‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 3 sur 297 · XII · texte numérisé non relu

XII

IX. Enfin, cet auteur assure que saint Paul donna l'exemple de la tonsure^ quand il suivit lui-même l'exemple des Nazaréens, comme il parait dans les Actes (De Offic. Eccl., 1. ii,c.4). Mais cela même nous apprend que ce ne fut que dans cette rencontre particulière que saint Paul en usa de la sorte, et que hors d'une si pressante nécessité il ne s'y fût jamais résolu, non plus que les autres apôtres.

Si Isidore semble au même endroit faire saint Pierre le premier auteur de la tonsure cléricale, il ne faut l'entendre que de la modestie des cheveux, dont cet Apôtre a été sans doute le maître et le modèle, aussi bien que de toutes les vertus chrétiennes, et des marques extérieures mêmes qui doivent accompagner la vertu.

X. Les Anglais ont poussé bien plus loin ce sentiment, de reconnaître saint Pierre et saint Paul pour les auteurs et les premiers instituteurs de la tonsure cléricale. Ayant été longtemps partagés entre eux sur les questions et les pratiques de la fête de Pâques et de la tonsure cléricale ; les catholiques qui se conformaient aux sentiments et aux usages de Rome ne manquèrent pas de s'autoriser de l'exemple

et de l'institution de saint Pierre et de saint Paul.

Bède nous raconte que le fameux Théodore^ né en Tarse de Cilicie, et parfaitement instruit dans les lettres grecques et latines, saintes et profanes, ayant quitté son monastère en Orient et étant venu à Rome, fut choisi par le pape pour être envoyé en Angleterre, et y gouverner l'Eglise deCantorbéryen qualité d'archevêque. Il fut premièrement ordonné sous-diacre à Rome, puis il attendit l'espace de quatre mois que ses cheveux fussent crûs, afin qu'on pût ensuite lui faire la tonsure et la couronne, à la mode de Rome et de l'Occident, car il n'avait reçu que la tonsure de saint Paul, à la mode des Orientaux. Après cela le pape Vitalien lui donna tous les ordres sacrés, a Qui subdiaconus ordinatus, quatuor expectavit menses, donec illi coma cresceret , quo in coronam tonderi posset. Habuerat enim tonsuram more Orientalium sancti Pauli apostoli. Qui ordinatus a Vitaliano papa, etc. (Beda^ hist. i. AngL, 1. IV, c. 4). »

XI. Il est très-probable que cette couronne orientale^ qu'on autorisait du nom de saint Paul, était celle des moines qui avaient toute la tête rase^ ou tondue également partout et de fort près, sans ce cercle ou cette couronne de cheveux qui est propre aux clercs.

Les termes de Bède semblent le dire. Car, V Théodore était moine; or les moines rasaient toute leur tête, ou la tondaient de près, comme nous avons dit, sans qu'il soit jamais parlé d'un tour de cheveux qui leur reste^ et qui leur fasse comn^ une couronne.

2° On laissa croître les cheveux à Théodore durant quatre mois, afin de pouvoir après cela lui faire une tonsure couronnée d'un cercle de cheveux : a quo in coronam tonderi posset. » Rien ne convient mieux à ce que nous avançons.

3*" Cette tonsure totale se pouvait appeler avec beaucoup de vraisemblance la tonsure ou la rasure de saint Paul, qui se fit couper les cheveux à Jérusalem à la mode des Nazaréens, qui coupaient et consacraient à Dieu tous leurs cheveux sans en rien réserver. On sait assez d'ailleurs combien ouvertement les anciens moines faisaient gloire de se dire les imitateurs des anciens Nazaréens, et les disciples de saint Paul dans son parfait dépouillement de toutes choses, dans ses pénitences^ et le travail de ses mains.

DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE

XIL Le même Bëde rapporte plus bas une Tision miraculeuse où saint Pierre et saint Paul apparurent le premier tonsuré comme un clerc, le second avec une longue barbe. aUnus quidem attonsus erat ut clericus, alius barbam habebat prolixam. Dicebantque quod unus eorum Petrus, alius vocaretur Paulus (L. iv, c. 14). »

Il se peut bien faire que cet enfant crut avoir vu les apôtres dans cette vision en la même manière qu'ils étaient ordinairement représentés dans leurs tableaux, ou que les apôtres même pour se faire connaître voulurent apparaître avec la figure que les peintres leur donnent ordinairement. Mais les catholiques anglais ne doutaient nullement en ce temps-là que saint Pierre n'eût été tonsuré de la même laçon qu'on l'était à Rome de leur temps (L. IV, c. 22).

L'abbé Ceolfrid^ dans la savante lettre qu'il écrit sur ce sujet, et qui est rapportée par le même Bède, ne doute point à la vérité que les apôtres n'aient été différents entre eux dans la tonsure : « Et quidem scimus, quia noc Apostoli omnesuno eodemque sunt modo attonsi^ d et que les tonsures de tant de différentes Eglises du monde ne soient aussi diverses entre elles dans le siècle présent même, l'unité essentielle n'étant autre que celle de la foi et de la charité : a Neque nunc Ecclesia Calholica sicut una fide, spe et charitate in Deum consentit, ita etiam una atque indissimih totum per orbem tonsura sibi forma congruit; » que Job coupa ses cheveux dans son affliction : ainsi il les portait long dans la prospérité ; Joseph au contraire les coupa en sortant de la prison, où il les avait laissés croître ; que les anciens Pères ne sont jamais entrés dans aucune contestation sur le sujet de la tonsure, aCum nunquam Patribus Catholicis, sicut de Paschae vel fidei diversitate conflictus, ita etiam de tonsurœdif-* ferentia legatur aliqua fuisse controversia ; » que ce n'est donc qu'un point de discipline indifférent en lui-même: a Tonsurae discrimen. non nocet, qui bus pura in Deum fides et chantas in proximum sincera est. d

