XIII. La tonsure de Simon le Magicien
XiV. Quatre différentes sortes de couronnes ou de tonsures,
XV. Dont U y en a deux d'approuvées. Comment on les a attribuées aux apôtres.
XVI. XVII. Quand et comment les moines ont ijonté la coa« ronne cléricale à leur tonsure.
I. Ce ne fut que dans le sixième et septième siècle qu'on commença plus particulièrement à distinguer les clercs des laïques par la tonsure et par l'hubit.
Il n'a guère moins fallu de deux cents ans, après les persécutions finies et la paix rendue à l'Eglise, pour bien établir cette différence entre deux professions si diverses. Durant les orages de la persécution, cette distinction eût été dangereuse. Après le calme rendu, il fallut un espace de temps considérable pour faire un changement si important et si universel dans toute r Eglise.
Il ne faut ni exiger^ ni attendre des conclusions et des réponses absolument précises dans une matière aussi flottante que celle-ci. Les changements se sont faits en divers temps, en divers pays, et ils se sont faits avec tant de lenteur qu'il est très-difflcile d'en donner au juste les époques précises.
II. Commençons par la tonsure et par les canons des conciles d'Espagne qui en parlent. Le concile de Barcelone, tenu en 540, défendit aux clercs de porter les cheveux longs et de raser leur barbe, a Ut nuUus clericorum comam nutriat, aut barbam radat (Can. in, vi). d Il commanda aux pénitents de tondre leurs cheveux. « Pœnitentes viri tonso capite, etc. (Can. Lxxvi). »
Le célèbre Martin, archevêque de Brague, avait un peu mieux remarqué la forme de la tonsure cléricale dans un canon de sa compilation, a Non oportet clericos comam nutrire, et sic ministrare, sed attonso capite, patentibus auribus^ etc. » Cette circonstance des oreilles découvertes nous montre combien il fallait porter les cheveux courts. Mais en tout cela il ne paraît point encore de couronne, ni aucune partie de la tête rasée.
Le concile de Brague, célébré en 563 (Can. XI, xii]^ défend seulement aux clercs de porter de grands cheveux, a Placuit ut lectores in Ecclesia habitu sa^culari ornati non psallant^ neque granos gentili ritu dimittant. x> Ce terme grani signifie les longs cheveux de la tête , ou une longue barbe. Saint Isidore de Séville nous le fait assez voir dans ses origines, a NonnuUîB gentes non solum in vestibus, sed et in corpore aliqua propria sibi quasi insignia vindicant, ut videmus cirrhos Germanorum, granos et cinnabar Gothorum (L. xix). »
Ce n'est donc pas dans les habits, mais dans les cheveux qu'il faut chercher cet ornement superflu, quMÏ appelle Granos, pour les Goths d'Espagne, aussi bien que celui qu'il nomme Cirrhos^ pour les Allemands. Sidonius ApoUinaris faisant le tableau d'un Golh^ lui donne
aussi de longs cheveux, a Aurium legute, sicut mos gentis est, crinium superjacentium flagellis operiuntuf (L. i, epist. 2]. » Mais Arnoul, évêquedeRochester, nous explique bien plus clairement ce terme, quand il rend raison pourquoi on donnait le pain céleste trempé dans le sang de J.-C, au lieu de présenter le calice.
a Nos carnem Domini intinguimus in sanguine, etc. Evenit enim fréquenter, ut barbati et prolixos habentes granos, dum poculum inter epulas sumunt, prius liquore pilos inficiant, quam ori liquorem infundant. Praetcrea si imberbes et sine granis et mulieres ad sumendam communionem sanctam conveniant, quis sacerdotum poterit tam provide ministrare, ut infundens nihil effundat (Spicileg., tom. ii^ p. 435)? »
III. Le concile III de Tolède (Can. xi], ordonna de ne point donner la pénitence aux hommes qu'auparavant on ne leur coupât les cheveux : « Sive sanus, sive infirmus sit, prius eum tondeat, et sic pœnitentiam ei tradat, » et de faire changer d'habit aux femmes avant que de la leur accorder : « Non accipiat pœnitentiam, nisi prius muiaverit habitum. b On prétendait empêcher par ce moyen les fréquentes rechutes des pénitents. U n'est pas à croire que cette tonsure des pénitents fût la même que celle des clercs, puisque la pénitence et la cléricature étaient deux choses si étrangement éloignées l'une de l'autre, et en quelque manière incompatibles.
