu au cardinalat se trouve à Rome, il se transporte, sans cortège, au palais apostolique ; là, il est reçu par les cardinaux chefs d'ordre, c'est-à-dire le premier des cvèques, le premier des prêtres et le premier des diacres, et il est introduit devant le souverain pontife, qui pose sur sa tête la barrette rouge. On indique ensuite le jour du consistoire public pour la livraison du chapeau rouge. Tous les cardinaux se réunissent dans le lieu du consistoire ; le pape, portant la mitre précieuse, monte sur le trône, reçoit l'obédience de tous les cardinaux, puis les nouvellement promus s'avancent au pied du trône pour entendre une allocution que leur fait le pape sur les devoirs du cardinalat. Après cela, ils baisent les pieds et les mains du pape; le pape les relève pour leur donner le baiser de paix, les autres cardinaux leur font de même. On les revêt ensuite des insignes du cardinalat, et, se mettant à genoux en cercle devant le pape, ils reçoivent de lui le chapeau rouge. En le mettant sur la tête de chacun le pape dit : o Ad laudem oqjnipotentis Dei, et sancta; Sedis •' Apostolica; ornamentum, accipe galerum rubrum, insigne singularis « dignitatis cardinalatus, per quod designaturquod usque ad morlem « et sanguinis effusionem inclusive pro exaltatione sanct» fidei, pace « et quiète populi christiani, augmente et statu sacrosanctae Roma-
• nae ecclesia; te intrepidum exhibere debeas. In nomine Patris, et 0 Filii, et Spiritus sancti. Amen. » Le pape leur ferme ensuite la bouche pour leur apprendre de ne pas révéler les affaires traitées en consistoire. Dans le consistoire suivant, le pape leur ouvre la bouche en disant : a Aperimus vobis os, tam in coUationibus, quam in con- 0 siliis, atque in electione Summi Pontificis, et in omnibus actibus, « tam in consistorio quam extra, qui ad cardinales expectant, et quos " soliti sunt exercere. In nomine Patris, etc. » Les nouveaux cardinaux se mettent alors à genoux devant le trône pontifical, le pape leur met au doigt un anneau précieux, et leur assigne à chacun un titre, c'est-à-dire une église, ou presbytérale, ou diaconale, disant : «Ad honorera Dei omnipotentis, sanctorum apostolorum Pétri et « Pauli et S. N. committimus tibi ecclesiara S. N. cum clero et po-
• pulo et capellis suis secundum formam qua committi consuevit car- « dinalibus, qui eamdem ecclesiam habuerunt. »
Il doit y avoir dans le sacré -collège des membres de toutes les nations catholiques. Il est prescrit aussi que les ordres religieux doivent y être constamment représentés par quatre membres qui gardent la couleur de leur ordre respectif, à l'exception de la calotte qui est toujours rouge. Nous voyons aujourd'hui les cardinaux Guidi, dominicain ; Pitra, bénédictin ; Panebianco, cordelier, dit conventuel en Italie; Giusto di Recanati, mineur observantin. Le nombre normal est de soixante-dix, dont six sont cardinaux évèques, cinquante prêtres , quatorze diacres. Les cardinaux évêques seuls , comme occupant les évéchés dits suburbicaires de Rome, sont toujours au complet. Le nombre des autres ne l'est pas toujours. Les évéchés suburbicaires sont Ostie, Porto et Sainte-Rufine, Tusoulum, Sabine, Palestrine, Albano. Nous avons fait connaître, dans une autre note, les églises diaconales. Pour être complet nous devons donner la nomenclature des églises presbytérales, celles qui sont données aux cardinaux prêtres : Sainte-Marie-des-Anges in Thennis, Sainte-Marie Transtyberim , Sainte-Balbine, Saint-Laurent in Lucina , Sainte- Praxède, Saint-Pierre ad Vincula, Sainte-Anastasie , Saint-Pierre III Monlorio, Saint-Onuphre, Saint-Sj-lvestre in Capite, Sainte-Marie in Via, Saint-Marcel, Saints-Marcellin et Pierre, Saints-Douze Apôtres, Saint-Césaire, Sainte-Agnès in Agone, Saint-Marc, Saint-Etienne in Cœlio monte, Sainte-Marie Transpontinu, Saint-Eusèbe, Saint- Chrysogone , Saints-Qualre Couronnés , Saints-Quirin et Julitte , Saini-Calixte, Saini-Barthélemy in Jnsula, Saint-Augustm, Sainte- Cécile, Saints-Jean et Paul, Saint-M;>rtin in Monlibus, Saint-Alexis, Saint-Clément, Sainte-Marie de Populo, Saints-Nérée et AchiUée, Sainte-Marie de Pace, Sainte-Marie de Ara Cœli, Saint-Sauveur in Lauro, Sainte-Croix in Hieru^alem, Saint-Laurent in Panisperna, Saint-Jean anle Portam laiinam, Sainte-Pudentienne, Sainte-Prisque, Saint-Pancrace, Sainte-Sabine, Sainte-Marie super Minervam, Saint-
Charles, Saint-Thomas m Parione, Saint-Jérûme-des-Illyriens, Sainte- Suzanne, Saint-Sixte, Saint-Matthieu in Meruluna, Très-Sainte-Trinité 1/1 monte Pincio.