Mais après avoir supposé toutes ces vérités incontestables, ce savant abbé déclare qu'il ne croit pas qu'on puisse douter qu'entre toutes les tonsures qui peuvent avoir cours dans l'Eglise, ou dans tout le monde, il ne faille préférer à toutes les autres celle de saint Pierre, et préférer toutes les autres à celle de Simon

le Magicien. « Nullara magis sequendam jure dixerim ; ea quam in capite suo gestabat Petrus ; » surtout si l'on considère que la tonsure de saint Pierre, couronnée d'un tour de cheveux, est une marque glorieuse de la passion de J.-C. et une image de sa couronne d'épines. « Neque ob id tantum in coronam attondemur^ quia Petrus ita attonsus est, sed quia Petrus in memoriam DominicsB Passion is ita attonsus est, etc. Oportet eos, qui vel monachi votum vel gradum clericatus habent, formam quoque coronae, quam Dominus in passione sua spineam portavit in capite suo, quemque in capite per tonsuram pncferre.o

C'est encore comme une éternelle protestation de vouloir prendre part à la honte glorieuse et à la sage folie de la croix de J.-C. a Ut se etiam irrisiones et opprobria pro illo libenter ac prompto animo sufferre, ipso etiam frontispicio doceant. »

Enfin c'est pour aller au-devant de cette couronne incorruptible de gloire que nous attendons, et pour laquelle nous nous séparons de toutes les vanités du siècle : a Ut coronam vitœ œternœ se semper ex[)ectare, proque hujus perceptione etadversa se mundi, et prospéra contemoere désignent, d

XllT. Quant à la couronne qu'on blâmait en Angleterre , et qu'on y attribuait à Simon le Magicien, comme contraire à celle de saint Pierre, ce même abbé nous la dépeint un peu plus bas, et il nous fait voir que ce n'était que le demi-tour de cheveux sur le (ront^ le reste manquant, qui devait entourer le derrière de la tête.

« Tonsuram Simonis quis non cum ipsa magia detestetur ; qnac aspectu in Irontis quidem superficie coronœ videlur speciem pracferre; sed ubi ad cervicem considerando perveneris^ decurtaiam eam, quam te videre putabas invenies coronam ; ut merito simoniacis et non christianis talem habitum convenire cognoscas, qui in prœsenti quidem vila, a deceptis hominibus putabantur digni perpétua gloria corons ; sed in ea quse banc scquitur vita , non solum omni spe coronse privati , sed aeterna insuper sunt pœna damnati. x>

Il était difficile de faire une peinture plus naïve et plus ressemblante de. cette demi-couronne sur le devant de la tête, qui semblait figurer que les disciples de cet hérésiarque n'avaient que les apparences de la piété, et ne pouvaient espérer que la gloire du siècle pré-

DU SECOxND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE TRENTE HUITIÈME.

sent. D'ayant rien de solide dans le secret^ ni rien à espérer dans le siècle à venir. Le cercle entier de la couronne marque réternité de la vie sans fin qu'elle fait espérer; celle qui n'achève pas le cercle est un funeste augure du contraire. « Qui ad coronam te vitœ, quœ terminum nesciat^ tendere credis^ quid contrario âdei tuse babitu terminatam in capite coronœ imaginem portas. »

Si c'est cette tonsure dont le moine Agrestius fit un reproche aux défenseurs de saint Colomban dans le concile de Màcon, en 627, c'est ce que je n'oserais ni assurer, ni nier. Entre les lettres du martyr Boniface, la quarante-quatrième est d'Athelme, abbé d'Angleterre, tissue des mêmes raisons de Tabbé Céolfrid et des paroles de saint Isidore de Sévile.

XIV. De ce que nous venons de dire on peut conclure que de quatre différentes manières de couronnes et de tonsure, il y en a deux d'infâmes, une tolérée, l'autre autorisée.

Celle que les anglais attachés aux cérémonies romaines, détestaient et attribuaient par conséquent à Simon le Magicien, sans autre fondement à mon avis que de ce qu'elle était contraire à celle qu'on croyait être de saint Pierre, celle-là, dis-je, vient de nous être représentée assez clairement. Celle que les clercs inférieurs de la province de Galice avaient empruntée des anciens hérétiques d'Espagne, et dont nous avons rapporté la condamnation par le concile IV de Tolède pourrait passer pour la même que celle de nos jeunes clercs dans le siècle présent ; mais si elle en approche par le seul petit cercle du haut de la tête, elle en est très-différente par la modestie des cheveux. Car ce que le concile de Tolède condamne le plus justement, ce sont les longs cheveux que les lecteurs du royaume de Galice portaient à la façon des laïques, a Prolixis ut laici comis. b

Il est vrai que ce concile veut que les moindres clercs portent la tonsure et la couronne aussi grande que les évêques, et que notre pratique est fort éloignée de cela. Mais c'est à quoi il faut rapporter ce que l'abbé Céolfrid vient de nous apprendre, que jamais l'Eglise n'a prétendu introduire dans ces sortes de pratiques une uniformité générale et qu'elle ne désapprouve pas la différence qu'on met entre les choses de leur nature indifférentes, et celles qui sont essentielles à la religion.

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