DES HABITS CONSACRES AU SERVICE DES AUTELS
rens, missarum solemnia frequentissime celebrabat^ sioe sacerdotalibus esse Yestibus nequaquam potuisse (L. m, c. 59). 2>
Ce point demanderait un garant qui fût encore d'un plus grand poids que Jean^ diacre. On est persuadé que le Fils de Dieu institua son divin sacrifice avec les habits communs, et que ses apôtres furent en cela même ses imitateurs^ au moins pendant que la table sacréa fut jointe à la table commune. Cela ne s'accorde pas avec la conjecture de Jean, diacre.
II. Eusèbe dit que saint Jean étant pontife, porta une lame sur le front. Cela est tiré d'une lettre de Polycrale, évêque d'Ephèse, qui débite les traditions de son Eglise, tô ^eraxov mçopcxùc. (L. m, c. 31; 1. v, c. â4). Saint Jérôme en dit autant^ et il^ fait connaître que c'était comme prêtre de J.-C. et non pas comme pontife de la loi qu'il portait cette lame mystérieuse, autrefois propre au grand pontife des Juifs, a Supra pectus Domini recubuit^ et pontifex ejus fuit; auream laminam in fronte portans (De script. Ecoles.). B
Il n'en faut pas davantage pour reconnaître que dès la naissance de l'Evangile^ les apôtres et leurs successeurs les évoques, ont célébré les divins mystères avec des ornements uniquement destinés à la célébration des fonctions pontificales^ quoiqu'ils n'eussent pas d'abord ni tous, ni les mêmes ornements que l'usage de tant de siècles a depuis introduits.
III. Saint Epiphane parlant de Jacques, frère du Seigneur et premier évêque de Jérusalem, assure sur la foi d'Eusèbe et de saint Clément d'Alexandrie^ qu'il portait aussi une lame sacerdotale sur son front comme une marque de l'auguste sacerdoce de J.-C. dont il était revêtu.
« Sed et bracteam eidem in capite gestare licuisse, Eu^ebius^ Clemens, et alii idonei scriptores commentariis suis testatum reliquerunt. Quocircasacerdos, ut diximus^ Jésus Christ us Dominus noster in aiiternum fuit; secundum ordinem Melcbisedech ^ idemque rex secundum superioxem ac cœlestem ordinem, ut una cum lege sacerdotium transferret^ etc. In Davidis solio considet Christus, propterea quod Davidis regnum transtulit, idque ipsum una cum pontificatu servis suis induisit, hoc est Ecclesiac Catholicae pontificibus (Epipb.^ bœres. xxix). d
Cette lame d*or était donc, selon saint Epiphane, sur le front de ces deux apôtres comme un ornement sacré , qui marquait tout en-
semble et le sacerdoce et la royauté spirituelle que J.-C. a exercés sur la terre, et dont il a laissé la succession tout entière et perpétuelle à ses apôtres et à son Eglise.
IV. Il faut remarquer que Polycrate, évêque d'Ephèse, et Clément, prêtre d'Alexandrie, qui ont rendu ce témoignage à saint Jean et à saint Jacques, sont d'autant plus dignes de foi^ qu'ayant vécu vers la fin du second, et au commencement du troisième siècle de l'Eglise, ils n'étaient pas fort éloignés des temps où ces apôtres avaient fleuri, et avaient pu converser avec leurs propres disciples.
Ces divins apôtres étant aussi remplis qu'ils l'étaient de l'idée de l'auguste majesté du sacerdoce de J.-C. dont ils étaient les dépositaires, et voyant que les pontifes de la loi mosaïque avaient des habillements tout particuliers pour exercer leur sacerdoce prophétique, par l'ordre exprès qu'ils en avaient reçu de Dieu, ils ne pouvaient manquer de revêtir aussi le sacerdoce de l'Eglise de quelques ornements particuliers qui en fissent révérer la sainteté. Car quoique le sacerdoce de l'Eglise se soit élevé au-dessus des ombres et des figures de là loi, il ne possède néanmoins et ne représente encore la vérité que sous des signes sensibles.
y. C'est peut-être à l'imitation de cette lame ou de cette couronne des Apôtres que nos anciens évêques des premiers siècles avaient une mitre ou une couronne sur la tête, pendant la célébration des mystères.
