‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 204 sur 297 · CHAPITRE CENT-TREIZIÈME. ' Dcs CAiiriNAUX icbqu'a l'ah mil trois cbkt · texte numérisé non relu

CHAPITRE CENT-TREIZIÈME. ' Dcs CAiiriNAUX icbqu'a l'ah mil trois cbkt

I. Qoand les éfAqnes cardinaux commencèrent k a'éleTer andessns des aolrcs évêqucs. Ils étaient évêqnes cardinaux k Tégard de réglise de Saint-Jean-de-Utran, à Rome. L'élection do pape commence à dépendre principalement d*enx.

II. Cette élévation dea évèqnea cardinaux fot nécessaire pour mettre fin à l'usurpation que les empereurs avaient toite de nommer les papes. Nouvelles prenyesde leur pouvoir en Télec-

tion du pape.

in. Les fréquentes légations commises aux cardmaux, et 1 u- Dion étroite des trois membres divers du sacré collège, qui ne pouvaient se séparer les uns des autres, mirent insensiblement tous les cardinaux au-dessus des autres évèques, quant à la séance. Preuves jusqu'à Tan onze cent.

IV. Preuves depuis orne cent jusqu'en douie cent. Paroles remarquables des cardinaux dans le concile de Reims, sous Engène III. Us composent le sénat de TEglise romaine.

V. Sentiments de Pierre Damien, de saint Bernard, et de Pierre de Blois, sur l'autorité de cet auguste sénat pour la propagation de TEglise, et pour la réformation des mo&urs. Quelsctniinaux le pape doit choisir.

VI. Suite du progrès de la dignité et de la préséance des cardinaux jusqu'à l'an douze cent. La persécution que les empereurs et les antipapes firent aux papes, et la fmte des papes et des cardinaux en France, peut y avoir contribué.

Vil. Dans le treizième siècle, la pourpre des papes fut comnraniqnée aux légats et aux cardinaux, et leur préséance sur les évèques fot pleinement établie.

VIII. Qnels sentiments on doit avoir de la pourpre des cardinaux.

I. Le cardinalat est monté par degrés au comble des dignités ecclésiastiques, et je ne doute pas qu*on ne soit bien aise d'en observer toutes les démarches dans la suite des siècles.

Le concile romain, sous Jean XY, en 993 (Conc, tom. ix, p. 742, 8, 5, 992), fut souscrit par les évèques, par les prêtres et par les diacres de TEglise romaine, mais il n'y eut que les prêtres qui prirent le titre de cardinal : a Pre* sbyter et cardinalis sancti Sixti, etc. »

il en est de même du synode romain de Fan 1015, sous Benoit VIII, où plusieurs autres évèques souscrivirent non-seulement avant les prêtres cardinaux, mais aussi avant les évèques selon qu'ils étaient ou archevêques, ou plus anciens.

Ce qui se passa à Ck)nstantinople, en 1054, entre les apocrisiaires de Léon IX et le patriarche Michel montre le changement qui s'était déjà fait à l'avantage des cardinaux. Humbert , Wèque de Sylva Candida y est nommé cardi-

nal évêque de l'Eglise romaine, et y a nmg avant Tarchevêque d'Aroalphi. Frideric, diacre et chancelier, n'y est point nommé cardinal « Humbertus Dei gratia cardinalis episcopas sanctae Romanœ Ecclesiœ, Petrus Amalphitanorum archiepiscopus, Fridericus diaconus et cancellarius, omnibus Ecclesiœ Catholicœflliîs.» C'étaient là les trois apocrisiaires ou légats do

pape.

Pierre Damien ayant été créé évêque cardinal, et écrivant aux autres évèques cardinaux, les nomme cardinaux de l'Eglise de Latran : € Veuerabilibus in Christo sanctis episcopis, Lateranensis Ecclesiœ cardinalibus Petrus, efç. (Baronius, an. 1057, n. 19, Î6). »

Ce n'était donc pas à l'égard de leur église particulière que chacun de ces évèques était appelé évêque cardinal: mais à l'égard de l'église de Saint-Jean de Latran à Rome, et c'est pour cela que le cardinal Humbert se disaiicardinal évêque de l'Eglise romaine.

