VIII. Et enfin à tous les archevêques
IX. Si l'on a porté la croix devant les souverains et dans les chambres des états ou des parlements.
X. Dans l'Orient, la croix était plus propre aux empereurs qu'aux archevêques.
XI. Mais la lampe des empereurs était commune aux patriarches.
1. 11 eût fallu traiter des offices divins immé- On décida alors cette question sur l'assudiatement après la tonsure et l'habit ecdcsias- rance qu'un moine donna que c'était la coutique, puisque ce sont les trois obligations i)lus tunie que l'arclievêquede Cantorbéry fît porter formelles des bénéficiers. Mais comme le traité sa croix dès qu'il était sacré : si ce n'était (ju'il deshabitsnous a engagé au discours du pallium, eût été auparavant évè(jue d'une autre ville, aussi le discours du pallium nous engage dans et que l'autorité du pape fût nécessaire pour celui de la croix des archevêques et des pri- le transférer d'un siège à un autre, mats. L'évêque de Pavie en Italie, qui jouissait II. En voilà assez pour justifier la liaison du du privilège singulier du pallium et de la pallium avec la croix, dont nous allons parler, croix, en fut justement privé par Alexandre 111, On eût bien pu oi)poser au sentiment de ce pour avoir suivi trop o[)iniàtrémcnt le maliieu- moine, qui l'emporta alors plutôt par caprice reux parti de Tanlipapc Octavien. « Papiensem que j)ar une nuire et sérieuse délibération, episcopum crucis et pallii dignitate privavit , » que la croix archiépiscopale n'avait pas moins disent les actes de ce pape (Baronius, an. H75, été un écoulement de la gloire du souverain n. 12). pontife sur les autres métropolitains que le
Grégoire VII voulait bien qu'on laisstât le pallium. ])allium à l'évêque de Dol , dans l'accommode- Benoît VIII ayant été chassé de Rome par
ment qu'il désirait qu'on fît entre lui et l'arche- un compétiteur schismatique , se retira vers
vèque de Tours, sous l'obéissance duquel il le roi Henri d'Allemagne, qui fut depuis em-
voulait absolument le remettre, a Reservato pereur, et qui prit dès lors sa croix, c'est-à-dire
Dolensiepiscopopalliiusu (Reg., 1. vu, ep. 15).» sa dignité sous sa protection, « Hujus crucem
Ce n'est pas que les prétendus archevêques de rex in suam suscepit custodiani (Baronius,
Dol eussent toujours porté le pallium. Car les an. 1012, n. G). » Ce sont les termes de l'histo-
souverains pontifes ayant été presque toujours rien Ditmar.
contraires à ces frivoles prétentions, n'avaient Didier, abbé du Mont-Cassin, étant élu pape,
garde de le leur accorder. et nommé Victor HI , fit tous ses efforts pour
Au contraire, Léon IX conclut, dans une de se décharger d'un fardeau si pesant, en aban-
ses lettres, qu'ils ne peuvent être archevêques, donnant la croix et le j)allium , qui sont les
n'ayant point de pallium. « Pra^sertim cum principales marques de la papauté. « Crucem
archiepiscopus sine sede civitatis, sine i)allio et chlamydem, et cœtera pontificatus insignia
archiepiscopali nequeat haberi (Epist. xu). » dimisit (Idem, an. 1085, n. 5). » L'année sui-
Saint Anselme reprit un évêque de Dublin, vante, qui fut 1087, ayant enfin consenti à son
de ce qu'il faisait porter la croix devant lui, élection, il reprit la croix et le pallium : « Cru-
lui représentant que ce droit n'appartenait cem et pallium resumendo confirmavit ele-
qu'aux archevêques qui ont été confirmés en ctionem (An. 1087). »
recevant le pallium du pape. « M^ando tibi ne Pierre Damien parle de deux antipapes qui
hoc amplius facias, quia non pertinct nisi ad faisaient porter la croix d'argent devant eux.
