DES CARDINAUX SOFS L'EMPIRE DE CIIARLEMAGNE
lité, et qui étaient pasteurs des églises de Rome, On peut inférer de là que cette éminence du
au lieu que clia(iue évè(iue pouvait être appelé cardinalat était déjà fort révérée, (luoique tous
évèciue cardinal de son église, c'est-à-dire vrai- les évè(|ues eussent toujours la préséance avant
ment titulaire. les prêtres et les diacres cardinaux.
II. Ce fut peut-être Etienne IV qui dislinj^ua Ce concile même, (pii fut tenu en 853, où se|)t évêques de tous les autres , qui étaient Anast ise fut déposé, en est une preuve conégalement soumis à la métropole de Rome, et vaincante; car les évêiiues, au nombre do leur donnant le titre de cardinaux, les obligea soixante -sept, y précédent et y souscrivent de célébrer tous les dimanches les divins avant tous les prêtres et tous les diacres cardimystcres sur l'autel de l'église de Saint-Pierre, naux.
successivement les uns après les autres. « Ilic V. Dans l'élection de Benoît III, les électeurs
statuit ut omniDominicodieaseptemepiscopis du pape sont exprimés d'une autre manière,
cardinalibus hebdomadariis, qui in Ecclesia « Clerus et cuncti proceres , » ou bien : « Epi-
Salvatoris observant, missarumsolemnia super scopi cum clero et populo. » Et dans la vie de
altare B. Pétri celebrarentur (Anast. Bibliot.j. » Nicolas I": « Episcopi , presbyleri, proceres et
III. 11 se pourrait faire que l'association des optimales. » Dans celle d'Adrien II , le roi des prêtres et des diacres cardinaux avec les sept Bulgares demande un des cardinaux pour être évêques aussi cardinaux, eût alors connnencé fait archevêque de Bulgarie. « Aliquem ex carà se foruîer et que ce fut ce sacré collège à dinalibus. »
qui l'auteur ancien des vies des papes donne la Jean VIII ordonna que le patriarche de Cons-
qualité de princes du clergé. « Proceres cleri tantinople ne serait plus élu à l'avenir que
(Anast. Biblioth,, in vita Leonis III). » d'entre les prêtres et les diacres cardinaux de
Léon III fut élu par ces princes du clergé, la même Eglise. « Nisi de cardinalibus presby-
par les autres ecclésiastiques, par les personnes teris et diaconibus Constantinopolitana^ sedis
de qualité, et par le peuple de Rome. « A (Ep. cxcix). » 11 donna le même ordre à ceux de
cunctis sacerdotibus, seu proceribus, et omni Milan, d'élire le plus digne de leurs diacres ou
clero, nec non et optimatibus,velcuncto populo prêtres cardinaux. «Qui de cardinalibus pre-
romano. » sbyteris aut diaconibus dignior fuerit repertus
Ces sacrificateurs et princes sont très-proba- (Ep. ccxxi). »
blement les évêques, les prêtres et les diacres Gautier, évêque d'Orléans, dans ses capitu-
cardinaux, que leur rang et leur dignité dis- laires. chap. n. commande aux archidiacres de
tinguait du reste du clergé. veiller sur les prêtres cardinaux, c'est-à-dire sur
Cela est encore plus clair dans la suite, où il les curés : « Et perarchidiaconos vitaetdoctri-
est dit que Léon 111 revenant à Rome, fut reçu na presbyterorum cardinalium investigetur. »
avec une extrême joie des princes du clergé, Atton, évêque de Verceil, dans son capitu-
de tout le clergé, du sénat et du peuple, « Tarn laire, chap. xc, ordonne aux curés de s'adresser
proceres clericorum , cum omnibus clericis, au chapitre en l'absence de l'évêquc. « Quod si
quamque optimates, et senatus et populus, » defuerit , cardinalibus primœ sedis intérim
Dans l'élection de Valentin I", les évêques suggeratur. »
sont nommément exprimés : « Collectis in VI. Le titre de cardinal se donnait donc aux
unum episcopis, et gloriosis Romanorum pro- prêtres et aux diacres des autres églises, mais
ceribus. » Dans celle de Serge II, ils sont mêlés les évêques ne prenaient point encore cette
indifféremment avec les autres cardinaux : qualité dans le sacré collège.
« Cum proceres, et Romana? urbis optimates. Dans le concile romain qui fut tenu en 903,
universusque populus pro ehgendo pontifice sous Othon P% où Jean Xll fut déposé, tous les
in unum coissent. » évêques précèdent les cardinaux , les seuls
IV. Léon IV fit faire le procès dans un con- prêtres ou diacres de Rome se qualifient carcile, à Anastase, prêtre cardinal du titre de dinaux , les évêques suffragants de la métro- Saint-Marcel, pour avoir été cinc] ans sans pôle de Rome se distinguent toutefois admirarésider dans sa paroisse. On rendit cet honneur blement par le titre d'évêques romains.
