X. Autres preuves
XI. Celle digoilé commença a^ec la maison et le règne de Pépin et de Cbarleuiague, «
XIL Si cette charge fut occupée par des diacres. Xlll. Pouvoirs des archichapelains.
I. Fulrad, abbé de Saint-Denis, semble avoir le premier possédé la qualité d^àrchichapelain des rois de France. Nous avons rapporté ci-de- Tant le:< endroits où il est nommé conseiller du roi Pépin.
Le pape Adrieu I*% lui donna le titre d'arctiiprètre de France, et ce fut sur son témoignage et à la prière de Charlemagne qu'il envoja le pallium à Tilpin, arcl.c\éque de Reims. «Ad petitionem jgloriosi régis Caroli^ praBbente tibi bonum ie:ttmonmm de sanctitate et doctrina, Fulrado amubilissfmo abbate, Francisa archipresbjtero^ pallium secundum consuétudinem tibi transmisisse nos memoramus, etc. (Fiodoafd,, 1. u,.c. 17). »
Le roi Pépin avaii obtenu auparavant du pape Paul la permission de retenir dans 'son palais l'évéque George et le prêtre Pierre : mais ce pape lui avait demandé en même temps, comment sa majesté désirait qu'on disposât de leurs Eglises «n les en retirant.
Voici les paroles de la lettre du pape : «Pràecelsa Christianitas vestra petiit a nobis Georgium èpiscopum et Petrum presbyterum in Testro permanere servitio nos'debere conce* deré. Et quidem prœcelleniissima veslra bénignitas agnoscat nos jamdudum de hoc yestrse obtempérasse voluntati. Pro quodirigite nobis quid de episcopatu preedicti Georgii^ et de Eeclesia, quse pnenominato Petro commissa est, peragerç debeaihus.; ne amplius illis amotis in nimiam negleetus incuriam deyeniant (Codicis Carolini,.epist. xxvi). »
II. Charlemagne prit depuis Angilram , évêque de Metz, auquel il ût encore succéder dans cette charge si importante Hildebold i évêque de Cologne^ après en avoir obtenu la dispense du pape Adrien I*' et des évêques.de son royaume.
Le concile de Francfort de Tan 794 jugea cette dispense très-canonique, puisqu'elle était londée sur les àvautiiges très - considérables que toute TEglise retirait de la résidence continuelle de cet évêque dans le palais du prince. « Dixit 'Dominus rex in eadem synodo , se a Sede Apostolica^ id est, ab Adriano Pontiflce
licentîam habuisBe, ut Angilramnum arcblepiscopiim in suo palatio assidue haberet, propter utilitates ecclesiasticas. Deprecatus esteamdem synodum, ut eo modosicut Angilramnum babuerat, ita etiam Hildeboldum episcopum ba-* bere debuisset ; quia et de eodem , sicut de Angilramno , apostolicam licentiam babeàt. Omnis synodus consentit et placuit eis, eum in palatio esse debere^ propter .utilitates ecclesiasticas (Can. Ly). »
m. Il fallait une double dispense pour relâcher l'obligation d'un évèque à résider dans son diocèse^ et pour lui permettre de résider dans le palais du prince. ^ Le roi ne se contenta pais de l'avoir obtenue du pape, il la fit encore confirmer par le concile national de son royaume. 3* Elle ne fut accordée qu'en Yue des avantages que l'Eglise en retirerait. 4^ Le titre de cette dignité n'était pas encore certain , parce qu'elle^ était nouvelle. Fulrad avfiit été appelé Archiprétre de France. Angilram fut nommé Archevêque dans le canon de Francfort, et comme la ville de Metz n'était qu'un évéché , quelques-uns ont cru que la seule considération de cette haute dignité dans le palais lui avait donné le nom d'arche- .vêquet
Mais Godegrang, son prédécesseur, ayant aussi porté la qualité d'archevêque de Metz, quoiqu'il n'ait jamais été arcbichapelain , et la même qyalité d'archevêque ayant été donnée selon quelques-uns à Urbicius même, qui était évéque de Metz, avant que les Français eussent conquis ce pays, il est visible qu'Angilrain a été nommé archevêque , parce qu'il était archevêque, et non parce qu'il était arcbichapelain (Alcuini Epist.. Lvin). Godegrang était Iproche parent du roi Pépin. Angilram était entré fort avant dans les bonnes grâces de Charlemagne. Ce fut ce qui leur fit donner la qualité d'archevêque de Metz.