Le concile lY de Tolède, tenu en 633 (Can. XLi), lève cette difficulté en faisant voir clairement la tonsure des clercs, qui mérita le nom de couronne, et par conséquent infiniment distincte de celle des pénitent. Car la tonsure, c'est-à-dire les cheveux fort courts de tout le haut de la tête étaient comme couronnés par un cercle de cheveux plus longs et plus bas qui les environnait.
a Omnes clerici, vel lectores, sicut levitœ et sacerdotes, detonso superius toto capite, inferius solam circuli coronam relinquant; non sicut hue usque in Galliciae partibus facere lectores videntur, qui prolixis, ut laici, comis, in solo capitis apice modicum circulum tondent. Ritus enim iste in Hispania hue usque haereticorum fuit. Unde oportet, ut pro ampulando Ecclesiœ scandale, hoc signum dcdecoris auferatur ; et una sit tonsura vel habitus , sicut tûtius Hispania3 est usus. Qui autem hoc non cuslodicrit, fidci Calholicœ reus erit. b
DE LA TONSLRE ET DE LA COURONNE
IV. Ce canon du concile de Tolède, qui mérite une attention particulière, nous apprend : 4* Que les clercs inférieurs, aussi bien que les diacres, les prêtres et les évêques avaient une tonsure qui leur découvrait tout le haut de la tête, « detonso superius toto capite , » et qu'il ne leur restait qu'un tour de cheveux, comme un cercle, ou comme une couronne , a Interius solam circuli coronam relinquant. »
Voilà quelle était la âgure de la tonsure et de la couronne cléricale.
S^ Que tous les ecclésiastiques, depuis les lecteurs jusqu'aux évêques, devaient porter la même couronne et la même tonsure. Car le ierme de sacerdotes avait déjà commencé à comprendre les prêtres aussi bien que les évêques, comme celui de lecteurs semblait renfermer tous les clercs inférieurs.
3"* Ce canon suppose que les évêques, les prêtres et les diacres avaient toujours usé d'une tonsure et d'une couronne, telle qu'elle est ici prescrite, et Jmêmetous les clercs inférieurs des autres provinces d'Espagne, excepté de Ja Galice, où les lecteurs ne portaient qu'une très-petite couronne au haut de la tête, laissant quant au reste croître leurs cheyeux comme les laïques, a Prolixis, ut laici, comis, in solo capitis apice modicum circulum tondent. x>
Enfin, après avoir condamné cet abus, et avoir obligé tous les moindres clercs à porter la tonsure et la couronne semblable à celles des prêtres et des évêques, ce concile déclare que si les clercs s'opiniâlrent à vouloir suivre les hérétiques d'Espagne, dont ils ont imité l'abus, on les traitera aussi comme>des hérétiques.
V. Ce même concile parle un peu plus bas (Can. Lv), de ceux qui se sont tonsurés euxmêmes, pour se mettre en pénitence : a Accipientes pœnitentiam totonderunt se , » ou qui ont été tonsurés par leurs parents et en même temps dévoués à la vie monastique, a qui detonsi a parentibus fuerint, aut sponte sua amissis parentibus seipsos religioni devoveriot ; D et il ordonne (Can. vu), que s'ils abandonnent la religion ou la pénitence, l'évêque les forcera d'y rentrer : a comprehensi a sacerdote ad cultum religionis revocentur. » Le même décret est renouvelé dans le concile VI de Tolède (Can. n).