archiepiscopum a Romano pontificc pallio cou- « Adeo ut crucem argenteamantese gestandam
firmatum (L. ui, ep. 72, et I. iv, ep. 27). » imperaret (Damian.,1. i, ep. ult.). » Enfin, Ber-
La croix archiépiscopale était donc comme toldus de Constance a remarqué que dans le
inséparable du pallium; ainsi il y a lieu de concile de Clermont Urbain II fut le seul qui
croire que Grégoire VII eût aussi accordé la fit porter devant lui la croix pontificale, comme
croix avec le pallium à l'évêque de Dol. Le une marque de la juridiction souveraine et
clergé de Londres se partagea un jour sur ce universelle.
différend, si dès que l'archevêque de Cantorbéry III. Les légats du Saint-Siège ont été appa-
était ordonné, il pouvait faire porter sa croix, remment les premiers à qui ce droit a été pre-
ou s'il devait attendre qu'il eût reçu le pallium. mièrement communiqué, comme étant les plus
« Quidam dicebant crucem posse portari, ex vives images des souverains pontifes, et les
quo electus erat, et in ei)iscopum consecratus. dépositaires de toute leur juridiction. Saint
Alii dicebant, crucem non ferendam, ante- Etienne, roi de Hongrie, reçut avec la qualité
quam pallium susciperetur. Illi leges, isli de légat du Saint-Siège le pouvoir de porter la
décrétâtes sententias proferebant (An. 1193, croix: « Crucem ante regem , ceu apostolatus
Script. Anti. Hist. Angl., p. 158o). » insigne, gestandam adjunxit pontifex; Ego,
inquiens, siimapostolicus, at ille merifoClirisli l'étendue de leur patriareat, mais aussi dans
A|)oslolus (lici |)Otesl , cujus opéra tanlum po- toute la chrétienté, excejtté dans Rome et dans
pulum sibi ("liristus acquisivit (Surius , die 20 les lieux où se trouve le pape, ou quelqu'un de
August.). » ses légats. « Ubique nisi in , etc. » On ne pou-
Voilà ce qu'en a écrit l'auteur de sa vie, vait pas donner une idée plus grande de la l'évêque Cliartuitius. Michel Cérulaire, patriar- dignité patriarcale , que d'en faire éclater la che de (]onstantino[)lo, dans sa lettre à Pierre, gloire, et en répandre les rayons dans toutespatriarche (rAntioclie, dit (jue le légat du |>a|)e les Eglises du monde; comme si les patriarches à Coustantinople,en lO.Vt, entra jusques dans le étaient les successeurs de cette infinie étendue palais de l'empereur avec sa croix : « Cum de puissance et d'autorité que J.-C. confia aux cruce et sceptris regium ingrodiuntur pala- apôtres, et principalement à saint Pierre, que tium. » Suivant ce qui a été dit ci-dessus, on l'antiquité a reconnu comme le fondateur des peut justement entendre par ce mot de scep- églises patriarcales, tre, le bâton pastoral, ou la crosse de l'évoque. Ce n'est pas que les patriarches puissent
L'évêque d'Ely, qui fut légat a latere dans exercer quelque juridiction dans les diocèses l'Angleterre, donna occasion par son insuppor- qui ne sont pas de leur ressort : il a fallu partable avarice à la raillerie sanglante que Roger tager l'indivisible héritage de J.-C. entre les a rai)portée , que sa croix n'avait pas racheté , pasteurs, pour conserver la paix et la concorde, mais avait misàrançon toute l'Angleterre. «Om- Mais il a été bon qu'il restât quelque marque nés enim Ecclesias Angliœ crux illa redemit, de la primitive institution, qui ne donnait non id est ad redemptionem coegit; «enfin que plus de bornes à la juridiction des apôtres qu'à c'avait été la croix commune de tout le royau- leur charité.
me. « Nec fuit aliquis immunis , qui crucis La croix des patriarches hors de leur ressort
illiusstigmata non sentiret. » n'es pas une marque de juridiction, puisqu'ils
Le concile IV de Latran, célébré sous Inno- n'y en exercent aucune, et néanmoins elle est
cent 111, ne permettant pas même aux (juatre une marque de supériorité, puisqu'il la faut
grands patriarches , de faire porter leur croix faire disparaître en présence d'une autorité et
en présence des légats apostoliques, montre d'une juridiction supérieure, telle qu'est celle
bien que les légats possèdent cet avantage de du pape et de ses légats.