IV. Hildebold, qui succéda dans la charge d'arcbicbapelain à Angilram , quoiqu'il soit ^simplement nommé évêque dans une lettre de Charlemagne, et dans le canon de Francfort, est néanmoins appelé archevêque et chapelain dans la vie de Léon tU , par Anastase Bibliothécaire, lorsqu'il dit que Charlemagne l'envoya au-devant de Léon qui Venait en France : a Misit in obviam ejus Hildeboldum archiepiscopum et capellanum, et Aschericum comitem. » La qualité d'archevêque lui est donnée, parce qu'il était efTectivement archevêque de
Cologne ; quoiqu'en joignant ce titre avecœM d'archichapelain, on le nommât queIquefoisâ^ chevêque du sacré palais.
En effet, dans le concile de Mayence de 813, le même Hildebold fut nommé archevêque du sacré palais, et il fut nommé avant les autres archevêques dans la préface. « Hildeboldussacri palatii archiepiscopus , Richolfus et km archiepiscopi« » Comme le prêtre Fulrad avaH été nommé Archiprétre de France ^ à cause de la charge d'archichapelain : ainsi à cause de b même charge, Tarchevêque de Cologne fot nommé Archevêque du sacré palais. Mais enfin on revint au titre le plus naturel , qui était celui d' Arcfiichapelain.
On le trouve dans Adémar, lorsqu'il décrit l'arrivée du pape Etienne IV en France, en 816^ au-devant duquel Louis le Débonnaire eo^ya le même Hildebold , a Hildeboldum archicapellanum sacri palatii, » et quelques autres évêques.
La lettre du concile de €recy à Louis, roi de Germanie , donna en 858, à l'abbé Fulrad, le iitre dç grand chapelain, a Summum capellanum régis Pipini. »
Le même titre est donné par Hincmar à Gunthaire^ archevêque de Cologne, A, grand Chapelain du roi Lothaire ( Concil. Gall. , tom. m, p. 157, i«9.)
Un concile d'Aix-la-Chapelle de l'an 864, l'appelle arcbichapelain du sacré palais. «Guatbarius Agrippinensis archiepiscopus et sacri palatii archicapellanus (Spicilegii tom. xii» p. 122, 123, 426). »
Dans les rescrits de Charles, " le plus jeune fils de l'empereur Lothaire, en 861 et 86i , il paraît que Rémi, archevêque de Lyon,élailson grand chapelain. « RemigiusLugdunensis Ec* clesise autistes , nostrique palatii capellanus summus (Ibidem, p. 243). d
V. La lettre du roi Charles le Chçiuve au pape* Nicolas découvre un point fort remarquable, savoir^ que Tévêque de Metz Angilram avait été en même temps arcbichapelain de Charlemagne , et apocrisiaire du Siège Apostolique en France, par une grâce singulière (p^ Charlemagne avait obtenue du pape.
Louis le Débonnaire avait obtenu le ménie avantage^, et avait fait tomber les deux mèwti dignités à Drogon, fils de Charlemagney archevêque de Metz, a Quœ sedes Metensis postulatipne avi upstri divae memoriae Caroli impers* loris honorari ab Apostolica Sede menûtt ^
DES ARCHÎCHAPEr ATNS OU GRANDS CHAPELAINS.
Engîlraînnus praedecessor istius, summus capellanus ejus et apocrisiarius Apostoiicae Sedis in jstis regionibus aliquandiu fieret. Et postea deprecatione sanctae recordationis Pii Augusti domni et Genitoris Dostri^ excellenti genio a Sede Apostolica in prasfato patruo nostro Drogone Tenerando episcopo fuerat honorata, ut una cum prœdicto minislerio et imperatoris et Apostolicœ Sedis, etiam usu pallii potiretur.
Ces deux prélats furent donc en même temps , et archidiapelains des empereurs , et apocrisiaires ou légats du Saint-Siège en France.
VI. Les anciennes chroniques ne donnent que le nom de chapelain du roi à Fulrad et à quelques autres^ mais les suivantes donnent celui d'archichapelain du sacré palais à Tabbé de Saint-Denis Hilduin, à Drogon,. évêque de Metz, et aux autres qui possédèrent la même dbarge (Du Cbesne^ tom. i^ p. 25, 28, 70, 281, 319, 364).