Pierre Damien nous apprend dans la même lettre que les sept évèques qu'on appelle cardL naux étaient attachés à l'église de Saint-Jean de Latran à Rome, qui était la première église de Rome, à laquelle on accourait de tous te endroits de la terre, et où personne ne célébrwt les divins mystères que le pape et ces sept évèques.

a Lateranensis ecclesia sicut Salvatoris est insignita vocabulo, qui nimirum omnium caput est electorum, ita mater et quidam apex ac vertex est omnium per orbem Ecclesiarum. Hœc septem cardinales habet episcopos, quibns solis post apostolicum sacrosanctum illud aitare licet accedere, ac divini cultus mysteria celebrare, etc. Porro quîa ad Lateranense patotium a diversis populis de toto terrarum orl* confluitur, etc. (Petrus Dam., 1. u, ep. 1). »

L'ancien rituel de l'Eglise romaine, cité par le cardinal Baronius , témoigne que ces sept évèques. étaient comme les collatéraux et les aides du pape, parce qu'ils pontifiaient en sa

DES CARDINAnX JUSQU^A L'AN MIL TROIS CENT.

place dans Téglise de Saint-Jean de latran, chacun leur semaine. « Haec septem habet cardi« nales episcopos, hosque dictes episcopos collatérales, itemque et hebdomadarios , eo quod singulis hebdomadibus per vices expleant munus pontiflcis. » Et plus bas : « Prœter septem collatérales episcopos, erant alii episcopi, qui dicuntur sulfraganei Romani Pontiflcis, etc. »

Voilà donc pourquoi ces sept évéques sont appelés éTdques de l'Eglise romaine, et évéques cardinaux de Saint-Jean de Latran. Et ce n'était pas en considération de leurs évécbés propres qu'ils étaient appelés cardinaux.

Comme il ne peut y avoir qu'un évèque dans un diocèse» le terme de cardinal ne peut lui convenir dans le même sens qu'il convient au premier et au supérieur de tous les prêtres ou de tous les diacres qui desservent une paroisse. On les nommait donc évoqués cardinaux à l'égard de la seule église de Latran, où ils présidaient et pontifiaient par tour et par semaine, en l'absence du pape, de la même manière que les prêtres cardinaux présidaient sur tous les autres prêtres de la même paroisse.

II. L'autorité éminente de ces évéques cardinaux fut excellemment établie dans le concile romain, sous Nicolas II, en Tan 1059.

n 7 fut ordonné qu'ils auraient la principale autorité dans l'élection des papes, qu^ils prendraient les suflVages ou le consentement des autres cardinaux, du clergé et du peuple même; que si quelque troupe séditieuse empêchait que Félection ne se fît à Rome , ils se retireraient où ils jugeraient à propos, et feraient l'élection avec le clergé et le petit nombre de vertueux laïques qui s'attacheraient à eux; enfin, n'y ayant point de métropolitain qui soit supérieur et qui puisse confirmer l'élection du pape , ils suppléeraient et feraient eux-mêmes l'office du métropolitain.

« Obeunte pontifice in primis cardinales episcopi diligentissime simul de eléctione tractantes, mox ipsi clericos cardinales adhibeant^ sicque reliquus clerus et populus ad consensum novse electionis accédât, etc. Quia vero Sedes Apostolica cunctis in orbe terrarum prsefertur Ecclesiis, atque ideo supra se metropolitanum habere uon potest cardinales episcopi proculdubio metropolitani vice funguntur; qui videlicet electum episcopum ad apostolici culminis apicem provehant (Baronius, an. 1059, n. 35). »

Outre cette constitution, ce concile fit des canons, dont il y en a un qui remet toute

l'élection du pape à la sagesse et au pouvoir des évéques cardinaux, a Statutum est, ut electio Romani Pontiflcis in potestate cardinalium episcoporum sit (Can. i). »

Dans le concile de Bénévent, tenu en la même année, Hildebrand, quoiqu'il ne fût que sous^Hacre, est appelé cardinal, et tous les cardinaux sont nommés avant les archevêques mêmes.

Cette montre et cette déclaration de la dignité et de la puissance suréminente des cardinaux ne se faisait pas sans dessein. Il fallait arracher des mains des empereurs d'Allemagne l'autorité qu'on leur avait laissé prendre d'élire le pape.