D'après les canonistes, après la papauté, aucune dignité n'est plus grande dans l'Eglise de Dieu que le cardinalat. Quoique souvent inférieurs aux évêques pour l'ordre, les cardinaux leur sont néanmoins supérieurs : a praeeminentia non est commensuranda ab ordine, » disent les canonistes, • sed ab officio et jurisdictione qux dant digni- « tatem. n En effet, les évêques ne président qu'à un diocèse, tandis que les cardinaux sont appelés par le pape au gouvernement de l'Eglise universelle, et que ce sont eux qui élisent le vicaire de Jésus- Christ. Le Sacré-Collége est le véritable ^remiiim de l'Eglise romaine. Le plus ancien des cardinaux-évêques est toujours le doyen du sacré-collége, d'après une constitution de Benoit XIII. Il prend alors le titre de cardinal évêque d'Ostie. Les cardinaux, quand même ils ne seraient que prêtres ou diacres, ont juridiction épiscopale dans la circonscription de leurs titres. Ils ont le droit de visite, de correction, d'excommunication, de suspense et d'interdit. Us confèrent les bénéfices attachés à leurs églises presbytérales ou diaconales • ils peuvent procéder contre les bénéficiers coupables, accepter la résignation ou permutation de ces bénéfices. Dans leurs titres ils peuvent donner la solennelle bénédiction, more epi^coporum, licel non sint episcopi. Les cardinaux qui ne sont que prêtres peuvent, dans leurs églises presbytérales, conférer la tonsure et les ordres mineurs à tous leurs sujets et familiers. Ils peuvent dispenser des vœux ceux qui sont soumis à leurs églises comme les évêques dans leurs diocèses. Le droit canonique reconnaît encore aux cardinaux un grand nombre de privilèges, comme de n'être pas compris dans un interdit général, de pouvoir choisir leur confesseur même parmi les prêtres non approuvés, que nous croyons superflu de mentionner ici.
Le Siège vacant, le sacré-collége ne peut créer des cardinaux ni des évêques, ni confirmer les évêques élus, ni déposer les évèques prévaricateurs, ni conférer des bénéfices ; il n'y a rien là que de parfaitement conforme au droit canonique, puisque les chapitres qui héritent de la juridiction épiscopale ne peuvent pas avoir la collation des bénéfices. Les chapitres ont même, d'après le droit, un avantage sur le sacré-collège, en ce que toute la juridiction épiscopale passe, le siège vacant, chez eux, tandis que le Saint-Siège vacant, ni la juridiction ni la puissance du pape ne passent dans le Sacré-Collège. Les canonistes donnent pour raison de cette infériorité : ob accelerandam provisionem Ecclesiœ. Cependant les différentes congrégations des cardinaux conservent leurs pouvoirs, même après la mort du pape de sorte que le successeur n'a pas à les reconstituer. Mais le sacrécollége nomme aux votes secrets le grand pénitencier pour remplacer celui dont les pouvoirs ont expiré à la mort du pape. Le nouvel élu reste en fonctions jusqu'à l'intronisation du futur pape. L'élection du pape est tellement la propriété et le droit du sacré-collége que si tous les cardinaux mouraient et qu'il n'en restât qu'un seul, celui-là aurait le droit canonique et absolu d'élire le pape, mais il ne pourrait se nommer lui-même. Si tous mouraient pendant le conclave, à qui reviendrait le droit d'élire le pape? La grande majorité des canonistes et les plus marquants disent que ce droit reviendrait au chapitre de Saint-Jean-de-Latran : mater et caput omnium Ecclesiarum urbis et orbis ; quelques autres revendiquent ce droit pour le concile général. Comme canoniste, nous sommes avec les premiers, dont l'opinion nous parait plus conforme au droit canonique et plus exempte des plus graves dangers. D'ailleurs le pape est d'abord évêque de Rome, et comme te! son élection ne peut appartenir qu'aux titulaires des églises de Rome, (les cardinaux) ou au chapitre de la cathédrale de Saint-Jean-de-Latran.
Les hautes dignités réservées aux cardinaux sont celles de grand pénitencier, de vice-chancelier de l'Eglise romaine, de prodataire de camerlingue. Il y a en outre les cardinaux palatins, c'est-à-dire ceux qui, à raison de leurs fonctions, approchent le plus souvent le pape. Ce sont le cardinal secrétaire d'Etat, le cardinal prodataire, le cardinal secrétaire des mémoriaux , le cardinal secrétaire des brefs, auxquels Pie IX a ajouté le cardinal préfet des palais apostoliques.
Nous devons ajouter ici un mot important sur les insignes du cardinalat. Nous l'empruntons aux Mémoires du cardinal Coosalvi, ar-
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ClIAriTRE CENT-DIX-SEPÏIEME.