DE L'ORIGINE DES ABBAYES ET DES MONASTÈRES
de croire qu'en cet endroit il parle de la retraite qu'il fit avec saint Basile dans les solitudes du Pont, après qu'ils eurent tous deux été ordonnés prêtres malgré leur extrême résistance. Saint Ampbiloque vivait alors dans la même solitude. Saint Grégoire se jeta encore une fois dans la retraite, après avoir renoncé à l*évêché de Sasime. Eafln, après qu'il eut aussi abandonné la conduite de l'Eglise de Constantinople, il se retira dans sa maison de campagpne, où il passa le reste de sa vie très-saintement, mais sans renoncer à une partie de son patrimoine, qu'il avait réservée (Greg.Nanz., carm. in Monacbos hypocritas).
C'est ce qu'il dit lui-même qu'on lui reprochait, quoique fort injustement : a Dicens me divitem et copiosum esse , ut qui hortum et otium, et mediocrem fontem habeam, etc. Nos si fontem , vel hortulum , vel umbrosum nemusculum possideamus , id delicias interpretamini. »
Enfin , ce divin théologien a levé toutes les difficultés dans le poème de sa vie, où il déclare qv'après avoir délibéré sur la manière de vie qu'il choisirait, entre la retraite des moines, et la vie embarrassée des villes^ il prit un milieu, afin d'être utile aux autres sans se perdre lui-même : « Media inter illos, hosque procède via meditans ut isti, commodUm illorumœmiH lans. »
Ainsi* quand l'auteur de sa vie dit qu'il aima toujours mieux être moine que mondain , pauvre que riche , il l'entend de la vie retirée , et non pas de la profession monastique.
XY. Saint Chrysostome passa six années dans une affreuse solitude, et y ayant ruiné sa santé par son assiduité à la prière et à l'étude , par ses mortifications y et surtout par ses veilles continuelles , il fut obligé de reprendre la vie commune et de revenir à Antioche , où il fut bientôt ordonné diacre, et cinq ans après, quelque résistance qu'il ftt , Flavien l'éleva à l'ordre des prêtres.
clnjuventutis flore vicinos occupât montes, ibique congressus seni cuidam Syro, sese illi socium dédit, imitatusvitaecontinentiam duritiamque propositi. Hansit autem apud illum aonos quatuor^ etc. Postea soltlâ remotiorem eremum petiit^ ibique speluncœ inclusus, bienniam fere peregit. Quo in tempore jugiter ferme sine somno persistens, Scripturas sanctas penitus edidicit, etc. EcclesiasUcum rur-
sus occupât portum. Id autem divina providentia factum scimus, quse hune ad Ecclesite utilitatem, ab exercitatione immodica, infirmitatis occasionibus repellit^ ut impeditusxgritudine, speluncis renuntiare cogeretur..Hinc jam a Heletio diaconus ordinatus, etc. (Pallad. de vila Chrysostom.^ c. v). »
Voilà en quelle manière saint Chrysostome a été, et n'a jamais été moine. Il .l'a été, parce qu'il en a pratiqué durant quelque temps les austérités incroyables, et il ne Ta jamais été, parce qu'il ne s'y est engagé par aucune profession : il les a quittées quand il a jugé que sa santé ne pouvait plus les supporter, il n'a peutêtre pas changé d'habit, il n'a pas Tenoncé à son patrimoine.
C'est, à mon avis, de la même manière, que saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Ampbiloque, saint Augustin, ont aimé et imité les vertus de la vie monastique, sans en faire une véritable profession. C'est vraisemblablement ce que saint Jérôme voulait faire entendre, quand il a dit, des dernières années Ah saint Grégoire de Nazianze : « Ruri monachi vitam exercuit. s Les laïques et les clercs peuvent consacrer une partie de leur vie aux exercices laborieux des moines , sans être moines. Car on ne peut être véritablement moine, si l'on ne se dévoue pour toute sa vie à cette sainte profession , et si l'on ne renonce entièrement à tout ce que l'on possédait sur la terre.
XYI. Je ne sais s'il fout mettre Sévère Sulpice dans ce même rang, car il retint une partie de ses grands biens, et il en fit un hôpital, où il servait lui-même les pauvres, comme nous avons déjà dit. Hais il n'y a nul sujet de douter que telle n'ait été la retraite de saint Augustin, lorsqu'il se retira dans l'Afrique et dans sa maison des champs aussitôt après son baptême. Certainement il n'embrassa jamais l'état monastique, quoiqu'il en pratiquât tous les exercices avec ses amis.
a Placuit ei percepta baptismi gratia cum aliis civibus et amicis.suis Deo pariter servientibus, ad Africam et propriam domum agrosque remeare. Ad quos venions, et in quibus constitutus : ferme triennio, et a se jam alienatis curis sœcularibus, cum lis, qui eidem adhœrebant, Deo vivebat, jejnniis, orationibus, bonisque operibus, in lege Domini meditans die ac nocle (Possid., c. m). »
XVil. Ç'avaient été les premiers commence-
DES GONGIUËGATION& — CHAPITRE TREIZIÈME
ments de saint Antoine, de se retirer en sa maison des champs, ou tout proche, a Incipiens etiam ipse in locis paululum a villa remotioribus manebat , » dit saint Athanase (Cap. II, in ejus vita). L'exemple lui en avait été frtfyé par plusieurs autres : a Nondum tam crebra erant in JEg^pio monasteria, neque omnjno quisquamaviam solitudinem noverat; sed quicumque in Cbristi servitute sibimetipsi prodesse cupiebat, non longe a sua villula separatus instituebatur. Erat in agello vicino senex quidam vitam solitariam a prima seclatus œtate. Hune Antonius cum vidisset, œmulatus est ad bonum. > Saint Antoine ne s'arrêta pas à ces commen-
(l) L'annaliite «pagnol dom Manriqaas prétend que l'ordr* mona^ tiqoe de SetotrBenolt a compté joiqu'à quarante-sept mille abbayet on priearés. C'eat peat-4tre un peu exagéré, maia le aa^ant Blanchtni, aanotateur d'Anaataae le bibliothécaire, nooa apprend qa'à Rome ienlemeflt, pendant les ix« et x* siècles, il y avait quarante abbayes d'hommes et vingt de femmes ; qu'il y avait en outre soixante égliset desseï »les par des chanoines'régoliers. Parmi ces abbayes, quatre, Sainte-Praxède, Saint-Sabas, Sainte-Cécile, Saints-Etienne et Caaaien, étaient habités par des religieux grecs de Tordre de Saint- Basile, qui célébraleat tous les otticee dans la langue de saint Jean Ouysostome.