On ne pouvait donc porter trop haut la grandeur et le lustre du cardinalat , puisqu'il fallait l'opposer à l'empire même. C'est ainsi qu'il faut entendre ce que Pierre Damien écrivit à Cadalous, évêque de Parme, dont la puissance impériale avait tait l'antipape Honoré IL

Voici les termes : a Taceamus intérim de senatu, de inferioris ordînis clero , de populo ; quid tibi de cardinalibusvidetur episcopis,qui videlicet et Romanum Pontiflcem prindpaliter eligunt, etquibusdam aliis prsBrogativis, non modo quorumlibet episcoporum, sed^ patriarcharum atque primatum jura transcendunt (L. I, ep. 20). p Et un peu plus bas: cNimirum cum electie illa per episcoporum cardinalium fleri debeat principale judicium , secundo looo jure prœbeat clerus assensum, tertio populaiis tavor attollat applausum, etc. »

Pierre Damien, qui donne ici la principale autorité d'élire le pape aux seuls évéques cardinaux, semble mêler le reste des cardinaux avec le commun du clergé , et ne leur laisser non plus qu'au peuple, que la gloire de consentir au choix que les évéques cardinaux feront. Les évéques cardinaux se trouvant élevés au-dessus de tous les autres évéques , audessus des primats et des patriarches mêmes ; il ne faut plus s'étonner s'ils commençaient à prendre leur rang et leur séance au-dessus des autres évéques.

Les choses ne sont montées au point où nous les voyons aujourd'hui, qu'avec beaucoup de lenteur. Ce fut peutrêtre la société inséparable des prêtres et des diacres cardinaux avec les évéques cardinaux qui rendit ce changement plus lent et plus difflcile. n y aurait eu moins de difflculté de donner à quelques évéques la préséance sur les autres; mais d'élever des

prêtres et des diacres sur la iéte couronnée de tous les évêques du monde, c'est ce qui n'a pu se faire qu'ayec beaucoup de temps. Enfin les évêques cardinaux étant montés au-dessus des autres évêques, ils ont peu à peu attiré au même degré d'élévation les autres cardinaux avec lesquels ils font un même corps et un conseil indivisible.

Je reviens à Téleclion du pape^ qui ne peut être canonique, si les évêques ^^ardinaux s'y opposent^ selon Pierre Damien : « Ulesimoniacus est, qui cardinalibus episcopis reclamantibus, inthronizatus est (Baronius, an. 1033, a. 8). 9 II leur associe néanmoins les autres cardinaux en qualité d'électeurs, dans la dispute qu*il a composée entre l'avocat du roi et le détenseur de l'Eglise romaine : aille prœferendus, quem cardinales episcopi vocaverunt^ quem clerus eligit, quem populus expetivit. d

III. Les légations n*ont pas peu contribué à taire monter tous les cardinaux au-dessus des évêques. Léon d'Ostie (L. m, c. 42), raconte comment Didier, abbé du Hont-Cassin , fut fait prêtre et cardinal, et ensuite, du cardinalat^ <^éé légat dans une partie de Tltalie.

« Ut Hartii mensis jejunio et presbyteri gradum^ et cardinalis pariter ofûcium sumat, etc. Cardinalis presbyter ordinatus, sequentiDominica abbas quoque consecratus est. Prœterea de cardinalatus ipsius dignitate et sancti Patris Benedicti honorificentia ^ per totam Campaniàm et principatum , Appuliam quoque atque Calabriam vicem suam idem apostoticus pleûa autoritate commisit (Baronius, an. 1059^ n. 10). »

Il semble que la légation et le vicariat du pape était comme une suite du cardinalat. Au moins il est certain que les légations étaient alors très- fréquentes , et n'étaient ordinairement commises "qu'à des cardinaux» Or on ne doute pas que les légats n'eussent le pas devant les évêques. Aussi on peut remarquer, dans ce passage et dans une infinité d'autres, que le cardinalat était comme une dignité de l'ËgUse romaine. De là vient qu'ils prenaient quelquefois seulement le titre de cardinal du Saint- Siège.

. Cela paraît dans la lettre de celui qui présida au concile de Tours en 1060. « Stepbanus Pétri Apostolorum prlncipis, et sanct» Romanae Ecclesise cardinalis, etc^ » et dans le concile d'Atich en 1008. Si les souscriptionsdu concile romain, en 1059^ sont véritables^ on y voit tous

les évêques, prêtres et diacres cardinaux audessus des autres arcbevèques ou évêques.

