XII. Nouvelles conjectures pour cela
I. Des palliums parsemés de croix, passons à la croix des archevêques, aux crosses et aux
anneaux des évêques et aux autres semblables ornements ou accompagnements de la majesté pontificale.
Le concile de Troyes, tenu en 8G7 (Concil. Gall., tom. m, p. 308), assure que les évêques suffragants de la province de Reims, qui avaient été ordonnés pendant l'absence de l'archevêque Ebbon, reçurent de lui, après qu'il eût été rétabli, les anneaux, les crosses et les lettres de leur confirmation. « Omnesque suffraganei, qui eo absente ordinati fuerant, annulos et bacuios et suœ confirmationis scripta, more gallicanarum Ecclesiarum ab eo acceperunt. »
Dans le concile de Nîmes, célébré en 886 (Ibid., p. 522), où l'on déposa le faux arche-
pora, quod erat genus togse clavo latiori seu limbo ex purpura ad oram intextum , nomen transmisit, et indicium illius amplioris potestatis, ad fasciam purpuream circa finem saeculi secundi et per subséquentes œlates supra humeros et pectus eo loco assutam. <> Dans le corps du droit, chapitre Cunstantinus de la 96e distinction, nous trouvons la raison pourquoi le pallium est de couleur blanche : « Phrygium vero candido nitore splendidum resurrectionem Dominicara designans. > De son côté, Isidore de Péluse, dans la 136e épitre de son premier livre, nous explique pourquoi le Pallium est confectionné avec de la laine d'agneau et non avec du lin ou de la soie : « Ex lana non ex lino contextum est, » dit-il, « ovis illius quam Dorainusaberrantem quaesivit inventamque humeris suis sustulit, pellem désignât. Episcopus enim, qui Christi vices gerit, ipsius munere fungitur, atque etiam ipso habitu, illud omnibus ostendit, se boni illius ac magni pastoris imitatorera esse, qui gregis infirmitates sibi ferendas proposuit. >
Le Pallium, d'après tous les canonistes, est de corpore beati Pétri sumptum, parce qu'il est béni et consacré par le pape sur l'autel de saint Pierre ; parce que celui qui doit en faire usage le prend luimême ou par procureur, s'il est absent, sur l'autel du prince des apôtres, et parce que cet ornement est une émanation de la plénitude de la puissance pontificale que Jésus-Christ confia spécialement à saint Pierre et à ses légitimes successeurs, puissance qui est communiquée à d'autres partiellement et dont le Pallium est le symbole. 11 résulte de là qu'un archevêque n'a aucune juridiction sur la pro- -vince tant qu'il n'a pas reçu le Pallium; il ne peut pas même, d'après le droit, s'appeler archevêque s'il n'est muni de cet ornement.
Le soin de confectionner et de conserver les palliums est confié à des sous-diacres apostoliques. Les religieuses du monastère de Sainte-Agnès-hors-les-Murs présentent, chaque année, en la fête de la bienheureuse martyre, sur son autel, deux agneaux blancs, pendant qu'on chante l'A^nus Dei. Deux chanoines de l'église patriarcale de Saint-Jean-de-Latran reçoivent ces agneaux et les livrent aux sous-diacres apostoliques qui sont chargés de les faire paître jusqu'à l'époque de la tondaison. La laine de ces deux agneaux est mêlée à d'autres laines très-blanches et filées immédiatement pour confectionner les palliums. Voici comment les décrit Christophe Marcelli, dans son Commentaire du Cérémonial romain : « Latitudine digitorum trium redacta in orbem quatuor crucibus nigris aut purpureis intexta pallia, ita ut velut stolx sacerdotales humeros prœsulum ambiant a peclore et renibus particulam pendentem habentia longitudinis
palmi et semis, et in eorum extremitatibus laminas plumbeas tenues ad parem latitudinem in fine orbiculatas nigro serico textas, insutas supra pendentes particulas ante et post et supra humeros utrosque. » Les palliums étant confectionnés, les sous-diacres apostoliques les remettent aux chanoines de Saint-Pierre, qui les déposent sur l'autel du bienheureux apôtre, et, après avoir célébré de solennelles vigiles, ils les reprennent pendant la nuit et les confient de nouveau aux sous-diacres apostoliques qui vont les enfermer dans un lieu trèsdécent.
Le prélat qui doit être revêtu du Pallium en fait la demande au souverain pontife en consistoire par l'organe d'un avocat consistorial qu'il a choisi pour son procureur. Le pape interroge alors les cardinaux sur l'opportunité et la convenance de cette demande, après quoi il charge le doyen des cardinaux-diacres d'assigner un des palliums au pétitionnaire s'il est présent, ou à son procureur. On expédie des lettres apostoliques selon la forme ordinaire, et le premier cardinal-diacre indique le jour et le lieu de la remise de cet ornement sacré. Cette cérémonie a lieu quelquefois dans la chapelle privée du cardinal, mais plus souvent dans la basilique de Saint-Pierre, et avec im grand éclat. Au jour fixé, le prélat ou son procureur, muni de son mandat en forme, se rend au lieu désigné, où il trouve le premier cardinal-diacre et un sous-diacre apostolique portant le Pallium déjà désigné qu'il place sur l'autel. Le prélat, s'il est présent, revêtu de la chasuble, se met à genoux sur les degrés de l'autel, devant le cardinal-diacre debout au côté droit de l'autel où il lit l'Evangile. Alors le pétitionnaire prononce ces mots : » Ego N. electus Ecclesiae N. instanter, instaatius et instantissime peto mihi tradi et assignari pallium de corpore B. Pétri sumptum, in quo est plenitudo pontificalis officii. D Alors le doyen des cardinaux-diacres prend le Pallium sur l'autel et le place sur l'épaule du prélat à genoux, en disant : « Ad honorem omnipotentis Dei et B. Mariœ semper Virginis atque beatorum apostolorum Pétri et Pauli, nec non Ecclesiae N. tibi commissae, tradimus tibi pallium de corpore B. Pétri sumptum, in quo est plenitudo pontificalis officii cum archiepiscopalis nominis appellatione, ut utaris eo intra Ecclesiam tuam certis diebus qui exprimuntur in privilegiis ab Apostolica Sede concessis. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen. » La cérémonie terminée, le maitre des cérémonies reprend le Pallium, le plie et le remet au prélat avec les lettres patenter.
Quand le Pallium est demandé par procureur, celui-ci, revêtu du
DE LA CROIX, DES CROSSES, DES ANNEAUX, etc.
vêque de Narbonne, nommé Selva, on déchira ses habits pontificaux, on lui arracha son anneau, et on lui rompit sa crosse sur la tète. « Scissis episcopalibus indumentis, baculis eorum super eorum capita confractis, annulis cuni dedecore a digitis avulsis. »
II. Le moine de Saint-Gall raconte qu'un évêque à qui on avait commis la garde do la reine, pendant que Charlemagne était en campagne contre les Huns, eut envie du sceptre d'or de ce prince, afin de s'en servir au lieu de crosse. Charlemagne apprit à son retour la demande indiscrète que ce prélat avait faite à la reine, et blâma sa vanité d'avoir voulu, au lieu d'une houlette de berger, manier le sceptre impérial.