La (qualité d'arcbiprétre ne convenait pas aux évêques, celle d'archevêque convenait encore moins aux abbés qui étaient pourvus de cet office^ et ne pouvait même convenir à tous les évêques. Celle d'archichapelain fut estimée la plus convenable aux uns et aux autres. Mais lors même que les abbés étaient chargés de ceï office, rélévation de leur dignité et leur crédit auprès du prince leur faisait bien donner d'autres éloges par les évêques mêmes qui recouraient à leur protection.
Frotharius, évêque de Toul, donnait à Hilduin, abbé de Saint-Denis, la qualité de père et de maître, patri et magistro, en le priant de le faire décharger de quelque service que le roi exigeait^ de lui dans les bâtiments de son palais royal : et protestant qu'à moins de cela il viendrait lui-même conjurer le prince de souffrir qu'il se démît de son évêché, qu'il ne croyait pas pouvoir retenir s'il n'y résidait, a Hœc perpendere dignemini, et a praedicto servitio nos liberare ne pigeatis. Alioquin per meipsum ad prœsentiam Domini imperatoris et vestram prœsentiam suppliciter obsecrabo, ut hoc onus curse pastoralis a me submoveatis (Ibid., p. 712, 716, 718). »
Le chapitre de Sens écrivit au même abbé Hilduin, avec ce titre : a Yere sanctissimo, sacris negotiis a Deo prœlato, » pour le conjurer de faire confirmer la seconde élection qu'ils avaient faite d'un évoque, puisque c'était aussi par son entremise qu'ils avaient oblenu le
Tu. — Ton. H.
pouvoir de la faire, après que Fempereur eut cassé leur première élection, a Alteraai nobis eleciionem impetrare ac concedere studuîstis, etc. Persona quam dicimus sufflcere ad hoc onus ferendum, dignationis vestrmjudicîo, aut suscipiatur, aut reprobetur. » Ils écrivirent sur le même sujet à Eginhard,qui est aussi appelé archichapclain dans la chronique de Lauresham, a Einbardus archicapellanus et notarius imperatoris Caroli (Du Chesne, tom. m, p. 496, 399). »
L'auteur de la vie de saint Anscharius, montre l'estime et la vénération qu'on avait pour cet office, en parlant de Drogon, a Summaa sanctaeque palatinse dignitatis archicapellanus.» D'où l'on peut conclure que c'était la première de toutes les charges et de toutes les dignitjés du palais. C'est peut-être encore pour cela qu'Angilbert est appelépar Alcuin, a Primicerius palatii Pipini régis, » et Angilram, évêque de Metz, a archiepiscopus et sacrae capelte primicerius (Alcuini ep. xui, lxxix). »
Loup, abbé de Ferrières, fait encore voir la prééminence de cette dignité par-dessus toutes les autres, par les titres qu'il donne à l'abbé Hilduin, a Nobilitatis, dignitatis et moderationis apice conspicuo Hilduino, ecclesiasticorum magistro (Lupus, epist. cxx, xcvn). » Quant à l'autre lettre, où il l'entretient de l'ineeriitude du temps qu'il jouira de cette suprême puissance, elle ne regarde que la mort,. qui est la fin certaine de toutes les grandeurs de la terre, et dont l'heure est toujours incertaine.
On n'a d'ailleurs guère d'exemples que le prince destituât ceux qu'il avait honorés de de cet office. Les conciles mêmes recherchaient l'appui et le secours de l'archichapelain, comme il parait par la lettre du concile de €récy, au même abbé Hilduin, où Hincmar et les autres évêques le prient de consentir à Téleclion qu'ils avaient faite d'un de ses disciples pour évêque de Langres, et d'y faire consentir le roi, « Obsecrantes hujus in hoc Hilduini consensum, et deprecationem ipsius pro eo adxegem (Flodoard., l. ui, c. 24). »
Àgobard, archevêque de Lyon, écrivant à Hilduin, prélat du sacré palais, a Sacri palatii antislili , » et à Vala, abbé de Corbie, qui résidait aussi quelquefois avec lui, qui était toujours résident dans le palais de l'empereur Louis le Débonnaire, assure qu'ils étaient eux deux les aides, les conseillers et les ministres de cet empereur pour les œuvres de piété.
«Absque ambîguo vos novi prœcîpuos, ac pêne solos in via Del esse adjutores chrîstianissimi imperaloris; ac propterea In palatio esse unum semper, et alterum fréquenter, ut in operibus pietatis, quœ absque omni errore quaerenda, invenienda, tenenda sunt, vos îlli prudentissîmîs yestris suggestionibus sitis exhortalores, et ut dixi, adjutores. »
Cela marque que ces deux abbés étaient dans le conseil de conscience et dans le ministère pour toutes les affaires ecclésiastiques. Aussi, Agobard s'adresse à eux, afin qu'ils fassent révoquer un édit trop favorable aux Juife, qu'on avait surpris à cet empereur.