Ammien Marceliin raconte que le tyran Hascizel ayant été surmonté dans l'Afrique par Théodose, et voulant gagner ses bonnes grâces, lui renvoya les étendards militaires et une couronne sacerdotale qu'il avait pris sur les nôtres, a Militaria signa, et coronam sacerdotalem cum cœteris quœ interceperat, nihil cunctatus restituit, ut prœceptum est (Ammian. Marcell., 1. xxix. Baron., an. Chr. 34, n. 298). »
Il est fort probable que cette lame pontificale, dont saint Jean ornait sa tête, était attachée à une couronne ou à une mitre. Ennodius a fait un épigramme sur saint Ambroise, où il le représente avec sa mitre, a Sacra redimitus gestabat lucida fronte distincta gemmis. » Eusèbe haranguant les évêques qui assistaient à la dédicace de l'Eglise de Tyr, leur donne à tous des couronnes et des habits sacerdotaux : a Amici Dei et sacerdotes, qui sacra tunica talari induti, et cœlesti gloriœ co-
42 DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-ClNQUIÉaiE.
rona decorati , et sacerdotali sancti Spiritos Teste amicti estis (L. z, c. 4). »
Saint Grégoire de Nazianze joint aussi la couronne sacerdotale arec les ornements pontificaux, parlant de la cérémonie où on le fit évêque, a Idcirco me pontificem ungis, ac podere cingis, capitique cidarim imponis. b
VI. Ce ne serait pas sans beaucoup d'appa* rence qu'on dirait que cette couronne, par laquelle on conjurait si ordinairement les évêques, comme il a été dit dans le chapitre où nous avons parlé de la tonsure et de la couronne cléricale, était cette même couronne que nous Tenons de Toir si bien établie. Les Grecs des temps moyens ont cm que le pape Célestin aTait permis Fusage de la couronne ou de la mitre pontificale aux évéques d'Alexandrie, lorsqu'il en accorda l'usage à saint Cyrille, afin de le faire présider en son nom au concile oecuménique d'Ephèse. Balsamon même a été dans ce sentiment.
Il est Trai qu'il a cru que c'était un bienfait, et un article de la donation de Constantin, qui accorda au pape Sylvestre les marques de la dignité impériale, et entr'autres la couronne. Il y a peu de Traisemblance en tout cela. Ce que nous aTons dit de l'usage de la cour(Hine sacerdotale, aTant l'empire de Constantin^ est mieux fondé que tout ce qu'on aTance de la donation de Constantin. Hais de ces imaginations des Grecs et des préjugés dont étaient prévenus les fabricateurs de la donation de Constantin, il résulte qae tout le monde était prévenu de cette pensée , que les évéques avaient eu dès les premiers siècles quelque usage d'une couronne royale, devenue en leur faveur sacerdotale.
Voici ce que Balsamon dit de cette concession faite par le pape Célestin à saint Cyrille, archevêque d'Alexandrie, a Hujus quoque temporis patriarcha Alexandrinus jus habet ex hoc edicto, ut cum Phrygio celebret. Habuit autem banc Cacultatem sanctus Cyrillus Alexandrinus a Romano papa Cselestino^ quando coacta est synodus Ephesina adversus Nestorium. Cum non posset Cœlestinus adesse Ephesi^ et judicare Nestorium, visum est ut sancto Cyrille a Cselestino permilteretur buic synodo praesidere. Ut itaque constaret eum habere jus et autoritatem papœ , sedit cum Phrygio, et condemnavit Nestorium. »
VII. Après avoir affermi par tant de preuves la couronne des pontifes de J.-G.j il faut venir
aux autres ornements qui en sont comme l6s accompagnements naturels.
En eflbt, qui peut se persuader que les apôtres ou leurs successeurs qui ornèrent leur tête d'une couronne, pour honorer le sacrifice de l'Agneau dominateur de la terre^ n'aient point pensé à la loi de la bienséance, qui voulait que le reste des vêtements répondit à ce précieux habillement de tête. Aussi Eusëbe et Grégoire de Nazianze viennent de joindre la couronne avec l'habit magnifique du sacerdoce.