« Episcopi contemptores hujus mundi esse debuerunt, et alios exemplo suo ad appetenda cœlestia provocare. Nunc vero prœ cicteris mortalibus tanta ambitione corrupti sunt, ul quidam ex eis non contentus episcopatu, quem in prima Germaniœ sede retinet, sceptrum nostrum, quod pro significationeregiminisnostri, aureum ferre solemus, pro pastoral! baculo nobis ignorantibus sibi vindicare voluisset (L. I, c. 19). »
Ce sceptre étaitde la hauteur de Charlemagne, au rapport du même auteur : « virgam auream quam ad statumsuum tleri jussit. » Eginhard nous a représenté la taille avantageuse de Charlemagne, de la hauteur de sept de ses pieds : « Corpore fuit amplo atque robusto, statura eminenti, quae tamen justam non exce-
surplis, se met à genoax et prononce ces mots : ■ Ego N. procurator et procuratorio nomine, et pro parte Rev. in Christo Patris et Domni, Domni N. electi Ecclesiae N. instanter, instantius et instantissime peto mihi tradi et assignari pallium de corpore B. Pétri sumptum, in quo est plenitudo pontificalis ofûcii, et promitto illud reverenter portare eidem Rev. Patri D. N. nec pernoctabo in aliquo loco, nisi una nocte tantum, nisi prœpeditus fuero légitime, et tune in cathedrali ipsius, et si non fuerit cathedralis, in coUegiata, et si non fuerit collegiata, iu parochiali ecclesia remittam et honorifice reponam, sic me Deus adjuvet et haec Sancta Dei Evangelia. » Le cardinal-diacre place alors le Pallium sur l'épaule du procureur et prononce les paroles de ci-dessus.
Le pape seul use du Pallium en tout temps, en tout lieu et toujours, comme possédant la source de la puissance ecclésiastique ; les primats et les archevêques ne peuvent se servir du Pallium que dans leur Eglise ou leur province, et seulement en des jours déterminés, parce que, dit le Droit : « In partem soUicitudinis, et non in plenitudinem potestatis sunt vocati. » Voir le chapitre ad honorem, 4, de auctor. et usu pall. et le même titre dans le Se.\te, chapitre Ex tuarum, 5. Voici les fêtes où les métropolitains peuvent porter le Pallium : Noël et les deux fêtes suivantes, la Circoncision, l'Epiphanie , le Dimanche des Rameaux , le Jeudi-Saint , le Samedi- Saint , les trois fêtes de Pâques , l'Ascension , les trois fêtes de Pentecôte, la Nativité de saint Jean-Baptiste, la fête des Apôtres, les quatre fêtes principales de la Sainte Vierge , saint Michel , la Dédicace , l'ordination des clercs et les fêtes principales de l'Eglise métropolitaine. Ils ne peuvent se servir du Pallium que pendant la messe. Divers textes du droit sont précis sur oe point. Ils ne peuvent le porter hors de l'église, jamais dans les processions. Quelques canonistes pensent qu'ils peuvent le revêtir pendant la
deret ; nam septem suorum pcdum procerita tem, ejus constat habuisse figuram. »
Ce sceptre originairement n'estîautre chose que la houlette des anciens pasteurs, qui étaient en même temps les rois de leurs peuplades, et les bergers de leur troupeau. Et c'est là la première origine de la plus ancienne et de la plus légitime royauté parmi les hommes.
Ainsi le sceptre royal n'était pas si éloigné de la crosse d'un évêque, si l'ambition des hommes n'avait effacé les traces mêmes de l'ancienne simplicité des siècles d'or, où la vanité n'avait point encore donné de prix à l'or même. Saint Isidore, évêque de Séville, fait aussi mention de la crosse qu'on donne aux évêques dans leur ordination. « Huic dum consecratur, datur baculus, ut ejus indicio subditam plebem vel regat, vel corrigat, vel infirmitates infirmorum sustineat (De Eccl. Offic, 1. H. c. v. Act. 7). »
L'auteur de la vie de saint Césaire raconte les miracles qui furent faits par la crosse de ce saint archevêque, et dit qu'un clerc de l'ordre des notaires était destiné pour la porter : « Clericus cui cura erat, baculum illius portare, quod notariorum officium erat (Surius, Octob. die 19, 1. n, c. i). »
La crosse de saint Burchard, évêque de Virsbourg, n'était que de bois ; et l'auteur de sa vie (Vita ejus, apud Surium, die 19 Octob., 1. II, c. i) prend de là occasion de louer sa modestie, et d'invectiver contre l'ambition que
tenue du concile provincial. Ils s'appuient sur les exemples de saint Charles et de Benoît XHI, lorsqu'il n'éuit qu'archevêque de Bénévent. Le Pallium étant un privilège personnel et local, le métropohtam ne peut ni le revêtir hors de sa province, ni le prêter à un autre archevêque. Bien plus, un archevêque transféré à une autre métropole ne peut se servir du Pallium qu'il avait déjà, mais il lui en faut postuler un autre. Le droit est ici encore formel. Un canoniste dit à ce sujet : « Pallium datur personae sed contemplatione loc!. n II doit emporter avec lui le premier Pallium dont il ne peut plus faire aucun usage, et lorsqu'il meurt, il doit être revêtu du Pal hum de sa dernière Eglise, et celui de la première doit être placé sous sa tête. ^
Un archevêque qui aurait résigné son titre aurait besoin d'un nouveau Pallium s'il était dans la suite renommé à l'archevêché qu'il avait abdiqué. Si, après avoir obtenu le Pallium par procureur un archevêque vient à mourir avant de l'avoir reçu, le Pallium doit être brûlé, et les cendres placées dans la sacristie. Un archevêque qui posséderait deux archevêchés aurait besoin de deux palliums \n pour chaque Eglise. Un archevêque qui serait transféré d'un archevêché à un évéché ne pourrait jamais se servir du Pallium.
Les patriarches et les archevêques in partibus infidelium' ae jouissent pas du Pallium, par la raison que nul ne peut le porter hors de sa province ; or, ces titulaires ne l'habitent jamais. Nous croyons par cette longue note, avoir complètement élucidé une question sur laquelle on n'a généralement que des notions peu claires. Le droit comme on sait, a un titre spécial là-dessus, de autoritate et usû Pallii. En 1858, Pie IX accorda à l'évèque de Marseille et à ses successeurs, à perpétuité, cet ornement des métropoliuins.'
(Dr André.)