faire porter leur croix , et d'exercer leur juri- V. Grégoire XI étendit à tous les cardinaux
diction , dont cette croix est la marque, d'une le même avantage des légats a latere , de ne
manière bien plus excellente que les patriar- pas laisser paraître en leur présence la croix
ches, comme représentant la personnedupape. des patriarclies, et encore bien moins celle des
« Dominicœ crucis vexillum ante se faciant primats et des archevêques,
ubique deferri , nisi in urbe Romana, et ubi- La raison qu'en donne ce pape, est que les
cumque summus pontifex prœsens extiterit, cardinauxreprésententlesouverainpontife,dont
aut ejus legatus, utens insigniis apostolicœ ils sont comme les membres, avec une autorité
dignitatis (Baron., an. 1191, n. 26; C. Antiqua universelle conjointement avec lui dans toute
Extra. De purgatione canonica). » la chrétienté : ce qui ne convient pas aux pa-
IV. Ce sont donc les [latriarchesù qui ce pri- triarches. « Propter quod cardinalium honori vilége est accordé , après le pape et ses légats quipersonamnostramrepr;esentant,derogatur. a latere. Le texte du conciîe de Latran que je Nos igitur attendentes, quod cardinales ipsi viens de citer le dit clairement. Mais ce n'est nobiscumindefessislaboribusuniversaliaecclepas proprement le sens de ce canon. Et nous siastica onera sortiuntur, etc.» allons faire voir que les primats et presijue II est d'abord surprenant que les cardinaux tous les archevê({ues étaient déjà en posses- qui n'ont pas droit de faire porter la croix desion de cet avantage. Ce n'eût donc pas été vaut eux, ayent le pouvoir de faire écarter celle rehausser beaucoup la dignité des i)atriarclies des archevêques. Mais ce pape a sagement conque de les égaler aux primats et aux métro- sidéré que les cardinaux étant comme les surpolitains. veillants et les censeurs universels de toutes
Ce canon permet aux patriarches, ou plutôt les Eglises du monde, quand ils sont réunis à il confirme la possession où ils sont, de faire Rome avec le pontife, il était juste de leur importer leur croix haute , non-seulement dans primer un caractère de gloire et de majesté
I2t DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE CINQUANTE-NEÏIVIÈME.
qui fît respecter partout ailleurs en leur per- gnit à lui de ce que, lui ne faisant pas porter sa
sonne une autorité si éininente, et si élevée croix, l'archevêque de Cantorbéry faisait éclater
au-dessus de toutes les autres juridictions. la sienne; à quoi l'archevêque de Canlorbéry
VI. Je viens aux primats, entre lesquels celui répliqua que c'était le droit de sa primatie de
de Dourj,'es obtint d'Eugène III le pouvoir de porter sa croix par toute l'Angleterre, et qu'il
faire porter sa croix dans les deux provinces de était douteux si l'archevêque d'York la pouvait
Bourges et de Bordeaux, qui relevaient de sa porter. «Egocrucem meamper totam Angliam
primatie. « Porro ad majorem reverentiam per porto, et portare debco , sicut totius Anglian
supradictas provincias vexillumDominicœcru- primas. Tu autem crucem tuam non portas, et
cis ante vos deferri concedimus, sicut etiam forsitan portare non debes. »
antiqua prnndecessorum vestrorum consuetudo Peu de temps après le roi se voulant faire
obtinuit (Epist. lxix, Eugen. III). » Ce n'était couronner par l'archevêque de Cantorbéry, et
donc qu'une confirmation de l'ancien droit des ayant défendu à l'archevêque d'York de s'y
primats de Bourges. trouver avec sa croix, de peur qu'il ne s'allu-
L'histoire de saint Thomas, archevêque de mât quelque contestation dangereuse entre
Cantorbéry (An. il6i), fait souvent mention de l'archevêque de Cantorbéry et lui, celui d'York
la croix qu'on portait devant lui , et on y voit aima mieux s'absenter. « Et quia prohibitum
les sages et vigoureuses remontrances qui lui erat ei crucem suam portare, noluitcoronationi
furent faites par l'ecclésiastique qui portait sa régis interesse. »
croix, lorsqu'il avait paru par une lâche com- C'est le récit qu'en fait Roger, qui dit en un
plaisance se relâcher de la vigueur inflexible autre endroit que l'archevêque d'York avait
des canons. voulu auparavant faire porter sa croix à West-
S'étant animé d'un nouveau zèle, il voulut minster , à quoi tous les évêques d'Angleterre
lui-même porter sa croix dans l'assemblée de s'opposèrent : et que dans le concile de Lon-
Northampton(Conc.Gen.,tom.x,p.l430, 1435), dres, en 1175, le clergé de l'archevêque d'York
où toute l'Angleterre se souleva contre lui, et fit ses protestations contre l'archevêque de
l'évêqued'Herford ayant voulu le soulager et por- Cantorbéry, sur le droit de l'archevêque d'York
ter sa croix, en lui disant : « Pater, desine, ego à porter la croix dans le diocèse même de Can-
vice capellani crucem deferam ante prœsentiam torbéry : « In quo concilio clerici Rogeri Ebo-
vestram , » cet invincible prélat lui répliqua : racensis archiepiscopi calumniati fuerunt jus
qu'il voulait la porter lui-même pour ressentir Eboracensis Ecclesiœ de cruce porlanda in
de plus près les effets de sa protection, et pour diœcesi Cantuariensis Ecclesia} (Rogerius, pag.
