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XVI. Multitudes des moines dans lès conciles généraux

XVII. Ce furent les religieux qui travaillèrent le plus à la conversion des inlidèles.

L A cause de l'étroite alliance qui a toujours été entre la i)rofession ecclésiastique et la religieuse, Cliarlemagne l'ait conjointement ressouvenir les uns et les autres de leur |)rofession et de leur vœu. « Ut clerici et monacbi in suo proposito, et voto quod l)eo |)roniiserunt, permaneant ( Capitular. Aquisg. , an. 780, c. xxvi). »

11 avait en vue le concile de Calcédoine (Concil. Calced., c, vu), qui interdit également aux uns et aux autres la milice et toutes les digni-

tés séculières. Constituimus nequead militiam neque ad dignitatem siccularem venire. »

II. Ce prince renouvela encore le décret d'Innocent 1", qui commande aux moines, lorsqu'ils seront a[)pelés aux dignités saintes de la cléricature, de ne rien retrancher des austérités et des saints exercices de la profession monastique. « Item in decretis Innocentii papœ de eadem re, ut monachus si ad clericatum proveliatur, propositum monachicœ professionis non amittat (Ibid., c. xvii).»

m. Le concile de Francfort (Can. vi) donne rang aux moines entre les clercs, ordonnant à l'évéque de recourir à son métropolitain, et ensuite au roi s'il s'aperçoit que son autorité ne soit pas assez respectée par ses sujets. « Si non obedierit aliqua persona episcopo suo de abbatibus, presbyteris, diaconibus, subdiaconibus, monacliis, et cœteris clericis. »

Les moines sont mis dans le même corps du clergé dans un canon suivant (Can. xix), qui leur défend également l'entrée des tavernes. « Ut presbyteri, diaconi, monacbi, et clerici tabernas ad bibendum non ingrediantur. »

Les abbés conuuencèrent à être plus ordinairement élevés au sacerdoce. La règle de saint Ilenoît ne supposait pas que Uabbé fût toujours prêtre (piand elle ordonnait, que si un l)rétre était reçu dans la religion, il naurait rang qu'a|)iès l'abbé. « Concedatur ei post abbalem stare et benedicere (Can. lx). »

Le concile d'Aix-la-Cha|)elle, tenu en 817 (Can. LXii), voulut que l'abbé, le prévôt et le doyen donnassent la bénédiction au lecteur,

5GC DES COXCUÉGATIONS. — CUAIMTIIE IHX-SKPTIKME.

tinoiqu'ils ne fusseiil \r>\s pnHres. «Abhas, jure poteslatis presbvtori piiodicli liliili (Anast.

pra-pusilns, vcl decamis, ([uaiiivis presbytori lîibliot.i. »

non sinl , lectoribus bcncilictionciii tri- Dans rt'i^lise incine ilcSaint-Pieiic les offices

buant. » étaicnf cétébrés par une senil)lable coiif-réga-

* Ec concile romain, sous le pape Eugène 1", tion de moines, et les messes étaient solennel-

eii 827 (Can. xxvn), ordonna que les abbés lement chantées par les prêtres et le clergé,

seraient prêtres, afin de pouvoir plus efficace- « Ut in oratorio nomini eoruni dicato in Ira

ment corriger et expier les fautes de leurs infé- ecclcsiam beati Pétri a|)ostoli, sub arcu princi-

rinurs. « Sacerdolalem cpioque honorem sint j)ali, a monacliis \igili;e celebrarenlur , et a

adepli , ut peccantium sibi subjectorum fra- presbyteris hebdomadariis missarum solem-

trum valeant omnimodis refrenare et ampu- nia. »

tare connuissa. » Etienne IV, avant que d'être pape, avait

Le grand nombre d'exemples contraires ([ui été admis dans l'église de Saint-Cbrysogone et

se trouvent dans l'histoire , (;pt une preuve dans sa congrégation mêlée de luoines et de

constante ((ue ce canon fut mal observé. clercs. « Ulicque clcricus atque monachus est

Le concile Vil œcuméni(iue permit à l'abbé efFectus. »

de conférer la tonsure cléricale et l'ordre de Adrien I" renouvela l'ancienne coutume qui

lecteur aux religieux de son obéissance, s'il s'était un peu relâchée, que deux congréga-

