DES CONGKÉGATIONS. — CHAI'lTlll': MNG'I-TUOISIKME
degrés de la vie cénobiticiiie et par tous ces déserls qu'ils ne les corri{,'eaienl. « Pono virlu-
admirables exercices do toutes les vertus aus- tes non occullatione vitiorum, sed expugna-
tères (|ui se pratiquent dans les communautés, tione pariunlur Ibid., c. vni). »
Les derniers, qu'on nommait en Kgypte l'emo- Le saint abbé Paul lit un renversement bien
bolh et qui étaient les moins vertueux, se reli- plus merveilleux lorsqu'il revint dans la société
raient deux ou trois ensemble, ou |)eu davan- des monastères, après avoir passé vingt ans
tage, mais sans règle et sans supérieur, mettant tout seul dans une solitude à laquelle il ne
seulement en commun une partie du prix de s'était engagé qu'après avoir vécu trente ans
leur travail i)Our manger tous ensemble. Cette dans tous les vertueux exercices des cénobites,
indépendance dans laijuelle ils vivaient était Cet admirable solitaire, par un sentiment d'une
une source féconde de désordres. humilité incroyable, pensait avoir encore des
« lli bini vel terni, nec multo i)lures simul passions immortitiées qu'on ne peut bien dom-
liabitant, suo arbitratu ac ditione viventes : Et i)ter que dans la vie commune; et, en tout
de eo (luod laboraverint, in medio partes con- cas, il jugeait qu'il était plus sûr de s'attacher
ferunt, ut habeant alimenta communia. Ilabi- humblement à un état médiocre, que d'aspirer
tantautemquamplurimi in urbibusetcastellis; à une élévation périlleuse. « Minus est prœ-
et quasi ars sit sancla, non vita, quidquid vcn- sumpt;e snblimioris professionis difficultate
diderint, niajoris est pretii. Inter lios sœpe periculum. Melius cnim est devotum in mino-
sunt jurgia, etc. » ribus, qiiam indevotum in majoribus profes-
11 est bon de remarquer les défauts de cette sionibus inveniri (Collât. 19, c. ii, in). »
troisième sorte de moines, parce que, dans ces Enfin, Cassien ajoute que le comble de la
derniers siècles même, on a été obligé d'en perfection consiste h allier les vertus et les
abolir les restes. avantages de ces deux genres de vie si divers
IV. Cassien, qui a fait la description de ces et si excellents des parfaits solitaires et des cétrois sortes de moines, a donné aux deux pre- nobites. Tels ont été les Macaire , les Paphmières les louanges qui leur sont si justement nuce, Moïse et tant d'autres qui se sont partagés dues, et s'est emporté avec le même zèle contre entre la contemplation et l'action, et qui, tanla dernière. Il dit qu'en Egypte on les appelait tôt se sont abîmés dans les saintes délices de sarabaïtes, parce qu'ils faisaient profession de la solitude, tantôt se sont sacrifiés cà la charité ne recevoir la loi de personne et de vivre en et au salut de leurs frères, a Is vere non ex leurs propres maisons, ou bien deux ou trois parte perfectus est, qui et in eremosquallorem ensemble dans des cellules auxquelles ils don- solitudinis, et in cœnobio infirmitates fratrum naient le nom de monastères. aequali magnanimitate sustentât (Ibid., c. ix). »
«Districtionemcœnobii déclinantes, bini vel V. Ce fut dans ce dessein qu'on dressa des
terni in cellulis conunorantur, non contenti laures et des monastères en un même lieu,
abbatis cura atque imperio gubernari, sed hoc afin que les plus parfaits vécussent dans les
pra:;cipue procurantes, ut absoluti a seniorum laures qui étaient des cellules séparées les unes
jugo, exercendi voluntates suas, vel quo pla- des autres, et que les plus jeunes apprissent
cuerit evagandi, agendive quod libitum fuerit, dans les monastères, comme dans les écoles de
habeant libertatem, etc. » Et au même endroit: toutes les vertus, à mortifier leurs passions
« Aut in suis domiciliis sub privilégie hujus déréglées; enfin, pour faire que les solitaires,
nominis iisdem obstricti occupationibus perse- passant de fois à autre de leurs cellules dans
verant, aut construentes sibi cellulas, easque les monastères, eussent le moyen de s'élever a
monasteria nuncupantes, suo in eis jure ac li- ce haut point de la. perfection achevée qui em-
berlate consistunt, etc. (Collât. 18, c. vu). » brasse tous les avantages de ces deux merveil-
Cassien ajoute une quatrième sorte de leuses perfections. Tel fut le monastère du saint
moines, qui n'est qu'une dépravation de la et admirable abbé Gérasime, accompagné d'une
seconde. C'étaient des anachorètes qui com- laure de soixante et dix cellules, dont la des-
mençaient par où ils devaient finir, qui se je- cription nous a été donnée par l'ancien auteur
talent seuls dans la solitude avant que d'avoir de la vie du bienheureux abbé Euthyme.
