‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 262 sur 291 · VI. Combien les mouies étaient lentes dv aspirer. i- d · texte numérisé non relu

VI. Combien les mouies étaient lentes dv aspirer. i- d

VII. Dans les déserts, les moines avaient" des églises et des prêtres, ail nioins la plllS ^M'ande partie. « Keprètres de leurs corps. verendorum epiîcoporum, presbyteroruni, ar-

VIII. Quelle modération saint .\ugustin voulait qu'on ?ardàt, „i,i„,T„,|,.i|„r,,m rliwnnnniin nr tnlius clori en n'appelant aux ordres que les plus vertueux d'entre les Cllimandi llariim , (ll.KOnoiniil ac lOllUS ClLU

moines. professiones co^aiovinnis froin. m conc., an.

IX. La profession monastique nVlîacait pas l'irrégularité. .15,)) „ I/empereur Tliéodose le Jeune écrivit

X. Un évèque ne pouvait ordonner le moine d'un antre. ■ r i • i •* i> i ■ i

XI. Saint .\ugustin condamne également l'ambition des moines a 1 archimandrite tiarsunias pOUr lui (tonner . qui recherchent, et l'opiniâtreté de ceux qui fuient les ordres. ordre de se trouver au COncile d'Epllèso aU

XII. Diverses autorités des autres Pères, pour engager les ^^^^^ ^^ ^^^^^ l^ç archimandrites d'Orient. « Lomoines dans les ordres sacrés.

XIII. Rutin met des moines, au lieu du clergé, dans son église cum tenentem omniiim Orientis arcUimandriuiagniiique du chesne. tarum (Coiic. CalcecL, act. 1). »

bourgs d?s'""ïies' "' *""'"'' ^'''^'■'"' ^' " '""'"''' '"' ^'"' ^ l'-'^ction i du concile de Constantinople,

XV. Suite du même sujet. tenu sous Flavien , comparut Abrahamius ,

XVI. Combien ils eurent de crédit dans les plus grandes af- prêtre et archimandrite, avec trois autres relifaires de l'Edise. . ,. , ., .-r-ii- ^l

XVII. Réponse h une objection. g'cux diacres du monastère d Eulyches, |.retre

xvr.i. Deux manières diverses d'appeler les moines à la clé- et arcllimandrite. Dans l'action Ti (Ibidem),

"'^v.v'^n I • . j,.. . • .A. < . ir 1-, l'on menace Eutvchès de le déposer et de le XIX. Ils ne changeaient pas d elat, ni n étaient pas affrancUis . ' ■

des observations pieuses par la cléricature. priver tant de la pielrise que de la supériorité

de son monastère, ce qui fut enfin exécuté ; et

L Les monastères ne pourraient pas trouver à cette sentence souscrivirent, après les évê-

place entre les bénéfices, si les dignités et les ques, dix-huit prêtres et archimandrites, un

ordres ecclésiasti(|ues ne pouvaient leur être diacre archimandrite, un moine archiman-

accordés. Mais cette profession toute sainte drite. Cette alVaire ayant été portée au second

n'eut pas plutôt éclairé la terre de ses rayons, concile d'Ephèse (Ibidem), les religieux d"Eu-

que les évèques les plus zélés pour la pureté tychès écrivirent à ce concile pour la justifica-

de la discipline de l'Eglise n'eurent point de tion d'Eutychès; la lettre est souscrite par un

plus forte passion que celle de faire cette al- prêtre, dix diacres, trois sous-diacres et plu-

liance si avantageuse de la sainteté monastique sieurs autres religieux,

avec les saints ordres. A la session iv du concile de Calcédoine, on IL Le pape Sirice témoigna ce désir ardent fit aussi comparaître dix-huit iirètres et arcbipar ces paroles : « Monachos quoque, quos ta. mandrites. On y lut aussi une lettre écrite h men morum gravitas, et vitœ ac fidei institu- l'empereur Marcien par plusieurs arcbimantio sancla commendat, clericorum officiis ad- drites suivis d'un grand nombre de clercs : gregari, et optamus et volumus (Ep. i, c. 3). » « A minimis archimandritis, et ab omnibus Il est vrai que ce pape ne faisait nulle grâce comitibus suis in Christo, et reliquis clericis, des interstices à ces saints religieux : mais les et monachis et laicis. » Saint. Epipliane nomme autres papes ne furent pas si rigoureux, comme les moines après les évèques, avant les prenons l'avons prouvé ailleurs par une lettre du très, en parlant du schisme de Mélèce (Epiph., pape Gélase (Celas., ep. ix). ba>r. lxviii).