Th. — Tome I.
quelques évêques font paraître dans la somp- ment. Photius étant cité dans le VHP" concile
tuosité même de leurs bâtons. « Virga sam- général, y comparut avec un bàlon à la main,
bucea semper nobis ad memoriam reducit comme pour s'appuyer; mais on le lui ôta, de
humilitatis ejus exempla. Unde constat quanto peur que ce ne fût encore un artifice de ce
pretiosior sit coram illo, qui humilia respicit, \ieux fourbe, pour paraître avec les marques
et alla a longe cognoscit, pastor Burchardus, du pontificat. « Tollite baculum de manu ejus,
cum sua pastorali virga, modernis pastoribus, signum est enim dignitatis pastoralis, quod hic
qui pascentes semetipsos, vix in ipsis baculis habere nullateuus débet, quia lupus est, et non
suis aliqua carent pompa. » pastor. »
Je viens aux Grecs, entre lesquels Balsamon III. Quant à l'anneau, le droit oriental ne
ne semble donner la crosse qu'aux patriarches, l'attribue qu'aux Latins, et il reconnaît que
Voici le dénombrement des ornements (lu'il dit c'est un symbole fort juste et fort proportionné
être affectés aux seuls patriarches : « Quoniam ])our marquer la qualité d'époux, qui convient
vero baculus, et saccus, et polystaurium, et aux évêques à l'égard des Eglises. « Qucmad-
sticharium cum litteris gamma, patriarchalem modum enim Christus Ecclesiœ, mundarum-
sanclitatem solam nobilitant, etc. (Juris Orient, que et virginearum Ecclesiarum sponsus est :
tom. I, p. 440, 447). » sic qui ubique sunt sanctarum Ecclesiarum
Il dit ensuite que ce bâton représente le pnesules, sponsi appellantur, accepte Spiritus
roseau qu'on mit entre les mains du Fils de sigillo, ut annulo (Tom. i, p. 321). » En effet
Dieu au temps de sa passion, et qui lui servit c'est comme il faut traduire ce passage, et non
comme pour signer et pour confirmer les pas, « annulo accepto, ut Spiritus sigillo. » Les
assurances de notre salut. « Baculi signifi- évêques grecs, dans leur ordination, ne rece-
cant arundinem illam, quae salutem humani valent donc point d'autre anneau que le Saint-
generis egregie depinxit, testis in cœlo fidelis. » Esprit même.
Après cela on pourrait avec quelque vrai- Optât semble faire allusion à l'anneau des semblance conjecturer que ce bâton pastoral évêques, quand il use de ces termes : « Ut n'était originairement ni dans la main des rois, haîretici omnes nec claves habeant, quas solus ni dans celle des évêques, que le bâton com- Petrus accepit, nec annulum, quo legitur fons mun pour s'appuyer, et pour se fortifier dans esse signatus (Optât., 1. 1). » Et plus bas : «Bene les longues marches ; qu'il était peu précieux revocasti claves ad Petrum , bene subduxisti dans sa matière, et fort simple dans sa forme ; annulum iis, quibus aperire non licet ad fonqu'on y a dans la révolution des siècles attaché tem. » 11 ôte aux hérétiques les marques de des représentations mystérieuses, et qu'après l'épiscopat. Saint Isidoreparle aussi de l'anneau cela on en a fait les plus riches et les plus des évêques, et en donne les raisons : « Datur glorieuses marques de la royauté spirituelle et annulus propter signum pontificalis honoris, et temporelle. Aussi un saint prélat disait à ce vel signaculum secretorum, ne indignis sacrasujet qu'autrefois les évêques étaient tous d'or, menta Dei aperiantur (L. i, c. v. De Eccles. et n'usaient que de crosses de bois, au lieu que, Offic). » L'Ordre romain et les autres ouvrages dans les siècles suivants, ce furent comme des semblables en ont tous traité ensuite, évêques de bois, qui usèrent de crosses d'or et IV. Je ne sais si les évêques anciens portaient d'argent. aussi une croix pectorale. Les légats des pa-
Le bâton de l'archidiacre de saint Séverin, triarches d'Orient disent bien que lorsqu'ils
évêque de Cologne, dont parle Grégoire de furent arrivés à Constantinople pour assister
Tours, (Greg. Turon., 1. i. de Mira. S. Martin, au concile Vlll général, l'empereur leur mit
c. iv) n'était aussi apparemment qu'un bâton sur le col sa croix pectorale, pour les conjurer
ordinaire pour se soutenir, dont les archi- de n'avoir point d'autres intérêts que ceux de
diacres et quelques autres dignités des cha- la justice. « Imposuit super colla nostra encol-
pitres ont depuis fait une marque honorable de pion suum et dixit : Ecce judicium Ecclesiaî
leur sacré ministère. exigat Deus a cervicibus vestris in die judicii
L'exemple de Photius prouve i°. Que parmi (Sess. C), »
les Grecs la crosse était réservée aux patriar- Anastase Bibliothécaire remarque sur cet
ches. 2°. Que primitivement ce n'était qu'un endroit du concile VIII, que les Grecs portent
bâton ordinaire pour marcher plus commode- toujours dans le sein une croix, avec du pré-
DES CHOIX, DES CROSSES, DES ANNEAUX, etc.
cieiix bois de la vraie croix, ou a\ec des reliques des saints ; et que c'est ce qu'ils appellent Encolpion (sp.ixz'.cv). « Encolpion est, (jucd in sinu portatur. Colpos enim grœce, sinus latine dicilur. Moris enim gra^corum est, crucem cum pretioso ligno, vel cum reliquiis sanctorum ante pectus portare, suspensam ad coUum. »
Mais on ne peut pas conclure efficacement de là que les évèques portassent aussi la même croix pectorale. On en pourrait tirer une preuve plus forte de ce que Rothald, évèque de Soissons^ dans sou appel au pape Nicolas, témoigne qu'ayant été cité pour comparaître devant le roi et le concile, il s'y présenta avec le livre des Evangiles, et la vraie croix devant l'estomac. « Ad locum transivi, sacerdotalibus veslitus indumentis , sanctum evangelium , et lignum sanctsc crucis circa mea pectora gérons (Post epist. xxxvii Nicolai I). »
On pourrait encore se persuader que ce ne fut que par une précaution extraordinaire contre le danger qu'il allait courir, que ce prélat se munit du livre des évangiles et du bois de la vraie croix.
On ne peut douter qu'au moins le pape ne portât une croix pectorale. Jean Diacre le témoigne ouvertement de saint Grégoire le Grand (Lib. IV de vita ejus, c. lxxx), en nous représentant les habits sacrés dont il était revêtu après sa mort dans son mausolée. « Pallium ejus et philacteria, sed et balteum ejus consuetudinaliter osculantur. »
Dans le même chapitre cet auteur nous apprend que c'était un reliquaire pendu au col, qu'il avait entendu par ce terme : Philacteria. «Quod autem reliquiarum philacteria tenuiargento fabricata, vilique pallio de coUo suspensa fuisse videntur, habitus ejus mediocritas demonstratur. » Mais saint Grégoire même explique ce terme d'une croix enrichie de reliques, et surtout du bois sacré de la vraie croix. « Excellentissimo regitransmitlere curavi phylacteria, id est crucem cum ligno sanctae crucis Domini et leclionem sancti evangelii theca persica inclusam (L. xn, epist. vu). » Nicéphore, patriarche de Conslantinople, envoya au pape Léon III une de ses croix pectorales . ornée de ce même bois sacré : « Symbolum mediatricis inter nos dilectionis misimus fraternae vestrse beatitudini encolpium aureum, etc. Et intus habet alterum encolpium in quo sunt partes honorandi ligni, in figura crucis positœ. »
Ce ne serait pas sans fondement que l'on se persuaderait que cette coutume était particulière au pape. Innocent 111 le déclare assez nettement, lorsqu'il explique les ornements dont le pape se servait à l'autel, et qu'il fait succéder la croix à la lame d'or que le seul grandprêtre de l'ancienne loi portait.