élait prêtre et s'il avait lui-même été béni par lions différentes de moines vinssent chanter

révê(iue. On voit dans cette concession une les offices divins dans Saint-Jean-de-Latran :

preuve évidente que tous les abbés n'étaient « Officia celebrarent, hoc est, matutinam ho-

pas prêtres, mais (jne itlusieurs d'entr'eux ram, primam, tertiam, sextam, sed et nonam,

l'étaient. Rathérius, évêque de Vérone, défen- etiam et vespertinam. »

dit à ses curés, dans l'instruction synodale qu'il V. On confia même le gouvernement des

leur fit, de faire des clercs sans sa permission, cures aux religieux, comme il paraît par le

« Clericuni nemo vestrum sine licentia faciat concile de Mayence (An. 847), sous l'arche-

nostra. » vêque Raban. « Nullus monachorum aliquid

Nous avons dit ailleurs que les conciles de proprietatis habeat; et res sœculares, quibus

Cartilage permettaient aux curés de faire des renuntiavit, nullatenus sibi usurpet; nec paro-

chantres , et déclaraient que les chantres chias ecclesiarum accipereprœsumat, sinecon-

avaient place entre les clercs. Ainsi, ce concile sensu episcopi. De ii)sis vero titulis in quibus

aurait accordé aux abbés prêtres ce que d'au- constituti fuerint, rationem episcopo vel ejus

très conciles avaient permis aux curés. vicario reddant, et convocati ad synodum ve-

Agobard met les abbés au noiubre des pas- niant. »

leurs qui ont l'intendance spirituelle des âmes. Toutes ces précautions d'assister au synode

Ainsi la bienséance semble demander qu'ils de l'évêque, de lui rendre compte ou à ses

soient prêtres. «In nomi ne pastorum et recto- grands-vicaires, de l'administration de leur

rum intelligantur abbates et pnrpositi atque cure, et de ne s'y point ingérer s'ils ne sont

presbyteri (De modo Reg. Eccl.). Ce sont là les appelés par l'évêqne, monlrent bien que le

pasteurs subalternes sous l'évêciue, les abbés nombre de ces moines chargés de la conduite

pour les moines, les prévôts pour les chanoines des paroisses était considérable,

et les curés pour le reste des fidèles. VI. Ledrad, archevêcjue de Lyon, écrivant à

IV. Grégoire III fonda des monastères près l'empereur Charles, lui raconte comment il a

des églises de Saint-Chrysogone et de Saint- réparé l'abbaye de l'île Barbe, dans la Saône, et

Jean-de-Latran à Rome, pour chanter les divins y a donné une congrégation de quatre-vingt-dix

offices du jour et de la nuit dans ces églises, moines, un abbé digne de succéder à tant

de la même manière qu'on les célébrait dans d'illustres abbés qui avaient régi ce monastère,

Saint-Pierre, sans dépendre du curé ou du qu'il lui a accordé la même puissance de lier

recteur. « Constitueus ibidem abbatem et mo- et de délier (jue ses prédécesseurs avaient

nacliorum congregationem ad persolvendas obtenue des anciens archevê(|ues et lui a

Deo laudes in eodem titulo, diurnis atque no- encore confirmé l'ancienne prérogative dont

clurnis lemporibus, instar officiorum ecdesiœ les abbés précédents avaient joui, de gouver-

beati Pétri apostoli, segregatum videlicet a ner le diocèse de Lyon pendant l'absence des

ALLIANCE DE L'ÉTAT iMONASTIQUE AVEC LE CLElUiÉ. 507

urcliovr(|iiL'S , ou peiulant que l'Ej^lise était sance des clefs (|iie pour délier les moines du

veuve. même cou\enl, se donnaient la liberté d'éten-

« Ahbati tradidimus |)otestatem ligandi et dre ce même pouvoir sur les laïcjues, sur les

solvendi, uti liabuerunt priudecessoressui,cla- clercs et sur les religieuses. On n'accourait à

rissimi viri, ipii ipsum locum rexerunt. Quos eux que pour se soustraire à la longue sévéritt?