Aussi saint Dalmace, prêtre et arcbiman- 111. Dansions ces exemples les moines faidrite de Constantinople, qui avait passé qua- saient un corps distingué du clergé et des laïraute-liuit ans sans sortir de son monastère, ques, toujours préféré aux laïques, queUjuefois parut à la tête de tout le clergé de Constanli- mêlé avec le clergé : les archimandrites ou nople , et écrivit en cette qualité au concile abbés étaient prescjue toujours prêtres ; il y œcuménique d'Epbèse quand il fallut se dé- avait dans un seul monastère un nombre conclarer pour la défense de saint Cyrille contre sidérable de prêtres, de diacres et de sous- Nestorius et Jean d'Antiocbe (Concil. Epbes., diacres, sans qu'il soit parlé d'es ordres infé- Epist. Catbolic). rieurs, auxquels la longue pénitence et la vie

Dans le concile de Constantinople, où saint religieuse pouvaient peut-être suppléer en un Abundius, évêque de Côme, et les autres en- temps où on ne les donnait pas toujours tous voyés du pape Léon reçurent la confession de à la même personne, foi des évèques et des religieux, les arcbi- IV, En voici un exemple qui pourra servir

Th. — Tome II. 33

rAG DES CONGRÉGATIONS. — CIIAIMTKI-: TREIZIÈME.

de preuve. Saint Pacôme, ce père de tant de tisfait d'avoir obtenu ce qu'il avait passionnésolitaire?, voyant un villaj^e voisin désolé, où nient désiré, se rt-oonnul, et -vint remercier le les laboureurs étaient entitreinent privés de saint, en lui témoignant qu'il était redevable la lecture des Ecritures et des divins mystères, de son salut à son extrême douceur, qui l'avait persuada à l'évèque d'y bâtir une église, et, délivré d'une tentation à laquelle il eût sueen attendant qu'on y ordonnât des clercs, il combé.

y allait lui-même avec ses religieux le samedi VI. Cassien représente en quelque endroit

et le dimancbe, et il y lisait les divines Ecri- les artiticieux déguisements dont le démon se

tures. sert |)oiu* taire désirer aux religieux les digni-

« Cum necdum essent ordinati clerici, ([ui tés et les fonctions ecclésiasti(iues. « Nonnun-

solenmia pk'bi peragerent, ipse ad lioram con- quani vero clericatus gradum, et desiderium

ventus ecclesise cum nionacbis occurrebat, sa- presbyterii vel diaconatus immittitfbeCœnob.

lutiferas plebi paginas relegens, quia nondum Instit., 1. u, c. 14, ITi). » C'était le diaconat

ibidem leetores liierant constituti, nec alii cle- seulement , ou la prêtrise, qu'un religieux

rici, qui ministeria sacra celebrarent. Quamdiu pouvait ambitionner; car nous avons vu (|ue,

ergopresbyleretreliquusordoclericorum abe- sans être ordonnés, ils faisaient quebjuefois

rat, Pacomius veniebat, et sic alacritcr ac in- les fonctions des moindres ordres ; aussi parle-

verecunde lectoris implebat olTicium (Vita S. t-il ensuite de l'un de ces solitaires, séduit

Pacom., apud Rosveid., c. xxvi). » par le démon de l'orgueil, cpii fut surpris dans