« Romanus pontifex post albam et cingulum, etc. Et quia signo crucis auri lamina cessit pro lamina quam pontifex ille gerebat in fronte, pontifex iste crucem geri in pectore. Ideoque Romanus pontifex crucem quamdam insertam cateuulis a collo suspensam , sibi statuit ante pectus, ut sacramentum quod ille tune praeferebat in fronte, hic recondat in pectore (L. I Myster. Miss., c. lui). »
Comme ni saint Germain, patriarche de Conslantinople, ni Alcuin, ni enfin tous les autres qui ont expliqué les significations mystérieuses des ornements qui servaient à l'autel tant en Orient qu'en Occident n'ont fait aucune mention de la croix pectorale, c'est une preuve certaine qu'elle n'était pas encore en usage par une loi ou par une coutume réglée et uniforme.
V, Il est indubitable d'ailleurs que les évoques, les ecclésiastiques et les laïques en ont souvent porté par un mouvement particulier de piété.
Saint Chrysostome, après avoir condamné toutes les superstitions vulgaires, conseille d'employer plutôt la croix pour la conservation des enfants : « Cum infanti nihil aliud sit adhibendum, quam crux ad custodiam. Tt,v àiro Tcj «raûpoj çjXoocT.v (lu cpist. 1 ad Cor., hom. xii).» Voilà peut-être l'origine de ce terme Phylacteria^ qu'on a ensuite déguisé en Filateria, parce que ces reliquaires étaient comme les gardes et les conservateurs de ceux qui les portaient.
Léonce, évèque de Naples en Chypre, dit que Zacharie, digne disciple d'un aussi excellent maître que l'avait été saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie, n'ayant plus rien à donner à un pauvre, lui donna la croix d'argent qu'il portait. « Abstulit a se quam ferebat cruciculam argenteam et dat ei (Vide Gretserum de Cruce , 1. ii, c. 34. De Encolpio episcoporum). »
Saint Epiphane (Hœresi xv) a reconnu luimême que le terme de «suXowtt.siov se prenait souvent pour ces préservatifs, quelesLatins appelaient amideta. Les anciennes Glosses et
celles d'Isidore même en conviennent. Le père Possin, dans ses notes sur Michel Paléolofiue de Pachymère (Pag. 378), montre quelesGrecs juraient sur leurs croix pectorales, qu'ilsappelaient w£p(ap.|iaTa, è-jx&xirix. Paclivmère raconte qu'un sultan voulant donner à l'empereur une preuve convaincante de sa sincérité dans la religion chrétienne, lui envoya demander un de ces reliquaires, et lui lit connaître par là qu'iPrévérait les saintes images (L. iv, c. 0).
Nicéphorus Grégoras raconte conmient le vieil empereur Andronic étant prêt d'expirer, et n'ayant personne qui pût lui donner l'Eucharistie, mit dans sa bouche l'image de la Vierge, qu'il portait toujours dans le sein, c Dei genitricis imaginem, quam in sinu gestabat, loco divinorum mysteriorum in os inseruit (L. ix, c. ult.). »
Il y a lieu de conjecturer que si les laïques avaient tant de passion et tant de respect i)0ur ces croix et ces reliquaires qu'ils portaient pendus à leur col, les évêques et les ecclésiastiques ne leur cédaient point en cela. Voilà pour les Grecs.
Quant aux Latins , saint Jérôme confirme l'origine du mot dePhylacterium, quand il dit que ce nom est donné dans l'Evangile aux franges sur lesquelles on marquait quelques sentences de l'Ecriture, parce qu'on était prévenu de cette persuasion que c'étaient autant de préservatifs certains contre toutes les attaques de l'ennemi de notre salut. « Pictaciola illa decalogi, philacteria vocabant, quod quicumque habuisset ea, quasi ob custodiam et munimentum sui haberet (In Matt,, c. xxni). »
Saint Germain , évêque d'Auxerre , portait toujours son reliquaire pendu à son col, « Redimitus loro semper , et capsula sanctorum reliquias continente (Surius, Julii die 31, 1. i, c. 10). » 11 donna une médaille où la croix était marquée à la sainte et célèbre vierge Geneviève, lui commandant de ne la quitter jamais, « iEreum nummum impressione crucis exsculptum, muneris loco Genovefœ tradidit, atque semper collo suspensum ob sui memoriam ferre praecepit (Ibid., c. xxi). » Ce saint étant mort en Italie, l'impératrice Placide reçut comme un trésor inestimable son reliquaire : « Solius benedictionis hœres capsulam cum sanctis ; reliquiis regina suscepit (L. ii, c. 21).» C'est ce qu'en dit l'auteur de sa vie.
Bède raconte comment ce saint prélat étant passé dans la Grande-Bretagne, y rendit la vue
à une fdle aveugle, en lui appliquant son reli- (juaire sur les yeux. « Adhu^rentem lateri suo capsulam cum sanctorum reliquiis collo avulsam manibus comprehendit, eam(|ue in conspectu omnium oculis puellœ applicuit (L. i, llist. Angl., c. xvni). » Grégoire, évoque de Tours, (jui a écrit l'histoire, écarta une tempête (jui le menaçait, en o|)i)Osant aux foudres et aux tourbillons le reliquaire (ju'il portait toujours dans son sein. « Reliquias, lias enim indesinenter collo ferebat, de sinu prolrahit, et minacibus constanter nubibus opponit, »
Saint Perpétue, évèque de Tours, lègue dans son testament un reli(iuaire d'argent, et une petite croix d'or avec des particules de la vraie croix. « Crucem parvam auream, ex emblasmate, in qua sunt de reliquiis Domini (Surius, die 17 Novemb., c. viii). » Le pape Nicolas écrivant aux Bulgares, loue la dévotion de ceux qui portaient toujours une croix sur eux, afin de se ressouvenir plus facilement de leurs obligations à mortifier leurs passions. « Cum corpore gestatur, ut et mente gestari debeat , facilius admonetur (Resp. ad Consul. Bulg., c. vu). »
Concluons de tout cela que c'a été premièrement une dévotion générale et libre des fidèles de porter des croix avec des reliques; que les évoques ont été les plus zélés pour cette pratique de piété ; que les papes ont été les premiers qui ont fait un ornement de cérémonie de ce qui n'était qu'une dévotion arbitraire, et qui ont fait briller la croix à l'autel par-dessus leurs autres ornements pontificaux, comme il a paru par saint Grégoire le Grand, et par ce qu'en a écrit Innocent III ; enfin les autres évêques ont été les imitateurs de ce qui se pratiquait dans la première des Eglises du monde.
