‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 260 sur 291 · DE L'ORTGÎNE DES ABBAYES ET DES MONASTÈRES · texte numérisé non relu

DE L'ORTGÎNE DES ABBAYES ET DES MONASTÈRES

sujet de croire qu'en cet endroit il parle (le la sus occupât porlum. kl autem divina proviretraite qu'il fit avec saint Basile dans les soli- dentia factiini scimus, (pue hune ad Ecclesia» tudes du Pont, après qu'ils eurent tous deux ulilititem , ab cxercitalione iniinodica, iiifirété ordonn(^'s prêtres malgré leur extr('mc r(^'- niitalisoccasionibusrepeliit, ut iMl|)editusa>grisistance. Saint Ampliilo(pie vivait alorsdans la tudiiie, speliincis renunli.ue cogerelur. llinc même solitude. Saint (iiégoire se jeta encore jani a Melelio diaconus ordinatus, etc. (Pallad. une fois dans la retraite, après avoir renoncé h de vita (llirysostoin., c. v). » levêché de Sasime. Enfin, après qu'il eut aussi Voilà en quelle manière saint Clirysostome abandonné la conduite de l'Eglise de Constan- a été, et n'a jamais été moine. Il l'a été, parce tinople, il se retira dans sa maison de cam|)a- (|u'il en a prati(|ué durant (|uel(iue temps les gne, où il passa le reste de sa vie très-sainte- austérités incroyables, et il ne Ta jamais été, ment, mais sans renoncer à une partie de son parce qu'il ne s'y est engagé |)ar aucune propatrimoine , qu'il avait réservée (Greg. Nanz., fession : il les a quittées quand il a jugé que sa carm. in Monachos hypocritas). santé ne pouvait plus les supporter, il n'a peut-

C'est ce qu'il dit lui-même qu'on lui repro- être pas changé d'habit, il n'a pas renoncé à

chait, quoique fort injustement: « Dicens me son jiatrimoine.

divitem et copiosum esse , ut qui liorlum et C'est, à mon avis, de la même manière, que

otium, et mediocrem fontem habeam, etc. Nos saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint

si fontem , vel hortuluin , vel umbrosum ne- Amphilociue, saint Augustin, ont aimé et imité

musculum possideamus , id delicias interpre- les vertus de la vie monastique, sans en faire

tamini. » une véritable profession. C'est vraisemblable-

Enfin , ce divin théologien a levé toutes les ment ce que saint Jérôme voulait faire enten-

diflicultés dans le poème de sa vie, où il déclare dre, quand il a dit, des dernières années de

qu'après avoir délibéré sur la manière de vie saint Grégoire de Nazianze : « Ruri monachi

qu'il choisirait, entre la retraite des moines, et vitam exercuit. » Les laïques et les clercs

la vie embarrassée des villes, il prit un milieu, peuvent consacrer une partie de leur vie aux

afin d'être utile aux autres sans se perdre exercices laborieux des moines , sans être

lui-même: « Media inter illos, hosqueprocedo moines. Car on ne peut être véritablement

via meditans ut isti, commodum illorumœmu- moine, si l'on ne se dévoue pour toute sa vie

lans. » à cette sainte profession , et si l'on ne renonce

Ainsi quand l'auteur de sa vie dit qu'il entièrement à tout ce que l'on possédait sur la

aima toujours mieux être moine que mon- terre.

dain , pauvre que riche , il l'entend de la vie XVI. Je ne sais s'il faut mettre Sévère Sulpice

retirée, et non pas de la profession monasti- dansée même rang, car il retint une partie de

que. ses grands biens, et il eu fit un hôpital, où il ser-

XV. Saint Chrysostome passa six années dans "vait lui-même les pauvres, comme nous avons

une affreuse solitude, et y ayant ruiné sa santé déjà dit. Mais il n'y a nul sujet de douter que

par son assiduité à la prière et à l'élude, par telle n'ait été la retraite de saint Augustin,

ses mortifications , et surtout par ses veilles lorsqu'il se retira dans l'Afrique et dans sa

continuelles , il fut obligé de reprendre la vie maison des cbamps aussitôt après son baptême,

commune et de revenir à Antiocbe , où il fut Certainement il n'embrassa jamais l'état mo-

bientôt ordonné diacre, etcinq ans après, quel- naslique, quoiqu'il en pratiquât tous les exer-

que résistance qu'il fît , Flavien l'éleva à l'or- cices avec ses amis,

dre des prêtres. « Placuit ei percepta baptismi gratia cum

((In juventulis flore vicinos occupât montes, aliis civibus et amicis suis Deo pariter servien-

ibique congressus seni cuidam Syro, sese illi tibus, ad .\fricam et propriam domum agros-

sociiim dédit, imitatusvitae continentiam duri- que remeare. Ad quos veniens, et in quibus

tiamque propositi. Mansit autem apud illum constitutus : ferme triennio, et a sejam aliena-

annos quatuor, etc. Postea solus remotiorem tis curis sœcularibus, cum iis, qui eidem ad-

eremum pctiit, ibique speluncœ inclusus, bien- bœrebant, Deo vivebat, jejuniis, orationibus,

nium fere peregit. Quo in tempore jugiter bonisque operibus, in lege Domini meditans

ferme sine somno persistens, Scripturas san- die ac nocte (Possid., c. in). »

ctas penitus edidicit, etc. Ecclesiasticum rur- XVII. Ç'avaient été les premiers commence-

DES COiMjUÉliATlOiNS, — CIIAIMTUK TliKIZIKMi:.

