C. XL
Aussi, il y avait à Rome une école ou un collège et une compagnie de notaires, dont le chef ou le primicier avait soin des chartes et peut être même de la bibliothèque. Le sous--, diacre Arateur, ayant présenté son poème au pape Vigile, ce pape le donna en garde au primicier des notaires, a Surgentio viro venerabili, primicerio scholaî nolariorum, in scrinio dédit Ecclesia; coUocandum. »
Ce poème, quicomprend Thistoire apostolique en deux livres, fut lu en quatre reprises en présence du pape et de plusieurs personnes habiles du clergé, des religieux et du peuple»* dans l'église de Saint-Pierre^, l'auteur même le Técitant, l'auditoire en interrcmiàt la lecture par ses applaudissements, et demanda si 80U«
vent qu'on relût les plus beaux endroits, qu'on n'en put lire que la moitié d'un livre à chaque fois.
Cela nous rappelle le souvenir de la récitation autrefois si fréquente de tant d'excellents ouvrages dans Tancienne Rome, si Ton .peut donner de l'excellence aux ouvrages profanes, qui« n% servent qu'à repaître la vanité des hommes. Hais cela nous fait plus utilement remarquer les longues lectures des livres saints qui-se faisaient autrefois avec beaucoup plus de ferveur que dans ces derniers siècles (Bibl. Patrum, tom. viii^ p. 70). Nous en avons déjà parlé ci-dessus, et il faut ajouter que le changement de la langue vulgaire a peut-être autant contribué au changement que nous reïnarquons que le refroidissement de la piété des fidèles.
Il f^ut aussi reconnaître de bonne foi que si dans les offices divins on ne fait ])lus ces longues lectures en langue vulgaire, les instructions et les prédications sont aussi incomparablement plus fréquentes qu'elles n'étaient dans les premiers siècles.
Cette digression pourra paraître- un peu longue, mais non pas absolument hors d'œuvre ni désagréable. Néanmoins, il est temps de la finir pour revenir à nos lecteurs et à nos notaires.
XIII. Les auteurs de la vie de saint Césaire , archevêque d'Arles , nous apprennent une autre charge des notaires, au moins dans l'Eglise d'Arles, qui était de porter la crosse de l'évoque : a Clericus cui cura erat baculum illius porlare , quod notariorum offlcium erat. (L. II, c. 12). »
La vie du confesseur saint Magne, disciple de saint Colomban, nous apprend que les abbés avaient aussi une crosse qui est aussi appelée Cambuta (Apud Surium die6Septemb., c. xii). On se servit de celle de cet abbé après sa mort, pour délier en son nom celui qu'il avait lié durant sa vie. Mais, dans ces petits emplois, ces jeunes ecclésiastiques tiraient de si grands avantages de la doctrine et des saints exemples de leurs prélats, qu'ils se rendaient capables des plus grandes charges de l'Eglise.
Dans le concile de Constanlfnople (Act. 1), sous Menas, entre les clercs qui y assistèrent, on nomme deux diacres, deux notaires et quelques sous-diacres. Le promoteur du concile était Euphémius, diacre de Constantinople et primicier des notaires. Il y est aussi fait mention de Théodore, tribun, notaire et référen-
daire de l'empereur. On y nomme Menas, le^ teur du Siège Apostolique et secondicier des notaires, Secundicerius notariorum; Acace et Christodore, diacres et notaires de Constantinople. Le même Christodore porte aussi le nom de secrétaire, ocxpcTâpioç.
Enfin , il parait par les actes de ce condle que l'office de notaire était ordinairement affecté aux diacres dans l'Eglise orientale, quoique dans l'Occident cette fonction fût pour les moindres clercs. Le promoteur du cinquième concile universel était aussi Diodore, archidiacre de Constantinople et primicier des notaires (CoUat. i, n).
Dans le VP concile général (Act. 8, 10), on nomme Etienne diacre et notaire, et Farchidiacre y est appelé chartophylace. D'où on pourrait conjecturer que la dignité de chartophylace ayant acquis un nouvel éclat, et des pouvoirs extraordinaires, le premier ûqs diacres aima mieux en être qualifié que du nom do primicier des notaires. Il faut néanmoins demeurer d'accord qu*on nomme dans ce concile (Act. 2) un lecteur qui était aussi notaire.
XIV. Cassiodore apprend quelle était l'importance de cette dignité dans Tempire, et de ce qu'il en dit on peut conclure combien elle était considérable dans l'Eglise. Les notaires étaient effectivement les confidents du secret et comme les secrétaires d'Etal, a Notarii honor tune dabatur egregiis, dum ad impériale secretum taies constet eligi, in quibus reprehensionis vitium nequeat invenîri (Variarum 1. 1, ep. rr; 1. VI, c. 16). »
Le formulaire de la création des notaires exprime admirablement la sagesse, le secret et la fidélité incorruptible que leur ministère demande. « Non est dubium ornare subjectos principis secretum; dum nuUis aestimantur necessaria posse commilti, nisi qui fuerintfide maguà solidati. Régis consilium solos decet scire gravissimos. Imitari debent arraaria,qus continent monumeuta chartarum. Ut quando ab ipsis aliqua instructio quœritur, tune lequantur, totum autem dissimulare debent, quasi nesciant scientes. » .
XV. Les chanceliers n'étaient pas encore reconnus entre les officiers de FEglise latine. Saint Grégoire écrivit à Vénantius , chancelier (Tlialie, pour lui conseiller de rentrer dans le cloître dont il était sorti. Il parle dans un autre endroit du chancelier d'un ex-préteur. Il dît ailleurs qu'un exarque d'Afrique lui avait
DES CHANCELIERS, NOTAIRES, etc.
envoyé son chancelier pour traiter d'une affaire. a Suum ad nos pro eadem causa canceilarium destînarat (L. i, ep. 33 , 67 ; I. vi, ep. 2). »
Cassiodore parlant de cet office purement séculier, dit qu'il tirait son nom du chance], ou du balustre , où ceux qui étaient élevés à cette dignité se tenaient pour écouter, ou pour introduire ceux qui demandaient audience du magistrat, a Militiam domesticam cancellorum decus attribuity ut consistorii nostri sécréta fldeli integritate custodias , per te praesentatus accédât (Varior., 1, ii, c. 6). »
Les historiens et les lois nous apprennent que ce n'étaient originairement que des notaires ou des secrétaires, à qui on donna ensuite de la considération et de l'éclat par les emplois importants qu'on leur couûa (Vopiscus, in Caerino). »
Les ecclésiastiques ne commencèrent à s'ingérer dans cet office séculier que vers le temps de Charlemagne, et le concile II de Châlon, en 813, le leur interdit aussitôt, a Presbytères cancellarios publicos esse decrevimus inbibendum (Can. xliv).x» Il est vrai que cette défense n'étant faite qu'aux prêtres , on souffrait que les autres clercs inférieurs exerçassent cet office, qui n'était toujours qu'un office public.
Saint Ouen fut chancelier de Dagobert avant que d'être évêque. On l'appelait référendaire, a Referendarius dicebatur^ ad quem publiçe conscripliones referebantur, ut per eumannulo, seu sigillé régis confirmarentur. b Ce sont les termes de l'auteur de sa vie.
La suite de cet ouvrage fera voir une infinité de chanceliers qui étaient en même tempB évêques.