‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 209 sur 297 · DE L'ORIGINE DES CARDINAUX · texte numérisé non relu

DE L'ORIGINE DES CARDINAUX

Ce prêtre cardinal n*est antre qu'un bénéficier titulaire.

y. L'église et la Tille de Tévêque Jean ayant été ruinée^ ce pape le cardinalisa dans Téglise de Squillacip à condition que ei sa première ^lise où il avait été premièrement évêque cardinal se rétablissait, il y retournerait* a Propterea te Joannem ab hostibus captivât» LusitanaB civitatis episcopum^ in Squillatina Ecclesia cardinalem necesse duximus coDstituere sacerdotem; ita tamen ut si civitatem illam ab hostibus liberam effici et ad priorem statum revocari contigerit^ ad eam in qua priùs incardinatus es, ecclesiam revertaris. Sin autem prœdicta civitas continua calamitate captivitatis premitur in bac in qua a nobis ordinatus es, incardinatus debeas Ecclesia permanere (L. u,ep. 35). b

YI. Ceux de Terracine ayant perdu leur pasteur, demandèrent pour leur évêque cardinal révêque de Fondi, dont la ville avait été désolée par les barbares. Saint Grégoire accorda leur demande, en unissant ces deux.évêchés en la personne de ce prélat, a Defuncto Petro pontifice suo, te cardinalem sibi postulant constitui sacerdotem, etc. Te nostra autoritate in Tarracinensi ecclesia cardinalem constituimus sacerdotem, etc. Sic ut Fundensis ecclesise pôntifex esse non desinas (L. ii> Ind. 13, epist. xni). »

Un prêtre curé ayant été injustement déposé, ce pape le fit rétablir, et ordonna que celui qu'on lui avait donné pour successeur fût fait prêtre cardinal dans quelque autre église vacante, a In alia quacumque vacante ecclesia eum volumus cardinari (L. m, ep. ii). »

Fortunat, évêque d( Naples, demanda à ce saint pape le pouvoir dt transférer et de cardipaliser dans soi> église un diacre de Téglise de Venafre : c I3t Gratianum Ecclesiœ Yenafranœ diaconum tuae concederemus ecclesiœ cardinandum (L. v, ep. ii). » Ce pape l'accorda, parce qu'il n'y avait point alors d'évôque dans Venafre. a Habituro licentiam diaconum illum, nostra interveniente autoritaté, ecclesisB tuae constituere cardinalem. » Il ordonna à révêque de Firme de bénir un oratoire, après avoir reçu les contrats et les bienfaits des fondateurs, et d'y établir un prêtre cardinal, a Presbyterum te quoque illic constituere yt)lumus cardinalem (L. ix, ep. 12). »

11 y avait donc de deux sortes d'oratoires, les uns sans prêtre cardmal, dont l'évêque ti-

rait les revenus, et y envoyait un prêtre pour célébrier les divins mystères quand on le de. mandait; les autres avec un prêtre cardinal, c'est-à-dire, que les uns avaient un prêtre titulaire, et que les autres n'en avaient point.

L'évêque de Syracuse avait donné la prêtrise à un religieux qui était déjà sous-diacre de sa cathédrale, et l'avait établi comme curé dans une possession de TEglise. Ce religieux se trouva accablé de mélancolie dans ce nouvel emploi ; le pape pria révêque de l'en retirer, et de le faire prêtre cardinal de sa cathédrale (L. II, ep. 36).

YII. Nous n'avons encore remarqué des cardinaux, que des évêques, des prêtres et des diacres, et même hors de l'Eglise romaine. Jean Diacre, dans la vie de ce grand pape, nous en fait voir dans l'Eglise romaine et même dans le sous-diaconat. Il assure que ce saint pape, pour remplir les grandes dignités des autres églises vacantes, n'épargnait pas même les cardinaux de son église, non plus que les religieux de son monastère.

« Et si quando nécessitas ordinandi sacerdotis obrepsit, neque cardinales ecclesiœ suœ, neque monachos monasterii suî penitus excusavit, quo minus illis Ecclesiam regendam committeret : qui exemplis et verbis pariter illam sedificare melius potuissent; Nam ut pauca de multis contingam, ex presbyteris càrdinalibus ecclesiœ suœ consecravit episcopos Bonifacium Regii, Habentium Perusii, et Donum Hessanœ Siciliœ. Ex subdiaconibus vero Gloriosum OsUœ, Faustum Capuœ, Pi.trum Trecis, et Castorium Aritnini. Solis diaconibus Apostolicœ Sedis super hac quodammodo parte parcebat; quorum cum-decem' et novem plenitudine redundaret, ipse Bonifacium, Florentium et Epiphanium consecravit.»

Voilà les prêtres, diacres et sous-diacres cardinaux de l'Eglise romaine, dont ce saint pape voulut bien priver son église, pour ne pas soufTrir que les autres fussent plus longtemps privées de pasteurs.