Le Fils de Dieu parait dans l'Apocalypse avec ce même habita vestilum podere^ lorsqu'il y parait aTec pompe. Les habits longs étaient sans doute communs à tout l'empire romain; mais on y distinguait ceux de l'usage commun, et ceux qui n'étaient employés que dans les cérémonies. Les prêtres et les lévites du vieux testament n'étaient pas distingués des autres Israélites dans les habits du commerce civil ; mais ils l'étaient entièrement dans les vêtements de cérémonie et de religion. L'Eglise a emprunté bien d'autres choses de la synagogue,
VIII. Entre les libéralités que Constantin fit à l'Eglise, on peut bien compter les manteaux ou les chappes de prix qu'il donna aux évéques pour officier avec plus de pompe aux jours solennels. Ce n'est que par occasion que Théodoret a fait mention de l'étole sacrée que Constantin avait autrefois donnée à Hacaire, évêque de Jérusalem, afin quil la portât lorsqu'il donnerait solennellement le baptêine (Theodoret, 1. II, c. 37). Cyrille, évêque de Jérusalem, la vendit depuis^ un comédien l'acheta et s'en revêtit en jouant sûr le théâtre; cette impiété lui coûta la vie, car il tomba en jouant son personnage^ et mourut de sa chute. Cependant sur ce récit^ l'empereur Constance s'aigrit étrangement contre saint Cyrille. «Sacramstolam, Upàv, aureis filis contextam , quam imperator Constantinus Hacario dederat, etc. »
On peut douter si cette chappe était de celles que les évéques portaient, étant seulement plus riche, à cause que l'empereur en faisait un présent à l'Eglise ; ou bien si c'était vraiment un manteau impérial, dont ce pieux prince voulut honorer la royauté spirituelle des pontifes chrétiens, et honorer en même temps l'empire^ en faisant rejaillir sur la personne sacrée des empereurs quelques rayons de la majesté du sacerdoce par cette communication d'ornements pompeux.
DES HABITS œNSÀCRÉS AU SERVICE DES AUTELS.
IX. Si l'on prenait ce dernier parti, on pourrait en conjecturer que ce furent là les commencements du pallium des arctievéques , puisqu'on ne peut nier que ce ne fût toujours avec l'agrément des empereurs que les papes mêmes l'ont donné durant quelques siècles. Théodorejt ne parle que de ce manteau impérial donné à FéYèque de Jérusalem, parce qu'il ne s'est pas présenté d'occasion de parler d'autres semblables libéralités faites par cet empereur.
Il ne -faut pas non plus ni omettre, ni rejeter la conjecture de ceux qui croient que ce manteau impérial, communiqué aux pontifes chrétiens, était celui-là même que les empereurs romains avant leur conversion avaient emprunté des grands pontifes païens, dont ils prenaient euxmêmes la qualité.
Saint Grégeire de Nysse, dans le discours qu'il a fait sur saint Théodore martyr, remarque que les empereurs avaient pris avec Tpfflce l'habit des grands pontifes qui était une pourpre plus sombre et moins éclatante. Tout le monde ^it que les empereurs chrétiens, jusqu'à Gratien, portèrent la môme qualité de grands pontifes.
X. Hais il n'importe lequel de ces deux sentiments on voudra suivre : Il en résultera toujours que dans les cérémonies saintes on usait d'autres habits que des communs, soit qu'ils fussent imités des pontifes de la gentilité, ou empruntés des empereurs, ou enfin quIlB fussent plus anciens que les empereurs chrétiens.
On lit dans la bibliothèque de Photius (Cap. GCLVi), des actes, où il est dit que Métrophane^ évêque de Constantinople, désigna pour son successeur Alexandre^ en présence de Tempereiir Constantin, en remettant sur l'autel son pallium, ou sa chappe, è^jo^^w*, et commandant qu'on le remit entre les mains d'Alexandre (L. I, ep. i36).
Isidore de Damiette nous a fait une description assez exacte de cet ornement pontifical, quand il dit que l'évéque célèbre en étant revêtu, qu'il est de laine, et non de lin, qu'il lui couvre les épaules^ et qu'il représente la brebis égarée que le divin pasteur rapporte sur son dos.
XI. Quant aux autres habillements sacrés, ce même Père dit que le linge avec lequel le diacre servait au sacrifice, nous représente celui dont le Fils de Dieu se ceignit pour laver et pour essuyer les pieds de ses apôtres (Ibidem). Saint Grégoire de Nazianze avait déjà remarqué
que tout le clergé était revêtu d'ornements blancs et éclatants pendant les divins ofilces. a Hibistri in splendidis vestibus astabant, fulgoris angelici imagines. »
Saint Chrysostome approprie particulièrement aux diacres ces étoles très-blanches et voltigeantes à la façon des ailes des anges, c Recordamini tremendorum mysteriorum et ministrorum divini sacrificii, tenuibus linteis super sinistres humeros imposiUs angelorum alas imitantium, et per Ecdesias discurren^ tium (Hom. de filio prodigo). » C'est cette étole que le concile de Laodicée appelle è^w, et qu'il interdit aux sous-diacres et autres ministres inférieurs.
