CHAPITRE CENT-QUINZIÈME
D« l'ORIGINB DBS cardinaux.
L n. UB-évftqae, an prêtre et on diacre cardinal, n'est antre qne le titulaire et comme réponz de chaque église^ distingué des autres, qui n'y ont pas la môme attache.
m. IV. V. VI. Cela est. justifié par une infinité de preuves tirées des lettres.de saint Grégoire.
VU. Cela regardait toutes les Eiglisès, et non pas la seule Eglise de Rome. Exemples dans KEglise de Rome de prêtres et de diacres, et même de sous-diacres cardinaux. .
vm. IX. Le même 8t)le était commun aux anciens papes.
fX. Gomment il n'y avait point encore d'évêques cardinaux dans le clergé de Rome, et comment il commença d*y en avoir.*
XI. XII. Grande autorité des prêtres et des diSC^es cardinaux de Rome, et leur incorporation avec les évêques.
Xlil. Leur éminente dignité et leurs obligations proportionnées à cette élévation.
I. n faut reprendre ici l'origine de 1^ dignité du cardinalat et son ancienneté.
Gomme cette dignité est devenue aiyourd'hui bien plus éclatante et bien plus recommandable parmi nous , j'aurais tâché d'en retracer Torigine avec beaucoup d'exactitude, et Tomer de curieuses recherches s'il nous était resté sur ce siget plus^ de monuments de l'antiquité. Mais ceci a eu le sort des plus grandes choses et des plus anciennes, qui'est que Vorigine nous en est ordinairement cachée*
IL Le nom de cardinal se lit très-souvent dans les lettres de saint Grégoire ; mais il n'y est nullement réservé à FEglise romaine, et il n'est pas même fort facile d'en déterminer précisément la signification. Rien ne parait plus probable que d^enteudre par .un évéque, un prêtre ou un diacre cardinal, celui qui est le titulaire et le principal bénéficier d'une église.
Une église était quelquefois commise à un évéque pouf un temps seulement, jusqu'à ce qu'il eût été rétabli dans la sienne, dont il avait été chassé, ou jusqu'à ce qu'on eût, fait l'élection canoniqued'unévêquedans cetteéglise vacante, et alors on ne pouv^t pas l'appeler évéque cardinal de cette église, qui lui était simplement donnée en commande, et dont il n'était pas titulaire. Si on la lui conférait pour toujours^ sans que de. son vivant ou pût en élire un autre; alors il était fait évéque cardinal de cette église, il y était pour ainsi dire cardinalisé, Incardmabatur^ selon lé langage de saint Grégoire.
11 y avait aussi quelquefois plusieurs prêtres
DU SEœND ORDRE DES aEI^CS. — CHAPITRE CENT-QUINZIÈME.
dans Qoe église, mais il n'y en avait qu*un de cardinal^ c*est-à-dire de titulaire, qui eo était principalement investi, qui Tépousait en quelque manière, et qui contractait avec elle une inséparable union et une obligation très-étroite d*y résider. Les autres prêtres de la même église n'étaient que ses aides et pouvaient plus facilement passer à d'autres emplois.
Il en était de même des diacres : de plusieurs diacres d'une église il n'y en avait qu'un de cardinal ou principal bénéficier, chargé du soin de cette église, les autres étant plus à la maîn de l'évêque pour toutes les occurrences diverses, quand il était nécessaire de les envoyer ailleurs ou de les appliquer à quelque autre fonction. Par exemple, les diacres que le pape ordonnait pour les envoyer nonces à Conatantinople, ceux à qui on commettais la conduite d'un hôpital ou d'un monastère, n'étaient pas diacres cardinaux, parce que leur ordination ne les rendait pas titulaires, et comme époux inséparables d'une église.