faire mieux comprendre au monde qui était 736, 738, 718). »
Celui pour la gloire et les intérêts duquel il Le roi accorda enfin ces archevêques, ou
combattait. « Justius est me ipsam déferre, sub plutôt il les fit convenir de remettre ce diffé-
cujus protectione tutus maneo, et ejus viso rend au jugement de l'archevêque de Rouen et
vexillo, non est dubitandum, sub quo principe des autres évêques de Normandie : « De cruce
milito. » portanda, starent judicio Rotomagensis archie-
Si tous ceux qui tirent gloire de la croix piscopi, et aliorum vicinorum episcoporum de
qu'on porte devant eux étaient animés du reguo Francitt;. »
même esprit que ce saint archevêque , s'ils L'archevêque d'York , qui prétendait une
regardaient toutes leurs démarches et tous égalité parfaite, et comme une alternative de
leurs pas sous ce divin étendard, comme autaiit primatie entre lui et l'archevêque de Cantor-
de marches pour établir l'empire de la croix béry, ayant présenté au pape Alexandre 111 une
et pour faire triompher sur la terre l'humilité, concession de son prédécesseur, qui confirmait
la pauvreté, la charité et toutes les divines ver- l'ancienne possession de porter la croix par
tusdont la croix de J.-C. est le symbole et la toute l'Angleterre aux archevêques d'York, il
source, il s'en faudrait beaucoup qu'on ne fît la lui fit aussi confirmer,
une matière de faste, de vanité et de contesta- Depuis le bienheureux martyr Thomas ayant
tion de cette croix, qui est le nœud de la paix protesté contre celte prétention, le même pape
et la maîtresse de l'humilité. défendit à l'archevêque d'York d'étaler sa croix
Richard I", roi d'Angleterre, étant dans l'ar- dans la province de Cantorbéry, jusqu'à ce que
chevêche d'York, l'archevêque d'York se plai- leur différend eût été terminé par une sen-
tence dôfinilivc (Append. Conc. Later.lIjC. 37). l'historien Adam, parlant d'un faux arclievê- Mais l'archevêque d'York sétant plaint qne, sans que, le représente avec la croix ordinaire forme de ju^aMuent le pape l'eût privé d'un des archevêques : « Archiepiscopali more crudroit dont il était en possession, le même pape cem prœse ferentem (Baronius, an. 1050, n. 4).» révoqua sa défense, et permit à l'archevêque On pourrait croire que ces archevêques des d'York de faire porter sa croix par toute l'An- nations entières, et surtout de celles qui étaient gleterre, jusqu'à ce que cette cause eut été en- nouvellement converties, comme étaient les fièrement terminée. Suédois dont Adam parle, étaient ordinaire-
Les archevêques de Brague et de Compos- ment, ou primats , ou légats-nés du Sainttelle, en Espagne, avaient depuis longtemps un Siège, comme il a paru dans le chapitre où semblable démêlé , parce que Brague préten- nous avons traité de ces primats. Le terme dait ;ia primatie, et Compostelle ne la cédait d'archevêque a été pris longtemps dans cette pas. Enfin, Innocent III les mit d'accord, en signification. Ainsi la croix leur était comleur faisant agréer qu'ils portassent récipro- mune, parce que les primats passaient pour quement leur croix dans la province l'un de de petits patriarches.
