XVII. Réponse à une objection
XVHI. Deux manières dîvemes d'api^eler les moines à la cléricature.
XIX. lis ne changeaient pas d'état, ni n'étaient pas affranchis des observations pieuses par la cléiicature.
I. Les monastères ne pourraient pas trouver place entre les bénéflces, si les dignités et les ordres ecclésiastiques ne pouvaient leur être accordés. Mais cette profession toute «ainte n*eut pas plutôt éclairé la terre de ses rayons, que les évêques les plus zélés pour la pureté de la discipline de l'Eglise n'eurent point de plus forte passion que celle de faire cette alliance si avantageuse de la sainteté monastique avec les saints ordres.
II. Le pape Sirice témoigna ce désir ardent par ces paroles : a Monacbos quoque, quos tamen morum gravitas, et vitae ac fldei insti.tutio sancta commendat, clericorum officiis adgregari, et optamus et volumus (Ep. i, c. 3). n n est vrai que ce. pape ne faisait nulle grâce des interstices à ces saints religieux : mais {es autres papes ne furent pas si rigoureux, comme nous l'avons prouvé ailleurs par une lettre du pape Gélase (Gelas., ep. ix].
Aussi saint Dalmace, prêtre et archimandrite de Constantinople, qui avait passé quarante-huit ans sans sortir de son monastère, parut à la tête de tout le clergé de Constantinople^ et écrivit en cette qualité au concile œcuménique d'£pbese quand il fallut se. déclarer pour la défense de saint Cyrille contre Nestorius et Jean d'Ântioche (Concil. Epbes., Episi. Catholic).
Dans le concile de Constantinople, où saint Abundjus^ évêque de Côme, et les autres envoyés du pape Léon reçurent la confession de foi des évêques et des religieux^ les arcbi-
Tiu — ToMB IL
mandrites furent nommés après les prêtres, avant les diacres, comme étant eux-mêmes prêtres, au moins la plus grande partie, a Reverendorum episcoporum, presbyterorum, archimandritarum, diaconorum ac totius cleri professiones cognovimus (Tom. m conc, an. 450). D ^empereur Théodose le Jeune écrivit à Tarcbimandrite Barsumas pour lui donner ordre de se trouver au concile d'Ephèse au nom de tous les archimandrites d'Orient, a Lpcum tenentem omnium Orientis archimandritarum (Conc. Calced., act. 1). n
A Faction A du concile de Constantinople, tenu sous Flavien , comparut Abrabamius , prêtre et archimandrite, avec trois autres religieux diacres du monastère d'Eutychés, prêtre et archimandrite. Dans l'action 5 (Ibidem), f On menace Eutychès de le déposer et de le . priver tant de la prêtrise que de la supériorité de son monastère, ce qui fut enfln exécuté ; et à cette sentence souscrivirent, après les évêques, dix-huit prêtres et archimandrites, un diacre archimandrite, un moine archimandrite. Cette affaire ayant été portée au second concile d'Ephèse (Ibidem), les religieux d'Eutychès écrivirent à ce concile pour la justification d'Eptychès ; la lettre est souscrite par un prêtre, dix diacres, trois sous-diacres et plusieurs autres religieux.
A la session iv du concile de Calcédoine, on fit aussi comparaître dix-huit prêtres et archimandrites. On y lut aussi une lettre écrite a l'empereur Marcien par plusieurs archimandrites suivis d'un grand nombre de clercs : « A minimis archimandritis, et ab omnibus comitibus suis in Christo, et reliquis clericis, et monacliis et laicis. » Saint Epiphane nomme les moines après les évêques, avant les prêtres, en parlant du schisme de Mélèce (Epipb., hœr. Lxviii).
III. Dans tous ces exemples les moines faisaient un corps distingué du clergé et des laïques, toujours préféré aux laïques, quelquefois mêlé avec le clergé : les archimandrites ou abbés étaient presque toujours prêtres; il y avait dans un seul monastère un nombre considérable de prêtres; de diacres et de sousdiacres, sans qu'il soit parlé des ordres inférieurs, auxquels la longue pénitence et la vie religieuse pouvaient peut-être suppléer en un temps où on ne les donnait pas toujours tous à la même personne.