III. Justifions cette proposition par les lettres de saint Grégoire. L'évêché de Piombino vacant^ ce saint pape écrivit à l'évêque de Roselle d'aller gouverner cette église en qualité de visiteur et non pas de titulaire, « Yisitator accédas : d et d'y Ordonner un prêtre Cardinal et deux diacres, a Ut unum cardinalem iliic presbytérum, et duos debeas diaconos ordinare (L. i, epist. 15). » Ce prêtre Cardinal ne peut être autre que le curé et le principal titulaire de cette église, qui était encore plus nécessaire pendant la vacance du siège.
L'église d'Aléria étant vacante depuis longtemps, ce pape la confia enfin à Léon^ évêque en Corse, mais il ne l'en rendit pas évêque titulaire ou cardinal, quoiqu'il lui écrivit en ces termes : « Cuiictis rébus suprascriptœ ecclesiœ, ut proprium te volumus uti pontificem, usque ad seçundam nestram epistolam (L. i, ep. 76).» Par èa lettre suivante il ôta cet évêque commandataire,. et y établit un évêque Cardmaly en y transférant Martin^ évêque d'upe ville de Corse, entièrement ruinée : « Quoniam ecclesia Tamitana, in qua dudum fuerat honore sacerdotali fraternitas tua decorata, ita est, hostili feritate diruta , ut illuc ulterius spes remeandi nuUa remanserit; in ecclesiaAIeriensi, quœ jam diu pontificis auxilio destituta est, cardinalem te secundum petitionis tus modum, bac autoritate constituimus sine dubio sacerdotem. »
De ces deux évêques l'un fut fait commendataire pour un temps, l'autre Cardinal ou titulaire perpétuel de l'église d'Aléria : < Necessarium duximus Hartinufn fratrem et coepiscopum nostrum ibidem cardinalem constituere sacerdotem, Leoni terofratri et coepiscopo nostro operam ejus visifationis iigungere [L. i, ep. 77, 78). »
IV. januarius, archevêque de Cagliari, avait reçu dans son clergé le diacre Libérât, ordonné par un autre évêque. L'ambition de ce diacre étranger lui fit briguer la première place entre les diacres de cette église; saint Grégoire ordonna que pour l'humilier on ne lui donnât que la dernière,' à moins que le prédécesseur de Januarius ne l'eût fait diacre Cardinal de son église, ou que Januarius même, ap>è< une longue épreuve de sa vertu, le voulût luimême cardinaliser , c'est-à-dire l'approprier pour jamais à son église, et lui donner la primauté entre ses diacres ; ce qu'il ne pourrait faire qu'après avoir reçu l'agrément de révêque qui avait ordonné Libérât, et qui, par conséquent , Teût toujours pu redemander.
« Liberatus , qui diaconi fungi perhibetor officie, si a decessore tuo non est factus cardinalis, ordinatis a te diaconibus nuUa débet ratione prœponi, etc. Liberatum ulUmum inter diaconos stare constitue, etc. Ciyus tamen si obedientia fueris invitatus, et eum post hsc cardinalem façere volueris, nisi pontificis sui concessionem solemni more meruerit, abstinendum ab omni ejus incardinatione memineris (L. I, ep. 81). »
Voilà des évêques, des prêtres et des diacres cardinaux, dans le sens que nous avoua exposé. En voici d'autres semblables. Ce pape témoigna être bien aise que l'évêque Paul fût demandé par ceux de Napleà pour être leur évêque cardinal : a Quod eum cardinalem desideratis habere episcopum, gratulamur (L. u, ep. 6). fi II demanda néanmoins du temps pour en délibérer.
n écrivit à l'évêque de Rimini de consacrer l'oratoire bâti par une dame illustre, mais de. n'y point établir de prêtre cardinal. « Nec pre* sbyterum constituas cardinalem (EpIst. ix), » parce que cette dame devait se contenter, oo d'entendre la messe dans les églises communes, ou de demander un prêtre à T^éque, toutes les fois qu'elle désirerait l'entendre dans son oratoire (L. vu, ep. 72, 85; l. vui, epist. 3).