l'autre : « Ut uterque per provinciam alterius Je ne vois pas de moyeu plus aisé d'expli-
universam, crucem ante se faciat sine contra- quer tant de privilèges particuliers, que les
dictione deferri (Rainald., an. 1197, n. 51). » papes ont ensuite donnés aux métropolitains
Dans la compilation des Constitutions des les uns après les autres, pour leur permettre
conciles de Tarracone , imprimée à Barcelone, de faire porter la croix levée devant eux.
en 1557 (Provinc. Tarrac, 1. i, lit. 4), on voit Eugène 111 et Alexandre III renouvelèrent
plusieurs actes des archevêques de Tarragone, cette grâce à l'archevêque de Cologne , comme
pour empêcher l'archevêque de Tolède de leurs prédécesseurs papes l'avaient accordée
porter la croix, ou le pallium, ou de donner aux siens (Epist. x). Mais l'archevêque de
des indulgences dans leur province. Salerne obtint comme une nouvelle faveur
Innocent 111 ayant renouvelé le vicariat apos- d'Alexandre 111 la même liberté de porter la
tolique de l'Eglise de Tliessalonique, après que croix (Epist. lu) , après une mûre délibération
les Français se furent rendus maîtres de l'em- des cardinaux, comme le cardinal Baronius le
pire de Constantinople, donna à cet exarque montre par des actes originaux : « Ad petitio-
le pouvoir de faire porter sa croix dans tous tionem ipsius archiepiscopi, comnmnicato
les évèchés de sa dépendance ( Regist. xv , fratrum suorum concilio, ipsi et successoribus
epist. xvni.) ejus usum et dignitatem portandae crucis per
YII. Nous voilà insensiblement tombés à la civitatem et totam suam parochiam auctori-
croix des archevêques, parce que la plupart tate apostolica concessit (Baronius, an. 1177,
des primats ne le sont plus que de nom. Il y n. 76). »
a lieu de s'étonner comment Calixte II, donnant Innocent 111 donna le même pouvoir à l'arà l'archevêque de Vienne la primatie sur plu- chevêque de Thessalonique : « Dominicae crusieurs provinces, ne lui accorda néanmoins de cis vexillum deferendi per totam diœcesin et porter sa croix que dans sa province particu- episcopatus tibi subditos, fraternitati luae filière de Vienne, puisque tous les exemples centiam impertimur (L. ni, epist. xviii). » précédents semblent être contraires : « Per Grégoire IX usa presque des mêmes termes provinciam siiam crucem déferre concedimus, en accordant la même chose à l'archevêque etc. Super septem provincias primatum obti- d'Aucli (Rainald., an. 1228, n. 38). Il fit peu neat, etc. (Epist. ni).» d'années après la même grâce à l'archevêque
Il paraît au moins, par cette lettre, que la de Bordeaux et à celui de Messine (An. 1232,
croix n'était pas encore accordée à tous les n. 26). La concession qu'il en fit ensuite à l'ar-
mélropolitains , puisqu'on les en honore par chevêque de Gnesne (An. 1238, n. 61), contient
des grâces particulières. Il y avait longtemps les pensées toutes célestes, et les plus vives af-
qu'Alexandre II avait confirmé ce privilège à fections que les prélats doivent concevoir pour
l'archevêque d'Esclavonie et de Dalmatie : la mortification des sens, et pour l'intrépide
« Crux etiam ante te , sicut ante pra^decessores défense des intérêts de la croix et de la reli-
tuos. per Dalmatiam et Slavoniam ubique ge- gion, quand ils marchent après leur croix,
ratur, (Epist. iv). » Avant cela, sous Léon IX, « Consideraus diligenter, quod in cruce Do-
1-2». DU SECOND OUDRK DES CLERCS. — CHAPITRE CINQl'ANTE-NErVlft.ME.