Saint Pacome faisait donc l'office de lecteur, sa cellule lorsqu'il s'exerçait tout seul, et qu'il

quoicju'il n'en eût pas reçu l'ordre; et Dieu contrefaisait le sacré ministère du prêtre et du

donna tant de bénédictions à son zele, que plu- diacre à l'autel.

sieurs païens se convertirent, « Unde plures Ces exemples font voir que les solitaires ne

institutione ejus, ab errore conversi facti sunt croyaient nullement que leur état fût incom-

Christiani. » patible avec la prêtrise, quoique leur humilité

V. Ce saint homme ne souffrit point que les les dût éloigner de la pensée de ces hautes

religieux s'ingérassent dans les fonctions du dignités.

sacerdoce : il faisait venir des villages voisins VII. Ee même Cassien (Collât, m, c. 1) fait

des prêtres pour célébrer les divins mystères ailleurs l'éloge du saint abbé Paphnuce, qui

aux jours solennels, et pour donner la sainte avait vécu dans la solitude depuis son enfance

communion aux frères; s'il s'en rencontrait jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, y exerçant

néanmoins quelques-uns d'entre eux qui eus- le divin ministère de la prêtrise, et y avait

sent auparavant été ordonnés prêtres, il s'en élevé au diaconat un admirable religieux,

servait volontiers pour exercer ces divines nonmié Daniel, ayant plus d'égard cà sa vertu

fonctions ; mais il ne jugeait pas qu'un reli- qu'à son âge. Il voulut le faire aussi son suc-

gieux pût désirer les premiers rangs d'hon- cesseur dans les fonctions de la prêtrise, et il

neur, ou les saints ordres, sans une ambition le fit ordonner de son vivant. Dieu en disposa

criminelle. « Cogitatio feralis ambitus, si in autrement, et Daniel mourut avant Paphnuce,

mentes irrepserit monachorum, ut vel primi sans avoir exercé la prêtrise, parce (pie son

cupiant esse vel clerici (Cap. xxiv, ibid.). » Ce humilité l'emporta sur son mérite; et quoi-

directeur incomparable fit néanmoins paraître qu'il fût prêtre, il se contenta de servir de dia-

sa sagesse toute divine dans une rencontre cre à Paphnuce.

mémorable (Cap.xv,ibid.j.» « Optans sibimet successorem dignissimum

En religieux prêtre et père de plusieurs reli- providere : superstes eum presbyterii honore

gieux, importuné par les instances pressantes provexit. Qui tamen prioris humilitatisconsue-

de l'un d'eux, qui souhaitait avec une passion tudinem non omittens, nihil unquam sibi illo

démesurée d'être élevé à la dignité des clercs, prœsente , de sublimions ordinis adjectione

vint consulter saint Pacôme. Ce saint fut d'à- donavit : sed semper abbate Paphnucio spiri-

vis d'accorder à ce religieux indiscret la dignité taies hostias offerente, hic velut diaconus, in

dont il était indigne, et gagner par cette sage prioris ministerii permansit officio (Collât, iv,

condescendance celui qu'un refus, quoique cl).»

très -juste, porterait au désespoir. Ea chose II y avait donc des églises, dans ces affreuses

réussit comme il l'avait jugé. Ce religieux sa- solitudes, où les moines s'assemblaient et y

AL! lAXCE ME L'ÉTAT MONASTIQl'E, etc. 547

avaient des pnMres et des diacres de leurs ([u'au contraire il est très-véritable que les

corps. Cela parait encore par ce (pie le même meilleurs religieux ne sont |»as jjropres a l'état

Cassien raconte ailleurs, ([ne Théophile, arche- ecclésiasti(ine, si leur piété n'est soutenue de

vô(iue d'Alexandrie, leur ayant envoyé des la science, et si leur conduite passée aussi bien

lettres circulaires où, selon la coutume, il leur que leur vie présente n'est irréprochable,

annonçait en (|uel jour on célébrait la fcte de « Nimis dolendum. si ad lam ruinosam su-