IV, En voici un exemple qui pourra servir
DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE TREIZIÈME
de preuve. Saint Pacôme, ce père de tant de solitaires, vayant un village voisin désolé, où les laboureurs étaient entièrement privés de la lecture des Ecritures et des divins mystèreSi persuada à l'évèque d'y bâtir une église, et, en attendant qu'on y ordonnât des clercs, il y allait lui-même avec ses religieux le samedi et le dimanche, et il y lisait les divines Ecritures.
a Cum necdum essent ordinati clerici, qui Bolemnia piebi peragerent^ ipse ad horam conventus ecclesiœ cum monachis occurrebat, salutiferas plebi paginas relegens, quia nondum ibidem lectores fuerant constituii, nec alii clerid^ qui ministeria sacra celebrarent. Quamdiu ergo presbyter et reliquus ordo clericorum aberat, Pacomius veniebat, et sic alacriter ac inverecunde lectoris implebat officium (Vita S. Pacom., apud Rosveid.^ c. xxvi). »
Saint Pacôme faisait donc Tofâce de lecteur, quoiqu'il n'en eût pas reçu Tordre ; et Dieu donna tant de bénédictions à sou zèle, que plusieurs païens se convertirent. « Unde plures institutione ejùs^ ab errore conversi facti sunt Christiani. »
y. Ce saint homme ne souffrit point que les religieux s'ingérassent dans les fonctions du sacerdoce : il faisait venir des villages voisins des prêtres pour célébrer les divins mystères aux jours solennels, et pour donner la sainte communion aux frères ; s'il s'en rencontrait néanmoins quelques-uns d'entre eux qui eussent auparavant été ordonnés prêtres, il s'en servait volontiers pour exercer ces divines fonctions ; mais il ne jugeait pas qu'un religieux pût désirer les premiers rangs d'honneur, ou les saints ordres, sans une ambition criminelle, a Cogitatio feralis ambitus, si in mentes irrepserit monachorum^ ut vel primi cupiant esse velclerici (Cap. xxiv, ibid.). » Ce directeur incomparable fit néanmoins paraître sa sagesse toute divine dans une rencontre mémorable (Cap. xv^ ibid.).»
Un religieux prêtre et père de plusieurs religieux, importuné par les instances pressantes de Tun d'eux, qui souhaitait avec une passion démesurée d'être élevé à la dignité des clercs, vint consulter saint Pacôme. Ce saint fut d'avis d'accorder à ce religieux indiscret la dignité dont il était indigne, et gagner par cette sage condescendance celui qu'un refus, quoique très -juste, porterait au désespoir. La chose réussit comme il l'avait jugé. Ce religieux sa-
tisfait d'avoir obtenu ce qu'il avait passk» ment désiré, se reconnut, et vint remercier k saint, en lui témoignant qu'il était redeialk de son salut à son extrême douceur, qui ïvà délivré d'une tentation à laquelle il eût s» combé.
yi. Cassien représente en quelque endnÉ les artificieux déguisements dont le dâoMns sert pour faire désirer aux religieux les digstés et les fonctions ecclésiastiques. « Nonnmh quam vero clericatus graduin, et desideriis presbyterii vel diaconatus immittit (De Ccentà Instit., 1. u, c. 14, 15 ). » C'était le diacoiiaft seulement , ou la prêtrise, qu*un reliffem pouvait ambitionner; car nous avons Tuqut sans être ordonnés^ ils faisaient quelquèfoii les fonctions des moindres ordres ; aussi parfet-U ensuite de Tun de ces solitaires^ séduS par le démon de l'orgueil, qui fut surpris dam sa cellule lorsqu'il s'exerçait tout seul, et qn^il contrefaisait le sacré ministère du prêtre ei do diacre à l'autel.
Ces exemples font voir que les solitaires ne croyaient nullement que leur état fut inconpatible avec la prêtrise, quoique lear bumililé les dût éloigner de la pensée de ces hautes dignités.
Vll.1^ même Câssien (Collât, ni^ c. 1) fût ailleurs l'éloge du saint abbé Paphnuce, qui avait vécu dans la solitude depuis son enGuoe jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, y exerçant le divin ministère de la prêtrise, et y avait élevé au diaconat un admirable reUgîeax, nommé Daniel, ayant plus d'égard à sa vertu qu'à son âge. H voulut le faire aussi son successeur dans les fonctions de la prêtrise, et il le fit ordonner de son vivant. Dieu en disposa autrement, et Daniel mourut avant Paphnuce, sans avoir exercé la prêtrise, parce que son humilité l'emporta sur son mérite; et quoiqu'il fût prêtre, il se contenta de servir de diacre à Paphnuce.
a Optans sibimet successorem dignissimum providere : superstes eum presbyterii honore provexit. Qui tamen prioris humilitatis consuetudinem non omittens, nihilunquam sibi illo prœsente, de sublimions ordinis adjectione donavit : sed semper abbate Paphnucio spiiitaies hostias offerente, hic velut diaconus, in prioris ministerii permansit officio (CoUat rr, c. 1). »
U y avait donc des églises, dans ces affreux solitudes, où les moines s'assemblaient et y
ALUANCE DE L'ÉTAT MONASTIQUE, wrc.