mini nostri Jesii Chrisli te oporteat ploriari, les métropolitains d'Espafrne avaient resserré
pie ilcsideras saliitifene crucis vexilliim ante l'usage de la croix et du pallium dans leur
te facere de nostra licentia hajulari, qui crucis [iropre province. Je dis aussi du pallium, parce
mortificationem jugiter in tuo corpore debes qu'Innocent lil avait déjà autrefois blâmé la
pro divini nominis amore portare. Nos igitur coutume des archevêques d'Espagne , qui por-
attendentes, quod non simt tibi armalura? cœ- talent indifféremment le pallium dans les pro-
lestis insignia deneganda, (jui contra i)ersecu- vinccs de leurs confrères : « Cum consuetudo
tores Ecclesiœ certamine incessanter labores, sit in Hispania geueralis^ quod archiepiscopi
prœsentium tibi auctoritate concedimus, ut extra suas provincias pallio indifferenter utan-
per tuam |>rovinciam ante te, deferri facias tur. (G. Ex. tuarum. De autor. et usu Pallii). »
crucis signum, nisi cum Apostolicte Sedis le- J'ai dit ci-dessus que Clément V avait sup-
gatus in Polonia fuerit constitutus. » posé, comme il était très-véritable, que tous
Innocent IV permit a l'archevêque de Tarra- les arciievèqucs jouissaient du droit de faire
gone de faire porter la croix devant lui dans sa porter la croix dans leur province. C'est dans
province. « Cum legatione pro Christo funga- saldécrèiaXe Archiepiscopo où il leur permet de
ris, etc. (Constitua Conc. Tarrac, 1. i, tit. 4). » porter leur croix dans les lieux même exempts
Ces paroles peuvent signifier que le droit de de leur province, aussi bien que d'y bénir les
faire porter la croix, avait passé aux archevê- peuples et y célébrer les offices divins, même
ques, à l'exemple des légats a latere, qui, lors- avec la pompe pontificale : « Archiepiscopo pcr
que de Rome ils allaient dans les provinces de quanis loca exempta sucT provinciir facienti
leur département, avaient coutume de faire transitum , ut crucem ante se libère portari
porter devant eux une croix, comme pour leur faciat, benedicat populo, etc. Duximus conce-
servir de guide et les conduire. dendum. » L'assemblée du clergé de France,
VIII. Il est à croire que ce fut sous ce pape en 1635, reçut et confirma l'usage de cette
que la croix devint commune à tous les arche- Clémentine.
vêques , et qu'elle fut ensuite comme insépa- IX. Quant à la question si la croix de Tar-
rable de leur dignité. De là vient qu'il n'en est chevèque peut être portée dans les chambres
point parlé dans les Décrétâtes que ce pape fit des cours souveraines et en la présence des
publier, quoiqu'il y ait un titre exprès du pal- rois , nous avons déjà vu que saint Thomas
lium dont l'usage était commun à tous les ar- de Cantorbéry faisait porter et porta lui-même
chevêques depuis un fort long temps. la sienne dans le parlement d'Angleterre; car
Dans les Clémentines nous verrons un règle- c'était effectivement plutôt une assemblée
ment sur la croix archiépiscopale, qui suppose d'Etat qu'un concile où les rois et les sei-
qu'elle était du droit commun des archevê- gneurs étaient présents,
ques. Mais avant cela Alphonse, roi de Castille, Nous avons vu aussi qu'au couronnement
obtint une nouvelle confirmation pour l'ar- du roi d'Angleterre, l'archevêque d'York eut
chevèque de Séville, d'un droit dont il jouis- défense d'y porter la croix, parce que l'arche-
sait déjà, avec tous les autres archevêques vêque de Cantorbéry était seul en possession de
d'Espagne, de faire porter sa croix par toute l'y porter. Il faut conclure de là que ce même
l'Espagne. Rainaldus n'a pas donné l'original archevêque portait sa croix dans toutes les as-
de cette concession d'Urbain IV, mais voilà le semblées solennelles, et dans toutes les céré-
précis qu'il en a fait(Rainald., an. 1264, n.36). monies royales d'Angleterre.
Il n'est pas facile d'accorder cela avec le pri- Le saint roi de Hongrie, Etienne , faisait
vilége que Martin V donna en 1 i-2-2 (Marca, de porter une croix devant lui. comme légat apos-
Primat. Lugdun., n. 125), à l'archevêque de tolique. Innocent 111 défendit aux patriarches
Tolède, de marcher avec sa croix haute devant de porter leur croix dans Rome, devant le
lui par toute l'Espagne, ni avec ce que raconte pape et devant ses légats.