monts (le saint Antoine, de se retirer en sa maison des dianips, on tont proche. « Inci- |)iens eliam ipso in locis paululuin a villa remotioribus manebat , » dit saint Atlianase (Ca|). Il, in ejus vita). L'exemple lui en avait été frayé par plusieurs autres : « Nondum lam crebra erant in .Egypto monasteria, ne(iue onmino (|uis(]uamaviam solitutliuem noverat; sed ([uicumque in Cliristi servitute sibimelipsi prodesseciipiebat, non longe a sua villula separatus instituebatur. Erat in agello vicino senex quidam vitam solitariam a |)rima seclatus ii'tate. Ilunc Antonius cum vidisset, aemulatus est ad bonum. »

Saint Antoine ne s'arrêta pas à ces commen-

cements. 11 se distingua des Pères de l'Eglise, dont nous venons de parler : il |)assa jnscju'au comble de la |)erfection de la vie monastique, il en ouvrit le premier les écoles, dont la ré- |)utation se ré[)andit et attira des imitateurs de tout le monde ; par là il l'emporta sur tous ceux (|ui avaient avant lui connue ébauché cette institution admirable, et mérita le glorieux titre de père et d'instituteur des solitaires.

Saint Jérôme l'en a appelé illustrateur, parce qu'il a considéré ce que saint Atlianase vient de dire du grand nombre de ceux qui avaient marché devant lui (1).

(1) L'annaliste espagnol dom Manriquez prétend que l'ordre monastique de Saint-Benoit a compté jusqu'à quarante-sept mille abbayes ou prieurés. C'est peut-être un peu exagéré, mais le savant Blancliini, annotateur d'Anastasc le bibliothécaire, nous apprend qu'à liome seulement, pendant les ixe et xe siècles, il y avait quarante abbayes d'hommes et vingt de femmes; qu'il y avait en outre soixante églises desservies par des chanoines-réguliers. Parmi ces abbayes, quatre, Sainte-Praxède, Saint-Sabas, Sainte-Cécile, Saints-Etienne et Cassien, étaient habités par des religieux grecs de l'ordre de Saint- Basile, qui célébraient tous les offices dans la langue de saint Jean Chrysostome.

La plupart de ces abbayes acquirent un degré de puissance et de richesses considérable. En Angleterre, avant la réforme, les abbés étaient lords de la chambre des pairs, et on les appelait abbés-souverains. En Allemagne, un grand nombre d'entre eux étaient princes du Saint-Ernpire et seigneurs temporels de vastes provinces. Le plus grand des historiens modernes, Jean de Muller, dans son Histoire des Suisses, nous montre l'étonnante puissance des abbayes de l'Helvétie. L'abbesse de Zurich était co-souveraine du canton, l'abbesse de Claris était dame du lieu, l'abbé de SchatTouse en était aussi coseigneur, celui de Murbach était souverain de Lucerne, et l'abbé de Masmunter l'était de Mulhausen. En faisant connaître les utiles travaux des moines, il détaille les richesses territoriales de l'abbaye d'Hauterive, près de Fribourg, qui dépassent tout ce qu'on peut imaginer. 11 nous apprend ailleurs que l'abbaye d'Engelberg avait quarante villages sous sa domination, celle de Wettingen, des fiefs immenses dans le pays de Baden. « L'évéque de Coire et l'abbé de « Disentis, dit-il, tome vi, p. 255, sont les plus grands seigneurs de • la Rhétie. ■.>

■ En Italie, les abbayes du Mont-Cassin, de Bobbio, de Farfa, de Camaldoli, de Monte-Virgine, de la Cava, de Vallombrosa et autres avaient des possessions territoriales immenses. En France, Cluny,

Citeaux, Anchin, Jumiéges, Saint- Germain-des-Prés et bien d'autres encore étaient des fiefs considérables. Les Hyéronimites en Espagne et les Cisterciens étaient en possession de petites provinces.

Mais ce furent principalement ces prospérités temporelles qui amenèrent la décadence monastique. V'ainement l'Et;lise tenait la main à des réformes continuelles; bientôt les réformes avaient besoin elles-mêmes d'être réformées. Les détracteurs de l'état monastique oublient trop que, quoique vouée à la perfection, la vie religieuse est cependant composée d'hommes, c'est-à-dire de ces pauvres créatures dont le Saint-Esprit a dit : Sensus enim et cogitatio humani cordis in malum prona sunt ab adolescentia sua (Gen. vi, 5). Avec la décadence morale, la dépopulation s'était faite partout. En 1788, la célèbre abbaye de Lérins et ses prieurés n'avaient plus en tout que cinq moines (i/zs^ du Alonast. de Lérins, ii, p. 311). Un journal de 1789, Les Veillées d'un Français, no 111, nous apprend que les quelques bénédictins de la maison de Saint-Ma. ùn-des-Champs, à Pans, offrirent à l'assemblée nationale, au nom de leur maison et de leur ordre, l'abandon de leurs biens et de leurs couvents, moyennant une pension de quinze cents livres pour chaque religieux. Parmi nos manus>:rits, nous possédons les lettres adressées, le 16 juillet 1791, par les chartreux de Bonpas, près d'Avignon, à l'assemblée nationale, pour déclarer qu'ils meurent d'envie de reprendre leur liberté et de rentrer dans le siècU.

Le bill de 1535 détruisit six cent quarante-cinq maisons religieuses en Angleterre. La révolution française ferma onze cent quarante-sept abbayes des différentes branches bénédictines et des prémontrés. Nous croyons que dans toute l'Allemagne il ne reste plus qu'une trentaine d'abbayes de bénédictins. La révolution espagnole a détruit les trois cent vingt abbayes et les seize chartreuses de ce royaume. Eu Italie, tout aujourd'hui est converti en casernes. Il n'y a plus en France, en Belgique et en Angleterre, que quelques abbayes cisterciennes de la réforme de la Trappe. (Dr André.)

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