Comme le corps des cardinaux était jaloux de ne pas se séparer, et que les autres évêques étaient déjà accoutumés de céder aux évêques cardinaux, ils cédaient par conséquent aux autres cardinaux. Ce n'était pas comme à des évêques qu'ils cédaient aux cardinaux évêques, mais comme à des cardinaux ; ainsi la dignité du cardinalat avait cette jpréséance, et la communiquait aux prêtres et aux diacres cardinaux.

Enfin, les autres cardinaux étaient si souvent revêtus de la gloire et de la vaste puissance des légations, qui les mettaient au-dessus des évêques, qu'on s'accoutumait enfin à leur laisser cette supériorité d'honneur, même hors du temps et du diskict de leur légation.

L'acte de Télection de Grégoire VII, en 4073, montre clairement comme tous les trois ordres des cardinaux ne faisaient qu'un tout indivisible, a JNos sanctœ Homanœ et Apostolics Ecclesiœ cardinales (Gregor. VU Regist., 1. 1.) > Voilà les trois ordres cardinaux, clerici^ aeo» lythiy subdiaconi^ diaconi, presbyteri. Cesi là le reste du clergé de Rome. PrœserUièus episco'piSy abbatibus^ etc. (Ibid., post Epist.xxi). C'est ainsi qu'il faut entendre le serment que le prince Richard prêta au pape Grégoire VII. fL Secundum quod monitus fuero a melioribus cardinalibus, et derids Romanis et laicis. »

Il faut avouer, néanmoins, que les évêques reprirent quelquefois leur ancien rang, et se joignant aux évêques. cardinaux, mirent audessous d'eux le reste du sacré collège. Léon d'Ostie parlant de 1^ création du pape Victor III, en 1086, semble l'insinuer. « Episcopi et cardinales RomansB Ecclesiae ex diversis partibus Romam confluentes, etc. Dna cum episcopis et cardinalibus Romanis , etc. Congregati episcopi et cardinales et Romani onmes, etc. (Bai'on., n. 1, â). »

Il se pourrait pourtant bien faire que œs évêques ne fussent que les évêques cardinaux; puisque le même auteur, parlant du concile de Bénévent, en. 1087, y fait parler le pape Victor 111, en sorte qu'il attribue son élecUoa aux évêques, aux cardinaux, aux évêques des provinces, et au reste du clergé et du peuplea Cum unanimi concordia episcopi et cardinales, provincialesque anUstites, una cum Romano clero et populo « parvitatem nostram prserecissent (Baron., n. 11). j»

DES CARDINAUX JUSQU'A UAN MIL TROIS CENT

Ce diâcoùrs du pape est sans doute plus exact que le récit de Léon d'Ostie. Or, il met les éyêques , c'est-à-dire les évêques cardinaux et les autres cardinaux, au-dessus de tous les évoques des provinces.

Le prêtre cardinal Dieudonné dédia, en la même année i087^ sa compilation du droit canon au pape Victor III, et au clergé de TEglise de Rome ; c'est-à-dire au sacré collège (Baron., an. 1087, n. 22); où d'abord il fait voir que, dès le temps de saint Cyprien, le clergé de Rome, même après la mort du pape, gouvernait l'Eglise universelle , et écrivait des lettres auxquelles tous les évêques déféraient avec respect, persuadés que Tautorité des princes des apôtres Pierre et Paul est immortelle, et toujours vivante dans l'Eglise Romaine.

Voilà la véritable idée de la grandeur des cardinaux qui sont ce ïnême clergé qui ne fait qu'un corps avec le pape^ et en qui réside l'autorité pontificale pendant que le siège est vacant. .

IV. Les auteurs qui ont fait le dénombrement de ceux qui assistèrent au concile de Clermont, en 1096, sous Urbain II, nomment premièrement les cardinaux, puis les archevêques et les évêques. Au contraire, dans le concile de Latran, sous Pascal II, en 1112, le nom de cardinal n'est donné qu'aux prêtres et aux diacres, et les évêques cardinaux, joints aux archevêques et évêques des provinces, les précèdent, c Archiepiscopi et episcopi quoque et presbyteri cardinales, qui interfuerunt ipsi concilie, hi sunt^ etc. »