Le concile XII de Tolède ne permit pas que ceux à qui on avait donné la tonsure et la pénitence au lit de la mort, et ayant perdu le sen-
timent , pussent , étant revenus en santé , profaner la sainteté de cette profession par uno vie séculière. « Quatenus a se tonsuraî vcncrabile signum expellant, et habitum religionis abjiciant. » Ce canon défend bien aux prêtres de donner Thabit et la tonsure de la pénitence ou de lar religion aux malades qui ne la demandent pas, mais il ne permet pas à ceux qui Tout reçue, même sans la demander, d'en violer les lois, prétendant qu'il en est comme du baptême qu'on donne aux enfants.
VI. Il ne sera pas inutile d'avoir découvert la tonsure des pénitents et des religieux , afin d'en remarquer la différence d'avec celle des ecclésiastiques : car les pénitents et les religieux sont simplement tonsurés, mais ils ne portent point de couronne, parce que la couronne est la marque et l'ornement du sacerdoce royal de J.-C. et de ses ministres.
Isidore, évêque de Séville, dit que la partie supérieure de la tête où la tonsure a été faite représente la tiare sacerdotale qui était ronde, et représentait la moitié d'une sphère ou d'un globe ; et que le cercle de cheveux qu'on laisse au bas de la tête est comme le diadème royal dont les souverains bandaient leur tête.
La tonsure des ecclésiastiques est donc une marque honorable de leur dignité royale et sacerdotale tout ensemble, au lieu que celle des pénitents et des religieux est une preuve de leur état humble et humiliant, a Quod vero detonso capite superius, inferius circuli corona relinquitur, sacerdotium regnumque Ecclesiae in eis existimo figurari. Tiara enim apud veteres constituebatur in capite sacerdotum. Haec ex bysso contecta, rotunda erat, quasi sphsera média, et hoc signiflcatur in parte capitis tonsa. Corona autem latitudo aurei est circuli, quae regum capita cingit. Utrumque itaque signum exprimitur in capite clericorum, ut impleatur etiam quadam corporis similitudine , quod scriptum est, Petro apostolo docente, vos estis genus electum, regale sacerdotium (De Offic. EccL, L II, c. 4). B
VII. Il est certain que ce retranchement de cheveux signifie dans les ecclésiastiques, aussi bien que dans les pénitents et les religieux , le renoncement de toutes les vanités, les pompes, les voluptés et toutes ïcssuperfluités du siècle : a Est autem in clericis tonsura signum quoddam, quod in corpore figuratur, sed in animo geritur ; scilicet ut hoc signo in religione vitia resecentur, et criminibus carnis nostras ,
quasi crinibus eiuamur (Ibidem, can. iv). d Hais si les pénitents se privent des choses dont ils ont abusé, c'est une satisfaction pour leurs fautes passées, et une précaution pour Tavenir : ainsi c'est plutôt un sujet d'humiliation que de gloire ; au lieu que les ecclésiastiques qui ont porté Tinnocence dans ce sublime état, laissent les choses de la terre par un généreux mépris et par une yertu et une grandeur d'âme vraiment royale , se mettent au-dessus de toutes les choses créées, pour régner dès cette vie avec J.-C. dont le règne n'est pas de ce monde, quoiqu'il soit dans ce monde même le Roi des rois.
VIIL Si les conciles d'Espagne et Isidore qui s'est servi de leurs propres termes, n'ont parlé que de la tonsure, sans faire le moins du monde connaître que Ton rasât la tcte, ou le haut de la tête des clercs , il faut aussi remarquer qu'ils parlent en mêmes termes des pénitents et des religieux. Le rasoir n'y paraît jamais. Et le même saint Isidore le montre encore bien plus clairement dans sa règle : c< NuUus monachorum comam nutrire débet, etc. Tondere ergo débet iste, quando et omnes, imo et simul, ac pariter omnes (Cap.