appris à mortifier leurs passions dans les mo- « Hic ergo magnus Gerasimus, qui Jordanis
nastères réglés, et qui, par ce renversement solitudinis civis fuit simul et patronus, cum
indiscret, cachaient plutôt leurs vices dans les maximam illic lauram , quai non pauciores ,
LA \H)\AŒ DKvS MOiNASTÈUES, LES LAIIŒS, etc. 003
(|iiam septuaginta anachoretas habebat, con- solitaires, et on y célébrait tous les jours le
struxisset, et piœterea Cd^nobiuni in modio sacrifice du divin Agneau. « Cœpit prospéra et
ejus 0[)time coUocasset; curabat, ut qui inlro- l'oiix esse laura, et ejus aniplificari niultiludo,
ducebantur quideni nionaclii , nianerent in et deductus est Iratrum nunierus ad quinqua-
cœnobio et vitain nionasticaiu exercèrent. Qui ginta, et unicuiiiue eoruui luit icdiiicata cella,
aulem crebriset longisse laboribusexercuerant, et quotidie sacra peragebantur mysteria (Ibid.,
et ad perfectionis mensuras jam pervenerant, c. xxxu]. »
eos in ils, quîe vocantur, cellis, collocans, sub Le jeune Sabas se présenta à Eutbyme pour
hac jubebat vivere régula, ut (iuin(]ue dies être reçu dans sa laure; (iuoi(iue Eutbyme, par
hebdomad;r unuscpiiscpie in sua cella sileret, une lumière du divin Esprit, prévit les grands
nibil gustans, quod esset esculentum, nisi pa- progrès (jue Sabas ferait un jour dans les voies
uem et aquam et dactylos. Sabbalo autem et de la i)lus haute perfection, il l'envoya néan-
Dominica venicntes in ecclesiam, cum partiel- moins, selon la coutume, dans un monastère,
parint sanctificata, cocto uterenturincœnobio, Sabas, dans la suite du temps, bàlit lui-même
et sumerent parum vini [Surius, die 20 Januar., des monastères et des laures, mais il ne reçut
cap. i\\\). » personne dans les laures qu'après de longues
Saint Augustin a pris la défense de ces par- épreuves dans les monastères, faits anachorètes contre l'audace inconsidérée « Nulli imberbi licebat omnino lauram inde ceux qui les croient être inutiles à l'Eglise, gredi. Cum autem vidisset hic divinus pater ne voyant pas que leurs prières et leurs exem- eum qui renuntiaverat, et regulam monasticic pies sont d'une incroyable utilité, et comme institutionis didicisse, et recte mentem suam autant de trophées de la véritable Eglise sur posse custodire, et a mente sua ex[)ulisse ouitoutes les sectes profanes. Aussi, ce Père les nem rerum mundanarum meinoriam, ei pra'oppose aux Manichéens qui ne pouvaient avoir bebat cellam in laura, si corpus haberet infirchez eux que de fausses images de ces éminen- mum. Si vero esset fortis et robustus, ei jubetes vertus. « Videntur nonnullis res humanas bat cellam œdiûcare (Vita S. Saba^,c. ix, xxxvi, plus quam oporteret deseruisse, non intelli- xci; Surius, die 5 Decemb.). » gentibus quantam nobiseorum animus in ora- Saint Jérôme a remarqué les austérités des tiouibus prosit, et vita ad exemplum, (luorum monastères dans son premier livre contre Jovicorpora videre non sinimur. » nien : « Sordidam tunicam, nudos pedes, ciba-
Celte réponse est encore bien plus efficace rium panem, aquo; polum. » Et dans le second
contre ceux qui accusent d'inutilité tous les livre: «Tune pexa tuuica et nigra subucula
religieux et les communautés qui ne s'appli- vestiebaris, sordidatus et pallidus, et callosam
quent pas au salut du prochain, quoicjue elîec- opère gestitans mauum. Nudo eras pede. »
tivemenl leurs exemples, leurs prières et leurs Saint Augustin parlant des moines en géné-