Gomecius dans la vie du cardinal Ximcnès Les autres papes, dans les concessions de la
(Gomec, 1. n) , qu'imitant son prédécesseur croix, dont nous avons parlé ci-dessus, ont in-
Mendoza, il portait sa croix haute par toute terdit aux métropolitains de la porter en pré-
l'Espagne, comme une marque de sa primatie, sence des légats du Saint-Siège, dont l'autorité
si l'on ne dit que le privilège d'Urbain IV avait est supérieure à la leur. Mais il n'y a nulle
été mis en oubli, et qu'au temps de Martin V limitation à légard des puissances séculières,
qui n'en sont pas moins souveraines dans l(>ur temporalité, pour être soumises à la juridiction spirituelle des évèiiues : eonmie la juridiction spirituelle des évècjues n'en est pas moins souveraine pour être assujétie à la puissance temporelle des rois. Aussi le grand archevêque de Drague, Barthélémy des Martyrs, étala magniiiquement sa croix primatiale dans l'assemhlée des Etats où Philippe II fut couronné roi de Portugal.
Saint Charles, archevêque de Milan, évita d'entrer dans le carrosse du roi de France, Henri III, parce qu'il n'eût pu y faire porter sa croix archiépiscopale avec la révérence qui convenait (Giossano, 1. m, c. o). Il l'alla donc visiter à Monza , ayant enjoint à celui qui portait sa croix de ne houger d'auprès de lui. Ce même incomparable prélat, étant allé voir le duc de Savoie à Turin, et « voyant que l'archevêque ne faisait point porter sa croix (juand il entrait au palais du duc, il le reprit, lui disant qu'en quelque façon que ce fût, il devait toujours porter sa croix, même dans la chambre du duc (Ibidem, 1. xxiii, c. 3).
Il est vrai que le roi Louis XI ne reçut le cardinal -légat, en 1480, qu'avec cette condition, « de porter sa croix partout, fors en notre présence. » Mais ce fut, ou une de ces délicatesses , ou une de ces défiances qui étaient particulières à ce prince (Preuve des libertés de l'Eglise Gallicane, chap. xxni, n. 3, c. vin). Aussi son fils, Charles Vlll, reçut le cardinal Balue, légat en France, avec la croix et toutes les autres marques de sa légation : « Par le roi, il a été reçu à Lyon avec les insignes de légat, et depuis en sa présence, avec lesdits insignes comme la croix. »
L'exemple que Fevret rapporte de l'archevêque d'York, lequel, au rapport de Matthieu Paris, fut chassé de la chapelle du roi avec sa croix, cet exemple, dis-je, ruine les prétentions de Fevret. Car c'est une preuve que l'archevêque de Cantorbéry portait sa croix dans la chapelle même, et en la présence du roi ; et que c'était cette croix primatiale, et non pas la présence du souverain qui faisait disparaître la croix de l'archevêque d'York.
Le même Fevret touche bien le différend entre l'arclievêque et le parlement d'Aix , qui l'empêcha de porter sa croix dans la grande salle des audiences du parlement; mais il ne dit pas ce qui fut réglé par le conseil du roi (Fevret, 1. m, c. 2, n. 12). Le conseil ne régla
rien. Ainsi si du côté, ou des parlements, ou des princes et des archevêques, une coutume contraire s'est établie , il faut confesser de bonne foi que c'est une chose de police qui peut changer avec le temps, et où les ménagements sont toujours justes, quand ils sont nécessaires pour entretenir une inviolable" concorde entre le sacerdoce et l'empire.
X. Les anciens empereurs de Constantinople paraissent dans leurs médailles avec une croix en main , et lorsque le père et le fils, le fils et la mère , ou les deux frères empereurs sont dans la même face de la médaille , au lieu de deux croix ils n'en tiennent (ju'une double. Sixte Y trouva au commencement de son j)ontificat un grand nombre de ces médailles d'or, en creusant les fondements de quelques réparations qu'il faisait à l'église de Saint-Jean de Latran. On y voyait les images de Théodose l'Ancien , d'Arcade et d'Honoré ses fils , de Théodose le Jeune, de Marcien, de Justinien, d'Héraclius , d'un côté , et de la croix de l'autre.