VI. Cette croix pectorale que les évêques portent pendant les saints mystères est bien différente de celle qu'on porte devant les archevêques, dont il nous faut maintenant rechercher l'origine. L'usage de ces croix (ju'on porte en public, semble avoir commencé par les processions publiques, où saint Chrysostome en fit porter, comme Socrate et Sozomène le racontent (L. vi, c. 8). L'auteur de la vie de saint Porphyre, évêque de Gaze (L. vm, c. 8, vita Porphyr., c. xiv), le fait recevoir en quelques endroits avec la croix et la psalmodie. « Occurrerunt nobis habentes signum veneranda3 crucis, etipsi psallentes.»
DES CROIX, DES CROSSES, DES ANNEAUX, etc.
Juslinien défendit dans une de ses Novelles (Nov. 123), de faire aucune procession sans que la croix y fût portée, pour ouvrir le chemin à la piété des fidèles. Comme on allait en procession au-devant des personnes éminentes, on portait aussi la croix devant eux. Ce fut de cette manière que les légats du pape Hormisde furent reçus dans quelques villes de la Grèce, comme ils écrivirent eux-mêmes à ce pape, « Episcopuscum suo clero vel plèbe in occursum nobis egressus est, etc. Prope omnes cum cereis, viri cum mulieribus, milites cum crucibus in ci vitale nos susceperunt (An. 519. Post ep. XXXIV Hormisdae). »
Comme les marches solennelles des personnes religieuses se faisaient souvent en la forme des processions, on y portait aussi les croix. Telle fut l'entrée d'Augustin et de ses compagnons dans l'Angleterre : quand ils se présentèrent devant le roi, leur croix d'argent allait devant avec l'image de J.-C. «Veniebant crucem pro vexillo ferentes argenteam, et imaginem Domini Salvatoris in tabula depictam, letaniasque canentes , Domino supplicabanl (Beda, l.i, c. 25).»
Les exarques et les patrices étaient reçus à Rome avec la même solennité des croix et des processions qui venaient au-devant d'eux, et Adrien 1" fit le même honneur à Charlemagne, roi de France, au temps que Rome relevait encore de l'empire de Constaniinople. « Laudum vocibus Francorum susceperunt regem; obviam il|i ejus Sanctitas dirigens, venerandas cruces, id est signa, sicut mos est ad exarchum, aul patricium suscipiendum ; eum cum ingenti honore suscipi fecit. »
C'est ce qu'en dit Anastase dans la vie d'Adrien 1", qui raconte aussi, dans la vie de Léon IV, comment les sous-diacres portaientaudevant de ce pape et de ses successeurs, quand il sortait à cheval, la croix d'or que Charleraagne avait donnée à Léon 111.
Voilà les plus anciens vestiges de ces croix qu'on porta depuis devant les patriarches, les primats et les archcA êques. Mais ce n'en sont que des vestiges fort superficiels, car excepté l'exemple de l'apôtre d'Angleterre, Augustin, qui n'était pas encore consacré évèque, toutes ces croix dont nous avons parlé étaient portées ou envoyées par d'autres que par ceux à qui cet honneur était rendu. Entre les privilèges de l'Eglise de Hambourg, on trouve celui que Léon IV accorda à l'archevêque Anscharius,
chargé de la légation du Saint-Siège, « Ornari quoque caput tuum mitra, portari ante te crucem . »
Le cardinal Humbert, qui fut envoyé légat du Saint-Siège à Constantinople en 1050, fit porter la croix devant lui ; c'était donc déj>à la coutume et le privilège des légats du Saint- Siège. Cet honneur passa apparemment des légats aux archevêques: et c'est ce qu'il faut réserver pour un autre endroit. Je me contenterai d'ajouter ici l'exemple du grand saint Etienne, apôtre et roi de Hongrie, à qui le pape accorda la couronne et la qualité de roi en même temps que la croix et le titre de légat apostolique dans tous les Etats qu'il avait luimême conquis à J.-C.
« lis audilis mire exhilaratus pontifex, precibus libenter annuit, crucemque ante regem ceu apostolatus insigne, gestandam adjunxit : Ego, inquiens, sum apostolicus ; at ille mérite Christi Apostolus dici potest, cujus opéra tantum populum sibi Christus acquisivit. Atque ea causa, quemadmodum divina gralia ipsum docebit, Ecclesias Dei una cum populis nostra vice ei ordinandas rehnquimus (Surius, die 20 Aug. c. vni). »
Comme ce privilège fut accordé au roi de Hongrie environ l'an 1000, il est à croire que les légats du Saint-Siège en jouissaient auparavant.
De là on peut conclure avec beaucoup de probabilité, 1° que la croix était portée devant les souverains pontifes, devant leurs légats et ensuite devant les archevêques en leur marche, parce qu'on supposait que toutes leurs marches et tous leurs pas ne tendaient qu'à l'établissement ou à l'agrandissement de l'empire de la croix. 2° Que ce furent les souverains pontifes qui donnèrent commencement à cette coutume, qui a passé ensuite à leurs légats, et enfin à tous les archevêques.
Je n'ai point parlé de la croix que saint Willebrod, archevêque d'Utrecht, portait avec lui en chemin, et qui lui futj volée par un diacre, comme le raconte Alcuin dans sa vie, « Crucem auream quam vir sanctus secum in itinere portare solebat (Alcuinus, pag. 1440), » parce qu'il y a de l'apparence que c'était plutôt une croix pectorale. Ce n'est que sur la foi de Sigonius qu'on a cru que le pape Anastase III, entre plusieurs autres privilèges, dont il rehaussa le siège èpiscopal de Pavie^ permit à l'évêque de cette ville de faire porter la croix devant lui
i\S DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE CINQUANTE-HUITIÈME.