Pàques, et où, par occasion, il invectivait contre perbiam monaihus surrij:amus, et tam gravi

l'erreur des Anthro|)omor|ihitLS, ces solitaires, contumeliaclerico^dignos put» inusjn<|iioru!n

plus vertueux (jue savants, en furent si scan- numéro sunuis : cum ali(|uando etiam bonus

dalisés, (piils se résolurent de refuser leur monachus vix bonum clericum faciat, si adsit

conmiunion à Théophile; et les plus habiles ci snfficiens continentia, et tamen desit iu-

d'entre eux crurent user de beaucoup de mo- struclio necessaria, aut personie regularis inte-

dération s'ils se contentaient de ne pas soullVir grilas. »

la lecture de ces lettres. L\. 11 faut, en passant, remarquer deux

De quatre églises et de tous les prêtres qui choses dans cet endroit de saint Augustin: la

étaient dans la solitude de Scélé, il n'y eut que première, qu'il se met lui-même au nombre

Paphnuce, qui en gouvernait une, dont la sim- l'ts clercs, et nullement en celui des moines,

plicilé éclairée souscrivit à la doctrine de l'ar- ce (|ui justifie ce que nous avons dit sur ce

chevêque Théophile. sujet; la seconde est que, quel(|ue grande que

Cassien raconte tout cela comme en ayant puisse être la piété présente d'un religieux,

été le témoin oculaire : « Denique et ab lus elle ne suffit pas jwur ellacer les irrégularités

qui erant ineremo Scythicommorantesqniqne *|u'il pourrait avoir contractées avant sa con-

perfectione ac scientia, omnibus qui erant in version, et pour le rendre capable des saints

yEgypti monasteriis, pra>eminebant, ita est Iutc ordres.

epistola refulata, ut pueter abbatem Pai)linu- (^est ce que saint Augustin entend par ces

tium, nostra> congregalionis presbylerum, paroles :« Si desit personai regularis integri-

nuUus eam cœteroriim i)resl)yttrorum, qui in tas. » Ainsi, ce Père déclare qu'un saint reli-

eadem eremoaliis tribus ecclesiis pra^sidebantj gieux peut être irrégulier pour les ordres en

nec legi quidem aut recitari in suis conven- deux manières : ou par le défaut de science,

tibus prorsus admitlerent [Collât, x, c. îî). » « si desit instructio necessaria, » ou par quelque

VIII. Saint Augustin ne put souffrir sans une crime commis après le baplême.

extrême douleur (ju'Aurele , archevêtiue de Ajoutons cette troisième remarque, que les

Cartilage, admît aux ordres ceux (jui s'étaient moines déserteurs étaient dès lors condamnés

enfuis des monastères; mais il témoigna assez, par les docteurs de l'Eglise, comme ayant re-

dans la lettre qu'il lui en écrivit, qu'autant nonce cà l'espérance de leur salut. Car Aurèle

il avait de ressentiment qu'on fît entrer dans n'avait admis ces moines fugitifs à la cléri-

le clergé ceux qui n'avaient pas eu assez cature que dans la créance qu'il avait que saint

de vertu pour persévérer dans les monastères, Augustin, leur évêque, avait agréé leur des-

autant il aurait de joie d'y voir appeler ceux sein; et saint Augustin proteste qu'étant sortis

qu'une vertu longtemps éprouvée dans les du cloître contre ses ordres, ils ne peuvent

exercices de la pénitence en aurait rendus passer que pour des infâmes apostats,

dignes. « Desertores monasteriorum, etc. Sed de

« Non est ista via danda servis Dei, ut se fa- istis credo arbitrata sit beatitudo tua, quod no-

cilius putent eligi ad aliquid melius, si facti stra voluntate, ut suis potins conregionalibus

fuerint détériores. Et ipsis enim facilis lapsus, utiles essent, de monasterio recessissent. Sed

et ordini clericorum fit indignissima injuria, falsum est, sponte abierunt, sj)onte deserue-

si desertores monasteriorum ad militiam de- runt, nobis quantum potuimus, pro eorum

ricatuseligantur; cum ex iisqui in monasterio sainte retinentibus. »

permanent, non tamen nisi probaliores atque X. Saint Augustin assure, dans la même

meliores in clerum assumere soleamus (Epist. lettre, que les évêques d'Afrique avaient ré"lé