Euclierius, Lu|)us atcpie Cenesius c;eleri(iue des canons péiiitentiaux, dont les évè(iues et

episco|ti Lugdunenses, ubi ipsi deerant, aut les prêtres séculiers étaient mieux instruits, et

non polerant adesse , mittebanl cogniliu-os, plus jaloux de leur observance religieuse,

utrum catliolica tides reclecrederetur, nelraus Mais comme ce n'étaient que des défauts

Lan-elica pullularet. Quibus in tantum erat particuliers en général, on i)eut dire que les

commissa cura, ut si Ecclesia Lugdunensis religieux <lès lors soulageaient les évêcjues et

viduaretur |)roprio patrono, ipsi in cunctis les curés d'une jtartie des affaires (jui regar-

adessent rcctores et consolatores, ([uousquc daient le tribunal de la iiénitence. En ellel, le

Ecclesia a Domino dignissinio illustrarelur saint abbé Ail ne parut-il pas plus exact et

pastore (Agobardi opéra). » plus sévère que les évêques , lorsque la prin-

VII. Quant au pouvoir de confesser et d'ab- cesse de Capoue l'ayant appelé à elle pour se

soudre, le concile VI, tenu à Paris en 8-2«.), en confesser d'avoir fait tuer i)ar ses enfants un

condanmant la passion démesurée qu'on avait comte qui était leur parent, mais dont la |)uis-

de se confesser aux religieux plutôt qu'aux sauce leur doimait de la jalousie , il répondit

évêques, (ju'aux curés ou aux autres prêtres d'abord ({u'elle se devait adresser aux évêques

séculiers, nous apprend (|ue les la'iques, les qui sont les seuls dépositaires des clefs du

religieuses et enfin les ecclésiastiques même ciel : « Ego peccator sum, nec habeo potesta-

avaient une même ardeur de n'avoir [)oint tem ligandi atcjue solvendi, vade ad episcopos

d'autres confesseurs que des moines. qui lia-c judicare possunt : et quodcumque

Ce concile (Can. xi.vm) se plaint avec justice, tibi dixerint illi , facito. » Elle répartit (jue

parce qu'il ne parle (jue des religieux dont le les évêques lui avaient ordonné de dire

pouvoir d'absoudre avait été limité par les trois t'ois la seiuaine le psautier, et de faire

évêques dans leur cloître, et deshmiues qui ne quelques aumônes : « Prœceperunt ut psalte-

préféraienl la direction des religieux que pour rium legerem ter in liebdomada, et eleemo-

éviter la sévérité des lois canoniciues de la [)é- synas facerem indigentibus (Apud Surium, die

nilence, dont les évêciues et les curés étaient 20 Sept., c. xv). » Ce saint lui représenta, que

plus sévères observateurs. cela ne suffisait pas, si pour satisfaire aux pa-

«NuUo modo qui|)|)e nobis convenire vide- rents de celui qu'elle avait fait mourir, il ne

tur, ut monacbus relicto monasterio suo, id- leur mettait entre les mains un de ses enfants,

circo monasteria sanctimonialium adeat, ut auteur de cet exécrable liomicide. Elle s'en

confitenlibus peccata sua modum pœnitentiœ excusa, et le saint lui prédit une longue suite

imponat. Nec etiam illud videtur nobis con- de calamités qui allait fondre sur sa tête,

gruuni, ut clerici et laici episcoporum et pre- H ne faut pas croire que ce saint abbé vou-

sbyterorum canonicorum judicia déclinantes, lut exposer le fils de cette princesse à la ven-

monasteria monacborum expetant. ut ibi mo- geance de ses ennemis ; il s'assurait ou de leur

nacliis sacerdotibus confessionem peccatorum générosité, ou de son crédit auprès d'eux; il

suorum faciant. Pra>serlini cum eisdem sacer- savait que le sacrement de pénitence avec ses

dotibusmonacbisid facere l'as non sit,exceptis suites a été quelquefois res|)ecté, comme un

liis duntaxat, qui sub monastico ordine secum asile encore plus vénérable que celui des tem-

in monasteriis degunt. lUis nanuiue peccalo- pies. Enfin, il se peut faire que ce fût un

rum confessio est facienda, a quibus subinde temps , ou un lieu où les homicides même

et modus pœnitenliiP, et consilium salutis ca- s'expiaient encore par des amendes pécu-

piatur : et a (juibus post tempora |)œnitentiœ niaires.

peracta, secun.lum canonicaui institutionem , Après tout, il faut avouer que les saints ont

si episcopusjusserit, reconciliatio mereatur. » quehiuefois des vues que les autres hommes

VllL Les justes plaintes de ce concile ne re- n'ont pas, et qu'il faut respecter leur conduite

gardent que ces deux abus inexcusables. Les re- et leurs résolutions dans des rencontres singu-

ligieux i)rêtres n'ayant reçu des c\ éques la puis- lières, où nous ue i)ourrions pas les imiter.

5U8 DES CONGIŒGATIONS. — CHAIMTIU: DIX-SKPTIÈME.

