DE L'ORIGINE DES ABBAYES ET DES MONASTÈRES
Ui
ces colonies de la vie pénitente. « Oerum sufflcientissimum et monasteria virorum ac feminarum contioentium cum suis praepositis plena Ecclesise dimisit (In vita Aug., c. ait.).» Ce saint docteur opposant aux vertus fausses et affectées des manichéens la piété sincère et la perfection achevée des solitaires de FEglisa catholique^ ne propose que ceux de l'Egypte et de rOrient. Si cette sainte institution eût eu cours dans l'Afrique, lorsqu'il écrivait ce livre, il n'eût pas été chercher si loin de quoi repousser ces ennemis de la vérité, a Quis nescit summae continentias hominuni christianorum multitudinem per totum orbem in dies magis magisque difrùndi,et in Oriente maxinoe atque iEgypto/ quod vos nullo modo potest latere (De moribus Eccles. Cathol., c. xxxi). »
VIII. Rci)assons à l'Orient , où l'on faisait à saint Basile le glorieux reproche d'avoir donné cours à la vie monastique dans la Cappadoce. « Accusamur vero et hujus, quod homines habeamus pietatis studiosos, oxtjt*ç, qui mundo renuntiarint. Ego vero vitam inipenderem , ut possent mihi haec delicta impingi; haberemque apud me viros, qui me doctore hoc pietatis studium amplexi hactenus fuissent. Nunc autem et in iGgypto et in Palaeslina et in Mesopotamia audio talem esse virorum quorumdam virtutem, etc. »
IX. Après avoir montré comme le berceau de la profession monastique dans toutes les parties du monde , il ne sera pas difflcile de comprendre quelle a été la pensée de ceux qui en ont pris le commencement de plus haut et ont dit que les premiers chrétiens et les apôtres mêmes en avaient été les auteurs : quelquesuns sont remontés jusqu'à saint Jean-Baptiste , et jusqu'à Elie même.
Cassien le dit ouvertement : « Gœnobitarum disciplina a tempore prœdicationis apostolica sumpsit exordium. Nam talis extilit in Hierosolymis omnis illa credentium multitudo, etc. (Collât. 18, c. v). »
Il assure, dans la suite de son discours, que la plupart des fidèles s'étant depuis un peu relâchés , et ayant voulu conserver la foi de J.-C. dans l'état du mariage et sans renoncer à leurs biens, il y en avait eu un nombre con« sidérable qui , n'ayant rien diminué de cette première ferveur, s'étaient retirés dans des solitudes , et y avaient continué la succession de ce saint institut jusqu'au temps de Paul et d'Antoine.
« Istud ergo solum fuit antiquissimum monacborum genus quod non modo tempore sed etiam gratia primum est, quodque per annos plurimos solum inviolabile.; usque ad abbatis JPauli vel Antonii duravit statem. »
X. Je ne sais si Cassien pourrait bien prouver que les premiers fidèles de l'Eglise de Jéru« salem renonçaient au mariage aussi bien qu'à leurs héritages. L'autre point est plus vraisemblable, qu'il y a toujours eu depuis quelques particuliers qui ont vécu dans la retraite, et y ont pratiqué toutes les vertus des véritables solitaires.
Comme on est remonté au-dessus de saint Antoine jusqu'à saint Paul ermite, on pourrait aussi monter encore plus haut, et former la suite de cette sainte institution, qui remplit les trois premiers siècles. Mais à dire la vérité, cet enchaînement est imaginaire, Thistoirene nou^ apprend rien de cette continuation, elle n'est .appuyée que sur des conjectures. 11 faut ajouter que ces solitaires écartés des trois premiers siècles n'ont point formé de disciples, n'ont point ouvert d'écoles, n'ont dressé aucune règle, n'ont pu se distinguer par aucune sorte d'habits, n'ont point formé de corps différent du clefgé et des laïques ; ce qu'on ne peut pas opposer à saint Antoine et à ses imitateurs.
XI. Quand on voudra parler avec justesse, il n'y aura autre chose à dire, si ce n'est que les moines véritables établis par saint Antoine ont trouvé dans les premiers chrétiens, dans les apôtreSf dans J.-C. même, dans saint Jean-Baptiste, dans Elie, Elisée et les anciens prophètes, un modèle admirable des vertus qu*ils ont excellemment pratiquées. Hais les vertus sont com* munes aux moines, au clergé, à tous les fidèles et aux saints du Vieux Testament. Pour trouver des moines, il faudrait outre cela rencontrer une règle, une communauté, un habit, particulier, un état distingué des autres, des exercices réglés et uniformes, des écoles, des colonies ; et c'est ce qu'on ne trouve point qu'après saint Antoine. C'est ainsi qu'il faut entendre saint Cjrille, évêque de Jérusalem, et les autres Pèred, qui ont fait passer Elie et saint Jean-Baptiste pour instituteurs de la vie monastique (Cyrill. HierosoL, Catech. 3 ; Gregor, Nyss. in Cant. homil. 7 et 15).
