‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 2 sur 291 · VI. La tonsure était commune aux pénitents et aux moines · texte numérisé non relu

VI. La tonsure était commune aux pénitents et aux moines

la couronne était réservée aux clercs. I. Ce ne fut que dans le sixième et septième

VIL Le sens mystérieux de ce retranchement de cheveux. giècle qu'on commença plus parliculièrempnt

VIII. On ne rasait encore aucune partie de la tète. - j- +• i i " i i •• ^"'"^^ciiiem

IX. De la tonsure de saint Paul, selon les Anglais, ou des ^ distinguer les Clercs des laïques par la ton- Orientaux, sure et par l'habit.

Th. — Tome II. i

Il n'a guère moins fallu de deux cents ans, aussi de longs cheveux, « Aurium legulœ ,

après les persécutions finies et la paix rendue à sicut nios gentis est, crinium superjacentium

l'Eglise, i)our bien établir celte ditférence flagellis operiuntur (L. i, epist. 2). » Mais

entre deux professions si diverses. Durant les Arnoul, évè(juedeRocliester,nousexpIiquebien

orages de la persécution, cette distinction eût plus clairement ce terme, (juand il rend raison

été dangereuse. Après le calme rendu, il fallut pouniuoi on donnait le pain céleste trempé dans

un espace de tem[»s considérable pour faire un le sang de J.-C, au lieu de présenter le calice,

changement si important et si universel dans « Nos carnem Domini intinguimus in san-

toute l'Eglise. guine, etc. Evenit enim fre(|uenter, ut barbati

Il ne faut ni exiger, ni attendre des conclu- et prolixos habentes granos, dum poculum

sions et des réponses absolument précises dans inter epulas sumunt, prius liquore pilos infi-

une matière aussi llottante que celle-ci. Les cianl, quam ori liiiuorem infundant. Pncterea

changements se sont faits en divers temps, en siindierbesetsinegranisetmulieresad sumen-

divers pays, et ils se sont faits avec tant de ien- dam communionem sanctam conveniant, quis

teur qu'il est très-difficile d'en donner au juste sacerdotum poterit tam provide ministrare, ut

les époques précises. infundens nihil cffundat (Spicileg., tom. ii^

IL Commençons par la tonsure et par les p. 435j? »

canons des conciles d'Espagne qui en parlent. III. Le concile III de Tolède (Can. xi), ordonna

Le concile de Barcelone, tenu en oiO, défendit de ne point donner la pénitence aux hommes

aux clercs de porter les cheveux longs et de qu'auparavant on ne leur cou[)ât les cheveux:

raser leur barbe. « Ut nullus clericorum co- « Sive sanus, sive infirmus sit, prius eum ton-

mam nutriat, aut barbam radat (Can. m, vi). » deat, et sic pœnitentiam ei tradat, » et de faire

II conunanda aux pénitents de tondre leurs changer d'habit aux femmes avant que de la

cheveux. « Pœnitentes viri tonso capite, etc. leur accorder : « Non accipiat pœnitentiam,

(Can. Lxxvi). » nisi prius mutaverit habilum. » On prétendait

Le célèbre Martin, archevêque de Brague, empêcher par ce moyen les fréquentes rechutes

avait un peu mieux remarqué la forme de la des pénitents. II n'est pas à croire que cette

tonsure cléricale dans un canon de sa compila- tonsure des pénitents fût la même (jue celle des

lion. « Non oportet clericos comam nutrire, et clercs, puisque la pénitence et la cléricature

sic ministrare, sed attonso cfj^e, patentibus étaient deux choses si étrangement éloignées

auribus, etc. » Cette circonstance des oreilles l'une de l'autre, et eu quelque manière incom-

découvcrtes nous montre combien il fallait patibles.

porter les cheveux courts. Mais en tout cela il Le concile IV de Tolède, tenu en 633 (Can. ne paraît point encore de couronne, ni aucune xli), lève cette difficulté en faisant voir clairepartie de la tête ra?ée. ment la tonsure des clercs, qui mérita le nom

Le concile de Brague, célébré en 563 (Can. de couronne, et par conséquent infiniment

