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IX. Enfin, cet auteur assure que saint Paul donna l'exemple de la tonsure, quand il suivit lui-même l'exemple des Nazaréens, comme il paraît dans les Actes (De Offîc. Eccl., 1. ii,c.4). Mais cela même nous apprend que ce ne fut que dans cette rencontre particulière que saint Paul en usa de la sorte, et que hors d'une si pressante nécessité il ne s'y fût jamais résolu, non plus que les autres apôtres.
Si Isidore semble au même endroit faire saint Pierre le premier auteur de la tonsure cléricale, il ne faut l'entendre que de la modestie des cheveux, dont cet Apôtre a été sans doute le maître et le modèle, aussi bien que de toutes les vertus chrétiennes, et des marques extérieures mêmes qui doivent accompagner la vertu.
X. Les Anglais ont poussé bien plus loin ce sentiment, de reconnaître saint Pierre et saint Paul pour les auteurs et les tiremiers instituteurs de la tonsure cléricale. Ayant été longtemps partagés entre eux sur les questions et les pratiques de la fête de Pâques et de la tonsure cléricale ; les catholiques qui se conformaient aux sentiments et aux usages de Rome ne manquèrent pas de s'autoriser de l'exemple
et de l'institution de saint Pierre et de saint Paul.
Rède nous raconte que le fameux Théodore, né en Tarse de Cilicie, et pat faitement instruit dans les lettres greccpies et latines, saintes et profanes, ayant quitté son monastère en Orient et étant venu à Rome, fut choisi par le pape pour être envoyé en Angleterre, et y gouverner l'Eglise deCantorbéryen qualité d'archevêque. Il fut premièrement ordonné sous-diacre à Rome, puis il attendit l'espace de quatre mois que ses cheveux fussent crûs, afin qu'on pût ensuite lui faire la tonsure et la couronne, à la mode de Rome et de l'Occident, car il n'avait reçu (jue la tonsure de saint Paul, à la mode des Orientaux. Après cela le pape Vitalien lui donna tous les ordres sacrés. « Qui subdiaconus ordinatus, quatuor expectavit menses, donec illi coma cresceret , quo in coronam tonderi posset. Habuerat enim tonsuram more Orientalium sancti Pauli apostoli. Qui ordinatus a Vitaliano papa, etc. (Beda, hist. i. Angl., 1. IV, c. 1). »
XI. Il est très-probable que cette couronne orkîitale , qu'on autorisait du nom de saint Paul, était celle des moines qui avaient toute la tête rase, ou tondue également partout et de fort près, sans ce cercle ou celte couronne de cheveux qui est propre aux clercs.
Les termes de Bède semblent le dire. Car, 1"' Théodore était moine; or les moines rasaient toute leur tête, ou la tondaient de près, comme nous avons dit, sans qu'il soit jamais parlé d'un tour de cheveux qui leur reste, et qui leur fasse comme une couronne.
2° On laissa croître les cheveux à Théodore durant quatre mois, afin de pouvoir après cela lui faire une tonsure couronnée d'un cercle de cheveux : « quo in coronam tonderi posset. » Rien ne convient mieux à ce que nous avançons.
3" Cette tonsure totale se pouvait appeler avec beaucoup de vraisemblance la tonsure ou la rasure de saint Paul, qui se fit couper les cheveux à Jérusalem à la mode des Nazaréens, qui coupaient et consacraient à Dieu tous leurs cheveux sans en rien réserver. On sait assez d'ailleurs combien ouvertement les anciens moines faisaient gloire de se dire les imitateurs des anciens Nazaréens, et les disciples de saint Paul dans son parfait dépouillement de toutes choses, dans ses pénitences^ et le travail de ses mains.
