‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 48 sur 291 · DU PALLIUM DEPUIS L'AN MIL · texte numérisé non relu

DU PALLIUM DEPUIS L'AN MIL

considéré le pallium comme la plénitude et la consommation de l'honneur et du ran^^ ([u'ils possèdent et Tayaut reciierché avec tant de passion qu'ils l'ont enfin tous obtenu , ils se sont abstenus eux-mêmes de toutes les fonctions métropolitaines , jusqu'à ce qu'ils eussent reçu le pallium: et d'une longue coutume ils se sont fait une loi.

VII. Il se [)Ourrait faire que cette coutume eût passé de l'Orient dans TOccident, puisque le concile VIII œcuménique (Can. xvu) suppose que tous les métropolitains ont reçu la consommation de leur dignité, ou par l'imposition des mains de leur patriarche, ou par le pallium quils ont reçu de lui.

« Tani in seniore et nova Roma , quam in sede Antiochiœ et Hierosolymorum priscam consuetudinem decernit inomnibus conservari, ita ut earum prœsules metropolitanorum universorum, qui ab ipsis promovenlur, et sive per manus impositionem, sive per pallii dationem,episcopalisdignilatisaccipiuntfîrmitatem, habeant potestatem, etc. »

Comme la consécration des métropolitains semblait appartenir aux patriarches, de même que celle des évoques était réservée aux métropolitains, ce canon semble insinuer que les patriarches grecs ne pouvant pas consacrer en personne tous les métropolitains de leur ressort, ils envoyaient le pallium à ceux qu'ils ne consacraient pas, comme une marque de la supériorité de celui qui l'envoyait, et de la dépendance de celui qui le recevait.

Dans rOccident le pape n'avait jamais pensé à se réserver l'ordination de tous les métropolitains ; le pallium n'avait été introduit qu'environ l'an cinq cent, et n'avait été d'abord communiqué qu'à un très-petit nombre d'archevêques, que le pape honorait du vicariat apostolique. Ce fut environ le temps du VHP concile que tous les métropolitains l'impétrèrent et, conformément à ce canon, ils donnèrent cours eux-mêmes à cette coutume de ne le point prévenir par aucune fonction de leur ministère.

VIII. En effet si le pallium est la marque de la plénitude de la puissance pontificale, c'est une suite comme naturelle de ne point exercer cette puissance, sans en avoir reçu les marques glorieuses, qui en sont comme l'investiture. D'ailleurs l'ancienne loi étant, comme nous l'avons appris du grand saint Grégoire, que le pallium ne se donnât qu'après de pressantes

instances, lorsque les archevêques en furent si passionnés qu'ils l'impétrèrent tous, ils auraient eu mauvaise grâce de demander avec empressement les marques d'une dignité qu'ils auraient déjà exercée.

C'est sur ces principes que raisonnait le pape Léon IX (Epist. iv), quand il écrivait (jue l'archevêque de Carthage était le seul qui ordonnât des évêques en Afrique, parce qu'il était aussi le seul qui reçût le pallium de Rome. « Solus pallium in Africa ab Apostolica Sede habere solet, unde et episcopos consecrandi principale et antiquum jus retinet. »

Alexandre 11 (Epist. iv), marque aussi la nécessité de porter le pallium en conférant les ordres, et en consacrant les églises. « Quolies ordinationem vel consecrationem ecclesiarum celebramus. »

Grégoire VU défendit à l'archevêque de Rouen d'ordonner des évêques ou des prêtres, et de dédier des églises avant que d'avoir reçu le pallium , le blâmant d'avoir négligé de rendre cette déférence aux anciens statuts de l'Eglise. « Quia sanctorum Patrum statuta parvipendisti, nullum deinceps episcopum, vel sacerdotem ordinare, seu ecclesias prcusumas consecrare, donec honoris tui supplementum, pallii videhcet usum, ab hac sede impetraveris (L. ix, epist. 1). »

Cette sentence rigoureuse, en apparence, est pourtant pleine de douceur, si l'on a égard au décret soit de Damase, soit de Pelage, qui était alors en crédit par le monde, et qui privait de leur dignité les archevêques qui tardaient plus de trois mois après leur ordination de demander le pallium. Ce pape cite ce décret sans en nommer l'auteur.