Lxxvi). B cette affaire en son temjJS : « Antequam de bac

Il ajoute (jne tant s'en faut que d'un mauvais re aliquid in concilio statueremus. » Ce fut, à

religieux on puisse faire un bon ecclésiastique, mon avis, le concile V de Carthage (Can. xiu)

518 DES œNCRÉCATIONS. — CHAPITRE TREIZIÈME.

qui fit ce rèpleniont : « Si quis de alterius mo- fut ordonné prêtre, et comme son extrême liu-

nasterio rcpertum, vel ad clericatiim promo- mililé, (jui le rendait si di^^ne de ce divin mi-

vere voluerit, vel in suo monasterio majorem nistère, l'empêchant d'en faire l'exercice, son

monaslerii constituere; episcopiis (jui hoc fe- frère !\iulini('n fut ordonné jjrêtre par saint

cerit, a ca^terornm connnunione sejunclus, Epiphanc dans son monastère de Bethléem,

sua) tantum plebis communione conlentus Nous avons aussi rajiporté les paroles admi-

sit. » ral)!es de saint Ambroise sur l'alliance et la

Ce canon et l'occurrence pour laquelle il fut réunion qu'Eusi'be, évêcjue de Verceil, avait

fait montrent combien les évêques d'Africiue faite de la dignité de l'état ecclésiastique avec

étaient passionnés pour rencontrer entre les la sainteté de la vie relijxieuse, c'est-à-dire de

moines des personnes dignes des fonctions sa- ce qu'il y a de plus grand avec ce qu'il y a de

cerdotales, et combien ils étaient jaloux que plus saint dans l'Eglise, ceux qui avaient été -formés dans leurs monas- Nous avons aussi touché la lettre de saint

tères ne leur fussent pas enlevés par les autres Athanase à Dracontius, où il l'exhorte de ne

évoques. Car ce statut fait manifestement con- pas préférer son repos et son intérêt particulier

naître que les moines d'un diocèse étaient aussi à l'avantage public de l'Eglise, qui l'appelait

bien attachés à leur évêque propre que les du cloître à l'épiscopat, et il lui propose un

clercs ; d'où il s'ensuivait que les autres évêques nombre fort grand de saints évêques qui, ayant

ne pouvaient les employer sans une usurpation passé leurs premières années dans la religion,

criminelle. avaient enfin couronné toutes leurs vertus par

XI. Mais saint Augustin n'a jamais mieux fait la charité et la sollicitude é|)iscopale. Nous connaître ses sentiments sur ce sujet que dans avons montré que les monastères de Saintsa lettre à Eudoxius, prêtre et abbé du monas- Basile, dans l'Orient, aussi bien que ceux de tère de rîle Caprarie (Epist. lxxxi). U lui fait Sainl-Martin, à Tours, et de Saint-Ilonoré, à voir que les clercs et les moines sont les mem- Lérins, en France, avaient été comme des sébres d'un même corps, qui partagent tellement minaires où s'étaient formés les plus saints le repos et le travail entre eux, que l'avantage évê(iues de l'Eglise.

qui revient de l'un et de l'autre leur est com- Pallade, dans la vie de saint Chrysostome,

mun à tous; au reste, que les religieux doivent parle du célèbre Isaac, prêtre et abbé de cent

autant s'éloigner de l'ambition qui fait recher- cinquante moines^ dont Théophile en avait

cher l'éclat et la dignité des saints ordres, que choisi sept ou huit pour les faire évoques (Pal-

de la paresse qui en fait refuser le travail, lad., c. xv). Un autre en avait deux cents, dont

lorsque l'Eglise les y ai)pelle, elle qui a le droit plusieurs furent aussi ordonnés évêques. Si

de leur connuander. ces saints religieux étaient estimés dignes de

« Unum corpus sub uno capite sumus, ut et l'épiscopat et s'ils y étaient si souvent appelés,