quand il se mettrait en chemin (Baronius , au-devant de lui avec des cierges, des lampes
an. 910). et des parfums, et lui ayant présenté la croix
VII. Dans l'Orient c'était un honneur affecté à adorer. « Sanctissimi Patres cum collegio
aux patriarches de porter des cierges allumés monachorum eunt obviam cum cereis, lampa-
et des cassolettes de parfuns devant eux. Cèdre- dibus et universis thymiatibus, etc. Mox im-
nus raconte comme le patriarche de Constanti- perator ante crucem prostralus , etc. (Du
nople Nicéphore s'en allant en exil pour la dé- Chesne, llist. Franc, tom. ni, p. 073). »
fense de la foi et de l'Eglise, le saint abbé II est donc vrai, ou du moins fort vraisem-
Théophane, miraculeusement informé de son blable, que comme l'on porta d'abord les croix
passage, dont il était fort éloigné, alluma des au-devant des personnes éminentes ou dans
cierges et brûla des parfums pour honorer sa l'Etat ou dans l'Eglise, à qui l'on voulait ren-
dignité et sa constance. « Suffitu et cereis pro- dre des honneurs extraordinaires, et ensuite
secutus est. ©yjAiaf^aai xat xYifoi; wpoûffef^.Trev. AajjLTvacj'. Ics mèmes ecclésiastiqucs firent porter la croix
xat6uij.tap.aai. (Ccdr., p. 489). » devant eux; ainsi d'une coutume semblable
Saint Cyrille, archevêque d'Alexandrie, écri- d'aller au-devant des personnes élevées en di- \it lui-même au clergé et au peuple d'Alexan- gnité avec des cierges allumés et des encendrie, qu'à la sortie de la première session du soirs, naquit la coutume des patriarches de concile général d'Ephèse , où on avait con- faire porter devant eux des lampes et des pardamné et déposé Nestorius , les fidèles les fums. Les exemples que nous venons de rapvinrent recevoir et les accompagnèrent jusqu'à porter semblent autoriser cette origine, leurs maisons avec des flambeaux et en brû- VIII. D'autres croient néanmoins que c'a lant des parfums. « Ut primum ex Ecclesia été à l'imitation des empereurs et par une egressi fuimus, cum facibus et tœdis usque ad communication des honneurs de l'empire au diversorium nos deduxerunt; erat enim ve- sacerdoce, que les patriarches faisaient porter spera. Multa etiam luminaria accensa, ita ut le feu devant eux. Hérodien nous a appris nonnulla} quoque mulieres thuribula gestan- celte coutume des empereurs romains, tes antecederent nos (Conc. Ephes., act. 1). » Balsamon assure que la fonction et l'autorité
Dans les accusations formées contre Ibas, d'enseigner les peuples étant commune aux
évêque d'Edesse, qui furent lues dans le con- empereurs et aux patriarches, la lampe (xap.7î(x-
cile de Calcédoine, il est parlé de la persécu- ^sç), qui en est le symbole, est aussi éga-
tion qu'il avait excitée contre un homme de lement portée au-devant d'eux, mais que ce
bien, dont l'innocence demeura enfin victo- n'est néanmoins pas pour cette raison qu'on
rieuse, et qui fut tiré des prisons avec la joie la porte, puisqu'on la porte aussi devant l'im-
publique de tous les citoyens qui le reçurent pératrice, à qui saint Paul ne permet pas d'en-
avec des lampes et des flambeaux. « Universa seigner dans l'Eglise non plus qu'aux autres
civitas e custodia eum cum cereis et lampadi- femmes ; et qu'on ne la porte pas devant les
bus excepit (Conc. Cale, act. 10). » évoques ou devant les métropolitains, excepté
Le retour de saint Athanase à Alexandrie quelques métropolitains qui ne relèvent d'au-
parut plutôt un triomphe par la quantité de cun autre jnimat ou patriarche, comme ceux
flambeaux et de parfums, et par les applaudis- de Bulgarie et de Chypre, et quelques autres
sements de tout le peuple. C'est ce qu'en dit métropolitains qui ont obtenu des empereurs
saint Grégoire de Nazianze (Orat. xxi), « Nam ce privilège. Il ajoute que l'auguste ministère
quid publicos plausus commemorem, et un- des empereurs répand sa lumière et ses bien-
guentorum profusiones, et totam urbem lu- faits sur les âmes et sur les corps, au lieu que
mine coruscantem. » Victor, évêque d'Afrique, celui des patriarches n'étend ses influences
dit que les fidèles venaient au-devant des mar- que sur les âmes, et celui des impératrices sur
tyrs avec des cierges à la main. « Manibus les corps (Juris Orient., 1. vu, p. -444).
cereos gestantes, suosque infantulos vestigiis Ainsi il a été convenable que la lampe des
marlyrum projicientes ( L. u , de persec. empereurs fût ornée de deux couronnes d'or,
Vand.). » au lieu que celles des impératrices et des pa-
Charlemagne fut reçu dans la célèbre abbaye triarches n'en ont qu'une. « Quia vero impe-
de Saint-Vincent du Voltorno, en Italie, avec ratorum auxilium ad illuminationem et sta-
la même', cérémonie, les rehgieux étant venus bilimentum sese tam anhui, quam corporis
DES CROIX, DES CROSSES, DES ANNEAUX, etc.
porrijiit, amplitudine patriarcliarum ad animi duntaxat utilitatem constricta, et consimilitcr imperatricis cura duntaxat ad vitœ temporalis prosperitatem extenditur ; idcirco faces imperalorum geminis aureis cinguntur corollis , cum quœ imperatricis et patriarcharum sunt, uno quasi sepimcnto circumdentur. «
Enfin, il dit que si les lampes des patriarches brillent d'or et d'argent, c'est afin de donner à tout le monde une plus haute estime et un plus profond respect pour la religion et pour le sacerdoce, par cette égalité d'honneurs entre les empereurs et les patriarches. « Dum magnam illam et augustam pompam solis imperatoribus et patriarchis exhiberi \ident (L. ii, c. 15). »
Le patriarche Arsène, de Constantinople, s'étant volontairement retiré dans un monastère de Nicée, laissa emporter sa crosse et son chandelier parles envoyés de l'empereur iMichcl Paléologue et du synode, témoignant qu'il se démettait sans peine de la dignité patriarcale , puisqu'il en abandonnait les marques. C'est ce qu'en dit Pachymère dans l'histoire de cet empereur. « Si niissis ad eum certis, qui ponlificium ab eo lituum et candeiabrum TT.v pay.TT.p(a<< xaixau-^a^ciiacv, ab co posccrent, utrumque prseberet ; hanc restare viam explorandœ ejus circa cessionem sententiip. Successu res non caruit (Vide Pachy., in Andronico, p. 461) .» Ce qu'on a remarqué des chandeliers de l'Apocalypse, qui sont les symboles des Eglises épiscopales, a peu de rapport à ce que nous traitons.
IX. Car nul ne peut nier que cette coutume de porter le feu devant les patriarches n'ait pris son origine ou de ces témoignages de la joie publique qui se rendaient à des personnes extraordinaires dans des rencontres singulières, ou des communications mutuelles qu'il y a eu entre les empereurs et les évoques, de leurs plus éminentes prérogatives. Les patriarches prirent les souliers de pourpre des empereurs, souscrivirent de la même encre qu'eux, ajoutèrent des broderies et des images des saints à leurs habillements de tète , qui avaient été simples et blancs.
L'excessive faveur de l'empereur Alexis Comnène envers le patriarche, lui fit entreprendre ce que Curopalate raconte : « Aggressus est eliam coccotinctainduerecalceamenta, antiqui sacerdotii morem hune asserens , et oportere )iis uti archiepiscopum. ]\am inter sacerdotium
et regnumnihil interesse, veladmodumparum, et in rébus pretiosioribus , amplius fortasse et magis colendum sacerdotium (Curopalates, initiohist. Glycas).»