Gélase II succéda à Pascal II en 1118,^ et c'est dans le récit de son élection que Pandulphe reniafque que c'est aux cardinaux et au reste du clergé et du peuple d'élire le pape, mais que les évêques cardinaux n'ont que le droit d'approuver et de désapprouver l'élection et d'imposer les mains à Félu.

c Approbatur ab omnibus, necnon etiam ab episcopis, quorum nulla est prorsus alia in electione prœsulis Romani potestas, nisi approbandl, vel contra^ et ad communem omnium cardinalium primum^ et aliorum petitionem, electo manus solummodo imponendi (Baronius^ n. 4). »

Voilà comme l'on distinguait alors les évê. ques, quoique cardinaux, des cardinaux. Ce qui n'est pas moins clair dans les rescrits d'Innocent U^ en 1 140, contre les erreurs d'Abéiard, que ce pape avait censurées dans le consistoire

des évêques et des cardinaux : a Communicato fratrum nostrorum episcoporum et cardinalium concilie (Baron., n. 10, inter Epist. Bernard., ep. cxciv; Epist. ix, x). »

Sous le pape Eugène III il n'y avait non plus que les prêtres et les diacres qui prissent la qualité de cardinal dans les souscriptions.

Hais quelque distinction qu'on puisse se figurer entre les évêques et les deux autres ordres, on découvre admirablement leur parfaite union dans le consistoire où Abélard fut condamné par le pape, et par tous les cardinaux ensemble sous Innocent II.

Cette union parfaite se découvre encore plus dans le concile de Reims, en 1148, où la doctrine de Gilbert, évéque de Poitiers, fut exa- ' minée. Car saint Bernard ayant présenté au pape et aux cardinaux un formulaire de doctrine de la part des évêques de France, les cardinaux jugeant que c'était entreprendre sur leur autorité que de définir sans eux une question qu'ils avaient entamée , ils témoignèrent au pape avec beaucoup de ressentiment que lé sacré collège des cardinaux étant comme Ip pivot sur lequel roule l'Eglise universelle, . c'était un ouvrage insupportable, contre la primauté même du Saint-Siège, d'avoir bit cette détermination de doctrine sans leur interven* tion ; qqe les patriarches mêmes de l'Orient rapportaient à leur jugement ces causes importantes : qu'ils voulaient que sa Sainteté arrêtât et vengeât une audace si 'inouïe. Cependant c'étaient dix métropolitains et plusieurs évêques de France qui avaient dressé et souscrit ce formulaire de doctrine. Le pape fit son possible pour adoucir l'indignation des cardinaux ; et saint Bernard protesta que c'était simplement le sentiment des prélats français qu'il avait présenté, et non pas une décision (Vita S. Bei^ nard., 1. ui, c. 5).

Les paroles des cardinaux au pape sont rap* portées par Othon, évêque de Freisingen (L. i, c. 57, de gestis Frider.). « Scire debes, quod a nobis, per quos tanquam per cardines universalis Ecclesiœ volvitur axis, ad regimen totius Ecclesiœ promotus , a privato nniversalis pater eOectus, jam deinceps te, non tuum, sed nostrum potius esse oportere. Sed quid fecit ablias tuus et cum eo Gallicaoa Ecclesia? Qu9 fronte, quo ausu cervicem contra Romanae Sedis primatum et apicem erexit? Hsec est enim sola quœ claudit, et nemo aperit; aperit et nemo claudit. Ipsa sola de fide catholica discutere

DU SEœND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE CENT-TREIZIÈME.

habens, etc. Certe û in Oriente, utpote Alexandris, vel Antiochiœ ooram omnibus patriarchis hujnsmodi tractaretur negotium , nihil firma stabilitate solidam sine nostra définir! yaleret autoritate. Quinimo juxta antiquorum patrum instituta vel exempla^ Romane servaretur examini terminandum. Yolumus igitur huic tam temerariae novitati celeriter assurgas, etc. (Baron.^ an. 1148, n. 16]. »

Voilà les rigoureuses remontrances de ce sacré sénat, comme le même Othon l'appelle, € Sacer cardinalium seoalus. d En effets les cardinaux se regardaient comme le sénat de la république cbréticAoe^ et comme les successeurs de cet ancien clergé de Rome avec lequel les papes délibérs^ent et concluaient toutes les affaires importantes, soit pour la foi, soit pour la discipline, dont les évëques et les patriarches pouvaient bien ailleurs faire des décisions chacun dans son ressort; mais, comme elles pétaient encore sujettes à l'examen du pape et du sacré collège, on ne pouvait pas dire qu'elles eussent été entièrement terminées avant le jugement du Saint-Siège.