vos in nobis negotiosi, et nos in vobis otiosi on ne peut douter qu'on ne les honorât encore

sumus. Exhortarnur in Domino, ut propositum plus souvent de la prêtrise et du diaconat. Je

vestrum custodiatis, et usque in finem perse- ne dis rien des autres ordres, pour la raison

veretis. Ac si qua operam vestram Ecclesia que j'ai touchée et que saint Jérôme vient de

mater desideraverit, nec elatione avida susci- confirmer, piatis, nec blandiente desidia respualis. » Xill. Sous l'eminre d'Arcade, Rufin bâtit un

XII. Saint Jérôme dit que, lorsque sainte palais magnifi([ue aux faubourgs de Calcédoine: Paule visitait les déserts arides et infructueux, on l'appela le Chesne ou la Chesnaye. 11 y fit mais très-fertiles en plantes célestes, une mul- construire, avec une somptuosité qui répondait titude infinie de moines alla au-devant d'elle à ses grandes richesses, un superbe temple en par honneur, entre lesquels il y en avait un l'honneur des ajwtres saint Pierre et saint grand nombre dont le diaconat et la prêtrise Paul, avec un monastère dont les moines derehaussaient réminente vertu : « Occurrente vaient composer le clergé de cette église : sibi sancto et venerabili episcopo Isidore con- « Monachos etiam in vicino coUocavit, qui clefessore, et turbis innumerabilibus monacho- rum ecclesiœ supplerent, ol t^? kxXYKJÎaç rbv xXTîpov rum, ex quibus multos sacerdotalis et leviticus èTCAripwv (Sozom., lib. vni, c. 17). » sublimabat gradus (In Epitaphio Paul.). » XIV. Ainsi, les moines passèrent des déserts

Nous avons dit ailleurs comme saint Jérôme à la ville pour y sanctifier les autres par leur

ALLIANCE DE L'ÉTAT MONASTIQUE, etc. 549

exemple, eii\ (jui avaient auparavant (jiiilté la civitatem , similein reddifam de cœlo. » Us

ville i)our se sanctitier dans les déserts par de parlèrent aux j libres avec une fermeté si ^'éné-

continuels exereices de prières et d'austérités, reuse et avec une charité si en^Mj^eante, (|u'ils

En ellèt , il était bien juste qu'après avoir les désarmèrent ( Homil. xvii , ad l'opul.

amassé dans la solitude les précieux trésors de Antic).

la sainteté, leur charité les portât à venir ré- Ce même saint avait jugé ailleurs que les

pandre dans la ville ces mêmes trésors, et à les monastères ne devaient pas être tort éloiLMiés

conuuunicjuer à leurs frères. des villes, pour n'être pas aussi tro|) éloij^nés ■

Saint Jérôme avait écrit à Paulin, en lui tra- des commodités de la vie dont ils ne peuvent

çant les règles de la vie rehgieuse, que, s'il se passer : « Ut ii loci neque ita multum ab

aspirait à l'état ecclésiasticjue, il devait faire hominum conspectu remoti, solitudiuis tamen

son séjour dans les villes, afm de faire son sa- otium , quietemque habeant (De Sacerdoc,

lut en travaillant à celui de ses frères; mais 1. vi, c. (i. »

que, s'il se voulait consacrer à la profession Saint Augustin plaça son premier monastère

monastique, ce nom seul devait lui inspirer dans l'enceinte de l'église, comme dit Possi-

l'amour de la solitude, comme il lui en impo- dius, ou, comme il l'explique lui-même, dans

sait l'obligation : « Si oftieium vis exercere les jardins de l'évêché (Conf.. 1. vin, c. 0). Il

presbyterijSi episcopatus te vel opus, vel honos dit que saint Ambroise avait un monastère à

forte détectât, vive in nrbibus, et castellis, et Milan, hors les nmrs de la ville, « extra urbis

aliorum salutem fac lucrum anima^ tua:». Sin mœnia. » U assure ailleurs qu'il y avait des

autem cupis esse (juod diceris, monachus, id monastères à Carthage : « Cum apud Cartha-

est, solus, quid facis in urbibus, quîc utique ginem mouasteria esse cœpissent (L. i Retract.,

non sunt solorum habitacula, sed multorum c. :2I). »