Voici un aiilre exemple d'une inflexible se- leur démission , (|ue Vixhhd Loup ne lui eût

vérité dans la personne de saint ilomuald , justifié jtar les canonscjue cela se |)<>uvail taire,

abbé etinstiluteur des Camaldules. 11 condamna (a; savant abbé commenea sa lettre par hiii)ro-

à la vie monastique le favori de Tempereur tester (|ue la chose n'avaitjamaisétéseukMuent

Otlion, nonuTié TJiamnus, pour y expier le par- mise en doute.

jure, dont il avait usé pour attirer le sénateur « Vestra prudentia relinqnendi suos eis titu-

romain Crescent entre les mains de l'empereur los copiam negavit facturam , ut liberius et

qui le fit mourir contre la foi (|u'il avait pro- districtiusinstitutioncml>.Henedictise(|uantur,

mise. « Quia Tliamnus et fraudis conscius, et nisi forte nostra parvitas auctoritalem vobis

perjurio tenebatnr obnoxius , idcirco a beato depromat, absque \itio posse fieri. Id tametsi

Homualdo justus est relinquere sœculum. » nunquam in controversiam vocalum,vel audie-

L'empereur n'en fut pas quitte pour per- rim, vel magistra lectione compererim, etc.

mettre à Thamnus d'obéir au saint: s'étant (Epist. xxix). »

lui-même confessé à saint Uomuald, il se sou- Il lui représente ensuite que J.-d. ayant conmit à la pénitence qui lui fut imposée, d'aller vie les laïques mêmes à la perfection des contes pieds nus de Rome à réglise de Saint-Mi- seils évangéliques, il n'était pas séant à un cliel sur le mont Gargan , de s'enfermer dans évêque d'en détourner les prêtres. « Ab eaigile monastère de Classe à Kavenne, durant tout tur perfectione quam Deus etiam laicis pro le carême, de s'y adonnera la psalmodie et au ])Osuit, absit ut summoveat sacerdotes. » Que jeune, de porter le cilice, et de coucher sur une c'est Dieu même (jui est l'auteur de la dissolunatte. Enlin , il promit à saint fîomuald de tion du mariage si»irituel du pasteur et de son quitter l'empire et de prendre l'habit de la Eglise, quand il l'appelle à un état de jdus religion dans un monastère. « Promisit beato grande vertu : qu'il n'y a presque point de mo- Romualdo, quod imperium relinciuens, mo- nastère où on ne voie quelque curé qui s'y nacliicumsusciperethabitum ; etcui innumeri est retiré, comme en un port assuré après les mortales erant obnoxii, jam i[)se paupcrculo orages du siècle : «Jam vero de presbyleris fratri cœpit esse subjectus (Surius, die l'J Junii, (|uiil dicam, cum nullum fere monachorum c. XXV, xxvi). » reperiatur monasterium , quo non aliciui

Si le relâchement de quelques moines atti- eorum, sœculi tumultus déclinantes, conces-

rait à eux quelques-uns de ceux qui aimaient serint. » Que l'archevêque de Sens Aldric s'é-

mieux qu'on flattât leurs plaies (lue de les gué- tait résolu à rentrer dans sa première retraite

rir ; la fermeté inexorable de plusieurs autres du monastère de Ferrières, d'où il avait été

semblables à saint Nil et à saint Komuald , tiré, et l'eût fait si la mort ne l'eût prévenu;

était un puissant attrait pour tous ceux qui ne enfin que la règle de Saint-Benoît, à qui saint

croyaient pas que le salut éternel leur pût (irégoire le Grand a donné de si grands et de

coûter trop cher, et qui attendaient desconseils si justes éloges, permet à l'abbé de recevoir

plus sincères, plus sévères et plus désintéressés des prêtres dans son monastère, ce qui est une

de ceux qui, renonçant à toutes lesillusions du mar(|ue certaine que cette conduite n'est point

siècle, s'étaient eux-mêmes consacrés à une contraire aux canons : «(]um bcatus Gregorius

rigoureure pénitence. regulam Patris lîenedicti approbat, eadem

IX. On sait assez que plusieurs |)aroisses avec autem régula sacerdotes cum officio susci-

leurs églises, ayant été assignées à des monas- piendos censet, etc. »

tères pour leur fondation et pour l'entretien des X. Quant à l'article des évêques qui passent

religieux, les prêtres de ces paroisses relevaient du cloître à l'épiscopat, le pape Nicolas, écri-

des abbés. Tel était celui dont Loup, abbé de vaut à l'archevêque de Sens Egilon, lui fait