' Aussi les cardinaux ne se plaignirent à Eugène que de ce que nos prélats français avaient eux seuls donné comme une sentence déflnitive 'sur une question qui avait été déjà entamée dans le consistoire, c Super capitulis, quae Uis diebus nobis assidentibus agitata sunt, tanquam finitivœ scntenticB ultimam manum imponendo, nobis iuconsultis fidem suam scribere prœsumpserunt (L. n, epist. 2). »

y. Pierre Damien animait autrefois les cardinaux, surtout les évêques ses confrères, par cette considération qu'étant des sénateurs de FEglise universelle, c Spirituales universalis Ecçlesiœ senatores^ » ils devaient travailler à des conquêtes spirituelles, afin d'asspjéUr toute la terre à l'empire de J.-C. Il leur disait, pour les encourager davantage, que le sénat chrétien ne doit pas être moins zélé pour la véritable gloire du ciel, que Tancien sénat de Rome Tavait été pour les vaines illusions de la terre.

Saint Bernard ne doutait nullement de Tau* torité suréminente des cardinaux à retrancher les scandales et les erreurs, quand il leur écrivit pour exciter leur juste indignation contre les innovations d'Abélard. « NuUi xlubium est quin ad vos specialiter spectet tollere scandala de regno Dei, surgentes sucoendere spinas^ sedere querelas, etc. Agite pix) loco quem tenetis, pro dignitate qua polletis, pro potestate

quam accepistis (Epist clxxzvui ; L iy de Gon^ sider.). »

Il dit ailleurs que ce sont les coadjuteurs et les collatéraux du pape. « Veniamus ad collatérales et coadjutores tuos. Hi seduli tibi, hi intimi sunt. » Il remontre à Eugène III qu'il n'en doit choisir que de consommés ea verta et en expérience, et qu'il doit les choisir de tout le monde, puisqu'ils doivent être les juges du monde, a Tuum est undecumque evocare, et asciscere tibi exemple Moysi, senes, non juvenes, sed senes non tam œtate, quam moribus; quos tu nosti, quia senes populi sunt. Nonne ellgendi de toto orbe, orbem judicaturi ? »

Il lui représente en même temps qu'il ne doit élever à cette dignité que ceux qui la fuient : a Pro quo rogaris, sit suspectus. Qui ipse rogat pro se, jam judicatus est. » Qu'il les doit choisir comme ceux qui doivent être ses propres censeurs, en Féclairant s'il s'égare; le modérant, s'il s'emporte ; l'excitant, s'il se relâche, a Qui si veÛem aliquatenus deviare, non sinerent ; frœnarent prsecipitem , dormitantem excitarent. Quorum me reverentiaet libertas extoUeniem reprimeret, excedentem corriget, etc. d

Le même saint Bernard parlait des cardinaux, quand il exhortait la ville de Pise d'honorer les princes du monde et les juges de la terre, a Honora mundi principes, qui in te sunt, et judices terrs (Epist. cl). » Il leur donne le même éloge parlantau même Eugène: « Hi tibi quotidie assistunt, seniores populi, orbis judices. » Il ajoute que c'est principalement sur le modèle du clergé de Ropie, que le clergé de toute TEglise s'est formé : t GLerum iUum ornatissimum esse decet, ex qug prœdpue in onmem Ecclesiam deri forma processit. B

Pierre de Blois écrivant, en 1154, au pape Adrien IV, au nom du roi d'Angleterre, liû donne le même avis d'élire des cardinaux qui puissent porter avec lui le faix de toute l'Eglise, a Taies ordinare curetis cardinales^ qui enus vestrum sciant, et velint^ etvaleant supportare

(Epist. GLXV). B

Auastase IV, qui avait précédé Adrien , d succédé à Eugène, avait ordonné que les évêques cardinaux qui pontifient par tour à l'autel de Saint-Jean de Latran, a Qui sunt ad principalis altaris servitium deputati^ » y tiendraient chapitre une fois la semaine avec les chanoines réguliers, et corrigeraient tous les désordres

DES CARDINAUX JUSQU'A L'AN MIL TROIS CENT

arec rautorité du pape mfime^ vice nostra.

