‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 47 sur 291 · XI. Réflexions sur le concile VIII, et sur I.uitprand · texte numérisé non relu

XI. Réflexions sur le concile VIII, et sur I.uitprand

I. Comme le pallium des archevêques de- Les ornements impériaux ont donc été commande des éclaircissements particuliers, il en mimicjués au sacerdoce.

faut donner ici de nouveaux, que nous tirerons 111. Mais il importe extrêmement de remar-

de ce dernier âge de l'Eglise. quer dans le passage de la donation que nous

Nous retoucherons premièrement à son ori- venons de citer, la distinction affectée entre les

gine. Nous examinerons ensuite la nécessité de bandes, auxciuelles nous donnons le nom de

l'aller recevoir à Rome, et après nous passe- pallium, « lorum quod impériale circumdare

rons à la loi qui défend les fonctions métro- assolet collum, » et la chape, à laquelle ces

polilaines aux archevêques avant que de l'avoir bandes sont appliquées, et sans laquelle elles

reçu. n'auraient pas la moindre apparence d'un

Enfin, nous traiterons du pallium des évê- manteau, « et chlamydem purpuream. » ques grecs, après avoir dit que cet ornement H est donc à croire que ces deux parties du sacré a toujours continué d'être le symbole pallium étaient déjà séparées, et que le pape d'une autorité éminente, accompagnée d'une n'envoyait que les bandes qui en étaient le éminente vertu. Aussi Guillaume de Malmes- plus riche ornement, et qu'il était aisé d'applibury, dans l'histoire de Guillaume le Conque- quer sur la chape ou sur la chasuble ordirant, assure que Malger, archevêque de Rouen, naire. Je passe au second point, ne put jamais obtenir le pallium, parce qu'il IV. Glabert raconte comment le pape, voyant était adonné à la chasse et à d'autres folles dé- l'Eglise de Lyon déchirée par l'ambition dépenses. « Tota vita pallii usu caruit, quod ne- mesurée d'un grand nombre de compétiteurs, garet Sedes Apostolica hujus honoris privile- nomma pour archevêque saint Odilon, abbé de gium homini, qui sacratum negligebat offl- Cluny, lui envoyant le pallium et l'anneau, cium. » « Mittens pallium simul et annulum, impera-

II. Léon IX inséra dans sa lettre, écrite en vit eumdem praedicta} civitati fore archiepiscod 053 au patriarche Michel de Constantinople, puni (An. 1034, Glaber, 1. v, c. 4). » Ce saint une partie de la donation de Constantin, où abbé refusa cette dignité, et garda ces précieux entre les marques de la majesté impériale com- dépôts pour l'archevêque futur qui fut nommé muniquées aux pontifes de l'Eglise, le pallium par le roi Henri. « Pallium et annulum suscin'est pas omis non plus que la mitre. « Deinde piens futuro reservavit pontifici. » diadema, videlicet coronam capitis nostri si- C'était pour secourir l'Eglise de Lyon dans mulque phrygium, necnon et superhumcrale, cette pressante nécessité, que le pape envoya videlicet lorum, quod impériale circumdare le pallium, puisque les archevêques devaient assolet collum, verum etiam et chlamydem l'aller eux-mêmes demander à Rome, selon purpuream, atque tunicam coccineam, et om- l'usage reçu.

nia imperialia indumentaconferentes ei, etc. » Lanfranc ayant été élu archevêque de Can-

L'auteur de cette pièce supposée ne trouva torbéry, Hildebrand, archidiacre de Rome, lui

du crédit par le monde, que parce que les pon- écrivit qu'on lui eût envoyé le pallium, s'il y

tifes étaient en possession immémoriale de tous eût eu un seul exemple dans ce siècle-là d'une

ces ornements majestueux; et parce qu'effecti- pareille dispense, « si alicui archiepiscoporum

vement ils étaient communs à l'empire et au vestris temporibus hoc concessum fuisse vidis-

sacerdoce , et avaient appartenu à l'empire semus(Epist. vi, inter epist. Lanfr.). » Le reste

avant que d'être communiqués aux évêques. de la même lettre fait voir qu'on n'obligeait