Pascal II écrivit à l'archevêque de Pologne que la coutume de l'Eglise universelle ne permettait pas aux métropolitains de consacrer des évêques, ou assembler des conciles, avant que d'avoir été ornés des marques de cette suprême autorité. « In pallio plenitudo conceditur pontificalis officii, quia juxta Sedis Apostohcœ et totius Ecclesise consuetudinem, ante acceptum pallium metropolitanis minime licet, aut episcopos consecrare, autsynodoscelebrare (Baron., an. 1102, n. 8, 9). »

Ce même pape avait mandé à l'archevêque de Palerme que la nécessité de prendre le pallium de dessus le corps de l'apôtre saint Pierre, ne tendait qu'à affermir tous les plus illustres membres de l'Eglise dans une union très-

étroite avec leur chef, ce qui n'est jamais plus nécessaire que dans rexécution des plus éniinentes fonctions de la sacritîcature. « Cum a Sede Apostolica vestne insignia dignitatis exigitis, quae a B. lantum Pétri corpore assuniuntur; justuin est ut vos quocjuc Sedi Apostolicœ subjoctionis debittc signa solvatiS;, (juœ vos cum beato Petro, tanquani menibra de membro hœrere, et .catholici capitis unitatem servare déclarent. » Cela regarde le serment dont nous parlerons plus bas.

IX. Il nya donc rien ni de nouveau, ni de surprenant dans les décrétales d'Innocent III (Extra de Elect., c. xxvni), qui interdisent toutes les fonctions pontificales aux métropolitains avant la réception du pallium, puisque ce n'est qu'une confirmation des décrets de ses prédécesseurs, depuis plus de trois cents ans, fondés sur la coutume universelle de TEglise. Mais il est bon de remarquer la manière dont ce pape se démêle d'une difficulté assez embarrassante : pourquoi l'archevêque ne peut pas sans pallium faire les fonctions pontificales qui lui sont communes avec les évêques, et que tous les archevêques exerçaientlibrement avant que l'usage du pallium leur fût communiqué.

Ce pape dit que quoique ces fonctions lui soient communes avec les évêques, il les exerce néanmoins comme archevêque. « Cum id non tanquam simplex episcopus, sed tanquam archiepiscopus facere videatur. » C'est-à-dire, qu'un archevêque ne peut jamais se dépouiller de la gloire et de la majesté qui l'environne, et qui dans le ministère épiscopal le rehausse audessus des évêques, comme l'évêque exerce les fonctions mêmes de la prêtrise avec une éminence et avec des marques de supériorité qui le relèvent au-dessus des prêtres.

Ceux qui ne seront pas satisfaits de cette raison, pourront s'arrêter à celle-ci qui est plus historique, et qui a été touchée ci-devant : savoir que ce furent ou les patriarches, qui ont autorisé cette preuve de leur autorité sur les métropolitains, en les obligeant de recevoir d'eux ou la consécration ou le pallium , de même que les métropolitains se sont maintenus dans le droit d'ordonner les évêques, ou de leur donner des ordonnateurs ; ou que ce furent les archevêques mêmes qui introduisirent cet usat^e, qui a passé en loi au temps qu'ils avaient tant d'ardeur pour le pallium.

Enfin s'il est vrai, comme il faut le présumer, que ces archevêques demandaient cet orne-

ment avec les mêmes sentiments de piété et de religion que saint Grégoire le Grand le donnait, comme il est indubitable que saint Lanfranc , saint Anselme , saint Elpheg , saint Malachie, saint Charles et tant d'autres l'ont demandé, il ne faut pas s'étonner s'ils l'ont attendu avec patience, et s'ils ont cependant suspendu tout leur ministère pontifical.

X. Venons au dernier article qui regarde l'usage du pallium dans l'Eglise grecque. On doute s'il y était réservé aux métropolitains, aussi bien que dans l'Eglise latine.

Innocent III, réglant les droits des quatre patriarches orientaux dans le concile général de Latran en l'an 1-213, use de termes ambigus qui nous laissent dans la même incertitude. Il y ordonne que ces quatre grands patriarches ayant reçu le pallium du pape, le pourront ensuite donner à leurs suffragants. « Et ipsi suis suffraganeis pallium largiantur (Extra C. Antiqua. De purgatione canonica). » Ce terme de suffragants s'applique plus ordinairement aux évêques qui relèvent d'un métropolitain. Mais quelle apparence y a-t-il que ce pape et ce concile ne répande le privilège du pallium que sur les évêques suffragants immédiats des patriarches? Il faut donc comprendre les métropolitains sous ce terme de suffragants.