C'est peut-être de là que les cardinaux prêtres et diacres commencëreot à exercer Tautorité episcopale dans leurs églises. Car les éyêques même cardinaux n'auraient pu exercer la juridiction episcopale dans Rome sans un semblable privilège (Epist. ii). »

YI. Alexandre III nomme toiyours les évê<ques, et ensuite les cardinaux ; dans les souscriptions il n'y a aussi que les prêtres et les diacres qui prennent le titre de cardinal (Epist. axn). »

Il semble néanmoins que ce fut ce pape qui mit une entière égalité entre les cardinaux, lorsque^ dans le concile III de Latran^ en ii79> il ordonna que le consentement des deux tiers des cardinaux serait suffisant, et en même temps nécessaire pour l'élection du pape : sans préjudice des autres élections, où il suffit d'avoir la plus grande partie des suffrages.

La raison que le concile (Can. i) donne de cette différence, est que dans les autres élections il y a un supérieur qui peut décider tous les différends ; mais il n'y a point de supérieur au-dessus de l'Eglise Romaine, a Quod in eis dubium venerit, superioris poterit judicio difiiniri. In Romana vero Ecclesia aliquid spéciale constituitur, quia non potest recursus ad superiorem baberi. »

On ne considérait donc plus les évéques cardinaux comme les arbitres et les souverains modérateurs de l'élection des papes, enfin comme y faisant la fonction des métropolitains. Ainsi les autres cardinaux ne se distinguant plus des cardinaux évêques, ils prirent rang aussi bien qu*eux au-dessus des autres évêques.

n y a lieu de conjecturer que la persécution des antipapes ne contribua pas peu à cette exaltation des cardinaux. Les véritables vicaires de J.-C. ayant été obligés, pendant tout le siècle douzième, de se retirer dans la France avec toute leur cour , on s'efforça à Tenvi de leur rendre toutes les déférences les plus respectueuses dont on peut s'aviser, conune pour relever leur courage abattu, et compatir à leur affliction. Les rois et les prélats furent poussés d'une sainte émulation à honorer ces augustes hôtes. Les cardinaux, ne faisant qu'un corps avec le pape, se trouvaient toujours au-dessus des autres prélats. Les plus grandes affaires se traitèrent toiyours dans le consistoire; ainsi les prélats eurent moins de peine de céder à

leurs juges. Enfin, comme nous le dirons dans la suite, ces papes honorèrent du cardinalat les plus illustres de nos évêques, et les engagèrent par là à s'intéresser pour le rehaussement d'une dignité qui faisait toute leur gloire*

Cette préséance n'était pourtant pas encore entièrement réglée en faveur des cardinaux l'an 1196, puisqu'on cette année se fit la dédicace d'une église "de Rome dont l'inscription fait voir en premier lieu les archevêques qui y assistèrent, puis les évêques cardinaux , ensuite les autres évêques, et enfin la cour des cardinaux sans les nommer, «et tota curia cardinalium (Baronius, an. 1196, n. ult.). »

VII. Le pape avait premièrement communiqué sa pourpre aux cardinaux légats. Voici la peinture qu'en fait un auteur grec, parlant du légat qui fut envoyé à Constantinoplel'an 1213: « Papse prœrogativas omnesreferens, etc. Namque calceos rubros induebat , neque diversi coloris indumentis amiciebatur ; quinimo equi sagulum et fraena eodem inflciebantur veneno (Rainald., n. 6]. » On croit que c'est de cet habillement de pourpre qu'ilfeut entendre ces termes ^q la décrétale d'Innocent III , où il défend aux patriarches de faire porter leur croix dans les lieux où se trouve le pape, ou bien un de ses légats, revêtu des ornements de la dignité apostolique , a Legatus utens insigniis apostollca dignitatis (C. An tiquas. De privileg) . j>

Innocent IV créa plusieurs cardinaux, et leur donna le chapeau rouge en 1241. Quelques-uns disent que ce fut dans le concile de Lyon, et qu'il ne leur donnacetornementquepourleur apprendre qu'ils devaient toujours être prêts de verser leur sang pour la défense de l'Eglise qui était alors cruellement persécutée par Tempereur Frédéric (Sponde, anno 1244, n. 4J. Cette illustre pourpre du royal sacerdoce de J.-C. pourrait bien avoir été la consommation de la préférence des cardinaux aux évêques (Abbat. Usperg. , Paralipomena, p. 250],

Comme le pape , la communiquant à ses légats, leur avait donné rang sur tous les autres prélats de l'Eglise : aussi , lorsqu'il en revêtit les autres cardinaux, il leur donna la préférence surtous]espatriarches,archevêquesetévêques.

