DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE DEUXIÈME
de la retraite des clercs dans les coniiniinautés; Enfin, quelques-uns le croient avoir été fonda-
au contraire, il prend sujet d'admirer d'autant teur de deux sortes de con{5Tétfalions, l'une
plus leur piété, de ce (jumelle doit être à Té- monastique, et l'autre purement ecclésiastique.
|)reuvede tant de tentations qui se rencontrent Sans vouloir terminer ce dillérend , et sans
dans la conversation du monde. Ce qu'il y a perdre le respect qui est dû à tous ceux qui se
de plus convaincant, c'est que saint Augustin, sont partagés, par une si louable et si sainte
venant enfin aux laïques, assure qu'il en a jalousie, d'avoir saint Augustin pour leur insti-
connu à Rome et à Milan qui vivaient, priaient tuteur, je dirai ce (jui me semble plus pro-
et travaillaient tous ensemble dans une môme bable après une exacte discussion de ce que
maison, sous la direction d'un prêtre : « Yidi Possidius et saint Augustin même ont écrit sur
ego diversorium sanctorum Mediolani non ce sujet.
paucorum hominum, quibus unus presbyter VIII. Ce monastère bâti dans l'église, c'est-
prœerat, vir optimus et doctissimus. Romœ à-dire, dans les jardins de l'église ou de l'évê-
etiam plura cognovi, in quibus singuli ciKteris ché, commtî nous verrons dans le chapitre
secum habitantibus pra'sunt, etc., et ipsi ma- suivant, « Monasterium intraEcclesiam,» dont
nibus suis se transigunt (Cap. xxxui), » parle Possidius , ne me paraît autre chose
Il y avait aussi de ces comnmnautés de fem- qu'une assemblée de personnes laïques vivant
mes séculières, sous la conduite de la plus sage en commun, et ne possédant rien en propre,
et la plus vertueuse d'entre elles :« Neque hoc Possidius dit que saint Augustin avait déjà
in viris tanlum sed etiani in feminis ; quibus commencé cette sorte de vie avant que d'être
item nniltis viduis, et virginibus, simul habi- prêtre, dès le temps qu'il était repassé en Afri-
lantibus, et lana ac tela victum quœritantibus, que. Or, Possidius avait dit auparavant (Cap. ni)
prcTsunt singulae gravissima) , probatissimu3- que saint Augustin avait passé environ trois
que, etc. » années avec ses amis, vivant avec ses amis, et
Si saint Augustin eût alors connu quel- s'occupant de l'oraison , de l'étude, et de bonque communauté d'ecclésiastiques, il lui eût nés œuvres, sans faire connaître le moins du sans doute donné un rang honorable dans un monde qu'il eût pris l'habit ou l'institut des endroit où son sujet le demandait si évidem- moines. « Ferme triennio alienatis a se curis ment. sœcularibus, cum iis qui eidem adhaerebant,
VII. Saint Augustin écrivit ce livre des Deo vivebat, jejuniis, orationibus, bonisque
mœurs de l'Eglise catholique avant que d'être operibus , in lege Domini meditans die ac
prêtre. Lorsqu'il eut été ordonné prêtre, il nocte. »
ajouta lui-même au clergé cet ornement qui C'était donc alors une communauté de persemblait lui manquer; et il fil celte admirable sonnes séculières qui vivaient très-religieusealliance des vertus des ecclésiastiquesaveccelles ment, toute semblable à celles de Milan et de des solitaires. Rome qu'il avait connues , et dont en même
Voici ce qu'en dit Possidius dans sa vie: « Fa- temps il fil la peinture dans le livre des mœurs
dus presbyter monasterium intra Ecclesiam de l'Eglise catholique. Après qu'il fut prêtre,
mox insliluil, et cum Dei servis vivere cœpit il approcha de l'Eglise cette communauté de
secundum modum et regulam sub sanclis Apo- séculiers vertueux , et vivant en commun avec
stolis constitutam. Maxime ut nemoquidquam la même désappropriation que les moines; ce
proprium in illa societate haberet ; sed ut eis qui lui a fait donner le nom de il/o/^as^è/'e, mais
essent omnia communia, et distribuerelur uni- de monastère joint à l'Eglise, «Monasterium
cuique, prout cuique opus erat ; quod jam ipse intra ecclesiam ; » ce qui ne peut proprement
prior fecerat, dum de transmarinis ad sua re- convenir à des moines: caries moines n'étaient
meassel (Cap. v). » point encore descendus dans les villes, et leurs
Personne n'ignore combien les sentiments monastères en étaient écartés; tout au plus, ils
sont partagés sur cet établissement de saint n'étaient que dans les faubourgs, comme nous
Augustin. Les uns croient qu'il fonda un mo- dirons ensuite à l'occasion de celui de saint
nastère, et qu'il le peupla de moines. D'autres Ambroise et de saint Martin. Au contraire , les
le font instituteur des chanoines réguliers. 11 monastères , ou les congrégations de séculiers
yen a qui pensent qu'il ne fit qu'assembler pieux étaient dans les villes, comme à Milan et
des ecclésiastiques pour vivre en communauté, à Rome.
