‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 82 sur 291 · DU CHANT ET DE LA RÉCITATION DES OFFICES DIVINS · texte numérisé non relu

DU CHANT ET DE LA RÉCITATION DES OFFICES DIVINS

si ces saints solitaires d'Ejijyptc étaient assis , X. Il faut dire un mot des vigiles qu'on cé-

Ihirnillimis sedibus insidcntes ( Ibid., c. xii), lébrait une fois toutes les semaines, la nuit du

pendant que l'un d'eux étant debout psalmo- samedi au Dimanche.

diait; c'était par une nécessité inévitable de se Cassien dit qu'en hiver les nuits étant trop

reposer, parce qu'ils avaient employé toute la longues, on prolongeait ces vigiles jusqu'au

journée au travail des mains , et qu'après l'of- quatrième chant du coq , qu'alors les religieux .

fice fini ils se retiraient dans leurs cellules et prenaient deux heures de sommeil, afin de pou-

conlinuaicnt les prières jusqu'au jour , faisant voir avec plus de vigueur s'occuper durant tout

succéder à la prière le travail manuel. « Idem le saint jour du Dimanche aux mêmes exer-

rursus oraiionum officium, velut peculiare sa- cices de piété.

crificium sludiosius célébrant, donec nocturno 11 dit qu'on partageait cet office de la nuit en operiacmeditationi operatio diurna succédât.» trois parties, afin de réveiller la piété par cette Le peu de sommeil qu'ils prenaient avait pré- distinction , qu'on chantait trois psaumes décédé l'office de la nuit. bout d'un chant alternatif à deux chœurs ;

IX. Le même Cassien assure que les moines après on s'asseyait et on écoutait chanter trois

d'Egypte ne s'assemblaient dans l'Eglise que autres psaumes , par trois religieux différents,

pour l'office de la nuit et de vêpres ; si ce n'est A quoi on ajoutait trois leçons : a Eas vigilias

le samedi et le dimanche qu'ils s'assemblaient tripartitis distinguunt ofliciis, etc. Nam cum

à l'heure de tierce, pour la messe et pour la stantes antiphonas très concinuerunt , humi

communion. Aux autres jours de la semaine, post hœc, vcl humillimis sedibus insidentes,

ils ne faisaient aucune distinction d'heures ; très psalmos uno modulante respondent : et

maïs durant tout le jour ils s'occupaient de his sub eamdem quiète residentibus, ternas

leur travail, en chantant^ lisant et méditant adjiciunt lectiones (Ibid. c. 8). »

l'Ecriture. Cela approche extrêmement de notre office

Au contraire, les monastères de la Palestine, de la nuit avant le Dimanche, divisé en trois

de la Mésopotamie et de tout l'Orient, distin- nocturnes, avec dix-huit psaumes, et neuf

guaient les heures de tierce, sexte et none, leçons. Nous les appelons matines depuis qu'on

chantaient trois psaumes à chacune et pas- y a joint l'heure de laudes, qu'on appelait

saient alternativement de la prière au travail, Landes matutinœ.

et du travail à la prière : « Supradictarum ho- Cassien remarque que les monastères de

rarum solemnitates trinis psalmis quolidie l'Orient récitaient à la fin de l'office de la nuit

finiuntur, ita ut necessaria operationis officia presque les mêmes psaumes qui composent

spiritualibus obsequiis nullatenus valeant im- encore nos laudes. Ainsi on peut dire que celte

pediri (De Canonic, diurnarum Orationum et partie de l'office divin ne leur était pas incon-

Psalm. modo. L. m, c. 2, 3, 4). » nue, et que dès lors on commençait à la join-

Cassien ajoute que l'heure de prime fut dre avec les nocturnes. Enfin il remarque

ajoutée de son temps dans les monastères des qu'on ne s'assemblait qu'une fois le Dimanche

Gaules, et qu'on y assigna trois psaumes et au matin, parce qu'on joignait tierce et sexte

les collectes : « Tribus psalmis et orationibus avec la messe.

celebratis. » Il l'appelle : « Matutina canonica XI. Quelque diversité qu'on ait pu remar-

functio, » ce qui pourrait la faire prendre pour quer, il est certain qu'il y avait une extrême

les laudes qu'on chante au matin; aussi dit-il convenance et une admirable uniformité entre

qu'elle se célébrait avant le soleil levé : «Usque tous ces monastères répandus dans l'Egypte,

ad solis ortum, quo jam sine offensione, vel dans la Thébaïde, dans la Palestine, dans la

lectio parari, vel opus manuum possit assumi.» Mésopotamie et dans tout l'Orient : et cette si

Enfin , Cassien ajoute que ce sont là les sept grande uniformité d'offices ne peut prove-

temps différents que le divin auteur des psau- nir que de ce que ces saints religieux faisaient

mes avait consacrés à la prière, quand il disait : gloire de faire dans la solitude les mêmes of-

« Septies in die laudem dixi tibi. » Pour trou- fices qu'ils avaient vu célébrer dans les églises.

ver ce nombre de sept, il faut apparemment 2° Comme ce n'étaient pas les seuls religieux

distinguer les vêpres en deux offices, dont l'un engagés dans les saints ordres qui chantaient

est ce qu'ils appelaient : Lucernarium^ et l'office divin, mais encore ceux qui pouvaient

l'autre vêpres, comme nous dirons ci-après. absolument passer pour laïques, dans ces siè-

clés (le ferveur les laïques mêmes s'acquittaient de ce devoir de piété avec une assiduité fort grande, sans y être obligés. Bien plus, c'est ([uc ni les religienx ni les religieuses ne faisaient aucune profession particulière qui les engageât à la récitation de l'office; ce n'était qu'une continuation et un renouvellement de la ferveur des premiers fidèles qui les réunissaient tous dans cette pratique si universelle et si indispensable.

3" Ces religieux récitaient dans leurs cellules les heures canoniales qu'ils ne chantaient i)as dans l'église, et il y avait des monastères où les quatre petites heures du jour ne se chantaient qu'en particulier. C'était une marque de la coutume pareille des fidèles et surtout des clercs, de réciter chacun en secret les heures canoniales qu'ils n'avaient pas chantées dans l'église.

A" Ruffin dit que les religieux, s'entrevisitant dans la solitude, récitaient les heures cano-

niales, soit du jour soit de la nuit, environ le même temps qu'on les chantait dans les monastères. « Facto vespere orationes et psalmos secundum consuetudinem compleverunt; similiter eliani et nocte fccerunt, etc. Vespere ad luminaria addidit super consuetudinem alios psalmos, et post complétas orationes, dixit eis, etc. Non possumus propter vos omnem canonem psallere, ideoque rej)ausate modicum quia de itinere fatigati estis (Ruffin. De vitis Patrum, 1. ni, c. ri).

Voilà d'où vient ce terme d'heures canoniales du canon ou de la règle, c'est-à-dire du nombre des psaumes prescrit pour chaque partie de l'office divin que les particuliers récitaient même dans la solitude, sans en excepter les hôtes et les voyageurs.

Cette piété des religieux n'était qu'une imitation de celle des clercs et des plus fervents entre les fidèles, qui se sont rendus si recommandables dans les premiers siècles de l'Eglise.

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