XI, xii), défend seulement aux clercs de porter distincte de celle des pénitents. Car la tonsure,

de grands cheveux. « Placuit ut lectores in c'est-à-dire les cheveux fort courts de tout le

Ecclesia habitu sa^culari ornali non psallant, haut de la tête étaient comme couronnés par

neque granos gentili ritu dimittant.» Ce terme un cercle de cheveux plus longs et plus bas

graîii signifie les longs cheveux de la tête, ou qui les environnait.

une longue barbe. Saint Isidore de Séville « Omnes clerici, vel lectores, sicut levilœ et

nous le fait assez voir dans ses origines. « Non- sacerdotes, detonso superius toto capite, infe-

nullœ gentes non solum in vestibus, sed et in rius solam circuli coronam relinquant; non

corpore ali(iua propria sibi quasi insignia vin- sicut hue usque in CallicitC partibus facere lec-

dicant, ut videmus cirrhos Germanorum, gra- tores videntur, qui prolixis, ut laici, comis, in

nos et cinnabar Gothorum (L. xix). » solo ca[)itis apice modicum circulum tondent.

Ce n'est donc i)as dans les habits, mais dans Rilus enim iste in Ilisjtania hue usque IhTreti-

les cheveux qu'il faut cheicher cet ornement corum fuit. Unde oportet, ut pro ampulando

superflu, qu'il appelle Granos, pour les Goths Ecclesia; scandalo, hoc signum dedecoris aufe-

d'Espagne, aussi bien que celui qu'il nomme ratur ; et una sit tonsura vel habitus , sicut

Cirrhos, pour les Allemands. Sidonius Apolli- totius Ilispaniie est usus. Qui autem hoc non

naris faisant le tableau d'un Goth, lui donne custodieril, fidei Catholicœ reus erit. »

IV. Ce canon du concile de Tolède, ([ui timent , pussent, étant revenus en santé,

mérite une attention particulière , nous ap- profaner la sainteté de celte profession par une

prend : 1° Que les clercs inférieurs, aussi bien vie séculière. « Quatenus a se tonsurœ venera-

que les diacres, les prêtres et les évèques avaient bile signum expellant, et babitum religionis

une tonsure qm leur découvrait tout le liaut abjiciant. » Ce canon détend bien aux prêtres

de la tête, « detonso superiiis toto capitc, » et de donner Ibabit et la tonsure de la pénitence

qu'il ne leur restait qu'un tour de cbeveux, ou de la religion aux malades qui ne la deman-

comme un cercle, ou comme une couronne, dent pas, mais il ne permet pas à ceux qui l'ont

« Inferius solam circuli coronam relin(iuant, » reçue, même sans la demander, d'en violer les

Voilà quelle élait la tigure de la tonsure et lois, prétendant qu'il en est comme du baptême

de la couronne cléricale. qu'on donne aux enfants.

2° Que tous les ecclésiastiques, depuis les lec- VI. Il ne sera pas inutile d'avoir découvert la

teurs jusqu'aux évêques, devaient porter la tonsure des pénitents et des religieux, afin d'en

même couronne et la même tonsure. Car le remarquer la différence d'avec celle des ecclé-

terme de sacerdotes d^yait àéik commencé à siasliques: car les pénitents et les religieux sont

comprendre les prêtres aussi bien que les évê- simplement tonsurés, mais ils ne portent point

ques, comme celui de lecteurs semblait renfer- de couronne, parce que la couronne est la

mer tous les clercs inférieurs. marque et l'ornement du sacerdoce royal de.