Nous avons parlé de la mitre dans le cha- les métropolitains d'aller à Rome, que pour y

pitre LU, et ce qui en a été dit, fait bien voir conférer avec eux des obligations de Fépisco-

qu'elle était considérée comme une marque pat et des besoins publics de l'Eglise. « Unde

de royauté, puisque les papes en honoraient necessarium nobis videtur, vos Aposlolorum

des souverains comme d'un nouveau sceau de limina visitare, quatenus de hoc et cœleris una

leur souveraineté. Roger a remarqué qu'au nobiscum efficacius, quod oporluerit, consu-

sacre de Richard I", roi d'Angleterre en 1189, 1ère valeamus, atque statuere. »

on revêtit premièrement ce roi d'une tunique, Lanfranc reçut à Rome du pape Alexandre II

puis d'une dalmatique, qui étaient des orne- le pallium ordinaire des archevêques ; mais

ments royaux. « Induerunt eum vestimentis par un privilège tout particulier, le pape lui

regalibus, primo tunica, deinde dalmatica. » donna encore son pallium propre, avec lequel

DU PALLIUAl DEPLIS LAN MIL. 107

il célébrait la messe (An. 1071, Eadm., Novor., archevêques (|ui larderaient plus de trois mois

1. I, vita Lanfr., c. xu). Longtemps avant Lan- après leur ordination, de faire leur profession

franc, saint Elpheg, archevêque de Cantorbéry, de foi et de demander le pallinm au pape,

était allé h Rome demander le pallium: « Cum « Papa Damasus hoc decrevit, ut quisquis me-

iter versus Romam pro pallio habeudo arripe- tropolitanorum ultra très menses post ordina-

ret, etc. Accepto a papa pallio, etc. » Ce sont tionem suam Romano Pontifici fulem suam

les termes dOsbert, dans la vie de ce saint exponere, et pallium flagitare distulerit, com-

prélat (An. 1006, apud Surium, die 10 april.). missa carcat dignitate. »

Grégoire VII fit savoir à l'évèque de Vérone V. Saint Anselme, successeur de saint Lan-

que c'était une loi de ses prédécesseurs : « An- franc dans le siège de Cantorbéry, nous ap-

tecessorum nostrorum decrevit autoritas, nisi prend par son propre exemple, combien celte

pra^senti persona^ pallium non esse conceden- police était alors nécessaire pour la conserva-

dum (Gregor. VII, 1. 1, ep. xxiv, 1. ix, ep. i, xx). » lion de l'inviolable unité de l'Eglise.

Ce pape bl-ima fort rarchevêque de Rouen de Le roi d'Angleterre s'étant déclaré pour l'an-

trop différer de venir prendre le pallium à ti pape Guibert contre Urbain 11 (An. 1094), et

Rome. « Non credimus te ignorare, quam di- ne pouvant souffrir que ce saint prélat eût

stricte Patrum censura in eos judicandum sta- d'autres sentiments que les siens dans une ma-

tuerit, qui post consecrationem suam per très tière d'aussi grande conséquence, ne voulut

continuos menses pallium obtinere tepuerint. » point lui permettre d'aller à Rome, pour y de-

II menaça Lanfranc de suspension, s'il n'allait mander le pallium. « Pro stola sui archiepisco-

recevoir le pallium à Rome. Saint Fulbert, patus eundi Romam ad papam Urbanum, li-

dans sa lettre xlvui, assure l'archevêque de centiam humiliter petiit (Baronius, an. 1095,

Tours qu'il doit différer les exercices de son n. 57). » Le roi envoya lui-môme demander le

ministère, s'il a différé par sa négligence de pallium à Rome, on le lui envoya dans l'espé-

demander le pallium. rance de le gagner; Anselme le reçut ayant les

Pierre Damien justifia à l'impératrice pieds nus, et vêtu pontificalement. « Venienti