XIL Le même Bède rapporte plus bas une leMairicien. « Niillam magis seqiiendam jure vision miraculeuse où saint Pierre et saint dixerim ; ea quam in capite suo gestabat Pe- Paul apparurent le preniiertonsuré comme un trus ; » surtout si l'on considère (jne la tonclerc, le second avec une longue barbe. «Unus sure de saint Pierre, couronnée d'un tour quidem attonsiis erat ut clericus, alius baibam de cheveux, est une marque glorieuse de la habebat prolixam. Dicebantque quod unus eo- passion de J.-C. et une image de sa couronne rum Petrus, alius vocaretur Paulus (L. iv, d'é|)ines. « Neque ob id tantum in coronarn c. li). » attondemur, quia Petrus ita attonsus est, sed
Il se peut bien faire que cet enfant crut quia Petrus in memoriam Dominicie Passionis avoir vu les apôtres dans cetle vision en la ita attonsus est, etc. Oporlet eos, qui vel niomême manière qu'ils étaient ordinairement naclii votum vel gradum clericatus babent, représentés dans leurs tableaux, ou que les formam quocjue coronae, (juam Dominus in apôtres même pour se faire connaître voulu- passione sua spineam portavit in capite suo, rent apparaître avec la figure que les peintres quemque in capite per tonsuram pra}ferre.» leur donnent ordinairement. Mais les catlioli- C'est encore comme une éternelle protesta-
ques anglais ne doutaient nullement en ce tion de vouloir prendre part à la honte glo-
temps-là que saint Pierre n'eût été tonsuré de rieuse et à la sage folie de la croix de J.-C. la même façon qu'on l'était à Rome de leur « Ut se etiam irrisiones et opprobria pro illo
temps (L. IV, c. 22). libenter ac prompto animo sufferre, ipso etiam
L'abbé Ceolfrid, dans la savante lettre qu'il frontispicio doccant. » écrit sur ce sujet, et qui est rapportée par le Enfin c'est pour aller au-devant de cette coumême Bède, ne doute point h la vérité que les ronne incorruptible de gloire que nous attenapôtres n aient été différents entre eux dans la dons, et pour laquelle nous nous séparons de tonsure: « Et quidem scimus, quia nec Apo- toutes les vanités du siècle : « Ut coronam stoli omnesunoeodemque sunt modo attonsi,» vitœ a:>terna^ se semper expectare, proque huet que les tonsures de tant de différentes Egli- jus perceptione et adversa se mundi , et proses du monde ne soient aussi diverses entre spera contemnere désignent. » elles dans le siècle présent même, l'unité es- XIll. Quant à la couronne qu'on bkàmait en sentielle n'étant autre que celle de la foi et de Angleterre , et qu'on y attribuait à Simon le la charité : « Neque nunc Ecclesia Cathohca Magicien, comme contraire à celle de saint sicut una fide, spe et charitate in Deum con- Pierre, ce même abbé nous la dépeint un peu sentit, ita etiam una atque indissimili totum plus bas, et il nous fait voir que ce n'était per orbem tonsura sibi forma congruit; » que que le demi-tour de cheveux sur le front. Job coupa ses cheveux dans son aflliction : ainsi le reste manquant, qui devait entourer le der- 11 les portait long dans la prospérité ; Joseph au rière de la tète.
contraire les coupa en sortant de la prison, où « Tonsuram Simonis quis non cum ipsa mailles avait laissés croître ; que les anciens Pères gia detestetur ; quoe as[)ectu in frontis quidem ne sont jamais entrés dans aucune contestation superficie coronoc videlur speciem prœferre ; sur le sujet de la tonsure, « Cum nunquam sed ubi ad cervicem considerando perveneris, Patribus Catholicis, sicut de Paschœ vel fidei decurfalam eam, quam te videre putabas invediversitate conflictus, ita etiam de tonsurœ dif- nies coronam ; ut merito simoniacis et non ferentia legatur aliqua fuisse controversia ; » christianistalemhabitumconvenirecognoscas, que ce n'est donc qu'un point de discipline in- qui in pra^senti quidem vita, a deceptis homidifférenten lui-même : « Tonsuraî discrimen nibus putabantur digni perpetuœ gloria coronon nocet, quibus pura in Deum fides et cha- na.^ sed in ea quœ banc sequitur vita, non rjtas in proximum sincera est. » solum omni spe coronœ privati , sed aeterna
Mais après avoir supposé toutes ces vérités insuper sunt pœna damnati. » incontestables, ce savant abbé déclare qu'il ne II était difficile de faire une peinture plus
croit pas qu'on puisse douter qu'entre toutes naïve et plus ressemblante de cette demi-cou-
les tonsures qui peuvent avoir cours dans l'E- ronne sur le devant de la tête, qui semblait
glise, ou dans tout le monde, il ne faille pré- figurer que les disciples de cet hérésiarque
férer à toutes les autres celle de saint Pierre, n'avaient que les apparences de la piété, et ne
et préférer toutes les autres à celle de Simon pouvaient espérer que la gloire du siècle pré-
6 DU SECOiND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME.
sent, n'ayant rien de solide dans le secret, ni et de tonsure, qui n'ont pas été approuvées, il
rien à es|)crer dans le siècle à venir. Le cercle en reste deux cpù ont mérité d'être attribuées
entier de la couronne marque l'éternité de la l'une à saint Pierre et à l'église d'Occident,
vie sans fin qu'elle l'ait espérer; celle qui n'a- l'autre à saint Paul et à l'Eglise Orientale,
chève pas le cercle est un funeste augure du Quant à cette attribution, il y a toutes les ap-
contraire. « Qui ad coronam te vitœ, quœ ter- parencesdu monde qu'elle n'est provenue que
minuin nesciat, tendeie credis, quid contrario de la maxime de saint Jérôme, qui veut bien
fidei tuœ liabitu terminatam in capite coronœ que chaque Eglise mette ses anciennes prati-
imaginem portas. » ques au rang des traditions apostoliques. En
Si c'est cette tonsure dont le moine Agrestius effet, dès que l'antiquité d'un usage est telle
fit un reproche aux défenseurs de saint Colom- qu'on en a oublié le commencement, on se
ban dans le concile de MiÀcon, en G27, c'est ce laisse insensiblement aller à la créance, qu'elle
que je n'oserais ni assurer, ni nier. Entre les a pris naissance avec l Eglise même, de ceux-là
lettres du martyr Boniface, la quarante-qua- même qui ont donné commencement à chaque
trième est d'Athehne, abbé d'Angleterre, tis- Eglise. Grégoire de Tours attribue aussi à saint
sue des mômes raisons de l'abbé Céolfrid et Pierre la première institution de la couronne,
des paroles de saint Isidore de Sévile. ou de la tonsure comme nous le dirons dans le