Ce pai)e fit des présents de ces médailles à tous les princes chrétiens, pour les animer à l'amour de la croix, et en publia une bulle en 1587. Quelques-uns ont cru que c'a été cette croix double des Grecs , qui a été souvent imitée dans la structure de leurs églises à doublé croix: enfin que les patriarches elles primats se la sont attribuée , après que nos croisades dans l'Orient nous l'eurent fait remarquer parmi les Grecs. Aussi l'appellc-t-on la croix de Lorraine, depuis le célèbre chef de nos premières croisades, Godefroi de Bouillon. Il ne paraît pas qu'on ait porté la croix devant les archevêques grecs. Et ce qui en est dit dans la lettre des Maronites à Léon X, peut n'avoir été qu'une imitation des Latins ( Conc. General,, tom. xiv, p. 3i9).
XL Mais comme on portait une lampe allumée devant les empereurs , aussi ce privilège fut enfin accordé au patriarche de Constantinople. Balsamon assure qu'il avait été communiqué aux archevêques de Bulgarie et de Chypre , et à quelques métropolitains ( Balsamon, in Méditât, de Patriarchis). Codinenafaitaussi mention, aussi bien que de la chape parsemée de croix, qu'ils appelaient îrcXusTâuptov , et qui avaitaussi passé des empereurs aux patriarches, aux exarques, et à quelques métropolitains. Zonare dit qu'on comprenait quelquefois sous le nom d'exarques , les évèques de Césarée en
Cappadoce, d'Ephèse, de Thessalonique, et de Michaele Paleol., I. ii, c. iri)- » Pachymère
Corintlie ; c'est pourquoi on leur permettait de raconte , que lorsqu'on voulut obliger le pa-
porter dans leurs églises cet ornement enrichi triarche Arsénius de Constantinople de se dé-
de croix, qui originairement n'avait appartenu mettre, on lui redemanda la crosse et la lampe
qu'aux patriarches et aux empereurs. « Quibus comme les plus expresses marques de sa di-
etiam propterea prœrogativœ nomine , poly- gnité (1). stauria in suis ecclesiis gestare permissum (In
(1) Toutes les fois que le pape sort, même pour une simple promenade, sa voiture est toujours précédée d'un prélat monté sur une mule blanche portant haut la croix. Nous devons rectifier une erreur au sujet de la croix papale. Les écussons des souverains pontifes sont souvent représentés avec une croix à triple croisillon. De là on a cru généralement que la croix qu'on porte devant le pape est ainsi- Mais c'est là tout simplement une erreur. Cette représentation n'a pas d'autre source que le caprice et la fantaisie des peintres et des artistes. La croix qu'on porte devant le pape est simple. De même» quoique les écussons archiépiscopaux portent une croix à double croisillon, la croix réelle des métropolitains est simple, portant l'image du Sauveur attaché sur l'instrument de son supplice.
De nos jours encore, les légats du pape font porter la croix haute dans toute l'étendue de leur légation. On en eut une preuve triomphante à Paris en 1856, lorsque le cardinal-légat Patrizzi vint conférer le baptême au prince impérial. Voici ce qu'en disait le Moniteur : t Vers quatre heures, un mouvement se fait dans la foule ;
• bientôt un appel de tambours se fait entendre ; à quatre heures et « demie on voit sortir des Tuileries le cortège du cardinal-légat, « composé de trois voitures de la cour, que précèdent des escadrons
• de chasseurs à cheval et de dragons, musique en tète. Les deux
• premières voitures sont à six chevaux. Les prélats qui accompa-
• gnent le cardinal- légat y ont pris place, accompagnés des chamt bellans de l'Empereur. Dans la première voiture était placée la
• croix pontificale, et dans la deuxième le chapeau de cardinal. La
• troisième voiture est un carrosse, attelé de huit chevaux, conduits « en main par des valets de pied. Le cardinal-légat, en manteau « rouge, est seul dans cette voiture. S. Em. est accueillie par les ■ acclamations sympathiques de la population, auxquelles il répond a avec une dignité aâfable. •
En 1844, Grégoire XVI, par un bref spécial, accorda à l'évêque d'Alger et à tous ses successeurs, le droit de faire porter devant eux, dans toutes les cérémonies, soit publiques, soit privées, la croix pontificale, ad instar archiepiscoporum. (Dr André.)