La question est de savoir si les évêques y sont aussi compris. Ce pape si savant aurait-il exclu les évêques de la signification d'un terme, qui à la rigueur n'appartient qu'à eux seuls ? D'autre part il n'y a pas peu de difficulté de croire que ce pape, toujours zélé pour les pratiques universelles de l'Ejlise latine, ait si facilement relâché un point d'une aussi grande conséquence, que de rendre tous les évoques d'Orient participants du palhum, qu'on avait à peine accordé à tous les métropolitains de rOccident, après les efforts réitérés de plusieurs siècles.

Queliju'un pourrait s'imaginer avec quelque vraisemblance que ce i)ape affecta adroitement des termes à deux sens, afin de ne pas abandonner ouvertement la pratique des Latins , qui réserve cet avantage aux métropolitains, et ne point aussi api)rouver l'usage des Grecs, qui en font part à tous les évêques, à ce que prétendent des gens fort savants.

XL Le canon du VHP concile général, (jui a été touché ci-dtssus (Can. xiv), ne fait mention que des archevêques qui reçoivent ou la consécration, ou le pallium des patriarches. Le

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canon xxvii de ce même concile défend aux rent de celte servitude, les évoques aussi d'auévcques qui ont reçu l'honneur du pallium de tre part obtinrent en môme temps le pallium, le porter lioi-s du tcjnps et des lieux qu'on doit et s'égalèrent en quelque façon à leurs mélropoen user. « Ita ut quibus concessum est palliis litains. « Ex quo turpi commercio vituperanuti, temporibus certis, in iisdem temporibus dusmos inolevit, ut non solum patriarchœ, sed et locis iis induantur, et ianto ac tali non abu- etiam episcopi totius Grœciœ palliis utantur. tantur amictu propter typhum, etc. » Quod quam absurdum sit, censere opus non

Ce canon se trouve même dans l'édition est. » grecque de ce concile. Ainsi on ne peut douter Voilà le récit de Luitprand, évoque de Créque parmi les Grecs mêmes, l'usage du pallium mone, qui avait été lui-même ambassadeur à ne fût limité, aussi bien que parmi les Latins, Constantinople dix ou douze ans après (An. 946), à certains jours et à certaines cérémonies d'une et (jui y fut encore envoyé avec la môme quaplus grande solennité. Ces termes mêmes toùç lité une seconde fois (An. 908). D'où il résulte ôpiOevxaç ^[Aoç&pEÏv êTiiaxoTTouç, « dcsiguatos ad supcr- que sur le témoignage de cet évêque, qui ne humeralia gestanda episcopi, » semblent insi- peut être suspect ni d'ignorance, ni de maunuer que tous les évêques ne jouissaient pas vaise foi, nous pouvons dire qu'anciennement de cet avantage. Démétrius Chomaténus dé- le pallium avait été affecté aux seuls métropo-

clare qu'on ne doit porter le pallium qu'aux litains dans la Grèce même, mais (ju'ensuite

fêtes de Pâques, de la Pentecôte et de Noël. tous les évêques l'usurpèrent. C'est peut-être

Mais d'autre part Luitprand rapporte que le le moyen d'accommoder ce différent, qui parpatriarche de Constantinople n'ayant pu porter tage les savants.

le pallium jusqu'à son temps, quavcc la per- Au reste, le pallium des Grecs, quoiqu'un

mission du pape : « Scimus, imo videnms Con- peu différent de celui des Latins, n'est pour-

stantinopoUtanum episcopum pallio non uti, tant qu'une bande ornée de croix qui entoure

nisi sancti Patris nostri permissu (Baron, an. les épaules et prend sur l'estomac, comme si

934), » l'empereur romain, après avoir élevé c'était un collier sacré. Mais quelque privilège

à cette dignité son fils Théophylacte, obtint du qu'eût obtenu le patriarche de Constantinople,

pape Jean Xil un privilège qui permettait aux il est certain que les patriarches latins de tout

évêques de Constantinople de porter à l'aven. r l'Orient demandèrent toujours le pallium. In-

le pallium sans demander la permission du nocent 111 nous l'a fait voir ci-dessus, et avant

Saint-Siège. « Effecit ut papœ nominc Théo- lui, sous Innocent II, en 1136, Rodolphe, pa-

phylacto litterœ mitterentur, quarum autori- triarche d'Antioche, vint quitter à Rome le

tate tum ipse, tum successores absque pa;.a- pallium qu'il avait pris de sa propre autorité,

rum permissu palliis uterenlur. » Si d'un côlé \>out en recevoir un autre du pape. C'est ce

les patriarches de Constantinople s'affranchi- que Baronius rapporte de Guillaume de Tyr (i).