charités contribuent beaucoup à l'éditication rai, dit qu'ils s'abstiennent du vin et de la
des fidèles, et que Kuffin n'ait pas craint de viande. « Non solum a carnibus et vino absti-
dire que le monde ne subsistait que par leurs nent, etc. »
prières : « Ut dubilari non debeat ipsorum VIL II n'est pas difficile de juger à laquelle
merilis adhuc stare mundum (Ruffin. Prolog, de ces sortes de différentes vies se peuveutrap-
in 1. u, de vitis Patrum). » porter les monastères, les abbayes, les prieurés
VI. Ce sont la les merveilleuses inventions et les autres bénéfices réguliers des siècles
de ringénieuse piété des solitaires pour joindre derniers.
les divers degrés de vertu et de perfection qui Les cellules séparées et indépendantes ont
ne semblaient pas être compatibles dans la été abolies, aussi bien que les petits monastères,
même personne. Les laures n'étaient pas ton- connue a|)prochant beaucoup de ces sarabaitcs
jours accompagnées d'un monastère, mais anciens que saint Jérôme et Cassien avaient
c'était une règle invariable qu'il fallait avoir dépeints avec des couleurs si noires. 11 est resté,
fait dans les monastères un apprentissage long et il se forme tous les jours des solitaires qui
et laborieux de toutes les plus ausièrcs vertus vivent seuls, sans supérieur et sans autre règle
avant que d'être admis dans les laures. Le que leur propre volonté; mais il est facile de
grand Euihyme avait lui-même dressé une tirer cette conséquence de ce que nous avons
aure avec cinquante cellules, pour autant de dit que le zèle de nos évoques à ne pas lessouf-
601 DES CONGKÉGATIONS. - CJIAPITIIE VINCT-TROISIÈME.
frir est animé du même esprit cjue celui des assez connus par le seul nom de Tabennes,
anciens Pères. Il ne reste donc que le mélange remarquables par leurs austérités extraordi-
et le tempérament des cénobites et des soli- naires (De vit. Patr., l. n, c. 3). Il dit (|ue dans
taires, qui paraissent évidemment dans quel- la ville d'Oxirinque, il y avait plus de monas-
ques ordres des derniers siècles, ou la seule tères que de maisons, qu'a toutes lus licurcs
profession des cénobites qui se voit dans la du jour et de la nuit on y faisait retentir les
plu|)art des autres. louanges de Dieu, et qu'il y apprit lui-même
VIII. Le canon du concile de Vannes a com- de l'évèque du lieu (ju'il y avait vingt mille pris en peu de mots la meilleure partie de ce vierges consacrées à l'Agneau sans tache et dix (juc nous venons de dire. « Servandum (pioque mille religieux. Il ose même avancer que leS de monacbis, ne eis ad solitarias ccllulas liceat solitudes d'Egypte ne sont pas moins peuplées a congregatione discedere : nisi forte probatis de moines que les villes d'habitants. « Quanti post emeritos labores (L. i, De morib. Eccles. populi habentur in urbibus. tantae pêne haben- Cath., c. xxxi). » tur in desertis nmltitudines monachorum. »
Ce concile ajoute qu'on pourra permettre Enfin, il assure avoir vu le prêtre Sérapion, aux infirmes des cellules séparées, où on leur père de plusieurs monastères, et supérieur relâche (|uel(|iie chose de la dureté de la règle, d'environ dix mille religieux. « Sed et in repourvu que toutes ces cellules soient renfer- gione Arsenoite Serapionem quemdam prcsbymées dans l'enceinte du monastère. « Aut pro- terum vidimus , multorum monasteriorum pter infirmitatis necessitatem asperior ab abba- patrem^ sub cujus cura plura et diversa monatibus régula remittatur. Quod ita demum fiet; steria, quasi decem millium habeantur monaut intra eadem monasterii septa manentes, ta- chorum (Ibid., c. xvni). » men sub abbatis potestate separatas habere Théodoret envoya sa lettre au pape Léon cellulas permittantur. » par deux de ses prêtres et par l'exarque de ses