3° Ce canon suppose que les évêques, les J.-C. et de ses ministres,

prêtres et les diacres avaient toujours usé d'une Isidore, évêque de Séville, dit que la partie

tonsure et d'une couronne, telle qu'elle est ici supérieure de la tête où la tonsure a été faite

prescrite, et même tous les clercs inférieurs représente la tiare sacerdotale qui était ronde,

des autres provinces d'Espagne, excepté de Ja et représentait la moitié d'une sphère ou d'un

Galice, où les lecteurs ne portaient qu'une globe ; et (jue le cercle de cheveux qu'on laisse

très-petite couronne au baut de la tête, laissant au bas de la tête est comme le diadème royal

quant au reste croître leurs cbeveux comme dont les souverains bandaient leur tête,

les laïques. « Prolixis, ut laici, comis, in solo La tonsure des ecclésiastiques est donc une

capitis apice modicum circulum tondent. » marque honorable de leur dignité royale et

Enfin, après avoir condamné cet abus, et sacerdotale tout ensemble, au lieu que celle

avoir obligé tous les moindres clercs cà porter des pénitents et des religieux est une preuve

la tonsure et la couronne semblable à celles de leur état humble et humiliant, o Quod vero

des prêtres et des évêques, ce concile déclare detonso capite superius, inferius circuli corona

que si les clercs s'opiniàtrent à vouloir suivre relinquitur, sacerdotium regnumque Ecclesiaî

les hérétiques d'Espagne, dont ils ont imité in eis existimo figurari. Tiara enim apud vete-

l'abus, on les traitera aussi comme des héré- res constituebatur in capite sacerdotum. Haec

tiques. ex bysso confecta, rotunda erat. quasi spbœra

V. Ce même concile parle un peu plus bas média, et hoc signiflcatur in i)arte capitis tonsa.

(Can. Lv), de ceux qui se sont tonsurés eux- Corona autem latitude aurei est circuli, quae

mêmes, pour se mettre en pénitence: « Acci- regum capita cingit. Utrumque itaque signum

pientes pœnitentiam totonderunt se, » ou qui exprimitur in capite clericorum, ut impleatur

ont été tonsurés par leurs parents et en même etiam quadam corporis similitudine , quod

temps dévoués à la vie monastique, « qui de- scriptum est, Petro apostolo docente, vos estis

tonsi a parentibus fueriut, aut sponte sua genus electum, regale sacerdotium (De Offic.

amissis parentibus seipsos religioni devove- Eccl., 1. n, c. 4). »

rint ; » et il ordonne (Can. vu), que s'ils aban- VII. Il est certain que ce retranchement de

donnent la religion ou la pénitence, l'évêque cheveux signifie dans les ecclésiastiques, aussi

les forcera d'y rentrer : « comprehensiasacer- bien que dans les pénitents et les religieux, le

dote ad cultum religionis revocenlur. » Le renoncement de toutes les vanités, les pompes,

même décret est renouvelé dans le concile VI les voluptés et toutes lessuperfluités du siècle :

de Tolède (Can. ii). « Est autem in clericis tonsura signum quod-

Le concile XII de Tolède ne permit pas que dam, quod in corpore figuratur, sed in animo

ceux à qui on av.iit donné la tonsure et la péni- gerilur ; scilicet ut hoc signo in religione

tence au lit de la mort, et ayant perdu le sen- vitia resecentur, et criminibus carnis nostrœ,

quasi crinibus exuainur (Ibidem, can. iv). » Mais si les pénitents se privent des choses dont ils ont abusé, c'est une satisfaction pour leuis fautes passées, et une précaulioti pour l'avenir: ainsi c'est plutôt un sujet (l'iuiniiliation que de gloire; au lieu cpie les ecclésiastiques (jui ont porté l'innocence dans ce sublime état, laissent les choses de la terre par un généreux mépris et par ime vertu et une grandeur d'âme vraiment royale , se mettent au-dessus de toutes les choses créées, pour régner dès cette vie avec J.-C. dont le règne n'est pas de ce monde, quoiiju'il soit dans ce monde même le Roi des rois.

VIH. Si les conciles d'Espagne et Isidore qui s'est servi de leurs propres termes, n'ont parlé que de la tonsure, sans faire le moins du monde connaître que Ton rasât la tète, ou le haut de la tète des clercs , il faut aussi remarquer qu'ils parlent en mêmes termes des pénitents et des religieux. Le rasoir n'y paraît jamais. Et le même saint Isidore le montre encore bien plus clairement dans sa règle : « Nullus monachorum comam nutrire débet, etc. Tondere ergo débet iste, quando et omnes, imo et simul, ac pariter omnes (Cap.

Page 1