Ferrières , écrivait à l'archevêque de Sens, bien connaître que le décret d'Innocent I, (jiie

« Hic presbyter ex ecclesia sancti Pétri et nostra, nous venons de citer, n'avait encore rien perdu

etc. (Epist. Lxxxii). » Nous parlerons ailleurs de sa vigueur, et qu'il devait joindre au plus

plus au long de cette matière. saint et au plus élevé ministère de TEglise

Tels étaient encore ces deux autres prêtres tontes les prati(iues saintes et les observances

ou curés, (jui se résolurent à embrasser la vie religieuses dont il avait fait auparavant pro-

monasti(|ue en quittant leurs Eglises ; l'arche- fession dans son monastère,

vêque de Sens Ganelon ne voulut point acce[)ter « Tuuni |)ra)terea, frater carissime, i)ropositum

ALLIANCE DE L'ÉTAT MONASTIULE AVEC LE CLElKiÉ. 50'J

observa, et ([iii clin in monasterio inoralus es, s'y enfja^ea qu'avec ce tempérainonl nrccs-

a |irislino vofo (.livcrterc noli. Quod eiiiiii diii sairc, eu tant (jifils ne seraient point inconi-

in huniili liabitu ciislodisti, prufccto indeccns palihlos avec Icj fonctions de répisco[)at.

est, in potiori posiliis diniiseris ordine, hoc Je ra[»iiorlt'rai aillcnrs la lettre dn pape In-

ipsum sancta quo(jne Scriptura, venerandisiine nocont 111, on il ilonne la même résolution de

dccretis pleniter edocentibus (Concil. (iall., ce cas et obli.ue ré\r(jue d'aller accomplir son

toni. lu, p. 373). » vœu de religion.

Charlemajine renouvela le mC'me décret Saint lîernard, évè(|ue dTIildesheim, se

d'Innocent dans ses capitnlaires : «Item in voyant près de finir la sainte et illustre carrière

dccretis Inuocentii pajue, ut monachus si ad de son épiscopat, voulut prendre Tliabit mo-

clericatum proveliatur, proposilum monacliicic nasti(|ue dans une chapelle, dans laquelle il se

professionis non amittat (Capitulare, 1. i, fit porter peu de temps après, pour quitter le

c. "21). » monde dans le même lieu où il y avait re-

XI. Saint Rembert, malgré toutes ses résis- nonce: «Tactus infirmitate ultima, cumadesse tances, ayant été élu archevè(iue de r.rème dès exitus sui horam scnsissct, in camdeni capelle jour de la mort de saint Anscliarius, son lam se ferri praîcepit, justum esse asserens, prédécesseur, il ne crut pas, après sa consé- ibidem vitœ terminum sorliri,ubi sa'culi abrecration même, être dispensé du vœu qu'il avait nuntiationis habitu se contigissct insigniri (Sufait d'entrer en religion aussitôt ai)rès le décès rius, die "20 Nov., c. xlui; 1 1 De gestis PontiL, de saint Anscharius, sous la discipline duquel Angl.). »

il avait été élevé. Les évèques mêmes qui l'a- (ùiillaume de Malmesbury raconte comment

valent consacré jugèrent qu'il devait accomplir Odon, évêque de \Vilton, en Angleterre, refusa

son vœu; il ne perdit pas un moment de temps autant qu'il lui fut possible l'archevêché de

et il alla faire profession dans le monastère de Cautorbéry, sur ce que l'on n'en avait encore

Corbie, en Allemagne, promettant à Dieu l'o- jamais élu qui ne fût moine : « Nullum enim

béissance, la conversion des mœurs et la sla- ad id tempus, nisi monachili schemate indu-

bilité, selon la règle de saint Benoît, autant tum, archiepiscopum scdisse. » Enfin, Odon

que ces saints exercices seraient compatibles fnt forcé par le roi et par les évê([ues d'accepter

avec les travaux et les occupations de l'épis- cette prélature; mais, sans perdre un moment,

copat. il passa la mer, vint faire la profession monas-

« Tenebatnr jam olim Rembertus volo ejus- tique à Fleury, et repassa en Angleterre pour modi obstrictus, ut post sancti Anscharii gouverner son archevêché : « Transito mari obitum, mox et propositum et habitum mo- apud Floriacum monachilia accepit , frugi nasticum amplecteretur. Quamobremcommu- homo et prudens, ut nec favorem civium rinicato cum pontificibus qui ipsum consecra- deret, nec priscam consueludiuem décolorant consilio, statim ut ordinatus fuit, ad novœ raret. »