En effet, dans ce concile de Lyon, tout le sacré collège prit sa séance à la droite et à la gauche du pape, etau-dessus de tous les autres archevêques ou évêques. c Ad dexteram et in eminentioribus locis sederuot episcopi cardinales , ex altéra vero presbyteri cardinales^ archiepiscopi

et episcopi post eos (Conc. , tom. u , part, i, pag. 638, 956). »

Cet habit confondait en quelque façon les cardinaux avec les légats^ et les élevait au même rang. Aussi Matthieu de Westminster dit qu'en 1265 le cardinal légat Ottobon vint en Angleterre avec des vêtements rouges^ a Cum rubeis in Angliam veniens indumentis. » II pourrait bien se faire, néanmoins, que ces habits rouges fussent encore propres aux légats seuls.

En effets le concile de Lyon ne donna aux cardinaux que le chapeau rouge. Paul II leur donna le bonnet rouge pour les distinguer des autres prélats, dans les cérémonies où le chapeau n'est pas d'usage. C'est ce qu'en dit le cardinal de Pavie qui eut part à cette grâce, c Cardinalibus qui sacris induti vestibus a prœlatis inferiorum ordinum prseterquam loco non noscebantur^ usum mitrae sericeœ, Damasceni operis, rubraque capitia induisit, quibus soli antistites Romani antea utebantur (Comment., 1. ii, p. 370). d

Platine^ qui fut disgracié par Paul II, dit que ce pape défendit qu'aucun autre que les cardinaux usât du bonnet rouge. U n'a que trop paru, dans le chapitre où nous avons traité des habits des ecclésiastiques, combien et le rouge et les autres couleurs d'éclat étaient communes entre les ecclésiastiques. Platine dit que ce pape permit aussi aux cardinaux d'user de housses rouges pour leurs chevaux (Sponde., an. 1464, n. 17).

Victorel ajoute encore, dans ses additions sur Ciaconus, qu'il a vu des médailles de Paul II, où les cardinaux sont représentés dans le consistoire avec leur chapeau : d'où il conclut qu'ils portaient ces chapeaux rouges dans les consistoires, dont ils usent à présent dans les

cavalcades solennelles, jusqu'à ce que Paul II leur donna ou plutôt leur réserva le bonnet rouge. Grégoire XIV, en !591, donna le bounet rouge aux cardinaux religieux de divers ordres qui n*en avaient porté jusqu'alors que de la même couleur de leur habit (Sponde., n. 10).

YlII. Ceux qui ont peine d'accorder cette pourpre et tout le reste de la pompe des cardinaux, avec la modestie et l'humilité, qui est comme l'âme de la religion chrétienne , n'ont qu'à lire ce que Giossano raconte de saint Charles (1. vni, c. 3), qui ne regardait sa pourpre que comme un engagement au martyre ; qui rendait aux cardinaux et se faisait rendre à lui-même tous les honneurs et toutes les déférences ordinaires et extraordinaires, par une passion sainte de rendre l'Eglise, la religion et la piété, plus vénérables parmi les fidèles. U était non-seulement exact, mais jaloux de se faire rendre par les princes et les souverains même tous les honneurs dus à sa dignité de cardinal, par un eèle très-ardent, mais très-pur et très-désintéressé de faire révérer J.-C. dans la personne de ses ministres.

Ceux qui regarderont cette pourpre avec les mêmes yeux que les cardinaux Baroûias , Bellarmin, de BéruUei et tant d'autres Vont regardée en la portant, ils la trouveront indubitablement non-seulement belle, mais sainte et toute teinte du sang de J.-C., notre étemel pontife et Rédempteur*.

Nangis dit qu'en 125^ Innocent lY donna le chapeau rouge aux cardinaux, c Per hoc innuens, quod in persecutione fidei et jnslîtia, Romana Ëcclesia, qusB caput est omnium aliarum, prae céleris débet caput apponere, û necesse fuerit cruentandum. b

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