XVI. Dès le temps de saint Antoine
I. Le sixième canon du concile de Calcédoine a distingué cinq sortes de bénéQces, par l'attachement que les bénéficiers devaient avoir à TEglise à laquelle leur ordination les asserlaissait.
Ce concile commande que les ordinations ne se fassent jamais autrement qu*en liant et assujétissant les ecclésiastiques àleglise d'une ville , ou d'un village , ou à la chapelle d'un martyr ou à un monastère, a Nisi specialiter in ecclesia civilatis , aut pagi^ aut in martyrio^ aut in monasterio (Can. vi). » Dans un des canons suivants^ il fait dépendre de Tévêque les clercs des monastères et des hôpitaux. c Clerîci monasteriorum et ptochodochiorum (Can. viii). x>
Voilà cinq lieux différents qui sont autant d'espèces différentes de bénéfices. Nous avons parlé des paroisses des villes et des villages en parlant des curés. Nous avons traité des bénéficiers commis au gouvernement des hôpitaux, et à la direction des monastères mêmes. U ne
nous reste donc plus qu'à découvrir la nature, l'origine et les devoirs de la cinquième espèce de bénéficiers attachés aux chapelles ou aux oratoires des martyrs : ce qui nous engagera à dire aussi quelque chose des autres oratoires qui étaient^ ou dans les maisons des particuliers, à la campagne , ou dans le palais des princes.
II. Le concile romain, sous le pape Sylvestre, si nous en croyons les abrégés qui en ont été publiés^ et qui ont été cités il y a plus de neuf cents ans, parle de l'ordre de ceux qui étaient commis à la garde des tombeaux des martyrs^ et le relève même au-dessus du sous-diaconat, a Si quis desiderat in Ecclesia militare , aut proficere , sit prius ostiarius, lector, exorcista per tempera, quae episcopus constituent Deinde acolythus annis quinque, subdiaconus annis quinque^ custos martyrum annis quinque, diaconus annis quinque> presbyter annis tribus. x>
Cette règle d'interstices est rendue justement suspecte, par l'extrême dissemblance qu'elle a avec celle du pape Sirice, et des papes suivants, dont il a été parlé ci-dessus. Hais comme ce décret ne laisse pas d'être très-ancien^ et qu'il est rapporté en mêmes termes dans la vie du pape Sylvestre , qui se lit dans le livre pontifical , nous avons toujours sujet de croire que ce bénéfice de garde des tombeaux des martyrs était de grande considération.
Selon le même livre pontifical , le pape Léon P' mit des gardes aux tombeaux des Apôtres : a Super sepulcra Apostolorum ex clerc romano custodes constiluit, quidicuntur cubicularii. x>
III. Le concile de Gangres (Can. xx), retranche de la communion ceux qui témoignent de l'aversion et du mépris pour les sépulcres des martyrs, les assemblées qui s'y font, et les sacrifices qu'on y célèbre, awâim, xuT«ip7ta«, (av«fMç. Voilà constamment un oratoire qui peut
304 DU SEœND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUATRE-VINGT-DOUZIÈME.
passer pour un bénéfice ; mais il ne paraît pas qu'il y eût des prêlres ou d'autres ecclésiastiques qui fussent particulièreni(.'nt destinés à y faire le service divin. Il se pouvait faire que révéque y envoyait ceux quMl jugeait à propos aux jours de leur fête.
Le concile V de Cartbage (Can. xiv), ordoQDe que les évêques abattent tous ces autels et tous ces monuments de martyrs^ a allaria quaa passim per agros aut vias tanquam mémorise martyrum constituuntur, b s'il n*y a des marques et des preuves certaines, ou des reliques d*un vrai martyr , ou de Tbistoire et du lieu de son martyre. Cela nous porterait encore plus à croire qu'il n'y avait point d'ecclésiastiques affectés à desservir ces lieux, et qui pussent en être appelés les bénéficiers. Le pape Gélase condamne aussi ces oratoires de faux martyrs (Epist. ix).
IV. Mais le concile de Calcédoine (Conc. Calced.y act. i), nous montre nettement qu'au moins en Orient il y avait des prêtres et d'autres ecclésiastiques singulièrement appliqués à ces mémoires des martyrs. On relut dans ce concile les Actes du concile tenu à Constantinople, sous le patriarche Flavien, où il est souvent parlé d'Abramius^ prêtre d'un de ces monuments dans les faubourgs de Constantinople. a Presbyler martyrii quod est in Septimo (Act. IV.) 9 Mais dans un autre endroit du même concile de Calcédoine, il est parlé d'une troupe tout entière de bénéficiers. a Elpidius monumentorum Procopiensium custos est , pkifjLcpc<^6- >aÇ Tîw npoxoirîcu. Eutycbius in martyrio Ceierinse est. Theodorus in memoriis babitat^ (a|AtpiTT(iç i<jTtv. Hypses in monumentis habilat, habens duo vel tria nomina in xylocirco; p.i{i.c^iTV)c, iv^ ^"0 î5 Tpiflt évcptara, Paulus babitat solitarie in monumento ; piôvac hrU tlç lu^^m. Gaudentius babet quinque nomina in monumentis. »
Il est vrai que c'étaient des religieux, mais ils étaient aussi pour la plupart prêtres, et ils avaient des fidèles sous leur conduite, comme il parait par ces termes, « duo nomina, quinque nomina. » Ainsi on ne peut nier que ce ne fussent des bénéficiers. Les archimandrites demandèrent seulement que ces moines qui vivaient seuls, et qui desservaient ces oratoires des martyrs, ne pussent porter le nom d'abbé ou d'archimandrite. « Ut non se dicant archimandritas, qui in monumentis habitant. »