VIII. iX. Preuves tirées de Possidius, qui a écrit sa vie
X. Autres preuves que c'était une communauté ou un séminaire de simples ecclésiastiques.
XI. Distinction des clercs et des moines par le même Possidius.
I. Quelque antiquité qu'on s'efforce d'attribuer aux communautés ecclésiastiques, on n'en trouvera point de fondement solide avant la fln du quatrième siècle; comme, avant le commencement de ce même quatrième siècle, on ne trouvera aucune preuve certaine des communautés monastiques.
C't'st donc dans le qualrièine siècle qu'ont commencé les congrégations des moines, comme nous montrerons dans la suite, et c'est vers la fin qu'ont pris naissance les congrégations i)urement ecclésiastiques : ce que nous allons faire voir par des preuves incontestables.
H. A moins de s'être étrangement laissé prévenir, on jugera facilement que, durant les trois siècles de i)ersécution, il eût été nonseulement très-{)érilleux, mais même impossible de former aucune comnmnauté, soit de clercs, soit de moines, soit de filles consacrées à Dieu.
La tyrannie et l'oppression sous laquelle gémissait alors toute l'Eglise ne donnait pas tant de liberté aux fidèles. On n'avait garde de donner tant de prise à la rage des persécuteurs,
et d'exposer en un seul lieu tout ce que l'Eglise avait de plus saint et de plus nécessaire pour sa conservation. La fureur des tyrans ei'it bientôt renversé tous ces monastères : il nous resterait (luebjue mémoire et (jueUiue témoignage de leur ruine et de la dissipation de ces saintes communautés. Lorsque Dioclélien fît brûler les Ecritures et abattre toutes nos églises, il eût enveloppé dans la même condamnation tous les monastères et toutes les maisons de communauté. Cependant, Eusèbe et les autres liistoriens de lEglise n'en écrivent pas un mot.
11!. 11 faut avouer que J.-C. a vécu en communauté avec ses apôtres, et qu'après son retour dans le sein et dans la gloire de son Père, les apôtres et les disciples ont mené une vie commune et ont donné à tous les siècles suivants un divin modèle, sur lequel le clergé doit se former. Mais ce n'a été que dans la Palestine où l'Eglise naissante a pu former d'abord un établissement aussi parfait, parce que les Juifs y avaient obtenu des empereurs romains une liberté entière et des privilèges très-favorables pour tout l'exercice de leur religion; et il y avait, dans la secte des Esséniens, des communautés où on observait très-ponctuellement presque la même discipline qui a de|)uis éclaté avec tant de gloire dans nos monastères.
Cette communauté toute sainte, dont parle saint Luc dans les Actes, n'était pas seulement composée du clergé, c'est-cà-dire des apôtres et des disciples, mais aussi des fidèles la'ïques : les personnes mariées et les femmes, les filles et les enfants en étaient aussi. Ainsi, on ne ])eut pas dire que ce fût une connnunauté d"ecclésiasti(}ues ; autrement il en eût fallu bannir les fenunes et les laïques.
Le même saint Luc a représenté un grand nombre d'églises fondées par saint Paul et par les autres apôtres parmi les Gentils; et il n'eût j)as oublié d'en rendre le même témoignage
DES CONGRÉGATIONS PIIHEMENT ECCLÉSIASTIQUES, etc. ACn
que de celle de Jérusalem, si les Gentils con- Enfin, si le clerj^é eût vécu en congrégation,
vcrtis eussent pu d'abord se porter au même les constitutions apostoli(jues ne régleraient
comble de perfection où les Juifs s'élevèrent pas les portions inégales qui se devaient faire
au moment de leur conversion. Saint Paul fait dos biens de l'Eglise entre les divers ordres des
connaître, dans ses épîtres, l'état et la police ecclésiasticjues (L. vni, c. 31). de plusieurs églises qu'il avait cultivées; ce- Rien de semblable ne se pratique aujour-
pendant, il n'y paraît nulle part aucune trace d'Iiui parmi les ecclésiastiques qui vivent en
de la vie commune. commun. 11 faut donc conclure que, dans les
Aussi, saint Augustin remarque que c'est premiers siècles, les ecclésiasticiues ne vivaient
l'avantage que les Juifs avaient remporté des pas en congrégation; car, dans les congréga-
enseignements et des exercices de vertu près- tions, toutes choses sont communes à tous, crits par la loi de Moïse, de s'être trouvés V. Le |)ape Sirice, dans sa lettre à Himérius,
comme dis|)osés à cette haute i)erfection de la évèquede Tarragone, propose un grand nojubre
vie évangélique, dont les Gentils convertis ne de règlements admirables pour la discipline
furent nullement susceptibles. du clergé. 11 y parle des moines et des filles
Enfin, cette première communauté des apô- consacrées à Dieu, et de leurs monastères; il y très, des disciples et des fidèles ne consistait marque comment il faut élever dès leur enque dans la désappropriation que plusieurs fance ceux (jui sont destinés à l'état ecclésiasparticuliers embrassaient, et dans la distribu- tique; il n'oublie pas les divers degrés par tion qui se faisait à chacun selon ses besoins ; lesquels il faut faire passer tous ceux qu'on mais il était même impossible ou qu'ils fussent veut faire monter aux plus hautes dignités de logés, ou qu'ils prissent leur réfection tous en- l'Eglise. Mais ni dans cette lettre, ni dans toutes semble dans la même maison. les autres de ce pape ou de ses successeurs, on
Cette même communauté de biens a été ne peut remarquer la moindre apparence du
conservée entre les ecclésiasticiues durant les monde qu'il y eût dès lors des ecclésiastiques
premiers siècles, et on distribuait à chacun une vivant en communauté, portion des revenus de l'Eglise proportionnée VI. Voici une preuve à laquelle il n'y a point
là son besoin, à son rang et à son travail; mais de réplique. Saint Augustin avait entrepris
cela même nous peut servir de preuve qu'on d'opposer aux vertus apparentes, trompeuses
ne vivait pas en congrégation. et superstitieuses des manichéens la solide
IV. Pour s'en convaincre, il ne faut que se piété, la continence, la pauvreté, les jeûnes et rappeler de quelle manière se faisait, entre les les autres exercices d'une vie vraiment chréecclésiastiques, la dispensation des offrandes, tienne, qui se pratiquent dans l'Eglise cathodes prémices, des décimes et des autres revenus lique.
du clergé, dont il sera parlé dans la troisième II fait d'abord une excellente peinture des