DES CONGRÉGATIONS PUREMENT ECCLÉSIASTIQUES, etc. 469
L'exemple de la primitive Eglise que saint que nous avons dit ici du transport fait du nio-
Augustin se pro|)Osait, fait aussi voir que nastère qui était dans les jardins de l'évê-
c'étaient des séculiers qui vivaient en commu- clié au monastère des clercs ou au sémi-
nauté, sous la direction des apôtres. naire , qui était dans la maison épiscopale
1\. Possidius ajoute qu'après que saint Au- même, gustin fut fait évéque, il donna les ordres a X. Possidius remarque plus bas (Cap. xxii), ceux qu'il avait élevés dans ce monastère, et que saint Augustin usait des habits et des meules ayant transportés dans son évêché, il y blés ordinaires, évitant également la mollesse établit un séminaire de clercs qui fut comme et rextrémité opposée^ et n'affectant rien tant la pé|)inière dont ensuite il tira quantité d'ex- (lue de ne se faire remari|uer par aucune singucellents hommes qu'il donna aux autres larité. « Vestis ejus et calceamenta, et Icctualia églises pour y remplir les plus hautes dignités, ex moderato et competenti habitu erant, nec et même pour y être honorés de l'épiscopat; nilida nimium, nec abjecta plurimum, etc.» enfln, que ces évêques établirent dans leurs II ajoute que ce saint évêque était toujours églises de semblables monastères, et y formèrent accompagné de ses clercs, qu'il logeait et mand'excellents ecclésiastiques. geait avec eux, et qu'ils étaient tous nourris et
a Proficiente doctrina divina, sub sancto et vêtus aux dépens de la communauté, a Cum
cuni sancto Augustiuo in monasterio Deo ser- ipso semper clerici, una eliam domo ac mensa
vientes, ecclesia) Hipponensi clerici ordinari sumptibusquecomnmnibusalebanturetvestie-
cœperunt, etc. Ac deinde innotescente sancto- bantur (Cap.xxv). »
rum servorum Dei proposito, continentia, et Voilà évidemment une communauté d'ecclé-
paupertate profunda, ex monasterio, quod per siastiques avec saint Augustin ; cette manière
illum esse et crescere cœperat, accipere episco- de se vêtir n'est nullement monastique. C'est
pos et clericos pax Ecclesiœ atque unitas et là certainement ce que Possidius appelait un
cœpit primo , et postea consecuta est. Nam monastère. Cet auteur ne dit rien qui puisse
ferme decem Auguslinus Ecclesiis dédit, etc. donner le moindre sujet de croire qu'il y eût
Et ipsi ex illorum sanctorum proposito venien- deux communautés, l'une de moines, l'autre
tes, monasteriainstituerunt, et ca-teris ecclesiis de clercs, et que saint Augustin se partageât
promotos fratresad suscipiendum sacerdotium entre elles,
prfpsliterunt (Cap. xi). » Et comment saint Augustin aurait-il pu se
Possidius donne toujours le nom de monas- dérober à ses clercs, pour se donner tout en-
tère à cette sorte de maisons de communauté; lier à ses moines? Où est-ce que Possidius au-
et ne donne jamais celui de moines à ceux rait parlé de l'établissement de cette commu-
qui y étaient élevés. Au contraire, il les appelle nauté de clercs, lui qui n'avait pas oublié la
toujours clercs, et les représente toujours fondation du monastère? Comment ce grand
connue des clercs qu'on formait pour les or- nombre de saints ecclésiastiques et d'excellents
dres supérieurs, et même pour l'épiscopat. Or évêques, dont saint Augustin était le père,
les fonctions des ecclésiastiques étant très-dif- n'aurait-il pas plutôt été tiré du séminaire de
férentes de celles des moines, il est facile de ses clercs, que de son monastère? Peut-on
juger que la vie monasticjue n'eût pas été cou- s'imaginer que saint Augustin dirigeant et for-
venable à un séminaire de clercs. Aussi est-il mant en même temps deux communautés di-
remarqué que saint Augustin vivait avec eux, verses, l'une de moines et l'autre decclésiasti-
(juoiqu'étant évêque il fût au-dessus d'eux : ques, réussît si mal dans son travail, que ses
«Sub sancto et cum sancto Augustino Deo moines fussent plus propres aux dignités et aux
servientes. » Or il sied mieux à un évêque de fonctions ecclésiastiques, que ses ecclésiasti-
vivre et de faire les fonctions de supérieur ques mêmes?
immédiat dans une comnumauté de clercs, xi. Enfin, Possidius distingue admirable-
que dans une compagnie de moines. Il sied ment le clergt; et les monastères de saint Au-
mieux à un évêque de conduire, d'instruire et gustin, lorsqu'après avoir raconté comment ce
de former des ecclésiastiques assemblés, que soleil brillant de l'Eglise s'éteignit, il ajoute
des solitaires. qu'il laissa en mourant un clergé très-nom-
Nousjustifierons, dans le chapitre suivant, breux, et plusieurs monastères d'hommes et
par les termes formels de saint Augustin, ce de femmes. «Clerum sufficientissimum et mo-
DES CONlilU-XATIONS. — CIIAIMTIU': TKOISILME.
nasteria viroriiin ac fcmiiianiiii conliiUMiliiiiu où il élevait ce clergé très-suffisant i)ar son
cum suis i)ra^i)Ositis [)lciia Ecclesia' iliiuisit noinhre, el parsacapacilé extiaordinairc, pour
(Cap. ult.)-» se répauilie dans toutes les autres églises, et
Voilà ces monastères divers de Tun et de leur donner d'excellents ouvriers et nunie de
l'autre sexe, fondés en divers endroits de son très-saints évoques, diocèse. Mais il y avait un monastère unique