Corbeiîc monasterium properans, illins profes- XII. Ces exemples font voir que tous ces

sionis habitum ex toto suscepit. Conversationis saints prélats étaient bien persuadés que l'épis-

auteni illius professicnem ila fecit. ut obedien- copat, qui est un état de la plus haute perfec-

tiam, et conversionem morum, et stabilitalem tion, n'a rien d'incompatible avec la profession

secundnm rcgulam sancti Renedicti exhiberet, que les religieux font de la perfection des cou-

quatenus labores et occui)aliones suscepti epi- seils évangéliques.

scopatns permitterenl (Surius, die 4 Febr., Le saint prêtre et martyr d'Espagne Euloglus

c. x). » était encore bien persuadé de l'excellence de

En effet, il prit un religieux avec lui, dans cet admirable mélange de la vie cléricale avec

son évêché, pour ap|)rendre de lui les exercices les exercices du cloître, lui qui, sans avoir

saints de la vie religieuse. Ce qui mérite une jamais fait profession du monachisme, en pra-

atlention })arlicidière dans cet exemple, c'est ti(iua toutes les vertus, alliant toutes les austé-

la distinction que cet évêque fit entre l'habit rites monastiques aux divines fonctions du sa-

et les exercices de la vie monastique. Pour cerdoce.

l'habit, il le prit constamment pour ne jamais « lia clericatum agens proprium, ut régule quitter : « Illius professionis habitum ex larem ordinem non dimitteret alienum : ita toto suscepit; » mais, pour les exercices, il ne monachis adhœrens, ut monachus probaretur :

570 DES CONC.RÉIJATIONS. - CIIAIMTKE DIX-SEITIÈME.

ita iu clero degcns, ut nionaclius videretur, « lUos auUin qui revcrouter monarliicaiii

utrohiqiie aptus adcnrrens, et iitraruin(|ue vitaiii sectati siint, episcupaleni iiicniermit lio-

prolcssiorius iiuus siil'licienlissime C()ni|)lt'ns : noreiii, conservarc sclioiiia et aiiiicluiii iiioiia-

ciirrobat sii'pius ad cœnol)iorum sacratissimos chicorum iiidiiiiiLiiloiiini ^ et ipsaiii beatain

grcges, Sed ne pro|)riLiin ordiiium coMteiuncre vitain deceruimus , et niilliis oiniiino tiabeat

putaretur, ad deriiin iteriiin remeabal : in (juo potestatetn deponcre jani dictuni sebeina ,

dum ali(iuod tenipus persisteret, ne virtus propter typbtini et anoganteni voluntateni, ne

aniini ciiris sœcularibus enervai'elur, iterum per hoc inveniatur pro[)riorLim transyressor

nionasteria repetebat (Surins, die IJ iMarlii, paclorum. »

c. ni). » (le concile ne crut pas cju'un religieux qu'on

XIII. Si nous passons en Orient, nous y trou- aj^pelait à la dignité épiscopale , put omettre verons une alliance incomparablement plus les pratiques saintes de la religion, ou en quitétroite entre ces deux professions saintes. Les ter l'habit, sans se rendre coupable d'une vapatriarches et les évèques étaient ordiiiaircment nité et d'une présom|)iion indigne de ce doutirés d'entre les moines, et il y a une infinité ble état , et sans devenir itrévaricateur des d'exemples de ceux qui sont rentrés dans le vœux et des saintes promesses qu'il avait faites cloître pour y finir encore plus saintement une à Dieu, sainte carrière. Il n'est donc pas véritable que tous les évê-

Le patriarche Paul, à qui Taraise succéda, ques commençassent leur ordination par se

s'était retiré dans un monastère et y avait pris faire moines. Photins en usa artilicieusement

l'habit de la religion : « In numerum mona- de la sorte , pour rendre i)lus pardonnable la

chorum se retulit, mutato amictu (Vita Tarasii précipitation inouïe avec laquelle il recevait

Suri., men. Febr., die 25, c. v). » tous les saints ordres.