XII. L'explication de ce terme qui est latin d'origine, nous fera fort à propos passer à l'Eglise latiae. Les Latins nommaient orarium ce que nous appelons un mouchoir. Saint Ambroise faisant l'éloge funèbre de son frère Satyre^ dit que pour éviter le naufrage il se jeta dans la mer après avoir enveloppé la divine Eucharistie dans un de ces linges^ et s'en être enveloppé le col. « Eteuim ligari fecit in orario, et orarium mvolvit in collo, atque ita se dejecit in mare. »
Le même saint Ambroise dit qu'on jetait des mouchoirs : a quanta orariajactantur, » sur les corps des saints Gervais et Prêtais^ nouvellement découverts, pour les conserver ensuite, comme autant de reliques miraculeuses (Epist. Lxxxv). Vopiscus dit que l'empereur Aurélien fit une magniQque largesse au peuple romain de tuniques de lin et de mouchoirs. « Douasse etiam populo Romano tunicas albas manicatas ex diversis provinciis, et lineas Afras, atque iEgyptias puras; ipsumque primum douasse oraria populo Romano » quibus uteretur ad favorem. b
XIII. Il ne faut pas trouver étrange que les étoles blanchesvolantesetde lin, que saint Chrysostome vient de nous faire voir, et qui faisaient Tornement propre des diacres dès le temps du concile de Nicée, n'eussent été originairement que des mouchoirs ou des linges pour essuyer la sueur et la pituite; puisque tous les auteurs anciens et modernes conviennent que ce que nous appelons le manipule, n'avait été dans les commencements qu'un mouchoir^ ou un linge destiné au même usage.
L'étole des diacres et le manipule des sousdiacres, ont eu la même origine et le même sort. Ce n'ont été que des linges destinés
d'abord à Tusoge que nous ayons dit, ou à quelque autre approchant. Par le respect qu'on portait au sacrifice, on les a tellement enrichis avec le temps, qu'on en a fait des- ornements riches et honorables, et on a été obligé de substituer en leur place d*autres mouchoirs.
C'est ainsi que le manipule, Mappula^ fut substitué pour servir de mouchoir après que Forarium eût changé de nature, et le manipule ayant été aussi enrichi d'or et de broderie avec le temps, et étant devenu un ornement de parade, on a pris d'autres mouchoirs communs.
XIV. II ne faut pas inférer de là que les vêtements sacrés ont été les mêmes que les civils ; puisqu'il paraît au contraire que les ornements civils même n'ont pu approcher des autels, sans devenir sacrés, et incommunicables après cela aux usages profanes. C'est manifestement ce que dit le décret du pape Etienne qui mou-^ rut en 260. a Hic constituti sacerdotes et levitas vestibus sacratis in usu quotidiano non uti, et nisi in Ecclesia tantum (Baron., an. 2G0, n. 6). D
Yalafride Strabon cite ce décret du pape Etienne, qui est tiré du livre pontifical^ et il en conclut qu'avant ce pape on célébrait avec les habits communs, a Vestes sacerdotales per incrementa ad eum qui nunc habetur, aucta sunt ornatum. Nam primis temporlbus communi indumento vestiti, missasagebant, sicut et bac* tenus quidam orientalium facere prohibentur. »
Je crains que cette conclusion ne soit un peu trop étendue; car quoique la suite des siècles ait et enrichi et multiplié les ornements sacres, quoique les ornements sacrés aient beaucoup de rapport avec les anciens habillements des Romains, dés Grecs et des Orientaux; ce que nous avons dit est néanmoins plus que suffisant pour montrer qu'avant le pape Etienne, et depuis la naissance même de TEglise, on aflecta toujours quelque singularité dans les vêtements qui servaient au sacrifice.