(De institutione Monachi ad Paulinum). » XVI. L'auteur de la vie de saint Grégoire de

11 dit la même chose dans sa lettre (id Riisti- Nazianze nous apprend que le père de ce divin

cwn inonachwn de virendi forma. Et, écrivant théologien, étant évêque de Nazianze et s'étant

à Héliodore : «Clerici in suis urbibus commo- laissé surprendre par les artificieux déguise-

rantur. » Et à Marcelle : «Tantam frequentiam ments des hérétiques, il se souilla de leur

hominum saltem invilum videre, a proposito communion et souscrivit à leur doctrine. Tous

monachorum et quiète aliéna sunt. » Et dans les moines du pays se séparèrent aussitôt de

l'épitaphe de Fabiole : « Peragrabat insulas et sa communion, et une grande partie du peuple

reconditos curvorum littorum sinus, in quibus suivit leur exemple. Alors le llls vint au se-

monachorum consistunt chori. » cours du père, le porta à reconnaître sa faute

Voilà sans doute linstitution primitive et la et à en demander pardon; et, après lui avoir

règle générale des solitaires. Mais la loi de la fait faire une confession sincère de la foi ca-

charité est la souveraine dispensatrice de toutes tholique, il le réconcilia avec l€s moines et

les autres lois, et c'est elle qui contraignit les avec le peuple.

évoques d'appeler les solitaires dans les villes, Cet exemple fait voir, aussi bien que celui de

de les engager dans les fonctions et dans les Dalmace dont nous avons [tarlé, l'intérêt que

dignités ecclésiastitjues, et de les obhger, par les religieux prenaient aux affaires de l'Eghse,

ce moyen, à rê|)andre sur tous les fidèles ces leur crédit et leurs services importants dans

trésors spirituels dont ils s'étaient enrichis des rencontres périlleuses,

dans la solitude. Théodorét (L. iv, c. xxiv, xxv) a décrit les

XV. Saint Chrysoslome nous apprend que ce illustres combats du célèbre solitaire Aphraates

fut une occasion extraordinaire qui fit descen- et de plusieurs autres qui quittèrent la solitude

dre ces saints religieux de leurs montagnes pour venir s'o|)poser à la persécution des Ariens

dans la ville d'Antioche, pour la délivrer de soutenus de l'autorité de l'empereur Valeus. Il

l'épouvante extrême où elle était des juges et ajoute (jne saint Antoine leur en avait donné

des magistrats, qui y avaient établi un tribunal l'exemple au temps de Constance, venant lui-

elTroyable contre une nuillitude de crimuicls. même à Alexandrie pour soutt-nir la foi et la

Ces saints parurent comme des anges accourus jiersonne d'Athanase contre les Ariens. « Reh-

du ciel : « Undit^ue confluxerunt, velut angeli cta soliludine totam illam circuibat urbem

quidam de cœlo profecti; erat cernere tune qua omnes doceret,tum Athauasium prœco-

550 DKS CONGRÉGATIONS. — CHAI'ITKK THKI/IKMK.

iK\u veritatis, tiini Aiianos veritalis hoslesesse lapsu (De vita Erein.)- » H parle do la seconde

(Tlicotlor. Lect., 1. i). » en écrivant au moine Kusliijue : « Cuni ad

Daniel Slylile ne témoigna pas moins de i)erfectam cctatem veneris, et te vel j)Opnlus,

vigueur cjuaiid il descendit de sa colonne pour vel poiitilex civitatis in clerum elegerit, agito

s'opposer aux violentes attacjues que le tyran qua' clerici sunt, et inter ipsos sectare nielio-