(1) D'après le cardinal Baronio (ad annum 336), le Phrygium, qui sacerdoce. Ce qui démontre que cet ornement a toujours exprimé est un ornement brodé et marqué de croix, est un insigne spécial au cette idée, c'est que dans toutes les peintures ou sculptures des catasouverain pontife, comme symbole de la plénitude de la puissance combes où l'image de saint Pierre est représentée, on le voit touet de l'honneur. Les papes l'ont quelquefois accordé à des métropo- jours recevant les symboliques clefs sur son manteau Pallium, de la litains, comme pour attester qu'ils étaient leurs lieutenants. C'est ce main du divin Rédempteur. Ainsi, en définitive, le manteau de saint que fit le pape saint Célestiii, dit-il, à saint Cyrille d'Alexandrie. Pierre est l'origine véritable du Pallium des souverains pontifes Pourquoi, demande le savant cardinal, le Phrygium, qui est brodé pour exprimer leur toute-puissance, Pallium qu'ils ont ensuite acavec des croix, s'appelle-t-il bien souvent Pallium , quoique sa cordé à tous les métropolitains. Les premiers successeurs du saint forme soit bien ditrérente et beaucoup plus petite que celle des man- apôtre conservèrent religieusement la forme de son manteau. Mais teaux ordinaires ? Je l'ignore. On peut conjecturer cependant que Ptu à peu on y ajouta des bordures de couleur blanche entremêlées de même que le Grand-Prétre des Hébreux portait un riche super- de croix brodées. Le savant Blanchini nous apprend que l'on trouve humerai, que les autres prêtres n'avaient pas le droit de revêtir, de sur les plus anciennes mosaïques de Rome, celles du ive siècle des même les souverains pontiles de la loi nouvelle usèrent de l'ornement papes avec celte riche bordure du manteau , réunie autour des que nous appelons Pallium, en souvenir du superhuméral. On l'ap- épaules et descendant jusqu'aux pieds, a Pars vero, d ajoute-t-il pela aussi Phrygium, parce qu'il était brodé à la mode phrygienne, " ejusdem integumenti seu pallii ad occiput reflexa, quae constituebat avec des croix. Les premiers pontifes, en offrant le saint sacrifice, capitium sacerdotale, cum ornaretur eadem phrygiata fascia, retinuit étaient yétus d'une espèce de manteau brodé, que plus tard nous idem ornamentum phrygii etiam quando capitium a pallio sejunctum avons appelé chasuble. Or, il a pu advenir insensiblement que le constituit mitram quam dicimus pretiosam : retinente etiam pallio in manteau devenant moins ample, la broderie ou le Phrygium se ora anteriori ex coUo et humeris ad pedes descendeute eumdem changeât en ornement distinct qui, quoique très-étroit, conservât le phrygiatum limbum, sub quo ad oscula principum sanctuarii excinom du tout, c'esl-à-dire Pallium. Primitivement, le vêtement qui pienda manum porrigit hierarca summus. Fascia vero crucibus phrycouvrait les épaules et les bandelettes de l'ornement de la tête se giata, quas amoveri ac removeri facilius posset, in sacro ministerio réunissaient ensemble et formaient à proprement parler le Pallium supra humeros et pectus aptata fuit, eaque retinuit nomen PALLII pontifical. Plus tard et insensiblement on sépara les broderies de la cui aptabatur, et indicationem maximœ potestatis in munere sacertiare ou de la mitre, Phrygium mitrœ, des broderies étroites qui dotii ; non secus ac LATICLAVIUM, insigne potestatis prjesidis proconstituèrent le Pallium ccmme insigne spécial de la plénitude du vinciarum et magistratuum majorum apud Romanos, per eadem tem-

i\'2 DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE CINQUANTE-HUITIÈME.

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