Agnès, épouse de l'empereur Henri 11, le refus et sacrum insigne in vase argenteo deferenli,

qu'on lui faisait d'envoyer le pallium à l'ar- ab archiepiscopo nudipede, sed sacerdotalibus

chevêque de Mayence, sur ce que l'ancienne vestimentisindulooccursum(Eadmer.,Novor.,

tradition ordonnait, que les métropolitains 1. ii). » Voilà ce qu'en dit Eadmer dans sa vie.

vinssent recevoir la consommation de leur di- Il dit ailleurs qu'Anselme reçut le pallium,

gnilé dans le lieu même où en est la source, non pas des mains du roi, mais en le prenant

« Pontifices ex antique traditionis usu ad apo- de dessus l'autel. La même chose se voit dans

stolorum debenl limina properare, et hoc sine les lettres de saint Anselme, dans l'une des-

quo metropolitani esse non possunt, signum quelles il reconnaît, que s'il passait la première

consummandae suœ dignitatis accipere (L. vu, année de son épiscopat sans aller à Rome et

epist. iv). » sans demander le pallium, il mériterait d'en

Il est hors de doute que le paUium a été sou- être déposé : « Si metropolitanus sacratus epi-

vent envoyé dans les provinces, mais ce savant scopus per totum primum annum, nec papam

cardinal répond que c'est parce qu'il y avait viventem, nec pallium requiro, juste ab ipso

alors des légats du Saint-Siège qui examinaient honore removendus sum (Anselm., 1. ni, ep.

les métropolitains avant que de leur donner le xxiv ; 1. iv, ep. n). » Dans une autre, il prie le

pallium, et recevaient d'eux les protestations pape d'envoyer le pallium à l'archevêque

de leur union avec le Saint-Siège apostolique. d'York, qui désirait beaucoup d'aller le rece-

« Legati vice papœ eos examinabant. » Témoin voir h Rome, mais le roi et les princes s'oppo-

Syagrius, évêque d'Autun, qui ne reçut cette saient à ce voyage.

dignité qu'après avoir été examiné par l'apo- Le roi d'Angleterre ayant laissé vaquer le

crisiaire Candide : « Nisi Candidum qui apocri- siège de Cantorbéry l'espace de cinq an? après

sarii fungebatur officio, adiret, sicque accipiens la mort de saint Anselme, par des raisons bas-

pallium, dignam in legato suo Romano ponti- ses d'intérêt et d'avarice, enfin Radulphe fut

fici reverentiam exhiberet. B élu, qui était déjà évêque de Rochester. Le

Enfin , Pierre Damien cite la décrétale du chapitre de Cantorbéry pria le pape Pascal II

pape Damase, qui dépouilla de leur dignité les d'agréer cette translation, et d'envoyer le pal-

liiim à Radiilphe, dans une nécessité si pressante de son Eglise, outre les infirmités corporelles dont il était accablé. « Ipsemct tanta corporis imbecillitate gravatur, ut non sine mayno periculo sui , et detriniento omnium nostrum valeat hoe tempore vestigiis vestris se pra'sentare (Post. Ep. cciv. Paschalis II).»

Ives, évoque de Chartres, écrivit au pape pour le même sujet, l'assurant que Radulphe avait résolu d'aller adorer les tombeaux des apôtres, selon les canons , mais que ni sa santé languissante, ni l'état de l'Eglise d'Angleterre ne le lui permettaient point , et qu'il n'y eut jamais une plus juste cause de dispense. « Ilic in propria persona Sedem Apostolicam visitare, secundum majorum instituta deliberavit, sed eum partim corporis débilitas impedivit, partim, etc. Cum aliqua dispensatione subveniatis languenti Ecclesite, et propter necessitatem, etc. (An. 11 14, Ivo Epist. ccl). »

Quelque fréquentes que fussent les occasions d'une légitime dispense , on ne laissait pas d'aller en personne à Rome pour le pallium. Thibaud , abbé du Dec, ayant été élu archevêque de Cantorbéry en 1138, s'en alla luimême recevoir le pallium de la main du pape.