Le même Jean Diacre remarque que saint Grégoire ne chargeait jamais aucuû de ses T^rdinaux d'un évêché sans les y avoir fait consentir^ de peur que cette promotion ne leur parût plutôt une déposition : a Ne sub hujusmodi occasione, quemquam eliminando deponere viderelur. (L. lu, c. 8, 10). »

Il le prouve par l'exemple d'un sous-diacre cardinal, qui ne voulut jamais accepter un

évécbé pour lequel il avait été élu, et auquel ce saint pape ne voulut jamais le forcer; et par la lettre de ce même pape à Jean, évoque de Syracuse, qu'il prie de faire prêtre cardinal de son église le religieux Cosme, qui en avait été premièrement sous-diacre, et que le' défunt évêque avait ordonné prêtre, pour lui donner une église de la campagne à gouverner, ce que ce religieux souffrait avec une extrême douleur.

Jean Diacre conclut de là que saint Grégoire rétablissait dans le cardinalat ceux qui en avaient été comme dégradés par une promotion forcée à des cures de la campagne. « Item cardinales violenter in parochiis ordinatos forensibus, in pristinum cardinem Gregoriùs revocabat. » Ce qui montre que de son temps le titre de cardinal n'était donné qu'aux prêtres, diacres et sou&<liacres des villes épiscopales.

Le pape Zacharie fait connaître le même usage de son temps, dans sa lettre à Pépin : c De presbyteris agronlm, quam obedientiam debeant exhibere episcopis et presbyteris cardinalibus. > Â quoi il rapporte le canon de Néocésarée, où il est parlé du respect que les prêtres de la campagne doivent aux prêtres de la ville (Concil. Gall., tom. i, p. 564).

Enfin, pour ce qui est des évêques cardinaux, Jean Diacre ne semble donnei" ce nom qu'à ceux qui ayant perdu leurs églises, étaient transférés à d'autres églises vacantes, où ce pape les cardidalisait. a Civitatum desolatarum pontifices Gregoriùs vacantibus civitatibus incardinare curabat (L. m, c. i5). »

TIII. Topt ce que nous venons de rapporter de saint Grégoire sur le cardinalat se trouverait sans doute dans les lettres de ses prédécesseurs, si la suit^ de tant de siècles nous eût conservé leur if gistre aussi entier que le sien. Le pape Gélase enjoignit à Tévêque Sabinus d'ordonner un diacre dans une église dont il était visiteur et non pas titulaire : a Visitationis officio, non potestate, proprii sacerdotis (Colle. Rom. Holst., p. 208). » Le pape Pelage ordonna à révêque Eleuctérius de bénir un oiat >e et d'en accepter la fondatio. , sans 7 établir aucun prêtre cardinal, se réservant le droit d'y en envoyer un quand il serait besoin d'y célébrer la messe. « Nec presbyterum constituas cardinalem (Ibidem, p. 234). »

IX. Ainsi on ne peut dire avec vérité que ce n'était que le style ancien et l'usage ordinaire

de l'Eglise romaine qui a été remarqué dans les lettres de saint Grégoire, et que,' jusqu'à ce temps-là, le titre de cardinal n'était nullement affecté au clergé seul de l'Eglise romaine.

Jean Diacre vient de montrer que de son temps on honorait communément de ce titre les prêtres, les diacres et les sous-diacres da Siège Apostolique. Et avant lui, Etienne IV avait remarqué la même chose dans on décret de son synode romain.

< Si quis ex episcopis, vel presbyteris, vd monachis, aut ex laicis contra canonum et sanctorum Patrum statuta prorumpens, in gradum msgorum sanctœ Romanae Ecclesis, id est presbyterorum cardinalium, et diaconorum iri praesumpserit, et banc Apostolicam Sedem invadere quilibet. ex supradictis tentaverit, et ad summuu> pontificalem honorem ascendere voluerit, ipsi et sibi faventibus perpetuum fiât anathema (Colle. Rom., p. 203). 1

n parait que dans ce décret la qualité de Cardinal est afTectée aux prêtres et aux diacres de l'Eglise romaine, sans qu'il soit parlé des sous-diacres.

Le terme d'évêque Cardinal a été employé au même sens que nous le prenons dans la célèbre conférence de Cartbage, entre les catholiques et les donatistes, au temps 4o samt Augustin. Pétilien^ évêque donatiste, accusant les catholiques d'avoir multiplié les évêques, même dan^ un même lieu, donna le nom de a Cardinales atque authenticos episcopos» aux vrais évêques titulaires, et ne regarda les autres, qui étaient surnuméraires, que comme des images ou des fantômes, imagines.

X. La principale réflexion qu'il y aurait à faire sur ces paroles, serait des évêques cardinaux. Ni saint Grégoire, ni les autres papes, ni Jean, Diacre , ne nous ont donné le moindre sujet de conjecturer qu'il y eût des évêques cardinaux de FEglise romaine. Au contraire, ce décret d'Etienne IV montre évidemment qu'il n'y en avait point encore. Lorsqu'il défend aux évêques mêmes, sous peine d'anathème, d'aspirer au degré des prêtres^ ou des diacres cardinaux de Rome, ne nous insinuet-il point que les évêques regardaient déjà avec un œil de js^lousie l'éminente dignité des prêtres et des diacres du Siège Apostolique, et k puissance qu'ils avaient d'élire le pap»^ qu'ils élisaient ordinairement de leur corps ?

On pourrait donc se persuader avec quelque vraisemblance que les évêques commençaient

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