XIL Saint Jérôme s'est entièrement déclaré pour cette manière d'expliquer la pensée et les exprewioni de ces Pères. Après avoir fait une
Si3
DES CONGREGATIONS. — CHAPITRE DOUZIÈME
pt^nlure très-exacte de la vie et des exercices d('s moines d'Egypte, il dit en même temps que Paul et Antoine en ont été les auteurs et les instituteurs , et que tels étaient autrefois Jean- Baptiste, Elie , Jérémie , tels étaient les Esséniens , dont Philon et Joseph ontsi admirablement représenté les exercices. Paul et Antoine ne seraient pas les auteurs d'une profession qui aurait été commencée et élevée jusqu'au comble de la gloire par tant de grands hommes, plusieurs siècles avant eux.
Saint Jérôme veut donc seulement dire que tous ces grands honunes avaient éclaté dans les mêmes vertus , et avaient comme ébauché ce grand et admirable dessein, a Taies Philo Platonici sermonis imitator , taies Josephus , Grœcus Livius, in secunda Judaicae captivitatis historia, Esseuos refert. Hujus vitse autor Paulus, illustrator Antonius, et ut ad superiora conscendam , princeps Joannes Baptista fuit. Talem virum Jeremias describit, etc. (Ad Eustoch., de custodia virgin.]. »
Je ne veux pas m'engager dans cette question ét)ineuse y si les Esséniens de Philon et de Joseph étaient chrétiens : ce serait une digression trop longue et trop éloignée de mon sujet. Il me suffit d'avoir fait connaître, au cas même qu'ils le fussent , comment Paul et Antoine nje perdraient rien de leur avantage.
Ajoutons encore ce passage de saint Jérôme sur ce même sujet , dans sa lettre à Paulin, « De institutione monachi. Episcopi et presbyteri habeant in exemplum Apostolos, et aposto^ licos viros; nos autem habeamus propositi nostri principes, Paulos et Antonios, JdHanOs; flilarionem , Macarios. Et ut ad ScrfpturarunI autoritatem redeam, noster princeps Elias, noster Elisasus, nostri duces fllii propbètarum, etc. De his suntetilU fllii Rechab, etc.sEtdand sa lettre à Rustique : a Filii prophetarum, quos monachos in veteri Testamento legi* mus.»
XIII. Arrêtons-nous un peu à ce que saint Jérôme écrivit à la vierge Principîe , fille dû sainte Harcelle , qui embrassa avec sa mère la profession monastique , en se retirant seule^ ment en sa maison de campagne , et prenant un habit brun et modeste, aussi bien que Pam* maque : « Suburbanus vobis ager pro mona<* sterio fuit , et rus electum pro solitudine, etc* Quis crederet ut consulum pronepos furva tunica puUatus incederet. »
Voilà tout le mystère de la proltesion monas»
tique de ces dames et de ces seigneurs, doctk noblesse et les richesses répondaient à la gnt deur de Rome et de l'empire romaiii.
Saint Athanase fait commencer à saint ifr toine la vie religieuse de la même manière, a se retirant dans une maison des champs prà de la ville. Il n*est pas hors d'apparence fK c'est ainsi que quelques-uns d*eiiire les saÎA Pères ont été moines au commencemenl è leur conversion.
XIV. Saint Grégoire de Nazianze, au rapfnif de saint Jérôme, s'étant dépouillé de son enché, se retira à la campagne, où il imita la vie des moines, a Vivo se episçopum in loco sue ordinans , ruri monachi vitam exerçait (Ifl Script. Eccl.). j> Mais ce saint évêque enseigne lui-même dans l'éloge de saint Basile la fîdéie compagnie qu'il lui avait autrefois tenue dam les plus pénibles exercices de la yie religieuse: « Hinc illi tunica una et pallium unum , eC stratushumi lectus, vigiliae etsuavissima ca^oa, panis et sal, quod commune utrîusque oosirum studlum fuit (Orat. xx). »
Il raconte après cela comment saint Basile bâtit en un même endroit deux sortes de monastères diflérents, appelant les uns Asceleria ei Monasteria^ pour ceux qui s'abîmaient dans la contemplation et dans une solitude très-profonde , et destinant les autres pour les exercices de ceux qui vivaient en communauté,
TMV xavovtxttv xal it.x'^iiiai (Orat. XXl).
Il montre ailleurs la même distinction dans lès monastères d'Egypte. Il témoigne en un autre endroit à saint Basile qu'il ne pouvait penser qu'avec une extrême douleur, et avec beaucoup de regret^ aux premières délices qu'ils avaient tous deux goûtées dans les solitudes du Pont, aux veilles, aux chants des psaumes, a l'oraison continuelle , à l'étude des Ecritures^ au travail dés mains ^ à la culture des arbres, et à tantd'autres occupations également saintes et délicieuses.
a Quis psalmodias illas et vigiTias dabit , et quîs diurnas operum vices et labores, quis lignorum comportationes, et lapidicinas, quis arborum consitiones et irrigatîones, quis platanum illam auream et Xercis platano praestantiorem, in qua non rex,sed monachus, (xcvaffTTic, luxu diffluens sedebat quam ego plantavi, Apollo rigavit, hôtest, excellentia tua, Deus autem in honorém nostri auxlt (Epist. xin). 9
L'auteur de la vie de saint Grégoire donne