Basilisc donnait à la foi orthodoxe, en con- res, quia in oinni conditione et gradu, optimis

damnant le concile de Calcédoine. Les moines mixta sunt pessima. »

mêlés parmi le peuple donnèrent la terreur à II est aisé d'appliquer cette distinction à tous

l'impie Anastase, lorsqu'il persécutait l'Eglise les autres exemples qui sont rapportés dans ce

avec le plus de fui'eur (L. u;. Evagrius rapporte cliai>itre, et de se détromjjer d'une ojMnion

les lettres (juc l'empereur Léon écrivit a tous aussi fausse (lu'elle est comnuine, que lordi-

les métropolitains et à tous les célèbres soli- nation émancipait pour ainsi dire de la profes-

taires, Siméon Stylite, Baradat, Jacques, pour sion monasti(iue.

avoir d'eux une nouvelle confirmation de la foi XIX. Pour une conviction encore plus grande

du concile de Calcédoine (Evag., 1. n, c. 9). de la vérité que nous avançons, on peut allé-

Le même historien avait raconté plus haut guer l'exemple de trois excellents religieux,

(L. 1, c. 13j, comment Siméon Stylite, par l'ar- Barses, Euloge et Lazare, qui furent ordonnés

deur et l'intrépidité de son zèle, avait obligé évêques, non pas pour aller gouverner un dio-

l'empereur Théodose de révoquer les ordres cèse, mais i>our faire voir en leurs personnes

qu'il avait donnés pour faire rebâtir les syna- une éminente vertu couronnée de la plusécla-

gogues des Juifs. tante de toutes les dignités. « Creabuntnr epi-

XVII. Toutes ces occurrences singulières scopi non urbis alicnjus, sed honoris causa, n'empêchent pas que saint Jcrome n'ait dit en qui veluti vitie pie anteaclae compensatio in général que l'office des moines n'est pas d'en- propriis monasteriis iliis deferebanlur. » C'est seigner les peuples , mais de pleurer leurs ce qu'eu dit Sozomène (L. vi, c. 34).

péchés : « Monachum se esse, non loquendo et Ceux qui défèrent avec peine à ce récit de

discursando, sed tacendo et sedendo noverit. Sozomène auront plus de créance pour le pape

Monachus non doctoris, sed plangenfis habet Innocent 1", qui oblige à l'observance de la

officium ; qui vel se , vel mundum lugent règle monastique et surtout de la continence,

(Apolog. ad Domnion.,advers. Vigilant.).» Cela les moines qui passaient du cloître à la cléri-

s'entend quand l'Eglise ne les appelle point à cature. « De monachis qui diu morantes in

des emplois ecclésiastiques. monasteriis, si postea ad clericatus ordinem

XVIII. Remarquons en passant que la pro- pervenerint, non debere eos a priore proposito motion des moines à la cléiicature se faisait de deviare, etc. Quod diu servavit , in meliori deux façons : h la demande du monastère, ou gradu positus, amittere non débet (Epist. ii, selon le besoin des évêques; en les laissant dans c. 10). »

le monastère ou en les en retirant et les atta- Quant à l'histoire que rapporte Sozomène,

chant à une église cathédrale ou paroissiale, on pourrait y ajouter celles que nous avons

La première de ces promotions les laissait dans citées ailleurs de Théodoret , touchant ces

le même engagement aux fonctions monas- saints solitaires que des évêcjues ordonnèrent

tiques oii ils étaient auparavant; la seconde prêtres, sans espérance qu'ils eu fissent jamais

les asservissait uniquement aux fonctions du les fonctions. Théodoret parle de Barses, évê-

sacerdoce. que d'Edesse. Saint Basile lui écrivit deux

Saint Jérôme parle de la première, quand il lettres (L. iv, c. 15, ep. cccxxvi, cccxxvii) ,

écrit à Héliodore : « Quod si te ([uoque ad ordi- mais ou n'a nulle preuve que ce soit celui dont

nem clericorum pia fratrum blandimenta sol- parle Sozomène. licitant, gaudebo de ascensu, sed timebo de

ALLIANCE DE L'ÉTAT ECCLÉSLVSTIQUE, etc.

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