Ce fut dans le même temps que saint Malachie fit le voyage de Rome, pour obtenir le pallium à son Eglise et à une nouvelle métropole. « Maxime quod metropolica) sedi deerat adhuc , et defuerat ab initio pallii usus , quod est plénitude honoris (Anno U38, Matth. Paris). » C'est ainsi qu'en parle saint Bernard dans la vie de ce saint. Guillaume de Tyr assure en la même année, que les archevêques de Tyr allaient en personne demander le pallium à Rome. « More prœdecessorum suorum. »

Saint Thomas de Cantorbéry n'avait garde d'aller demander le pallium , lui qui résistait avec tant de fermeté à la violence qu'on lui faisait pour le faire archevêque (Baronius, an. 1162, n. 21). Le pape Alexandre III lui envoya le pallium de Montpellier, où il était alors, au rapportde Jean de Salisbury (Baron., an. 1127,

Les légats du même Alexandre III, portèrent en Danemark le pallium pour l'archevêché de Luden, au saint évêque de Roschild Absalon, avec de terribles menaces d'exconnnunication s'il persistait à s'opposer à l'élection unanime qu'on avait faite de lui , pour remplir le premier siège du royaume. « 0 novam et inaudi-

tam curia^ munificentiam ! RecuFanti pallium ingestum est, insignequequod petnilibus a'gre pnestari potest, repugnanti violenter inqtrimitur. » Voilà ce qu'en dit Saxon le grammairien (Saxo Crammat., 1, xiv).

Il est aisé de conclure que l'impossibilité d'aller recevoir le pallium à Rome a été si fréquente,et que les dispenses ont été si souvent nécessaires, que celte loi ecclésiastique a été presque abolie dans les deux siècles même , où l'on a témoigné plus de zèle pour la faire observer. En effet, le fondement de celte loi n'était établi (jue sur une prétendue décrétalc que Gratien et Ives rapportent comme du pape Pelage (D. 100) et Innocent III après eux, mais dont Burchard, Anselme et la Pannormie font le pape Damase auteur.

Les correcteurs romains du décret ont remarqué cette diversité, et nous ont fait justement conjecturer que c'est plutôt une supposition du faux Isidore. Aussi dans tout le titre, « De usa et autoritate Pallii » des décrétâtes grégoriennes, il n'y a pas un seul mot qui tende àobligerlesmétropolitainsd'aller demander eux-mêmes le pallium à Rome, quoiqu'il y soit maniué qu'un métropolitain ne peut prêter le sien à un autre , ni le laisser à son successeur, mais qu'il doit être enterré avec celui qui en a été orné.

Roger (Anno 1070) raconte comme Stigard fut chargé, entre autres crimes , quand on le déposa , d'avoir usé du pallium de l'archevêque Robert, sur qui il avait usurpé le siège de Cantorbéry.

VI. Je viens au troisième point qui est le plus délicat , c'est-à-dire , à la défense de consacrer des évêques, ou de célébrer des conciles avant que d'avoir reçu le pallium.

Nicolas I" assure, dans sa réponse aux Bulgares , que c'était une coutume reçue parmi toutes les nations de la chrétienté. « Archiepiscopum episcopi simul congregati constituant: sane intérim in throno non sedentem, et prœter corpus Christi non consecrantem , priusquam pallium a Sede Romana recipiat : sicut Galliarum omnesetGermaniœ etaliarum regionum archiepiscopi agere comprobantur (Cap. Lxxiii). »

On ne peut pas dire que ce pape en ait fait une loi. C'est un simple témoignage qu'il rend de ce qui se pratique par tout le monde.

Il y a en effet toutes les apparences possibles que ce furentles archevêques mêmes qui^ ayant

Page 1