VII. Ce ne furent pas seulement les rois de France qui eurent leurs archichapelains, mais aussi tous les autres rois ou empereurs de la niaison de Charlemagne. Nous avons déjà vu un archevêque qui était aussi archichapelain de Lothaire, roi de Lorraine. Dans les conciles de Rome, en 853, et de Pavie, en 855, sous Léon IV, il est fait mention de Joseph, archichapelain de Louis, empereur, petit-fils du Débonnaire.
Hincmar , archevêque de Reims , faisant diverses remontrances à Louis, roi de Germanie, et lui donnant toutes les instructions nécessaires pour saintement régner, n'omit pas celle-ci : d'avoir dans son palais un prélat sur lequel il se reposât du soin des affaires ecclésiastiques, en la même manière qu'il se déchargeait des affaires civiles sur le compte du palais. « Ut si episcopus pro quacumque necessitate ecclesiastica, ad vos direxerit, ad quem suus missus veniat, per quem quae rationabiliter petierit, obtineat, in palatio vestro, sicut cornes palatii est in causis reifiubUcœ, ministerio congruum coustitutum habete (Hincmar., tom. Il, p. 431). B
Ainsi, l'archichapelain était alors comme l'agent de tous les évêques du royaume auprès de la personne du prince. Et c'est peut-être pour cela qu'il fut quelquefois appelé évêque ou archevêque du palais, quand d'ailleurs il était évêque : a Archipalatinus prœsul (Spicilegii, tom. vu, p. 175). »
Agobard écrit que le crédit qu^on a auprès du prince est un des plus grands talents, et dont on rendra à Dieu un compte rigoureux : <r Quoniam ut ipsî non ambigitis , tanta familiaritas, quam apud dominum imperatorem obtinere vos Deus fccit, pro magno vobis talento spiritaii ab ipso omnipotenti Domino
computabitur (Epist. ad Manfredum , coinitein
Palatii). »
On peut aussi dire que la direction «t la surintendance de toutes les affaires ecclésiastiques qui se traitent dans le palais du prince, est une charge, dont l'étendue est la même que celle du royaume, et dont l'importance est tout autre que celle des autres dignités. Mais, tous les archichapelains n'ont pas possédé ou n'ont pas toujours possédé cette grande puissance, et d'autres qu'eux l'ont quelquefois possédée. Louis le Débonnaire destitua Hilduio, et l'envoya en exil en Saxe.
VIII. Revenons à Hincmar, qui a conservé les extraits du livre que le sage Adélard, abbé de Corbie, avait composé de l'ordre et du gouvernement du palais, <x De ordine palatii ; » loi qui en était très-parfaitement instruit, comme tenant la première place dans le conseil de Charlemagne. a Inter primes consiliarios primum. »
Il assure que le gouvernement général étant partagé d'abord entre celui du palais royal, et celui du royaume : dans le gouvernement du palais, après les personnes sacrées du roi, de la reine, et de leurs enfants, la première dignité est celle de l'apocrisiaire'ou de l'archichapelain.
a Anteposito ergo rege et regina cum nobilissima proie sua , tam in spiritualibus, quam et in sœcularibus, atque corporalibus rébus per hos ministres omni tempore régis palatium gubernabatur. Videlicet per apocrisiarium, id est responsalem negotiorum ecclesiasticoram (Hincmar., tom ii, p. 206). »
L'archichapelain était donc le premier ministre, et le premier officier du palais, où il avait rang au-dessus de tous les princes, hors le roi, la reine et leurs augustes enfants.
L'origine de cette charge se doit prendre dans le transport que fit Constantin du siège impérial à Coustantinople. Car il fut nécessaire après cela que tous les grands évêques du monde eussent leurs agents auprès de la personne de l'empereur, a Et sic responsales tam RomanaB sedîs, quam et aliarum praecipuarom sedium, in palatio pro ecclesiasiicis negotiis excubabant. »
Clo\is étant baptisé, durant son règne et celui de ses descendants, les évêques Tenaient aa palais successivement les uns après les autres, et faisaient la même fonction, a Per succèssiones regum sancti episcopi ex suis sedibus et