Le patriarche Ignace était moine; mais l'au- On n'exigeait pas des moines les mêmes

leur de sa vie, Nicétas, assure que le scélérat intervalles entre les ordres sacrés , qu'on de-

et infâme Photius, qui le détrôna, de laïque mandait aux laïciues. On supposait une longue

([u'il était, se lit lui-même patriarche, prenant course dans les austérités de la règle monas-

tous les ordres en res|)ace de six jours : le pre- tique , et on jugeait qu'elle pouvait compenser

mier jour il se fît moine, le second lecteur, le ce qui manquait aux interstices des ordres,

troisième sous-diacre, le quatrième diacre, le Ainsi ce que Photius faisait, ne pouvait passer

cinquième prêtre, et le sixième évèque et pa- que pour un déguisement, et une illusion con-

Iriarche : « Prima die monachus ex laico, se- forme à son génie,

cundo lector, etc. » XIV. On peut juger partout ce discours com-

Ce seul exemple ne suffit point pour per- bien est éloignée, non-seulement de la vérité,

suader, que tous les évêques orientaux fissent mais encore de la vraisemblance, l'idée de ceux

la même profession religieuse avant que d'être qui ont i)ensé que la vocation à la cléricature

ordonnés évêques, afin de s'engager à une dégageait entièrement les moines de l'état mo-

éternelle continence, à laquelle les autres ec- nastique, et de tous les liens sacrés qui l'ac-

clésiastiques et les prêtres même ne s'obli- compagnent.

geaient pas. La seule consécration de l'épisco- Ajoutez à cela la novelle de Justinien, rap-

pat était assez suffisante pour imi)Oser aux portée dans le Nomocanon de Photius ( Tit. V),

évêques la loi d'une inviolable chasteté. c. xxix) qui interdit le mariage aux clercs mi-

II y avait de la différence entre les évêques neurs , s'ils ont été auparavant religieux. « Si qui passaient du cloître sur le trône de l'Eglise . monacbus, clericus factus fuerit, ne audeat ad

et ceux ([ui n'avaient jamais fait profession. Le matrimonium accedere , etiamsi eum gradum

concile VIII général (Can. xxvu) les distingue sit assecutus, in quolicetclericisuxoresducere,

lorsqu'il ordonne à ceux-ci de n'user du pal- scilicet cantoris et lectoris. »

lium que dans les tejups et les lieux déterminés Ainsi, l'ordination d'un moine élaituneaug-

pour cela : et qu'il commande à ceux-là de con- mentation de beaucoup d'obligations nouvelles

server dans l'épiscopatle même habit qu'ils ont sans aucune diminution des précédentes, qui

reçu et qu'ils ont porté étant moines, et de n'étaient point incompatibles avec la cléri-

joindre à cet habit de sainteté toute la régularité cature.

de vie qui doit raccompagner. XV. Quant aux prêtres ([ui se faisaient reli-

ALLIANCE DE L'ÉTAT MO.XASTIQrE AVEC LE CLEUGÉ.

gieux , le patriardie Michel les resserra tous dans leur monastère, (|U()i(jiie la eoutuiiie eût été (le ne les point retrancher, ni du corps, ni des fondions des autres ecclésiastiques.

« Cum enini nios esset, ut (jui ex laicis sacerdotihus monachi facti fuerant, et ad sacerdohuii niinisteriuin |)ritis adscripti erant , etiam post vitam nionasticani in niinislroruni cor|)ore et catalogo pernianerent, et uua cuni laicis sacerdotihus versarentur ; sanctissinius dominus nostcr Michael longam hanc consuetudineni habuit pro nihilo, et statuit ut ex laicis soluni sacerdotihus niinisteria constarent, monachi autcm in suis monasteriis assiderent (Juris Orient., toni. i, p. '230. Balsamon in Nomocan., lit. i, c. 3). »

Si ce fut un zèle pur et religieux qui porta ce patriarche à en user de la sorte, j'en laisse le jugement à d'autres. Mais il nous paraît (jue la coutume immémoriale avait été que les hénéficiers, les curés, et cnlln toutes sortes de clercs conservassent leur rang , leur séance , leurs fonctions dans les chapitres et dans tout le clergé, après (|u'ils avaient ajouté à la dignité cléricale la sainteté de la profession religieuse. Ce mélange de clercs et de moines a duré plus longtemps dans les chapitres et dans tout le clergé de l'Occident.

XVI. Dans le concile Vil général, presque tous les légats du pape et des autres patriarches absents étaient des religieux. Dans l'action i de ce concile (Can. xiv), après les souscriptions des évêqnes, on trouve celles d'une multitude incroyable d'abbés et de moines , qui avaient été les défenseurs invincibles des sacrées images et les colonnes vivantes de la foi de l'Eglise. Ainsi ce n'est pas sans raison que ce concile donna ou confirma aux abbés qui étaient prêtres, et qui avaient été bénis par leur évêque , le pouvoir de conférer les ordres mineurs aux religieux de leur couvent.