La plopaii de ces abbayes acquirent nn degré de puiannoe et de richesses considérable. En Angleterre, avant la réforme, les abbés , étaient lords de la chambre des pairs, et on les appelait abbéa-eouTeraina. En Allemagne, un grand nombre d'entre eux étaient prince» do Saint-Empire et aeigneurs temporels de vastes provinces. Le plus grand des historiens modernes, Jean de Muller, dans son BUtoire dm StàuêÊi nous montre Tétonnante puissance des abbayes de THelvétie. L'abbesse de Zurich était co-souveraine du canton, l'abbesse de Olaris était dame du lieu, l'abbé de SchaiTouse en était aussi co- ■eignear,teiui de Murbach était souverain de Lueeme, et Tabbé de Masmunter l'était de Mulhausen. En faisant connaître les utiles tra- ▼anx des moines, il détaille les richesses territoriales de l'abbaye d'Bauterive, près de Fribourg, qui dépassent tout ce qu'on paut imaginer. Il nous apprend ailleurs que l'abbaye d'Engelbeig avait quarante villages sous sa domination, celle de Wettingen, des fiefs im* menées dans le pays de Baden. t L'évéque de Çoire et l'abbé de • Disentis, dit-U« tome Ti, p. 256, sont les plus grands seigneurs de « la Rhéile: >
En Italie, les abbayes du Mont-Cassln, de Bobbio, de F<rfa, de Camaldoll, de Monte-Vlrgine, de la Gava, de Vallombrosa et autres aTftitnt des poweisioni territoriales immenses. En France, Clony,
céments. Il se distingua des Pères de IT^ dont nous venons de parler : il passa jusqirè comble de la perfection de la Yîe moaa^iipt il en ouvrit le premier les écoles, dont b it putation se répandit et attira des imitatemsA tout le monde ; par là il remporta sur te ceux qui avaient avant lui comme ébaoAê cette institution admirable, et mérita le gbrieux titre de père et d'instituteur des soitaires.
Saint Jérôme Ten a appelé illustrateur, pars qu'il a considéré ce que saint Athanase vkflt de dire du grand nonîbre de ceux qui avaieÉ marché devant lui (1).
Qteaux, Anehin, Jumiéges, 8a!t)t-G«rm«lii-des*Prés «t bien encore étaient des fieft considérablea. Les Hyéronimitee es et les Cisterciens étaient en possession de petites provinces.
Bfais ce furent principalement ces prospérités temporelle qtf aa^ nèrent la décadence monastique. Vainement l'Eglise tenait la à des réformes continuelles; bient6t les réfortnca aTaieai elles-mêmes d'être réformées. Les dètraeteun da l'étac oublient tro'jp que, quoique vouée à la perfection, la vie religiesee cependant comfMsée d'hommes, c'esi-à-dire de ces paoTrea dont le Saint-Esprit a dit : Senaus enim e/ cogitaHo àam4 in malumprona nmt ab adoleicentia tua (Gen. n, 5). Avecla décadence monle, la dépopulation s'était faite partont. En 1^8; ia célèbre abbaye de Lérios et ses prieurés n'avaient plus en toct qas cinq moines {Bitt, du Monast. de Lérms, n, p. 311). ITn jeoÊÊoà de 1789, Let Veillées d'un FrançûUy n» lU, nous appceod qoe it» quelques bénédictins de la maison de Saint-Martin-des-Oiinaps, à Paria, offrirent à l'assemblée nationale, au nom de leur maisC'Q et àm leur ordre, l'abandon de leurs bieas et de leurs couvents, noyea&art une pension de quinze cents livres pour chaque religieux. Paitsi wm manuscrits, nous possédons les lettres adressées, le 16 juillet l'tl* par lea chartreux de Boopas, près d'Avignon, à rassemblée Bat»> nale, pour déclarer quï(« mevarent <f «note de reprendre Uwr HkerU et de rentrer dans le aiècl«.
Le bili de '1535 détruisît six cent quarante-dnq maiaoos religieaBa en Angleterre. La révolution française ferma onze cent qoaraate-«e|t ■ abbayes des diflSwentes branches bénédictines et des lotoœtrés. Nous croyons que dans toute l'Aiiemagne il ne reste plus qa'fffli trentaine d'abbayes de bénédictins. La révolution espagooie a détrvi les trois cent vingt abbayes et les seiae churtreuses de ce lOT^ame. En Italie, tout aujourd'hui est converti en casernes. H s'y a plus ea France, en Belgique et en AngleterrOi que quelques abbayes cisterciennes de la réforme de la Trappe. (Dr A]iiHi&.)