XV. Saint Jérôme expliquant un passage d'Ezéchiel , montre clairement la distinction des habits communs , d'avec ceux qui servent à la religion, a Per quœ discimus non quotidianis, et quibuslibet pro usu vilœ communis pellutis vestibus nos ingredi debere in sancla Sanctorum, sed munda conscientia et mundis wstibus tenere Domini sacramenta, etc. Porro Religio divina alterum babitum habet in mi^
nîsterio, alterum in usu vitaque conmiuni (In. c. 44 Ezechiel.). »
Il est vrai que ce Père semble mettre la principale diflérence entre ce&deux sortes d'habillements dans la propreté et la blancheur plus éclatante de ceux qui servent à l'Eglise, ce qui est un symbole de la pureté de la conscience de tous les ministres de l'autel, a Hunda conscientia, mundis vestibus tenere Domini sacramenta. B
Voici comme il parle encore ailleurs sur ce sujet. <K Si episcopus, si presbyter, diaconus et reliquus ordo ecclesiasticus in administratione sacrificiorum candida veste processerit (Contra Pelagi., 1. 1). 0
XVI. Il était difficile de trouver d'autres différences dans lessiècles, où le commun des hommes était vêtu de long, où le luxe et la commodité avaient inventé et mis en usage toutes les vérités imaginables dans les habits longs, où les tuniques de lin, aussi bien que celles de laine avaient été dans l'usage commun.
Il était alors certainement difficile d'affecter au ministère des autels quelque habillement que ce fût, qui n'eût déjà été profané par les séculiers. Aussi'tous.les habits du sacré ministère se trouvaient avoir le même nom et la même forme que ceux dont on se servait dans la vie civile. Et néanmoins on s'étudiait à y mettre quelque différence, ou par la blancheur extraordinaire, ou par la propreté et la somptuosité, comme on le peut voir dans ce que saint Jérôme vient de nous dire des habits blancs de tout le clergé à l'autel , et dans ce riche manteau, dont Constantin fit présent à Macaire de Jérusalem.
Cassien opposant la pauvreté des habits dont usaient les moines à la somptuosité de ceux des séculiers , parle de ces derniers en cette sorte : a Et ita planeticarum atque byrrorum pretia simul ambitionemque déclinant (L. i. De habitu Hona., c. 7.) Si cette sorte d'habillement, planetica, était commune aux laïques, celle de casula ne l'était pas moins. Voici comme Ferrand, diacre, parle dé saint Fulgence et de ses religieux dans la vie decesaint: aCaSulam pretiosam vel superbi coloris nec monachos suos babere pérmisit. Subtus casulam nigello, tel lactinio pallio circumdatus incessit. Quando temperies aeris invilabat, solo pallio inlra mônasterium est coopertus (Cap. 18). »
Voilà pour les habits, dont il usait dans la
DES HABITS œNSACRÉS AD SERVICE DES AUTELS.
maison , voici pour ceux de Tautel. a In qua tunica dormiebat^ in Ipsa sacriflcabat; et in tempore sacrifiai mutanda esse potius corda^ quam vestimenta dicebat. » ^
Cetle singularité de saint Fulgence peut servir de preuve, que la coutume ordinaire était de prendre des habillements propres, et tout différents à l'autel. Et quant à cette tunique que saint Fulgence ne changeait point , cela n'est marqué par Ferrand que pour nous faire remarquer Textréme pureté de saint Fulgence qui était exempte de toutes les impuretés involontaires même de la nuit. Les autres qui n'avaient pas le même don du ciel , changeaient même de tunique avant de prendre les habits sacerdotaux pour la célébration des mystères.
