DE L'HABIT ECCLÉSIASTIQUE DANS L'ÉGLISE
mot bîrretum avait apparemment déjà pris la signification de bonnet carré, et ainsi le terme de caputium pourrait bien sij^nifier ou l'aumusse ou le capuchon de la chape chorale en hiver.
Cette conjecture peut se fonder sur le concile de Bourges, en 158i (Titul. xii, c. ii») : « Horas canonicas dicturi, cuni tunica talari, superpelliceis mundis , almutiis, pileis quadratis, vel cappis nigris pro temporum et regionum diversitate ulanlur. »
VII. Si nous n'avons pu remonter bien haut pour découvrir l'origine de ces habillements de tête propres à l'Eglise, c'est que l'usage n'en est nullement ancien.
Ce fut en l'an 12.43, que les religieux de i'Egiise métropolitaine de Cantorbéry im.pétrèrent du pape Innocent IV, le privilégs de couvrir leur tête d'un bonnet, pendant les divins offices, parce qu'y ayant assisté jusqu'alors tête mie 5 ils en avaient souvent contracté de fâcheuses maladies.
« Yestris suppiicaticnibus hiclinat: , vobis uiendi pileis, vesiro ordini congrueniibus, cum divinis inierfueritis ofCciis, concedimus liberam facultatem, ita tamen quod in lectione evangeiica, et eievatione corporis Domini Jesu Chrisii, et in aliis débita reverentia observetur (Rainald. an. 1243, n. 41.) »
Il y a donc quelques endroits de l'office divin où les ecclésiasiiques doivent être découverts, savoir pendant la lecture de l'évangile et à l'élévation du corps de Motre-Seigneur.
Cette exception se trouve remarquée dans les constitutions du légat du Saint-Siège dans le concile de Nicosie en Chypre, en l'an 1313, pour tous les prêtres qui célèbrent : « Post abiutionem manuum nihil om.nino teneant in capite propter frigus, Ael aliud : nam facerent magnam irreverentiam, atque intolerabilem sacraîuento (n. 132). »
Si le pape traite ici les clercs plus doucement que le légal du Saint-Siège , c'est apparemment parce que les clercs, auxquels le pape écrivait, habitaient un climat très-froid et trèsmalsain ; au lieu que le légat du pape écrivait aux habitants de l'île de Chypre, qui est un climat fort doux et fort tempéré.
VIII. La mitre des évèques ne fut pas non plus d'abord un ornement propre et particulier pour les offices divins. Innocent II, après avoir donnné une audience favorable au saint évêquc d'Irlande, Malachie, prit la mitre de dessus
sa tête, et la mit sur celle de ce saint prélat : « Tollens mitram de capite suo, imposuit capiti ejus. » Baronius rapportant ces paroles de Bernard dans la vie de saint Malachie, y remarque fort bien que le pape avait toujours la mitre quand il donnait audience : « Mos namque erat, nonnisi mitratos Kom.anos pontifices ad audientiam admittere petentes audiri. (Baronius an. 1137, n, 35.) »
Cela se confirme par la lettre des Arnaldistes de Rome à Conrad, roi des Romains, où ils l'assurent que le pape a fait sa paix avec le prince de Sicile, en lui accordant le sceptre et l'anneau, la dalmatique, la mitre et les sandales : c Concordiam inter Siculum et papam hujusmodi esse accepimus. Papa concessit Siculo virgam et annulum , et dalmaticam, et miiram atqus sandalia. (An. 1144, Otho Frisinjj. de gestis Frid. 1. n, c. 28.) »
IX. Quand Benoît IX accorda aux Polonais la dispense du prince Casimir, diacre et religieux de Cluny, pour lier plus étroitement toute cette nation à l'Eglise, il les obligea de porter, toutes les fêtes de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge, non pas une étole , mais un linge blanc pendant à leur col, à la façon d'une étole. « Panno linteo albo in stolœ modum dependente cervicem exornare (Baronius, an. 1041, n. 11). »
Ce sont les paroles de Longin dans son histoire de Pologne , qui dit aussi que ce pape obligea en même temps les Polonais de couper leurs cheveux selon la coutume des autres nations latines. Il faut s'en tenir Là sans s'arrêter à la chronique de Cluny, qui veut que c'ait été la tonsure des moines de Cluny et l'étole des diacres. « Perpetuo portarent lonsuram ad modum Cluniaccnsium, et in signum diaconi stolam ad modum diaconi déferrent ( Bibl. Clun., pag. 1616). »
Les Polonais firent depuis relâcher cette double obligation en fondant un monastère de l'ordre de Cluny (Voyez ci-devant c. xlii, n. 9).
X. Quant à l'étole, il semble qu'on l'ait affectée plutôt à l'administration des sacrements (ju'à exercer ou faire remarquer la juridiction. Le concile de Rouen, en 1072 (Can. v), défend aux prêtres de donner le baptême s'ils n'ont l'aube et l'étole. « Indutus alba et stola. »
Les ordonnances synodales de Rouen (Synod. Rotom., pag. 224, 4^0), tant anciennes que nouvelles, font assister les curés au synode
avec l'étole. Il est vrai que la lettre synodale do Ratliériiis, évèqiie de Vérone, à ses curés, leur commande de porter toujours Tétole , « Nullus sine stola in itinere incedat (Conc. tom. 9, pag. 1272). Mais l'étole semblait signifier dans cet endroit les habits propres aux ecclésiastiques. Aussi il suit immédiatement après, « Nullus induatur vestimentis laicalibus. » Tout au plus l'étole serait propre à un curé, mais elle ne serait pas une preuve de sa juridiction, puisqu'il la porte hors de sa cure même. In itinere.
Les constitutions synodales d'Eudes, évêque de Paris, et celles de plusieurs autres de ses successeurs font assister les curés aux synodes de l'évêque en aube et en étole au temps de Pâques , en surplis et en étole en automne (Tom. X, Conc, p. 1801 ; Synodicum, Paris, 3, 256, 291) . Le concile de Bude, en 1 279 (Can . xix) , leur donne aussi l'étole dans les synodes. Le synode de Cologne, en 1280, donne l'étole dans le synode aux abbés, aux prieurs, aux archi-
prêtres et aux doyens seulement. Le synode de Nîmes, en 128-i (Cap. i), n'en donne point non plus aux curés.
Le premier concile de Milan, en 1305, ordonna que les sacrements fussent toujours administrés en surplis et étole : « Sacerdotes in sacramentorum ordinatione semper superpellicium et stolam adhibeant. »
Le concile V de Milan , en 1579 (Cap. x), prescrivit aux confesseurs réguliers de n'entendre les confessions qu'en surplis et en étole. Le concile de Rouen, en 1581 (Can. xxxu), fit assister les curés au synode en surplis et en étole. Celui de Reims, en 1583, fit le même statut. Le concile d'Aix, en 1585, renouvela le décret du concile V de Milan.
Les usages des diocèses peuvent être divers, et il peut y en avoir où l'étole est une marque de juridiction. Mais ce que nous venons de dire suffit pour croire que le nombre n'en est pas grand , au moins il n'est pas le plus grand.