à ce cardinal, de le faire citer par trois évêques : Voici comment ils sont exprimés dans les actes
« Per très vocatus episcopo?. » A quoi néan- du concile :« Tune Romani Pontifices, episcopi
moins il ne se rendit pas (Anast. Bibl.). scilicet sutfraganei, et cardinales presbyteri,
iU DU SECOND OUDUE DES CLERCS. — CHAPITRE CENT-SEIZIÈME.
ac tliaconi, cinn universa plcbedixcrunt,ctc. » Mil. Uuohiue grande que puisse avoir été
L'empereur Otiion en parle ainsi dans sa lettre réiévation des prêtres et des diacres cardinaux,
au pape Jea)i : « Duni filios vestros, Romanos et quelque étroite liaison (ju'ils puissent avoir
scilicet episcopos, cardinales presbyleros , et eue a\tc les évèfiues romains, ou suflr.iganls
diaconos et universam plebem de vestra absen- de Rome, ces évoques ne se séparaient jioint
lia percontareuuir, etc. » encore du cor|)S des autres évècpies; et par
Il est donc évident (jua les évoques sulîra- conséquent les prêtres et les diacres cardinaux
gants de la métropole de Rome étaient alors ne marcliaient encore qu'après tous les évêques.
nommés, non pas évêques cardinaux, mais En effet, il y a toutes les apparences du
Ev^ues Romains, Pontifes Romains. C'est ap- monde, (jue la préséance que les prêtres et les
parenunent en ce même sens (juc Tévêtiue diacres cardinaux de Rome ont enlîn emportée
George , envoyé de Rome, fut appelé plusieurs sur les évêques, est en partie jjrovenue de
fois évêque romain dans le concile de Compiè- l'union très-étroite que les cardinaux ont con-
gne, sous le roi Pépin. Georgiiis, episcopus tractée avec les évêques sufiragants , en sorte
Bomanus (Anno 757 , Conc. Compend., can. que ne faisant plus qu'un corps, il n'ont plus
IX, xi). Ce fut en ce même sens que Charlemagne voulu se séparer, ni dans les séances , ni dans
consulta Léon III, et les autres évêques romams: les souscriptions. Mais cela n'est arrivé que
« Consultu Leonis apostolici , cjrterorumque vers le xn'' siècle. Tous les conciles romains
Romanœ Ecclesiœ episcoporum (Capit., 1. v, tenus avant Tan mil, font foi que tous les évê-
cap. 3i). 0 ques précédaient les cardinaux, et que les
Pour revenir au concile romain sous Othon, diacres cardinaux n'étaient pas même assis
il y a encore cela de fort remarquable, qu'on dans ces conciles, mais ils se tenaient debout
y nomme un Jean, sous-diacre cardinal, C«r(/«- derrière le siège des évêques et des prêtres
nalem snbdiaconum. On sera peut-être encore cardinaux.
plus surpris d'y entendre nommer un arcbi- IX. On voit bien hors de Rome, en France
acolythe. « Stephanusarchiacolythus, cumom- et en Orient, des diacres cardinaux de Rome
nibus acolythis (Luitprand., 1. vi, c. 6, 7, 11). » qui président aux conciles avant tous les évê-
Mais ces exemples ont été très-rares et sans ques; mais c'était en qualité de légats du Siège
conséquence. Apostolique et comme représentant la personne
VU. Quant à ce rang extraordinaire des évê- du pape,
ques romains, c'est-à dire suffragants de Rome, Les évêques du concile IV de Tours, tenu en
qui ont depuis été nommés évêques cardinaux, 849, reprochèrent à Nomenoy, duc de Bre-
il n'y a rien ni de nouveau, ni d'extraordinaire, tagne, l'insolence inouïe avec laquelle il avait
On sait que comme un évêque, selon les lois refusé de recevoir les légats et les lettres du
canoniques, concertait toutes choses avec le Saint-Siège : «Maximum reatum te contraxisse
clergé, c'est-à-dire avec les prêtres et les dia- scimus, quod epistolam Sedis Apostolic;e re-
cres de son éghse, ainsi le métropolitain, selon spuisti, etc. Propterea parati sumus, si vis,
les mêmes ordonnances de l'Eglise, devait agir secundo legatum sedis memoratœ cum scriptis
dans toutes les matières importantes avec le toti mundo venerandis dirigere. »
conseil de tous les évêques de sa province. C'étaient les rois et les évêques de France
Il suivait de là, que comme pendant que le qui avaient demandé au pape l'envoi de ces
siège épiscopal était vacant, toute l'autorité légats. Le roi Lothaire demanda depuis au
épiscopale résidait dans le corps du clergé, pape Nicolas qu'il envoyât des légats pour tenir
ainsi, lorsque le métropolitain était mort, ses un concile dans son royaume : « Regalis excel-
pouvoirs et ses obligations retombaient sur les lentia vestra nuper apostolatui nostro direxit,
évêques de la province. Mais soit que le siège ut pro perficienda synodo missos e latere nostro
soit rempli ou vacant, il est indubitable, selon dirigere dignaremur (Epist. xix). »
les canons, que l'administration de toutes les On ne peut douter que les légats apostoliques
affaires de quelque conséquence, appartient qui présidèrent au concile de Ponthyon, tenu
aux évêques de la province et au chapitre de en 87G, n'eussent été demandés par l'empereur
l'éghse métropolitaine, qui doivent ou coucou- Charles le Chauve, puisqu'il voulut y présider
rir avec le métropolitain, ou suppléer à son comme légat du Saint-Siège, persuadé que,
défaut. s'il honorait cette légation, la légation ne le