Nous dirons dans la suite, que c'a été par une raison semblable qu'en quelques lieux on introduisit l'usage d'une première aube sans manches, pour ne pas mettre les habits sacerdotaux immédiatement sur les habits communs. Jean, diacre , qui a écrit la vie de saint Grégoire , pape, dit qu'on voyait à Rome la peinture de Gordien, père de ce grand pape, revêtu d'une dalmatique, et d'une chasuble par -dessus. « Cujus Gordiani habitus castanei coloris planeta est, sub p^aneta dalmaUca (L. iv. c. 83.) d
Le cardinal B^ronius- conjecture de là, que Gordien avait reçu les ordres sacrés avant la fin de sa yie. Hais c'est deviner ; et on sait assez d'ailleurs que tous ces habillements divers, «Casula, planeta, dalmatica, penula,]> étaient dans Tusage commun des séculiers. Aussi ce savant cardinal laisse enfin la chose douteuse , si Gordien est vêtu dans cette peinture en sénateur, ou en diacre, a Attentius tu considéra, quem reddat pictura, senalorem, vel diaconum. B
XVII. Il n'est pas moins certain, que les^ aubes venaient aussi de l'usage commun. Vopiscus nous a appris ci-dessus , qu'Aurélien fit une libéralité au peuple de ces sortes d'habillements, a Tunicas albas, manicatas, ex diversis provinciis , et lineas Afras , atque iEgy plias puras. » C'était apparemment un^ de ces aubes d'Afrique dpnt saint Cyprien demeura vêtu lors de son martyre, puisque Pontius dit, c Stetisse in linea. » C'est peut-être tine de ces tuniques que le prêtre Népotien laissa par tes*iament à saint Jérôme : a Tunica, qua utebar in ministerio ChrisU (Fieron. Epist. ad Heliod.). »
11 y avait de ces aubes qui étaient simples
et sans broderie, paras dit Vopîscus. Il y en avait qui étaient relevées d'or, de soie, ou de quelque autre matière précieuse. Il ne faut pas douter que les plus précieuses ne fussent réservées à l'autel. Aussi Optât raconte que l'empereur avait envoyé des ornements aux églises. Et qui doute que ces ornements ne fus* sent dignes de la magnificence impériale, a Misisse omamenta domibus Dei. x»
Le ipême Yopiscus (L. 2.) nous a appris la manière d'orner ces aubes de lin, en y appliquant tout autour des bordures, des franges, ou des passements de pourpre , ou de quelque matière précieuse : et y en appliquant même jusqu'à deux, trois, quatre et cinq rangs, ce qui faisait aussi diversifier leurs noms, a Et quidem aliis monolores , aliis dilores , trilores aliis, et usqueadpentalores, qualeshodie linea> sunt (In Aureliano). » Le concile IV de Carthage (Can. xu) défendit aux diacres de porter l'aube hors le temps du sacrifice, ou de la lecture qui se fait dans Téglise. a Ut diaconus tempore oblationis tantum, vel lectionis, alba utatur. » -
On peut conjecturer de là, que les évêques, et les prêtres portaient leur aube même hors du temps du sacrifice; peut-être durant le chant des divins offices dans l'église , peut-être hors de l'église même dans le commerce civil, pour se distinguer du commun des hommes, et s'engager eux-mêmes à faire éclater la sainteté du sacerdoce dans toutes leurs conversations avec les autres hommes. Cela sera encore plus clair dans les siècles suivants. 11 ne faut pas oublier la tunique blanche et éclatante que saint Chrysostome donne aux diacres , « Tunicam indui
Candidissimam, Xmxov xiTttvtoxov xal àm<rrUPoym(Ho-
roiL 83. in Math.) »
XYllI. Ces passements ou bandes de quelque matière plus précieuse , qui faisaient le prix et l'ornement des habits de cérémonie, en la manière que Vopîscus vient d'en parler, peuvent servir à nous donner quelque éclaircissement surl'étole des diacres, et sur le pallium des archevêques. Il y a cela de commun entre rétole et le pallium, que l'un et l'autre sont naturellement un juste habit, qui puisse couvrir tout le corps; (Car le mot de stola se prend dans récriture, dans Joseph, et dans les auteurs profanes pour un habillement entier) et ne sont plus aujourd'hui que de simples bandes fort étroites. Comme l'enrichissement et le prix de cei» vêltu)euts ne consistait que dans ces
bande? de pourpre ou de broderie , on les a détachées du reste qui n'était qu'un habit commun, pour les porta*, ou pour les envoyer plus commodément.
L'auteur de la donation de Constantin Tavait fort bien compris , quand il faisait donner au pape Sylvestre par Tempereur Constantin cette sorte d'ornement impérial. « Nos sancto ipsius^ capiti radiantissimum lonim imposuimus. » Voilà la couronne ou le diadème. Voici le pallium , c Lorum et humerale , quod |mpe-
ntorlœ Majestatis collum cingit. » Le manipule est devenu quelque chose d'approchant. On n'a laissé que la longue bande qu'on avait enrichie, et on en a retranché^ aussi bien que de Fétole, tout le reste du linge.
J'avoue que je n'ai pu encore deviner comment nous avons appliqué le mot siola, au linge qu'on appelait avec raison, a Orarium et sudarium, b parce qu'il servait à essuyer la sueur du visage, a Ad delergendum oris sudorem. »