Balsamon remarque que les empereurs s'étaient aussi donné la liberté de faire des ins-î tructions au peuple, de brûler de l'encens, comme les prêtres , et de sceller avec la double cire, prétendant que leur onction sacrée leur donnait une juste participation des avantages du sacerdoce : «Audiant tam ad amplitudinem imperatoriam, quam patriarchalem officia docendi pertinere, propter unctionis sacraî vim atque potestatem. Hinc enim usu venit , ut fidèles principes et imperatores catechetico more cum christiano populo colloquantur, aut suffitum faciant, more sacerdotum, et cum cera duplici obsignent. xaT7)-/.r.Ttxûî cu-iXcùai, r. ômiû-
(jiv, wî îapsî;, if, li-era ^ixnpïou ffcppa-yîîlouoi (Juris Orient.,
pag. 44-4).»
X. Mais quand Balsamon ajoute que les autres ornements propres aux patriarches seuls, sont la crosse, le sac, le polystaurion et la tunique chargée de lettres gamma, il nous donne sujet de croire que, comme les patriarches ont emprunté le sac des empereurs , aussi les empereurs ont imité le polystaurion des pontifes.
Et effet, qui peut douter que les évêques n'aient été les premiers à parsemer de croix leurs sacrés ornements : « Quoniam vero baculus, et saccus et polystaurium, plenaque tunica figuris litteram gamma repraesentantibus, patriarchalem sanctitatem solam nobilitant, etc. (Ibidem, pag. 446, 447). »
Aussi Balsamon dit, dans la suite du même discours, que le sac représente le manteau de pourpre dont J.-C. fut revêtu par dérision de sa royauté , comme le polystaurion figure sa croix glorieuse et triomphante : « Sacci pallium illud contumeliae atque opprobrii, polystauriorum phenolia venerandae crucis universalem gloriam atque potestatem. -cxûarauptov <pat-
voXia.
XI. Il nous reste un mot à dire de la mitre ou de la tiare pontificale. Eusèbe semble la donner aux évêques comme une couronne royale : « Sacerdotes Dei, qui sacra tunica talari induti, et cœlesti gloriae corona decorati. Tôv oùfâv.ov zr,; ^o^r; uTÉçavov (L. X liist., C. 4).» Saint Grégoire de Nazianze en parle aussi : « Idcirco me pontiflcem ungis, ac podere cingis , capitique cidarim imponis (Orat. v). »
Ammien Marcellin (L. xxix) dit que le tyran Mascizel voulant rega^j^ner les bonnes grâces d€ l'empereur Théodose, lui rendit toutes les enseignes militaires et les coiiroimes sacerdotales qu'il avait enlevées ; « Militaria insignia et coronam sacerdotalem cum cieteris qwx interceperat, nihil cunctatus restituit, ut prieceptiim est. »
Isidore de Séville, en parlant des habillements du sacerdoce mosaïciue, semble avoir fait la peinture de la mitre : « Pileum est ex bysso rotundum, quasi splurra média caput tegens sacerdotale, et in occipitio vitla constrictum ; Hoc Grœci et nostri tiarani vel galeam vocant (Orig.,1. XIX, G. 36). »
Cantacuzène dit que le patriarche Jean, après avoir couronné l'empereur Jean, tils d'Andronic, atïecta de s'élever par le faste des habits, « habitu augustiorem se fecit, » et nonseulement usa de couleur azurée dans ses souscriptions : « in subscriptionibus cœruleo colore est usus,» mais il conuuença aussi à enrichir d'or la mitre que ses ancêtres avaient portée de toile blanche, s'ils n'étaient pas religieux : « Flammeumque seu tegmen ca{)itis, quod antea patriarchis, si de monachis non esscnt, album ferre mos erat, tt,v im -riiç xecpa-
X'Âî jcxXûiïTpav ôôovYÎ Xeuxf Tzifitikny.y.éYfty, ipSC aurO illu-
stravit, servatoris nostri et Deiparœ et Joannis- Baptistae depictis in eo iconibus (1. m, c. 30.). »
Glycas fait encore bien voir que la mitre des patriarches n'était auparavant que de lin, lorsqu'il parle du patriarche Méthodius , à qui l'empereur Théophile, renouvelant la persécution contre les saintes images , avait fait donner tant de coups sur les joues, qu'il fut ensuite obligé de les soutenir en liant par-dessous les pendans de sa mitre : « Ut malas tenui quadam fascia linea obligaret. Unde mea quidem sententia mos inolevit , hodieque durans, ut pontifices ab anteriore parte lineas fascias alligatas habeant. »
Ces extrémités pendantes de la mitre ne sont autres que celles qu'Isidore même a touchées ci-dessus , qui servaient h lier et serrer la mitre ; Méthodius les fit servir à un autre usage. Mais elles n'étaient que de lin, non plus que la mitre.
Xll. Saint Chrysostome remarque que l'ancien grand-prêtre devait avoir la tête couverte de sa tiare, pour faire connaître (|ue si les peuples lui étaient soumis, il était lui-même soumis à une autorité suprême et éternelle ;
mais (jue dans l'Eglise on couvre la tête de révê(iue qu'on ordonne, du livre des évangiles, pour lui apprendre que c'est là le véritable ornement de sa tête, et s'il fait la loi aux peuples, il la reçoit lui-même du ciel.
« Idcirco cum ordinantur sacerdotes, evangelium (îhrisli cai)iti imponitur, ut discat is qui ordiiiatur, verani se reci[)ere evangelii tiarani : atciue ut discat quamvis sit omnium caput, se tamen legibus istis subjici : et eum qui omnibus imperet, legis imperio subesse ; eunKjue i[u'\ omnibus dat mandata, a legibus mandatum acci[)ere (Tom. vi, p. 102, serm. de uiio Legislat.). »
On pourrait encore tirer de là une légère conjecture, (jue les habillements de tête des évêques étaient très-simples, et que c'est pour cela que saint Chrysostome ne s'arrête point à en tirer des intelligences mystérieuses.
Cela se peut encore confirmer par le discours de saint Germain, i)atriarche de Constantinople, sur les explications mystérieuses de tous les ornements pontificaux. Il commence par ceux de la tête, et de là il passe à l'aube, à l'étole et à la chasuble. Or il ne considère dans la tête que la double couronne, qui y est formée par les cheveux qu'on a rasés ou coupés au plus haut de la tête, et par ceux qu'on a laissés aux extrémités d'en-bas; et il dit que ces deux couronnes représentent celles de saint Pierre, qui furent toutes semblables, après que les ennemis de la vérité l'eurentrasé par dérision, etque Dieu eût changé ces marques d'une imaginaire ignominie, en des couronnes d'une solide et éternelle gloire, où la foi et l'innocence brillent avec plus d'éclat que ne sauraient faire ni l'or et l'argent, ni les pierres précieuses,
« Tonsura caï)itis sacerdotis, et rotunda ejus pilorum média sectio, vice coronœ estjspineae quam Christns gestavit. Duplex corona circumposita capiti sacerdotis ex capillorum significatione, imaginem refert venerandi capitis apostoli Pétri, qua3 tonsa est ei ab eis qui non credebant, ut illuderetur ab ipsis, eique magister Chrislus benedixit , et infamiam in honorem, illusionem in gloriam convertit, et posuit super caput ejus coronam non ex lapidibus pretiosis, sed lapide et Petra fidei.Vertex enim, ornatus et corona duodecim lapillorum, Apostoli sunt : Petra vero sanctissimus A|)OStolus est, prinuis hierarcharum Christi ( In Theoria rerum Eccles,). »
Ainsi cet auteur remarque (jue ces couronnes
de gloire étaient bien plus brillantes parla foi II n'y avait donc anciennemeni ni or ni pier-
et par l'innocence de ceux qui les portaient, reries sur les mitres des papes : elles n'étaient
que si elles eussent été chargées dor et de que de toile sans aucun ornement (1). pierreries.