Dans le concile Vlll général (Act. 9), plusieurs moines rem|)lirent aussi la place des patriarches absents, et entre autres Joseph, archidiacre et vicaire du patriarche d'Alexandrie.

XVII. Il ne faut pas omettre l'apostolat de tant de saints religieux qui travaillèrent à la conversion des peuples barbares du Nord, et en furent les premiers évèqucs.

L'histoire ecclésiastique d'Adam, chanoine de Brème (Cap. ix , xn , xiv , xxvn, xxvni , xxxvi), apprend que Louis le Débonnaire ayant

fondé l'abbaye de Corbie, en Allemagne, et l'avant peu|»lée d'une colonie de religieux de Corbie, en France, en tira un saint religieux nonnué Ansgarius, pour l'envoyer prêcher en Danemark et aux autres peuples du Nord. Le succès en fut si heureux qu'Ansgarins fut sacré archevê(|ue d'Hambourg, et continua de gouverner cette nouvelle église en qualité de légat du Saint-Siège. II s'associa son disciple le diacre Uimbert, et pendant que les Normands et les Danois désolaient la France et l'Allemagne, ces deux apôtres allèrent subjuguer à l'empire de J.-C. leur état propre, le Danemark et la Suède, par de saintes et admirables représailles. Les armées les plus nombreuses n'osaient paraître devant les Normands pendant (jue ces deux intrépides missionnaires traversaient les mers et allaient conquérir à J.-C. leur propre pays.

« Et quia vastatio Normanorum, vel Danorum excedit omnem crudelitatem , eo plus mirum, (luod sancti confessores Dei Ansgarius et Rimbertus per tanta pericula maris et terrœ illas gentes intrepidi adibant et pra'dicabant, ante quarnm impetum ncc armati reges aut potentes Francorum populi subsistere poterant (Ibidem, c. xxxvui, xxxix). »

Saint Uimbert joignit toujours aux travaux de réi)iscopat les austérités de la vie religieuse, et fit agréer aux empereurs (lu'Adalgarins, religieux de Corbie. fût son coadjuteur pendant les incommodités de sa vieillesse , et son successeur après sa mort. Après une longue et glorieuse course de travaux le pape Nicolas 1" permit à Adalgarius de prendre pourson coadjuteur et pour son successeur lloger, moine de Corbie (C. xli, xlu). Ces saints archevêques donnèrent enfin des pasteurs et des évèques au Danemark, à la Suède et à la Norvège.

Nous avons parlé ci-devant de la mission de saint Boniface et des autres disciples de saint Romuald dans la Russie. On pourrait ajouter beaucoup d'autres exemples. En voilà assez pour faire connaître que l'Eglise n'a pas eu sujet de se repentir d'avoir confié les fonctions apostoliques aux plus saints d'entre les religieux , puisque c'est à eux qu'elle est redevable de la conversion de tant de nations infidèles.

Saint Boniface et saint Lulle, archevêque de Maycnce, et avant eux saint Suvibert et saint Luidger, avaient été les apôtres de l'Allemagne et l'avaient accoutumée à recevoir et à donner

DES CONl^RÉGATiONS. — CIIAIMTUK UlX-lll ITIK.ME.

des pn'lats, iVaiilanl \Aus projires à prêcher rEvan{j[ile , qu'ils en pratiquaient plus exactement les conseils par les t'ngayenients de la profession nionasticjue.

Aruolle , religieux de Saint-Emmeram de Ratisbonne , raconte dans le second livre de la vie de saint Eniineram , que l'évèché de Ratisbonne était alternativement confié à im chanoine et à un moine, qui résidait et faisait la fonction d'abbé dans le monastère de Saint- Emmeram, C'était une institution admirable pour allier l'état ecclésiastique avec le monas-

ti(|ue, et c'était l'apôtre de l'Allemagne, saint Boniface (jui en était l'auteur.

a Ex eo tcmpore (|U() primum a lîonifacio Apostolica Si'dis vicariojuxla décréta canonuni in Rojoaria ordinabanlur ci)i?copi , vicissim sibi succedebant in hujus episcopatu monachi atque canonici ; ita ut si antecessor csset canonicus, fieret successor monachus, el iterum huic antecessori succederet canonicus. llœc consuctudo usque ad nostra permansit tempora. »

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