IX. Le canon suivant de ce concile (Can. vni) monastères. « Per Alipium monachorum quj donne ouverture pour un autre point qui nous apud nos sunt exarchum (Ep. cxni, cxvi). » reste à éclaircir ; il défend à un abbé d'avoir XI. Tous ces exemples ne permettent pas de plusieurs abbayes sous le nom de cellules ou douter qu'un seul abbé ou supérieur général de monastères. « Abbatibus quoijue singulis, ne fût très-souvent chargé d'un fort grand diversas cellulas aut plura monasteria habere nombre de monastères, qui faisait comme un non liceat, nisi tantum propterincursum hosti- seul corps et une congrégation dont il était le litatis, intra muros receptacula collocare. » chef. Les évêques ne concevaient point de ja-
Ces lieux de retraite dans les villes ont enfin lousie contre ces saintes et nombreuses socié-
été changés en monastères. Mais ce concile tés, ou parce que leurs vertus étaient encore
semble ne pas approuver une chose qui était plus miraculeuses que les miracles mêmes que
conuuune à tous ces fameux et illustres soli- Dieu faisait par leur entremise; ou parce que
taires. Car, combien de monastères fonda An- leur humilité et leur soumission étaient
toine dans l'Egv-pte, combien Pacôme dans la extrêmes envers leurs supérieurs ecclésiasti-
Théba'ide, Hilarion dans la Palestine, Théodose, ques; ou parce qu'ils n'habitaient encore ordi-
Euthyme, Sabas ne fondèrent-ils pas un nom- nairement que les solitudes; ou enfin parce
bre presque innombrable de laures et de mo- que ne vivant [(rescjue que du travail de leurs
nastères, et n'en furent-ils jias les supérieurs mains, queltjue étendue que pussent avoir ces
généraux durant leur vie? royautés spirituelles, elles étaient plus capables
X. La vie du bienheureux Postumius ap- de donner de l'admiration que de l'envie, prend que ce saint homme fut père de cinq mille Au reste, chaque monastère de ces congrésolitaires; mais que le grand Antoine en avait gâtions, soumis à un abbé général, avait son laissé cinquante mille sous la conduite et la abbé particulier. Ainsi, ces généralités d'ordres direction de Macaire. « Idem Macarius ab illu- monastiques n'avaient rien de contraire au stri viro Antonio monachorum fere quinqua- canon du concile de Vannes, qui défend à un ginta millia susceperat gubernanda(Kûsveid., abbé particulier d'avoir sous sa conduite immévitœ Patrum). » diate deux abbayes.
Sévère Sulpice, dans son second dialogue, XII. La règle de saint Pacôme, dont parle
dit qu'il y avait deux ou trois mille religieux saint Jérôme, et Palladius^ dans son Histoire
LA POLICE DES MONASTÈRES, LES LAURES, etc. 00.%
lausiaquc, celle d'Osiésius son disciple, qui se nasticincs et dans ses règles étendues et abré-
lit encore dans la l)il)liolliè(|ue des Pères, celle gêes; toutes ces règles, dis-je, sont encore un
des célèbres Macaires (car il y en a eu deux), argument certain (ju'il y avait des congréga-
celle de saint Basile, qui est la plus étendue et lions ou des associations de |)lusieurs nionas-
la plus achevée, aussi bien que la plus certaine tères réunis sous l'obéissance d'un seul abbé
de toutes, contenue dans ses constitutions mo- général.