(1) Ceux qui voudront avoir de plus amples notions sur la crosse épiscopale, trouveront dans le volume de 500 pages qu'a publié le très-ssvant archéologue comte Auguste de Bastard, sous le titre de Monographie de la Crosse, toutes les descriptions et explications du symbolisme de cet ornement liturgique. Là, la science, l'histoire, le dogme, l'art, la symbolique, y sont traités supérieurement. Dans ces volutes historiées ou à fleur épanouie, dans ces nœuds aux emblèmes variés, se cachent des sens que les contemporains comprenaient, et qui seraient pour nous de véritables hiéroglyphes sans la savante monographie de M. le comte de Bastard. Et, chose nécessaire dans la science, chacune de ses «xplications est appuyée sur des preuves et des textes. Tout le vestiaire du Moyen Age n'est que l'alphabet d'une langue mystique. Nous signalons principalement la démonstration que nous pouvons appeler mathématique, qui trouve, dans le serpent des crosses, non pas l'emblème du démon, ainsi que le veut l'opinion commune, mais un symbole cher a:u chrétien. Ainsi les salamandres, les dragons, les tigres, les autruches, les onagres, les aigles, les rhinocéros, les reptiles, ont leurs bonnes et leurs mauvaises significations. La mitre est aussi expliquée dans ce savant livre. Nous croyons bien faire en citant une note qui se rattache à notre sujet. Après avoir invinciblement prouvé que l'illustre primat d'Angleterre, saint Thomas Becket, est Français, né près de Beauvais, il ajoute, en parlant des nombreuses reliques qui existent encore en France du glorieux martyr : • A défaut de la coiffure épiscopale de l'illustre primat, nous
• possédons, pour quelque temps encore, sa magnifique chasuble de € damas, historiée d'aigles et de feuilles de vigne, au monogramme « du Christ, ses souliers de damas blanc à fleurs, avec la croix d'or,
• et sa tunicelle de soie pourpre, garnie de clavi ou laliclave antique,
• et de quatre petites sonnettes ou grelots, n
Voici, d'après un document officiel publié à Rome en 1818, quels sont les ornements que revêt le souverain pontife aux tfois solennités de Noël, Pâques, saint Pierre, les seules où il officie personnellement :
• Ensuite le cardinal-diacre de l'évangile lui lève la mitre, le for-
• mal, le manteau blanc et l'étole, qu'il donne au deuxième maître « des cérémonies, qui la remet au prélat sous-sacristain. Le même « cardinal-diacre prend des mains du prélat acolyte le cordon avec € la ceinture qui servait anciennement à soutenir la bourse, appelée " saccone, qu'il portait pour faire l'aumône. Cette ceinture a une
• espèce de manipule suspendu, sur lequel il y a en broderie un « agneau, avec une croix rouge ; il en ceint le pape sous le cordon
• ordinaire, de sorte que la ceinture soit au côté gauche ; il lui ôte
• ensuite le cordon ordinaire, et le donne comme auparavant. 11 lui
• met la croix garnie en gros saphirs blancs montés à jour, avec des
• brillants tout autour, portant le nom de Plus pp. Vil en lettres
« émaillées sur la poitrine. Il le revêt du fanon, lui met X'ètole, la.' ■ tunique, la dalmatique, les gants, la chasuble, le pallium, et enfin
< la mitre. Le même cardinal prend immédiatement le manipule. Le
< cardinal-évêque assistant lui met au quatrième doigt, appelé annu-
• laire, un anneau d'un gros diamant que Pie VI avait fait monter, ou c bien un autre avec un gros saphir au milieu, avec deux émeraudes
• brutes et des perles orientales, monté sous Grégoire XV. Tous ces
• ornements sont portés l'un après l'autre au trône , par les prélats
• votants de signature et les abréviateurs du parc-majeur, qui les « reçoivent de Mgr l'êvêque de Porphyre in partibus, sacristain du
• pape, et qui, revêtu de la chape, les prend sur l'autel oii ils étaient
< disposés en ordre (François Cancellieri, descriptions des chapelles
• papales, 1818). •
Il ne sera pas superflu de faire remarquer ici que le pape ne porte jamais la crosse. Le pape Innocent III nous en donne la raison dans le corps du droit lui-même. On lit en effet dans le livre premier, titre De sacra unctione, chapitre unique : • Licet Romanus Pontifex non utatur baculo pastorali, tum propter historiam, tum propter mysticam rationem, tu tamen (Innocent III écrit à un évêque) ad similitudinem aliorum pontificum poteris eo uti. » Les commentateurs expliquent ce mot propter historiam, parce que lorsque saint Pierre envoya à Trêves deux de ses disciples, l'un des deux mourut en chemin. Le survivant retourna à Rome pour raconter sa mésaventure à saint Pierre. Le prince des apôtres lui remit alors son bâton, en lui disant d'aller l'appliquer sur le corps du défunt. Celui-ci ressuscita. Les deux disciples arrivèrent à Trêves et conservèrent soigneusement le bâton pastoral de saint Pierre dans cette illustre église. Depuis lors, les papes n'ont plus fait usage de la crosse, excepté dans la seule ville de Trêves, lorsqu'il arrive qu'un pape la traverse dans ses voyages. Quant à la raison mystique, voici ce qu'en dit le glossateur imprimé avec le corps du droit : « Quia baculus habet in summitate recurvationem, quasi ad trahendum, quod non est necessarium Romano pontifici ; quia nullus ab illo divertere potest ûnaliter; quia Ecclesia non potest esse nulla; vel quia per baculum designatur correctio sive castigatio, ideo alii pontifices recipiunt a suis superioribus baculos, quia ab homine potestatem recipiunt. Romanus pontifex non utitur baculo, quia potestatem a solo Deo accipit. t
Nos évéques aujourd'hui reprennent peu à peu les crosses historiées. En 1860, le gouvernement fit don à l'archevêché d'Avignon d'une crosse en vermeil du prix de 4,000 fr., portant à la volute le thème, bien connu dans le Moyen Age, du couronnement de la Sainte Vierge. D'autres ont adopté les fleurs épanouies. Ce sont les plus belles crosses et dont le symbolisme est le plus conforme à la signification du bâton pastoral, la verge fleurie d'Aaron.
(Dr André.)