avaient des prêtres et des diacres de leurs <x>rps. Cela parait encore par ce que le même Cassien raconte ailleurs, que Théophile, archeirôque d'Aleiandrie, leur ayant envoyé des lettres circulaires. où, selon la coutume, il leur annonçait en quel jour on célébrait la fête de Pâques, et où, par occasion, il invectivait contre l'erreur des Antbropomorphites, ces solitaires, plus vertueux que savants, en furent si scandalisés, qu'ils se résolurent de refuser leur communion à Théophile; et les plus habiles d'entre eux crurent user de beaucoup de modération s'ils se contentaient de ne pas souffrir la lecture de ces lettres.
De quatre églises et de tous les prêtres qui étaient dans la solitude de Scété,il n'y eut que Paphnuce, qui en gouvernait une, dont la simplicité éclairée souscrivit à la doctrine de l'archevêque Théophile.
Gassien raconte tout cela comme en ayant été le témoin oculaire : a Denique et ab his qui erant in erémo Scythi commofantes quique perfectione ac scieniia, omnibus qui «erant in i£gypti monasteriis, praeeminebant, ita est hase epistola refutata, ut prœter abbàtem Paphnutium, nostrae congregationis presbyterum, nullus eam cseterorum presbyterorum, qui in eadem eremo aliis tribus ecclesiis prsesidebant, nec legi quidem aut recitari in suis conventibus prorsus admitterent (Collât, x, c. 2). b
VllI. Saint Augustin ne put souffrir sans une extrême douleur qu'Aurèle, archevêque de Carihage, admit aux ordres ceux qui s'étaient enfuis des monastères; mais il témoigna assez, dans la lettre qu'il lui en écrivit, qu'autant il avait de ressentiment qu'on fit entrer dans le clergé ceux qui n'avaient pas eu assez de vertu pour persévérer dans les monastères, autant il aurait de joie d'y voir appeler ceux qu'une vertu longtemps éprouvée dans les exercices de la pénitence en aurait rendus dignes.
a Non est ista via danda servis Dei, ut se facilius putent eligi ad aliquid meliûs, si facti fuerint détériores. Et ipsis enim facilis lapsus, et ordini clericorum fit indignissima injuria, si deser tores monasteriorum ad militianvclericatuseligantur; cumex iisqui in monasterio permanent, non tamen nisi probatiores atque meliores in clerum assumere soleamus (Epist.
iXXVl). »
Il Qjoute que tant s'en faut que d'un mauvais religieux on puisse faire un bon ecclésiastique,
qu'au contraire il est très-véritable que les meilleurs religieux ne sont pas propres à Tétat ecclésiastique, si leur piété n'est soutenue de la science, et si leqr conduite passée aussi bien que leur vie présente n'est irréprochable.
ce Nimis dolendum, si ad tam ruinosam su* perbiam monachos surrigamus, et tam gravi contumelia clericos dignes putemus, in quorum numéro sumus : cum aliquando etiam bonus monachus vix bonum clericum faciat, si adsit ei sufficiens conlinentia, et tamen desit instructio necessaria, aut personx regularis integritas. »
IX. Il faut, en passant, remarquer deux choses dçinscet endroit de saint Augustin : la première, qu'il se met lui-même au nombre des clercs, et nullement en celui des moines, ce qui justifle ce que nous avons dit sur co sujet; la seconde est que, quelque grande que puisse être la piété présente d'un religieux, elle ne suffit pas pour effacer les irrégularités qu'il pourrait avoir contractées avant sa conversion, et pour le rendre capable des saints ordres.
- C'est ce que saint Augustin entend par ces paroles : a Si desit personœ regularis integritas. » Ainsi, ce Père déclare qu'un saint religieux peut être irrégulier pour les ordres en deux manières : ou par le défaut de science, « si desit instructio necessaria, » ou par quelque crime commis après le baptême.
Ajoutons cette troisième remarque, que les moines déserteurs étaient dès lors condamnés par les docteurs de l'Eglise, comme ayant renoncé à l'espérance de leur salut. Car Aurèle n'avait admis ces moines fugitifs à la cléricature que dans la créance qu'il avait que saint Augustin, leur évêque, avait agréé leur dessein ; et saint Augustin probité qu'étant sortis du cloitre contre ses ordres, ils ne peuvent passer que pour des infâmes apostats.
c Desertores monasteriorum, etc. Sed de istis credo arbitrata sit béatitude tua, quod no-* stra voluntate, ut suis potius conregionalibus utiles essent, de monasterio recessissent. Sed falsum est, sponte abierunt, sponte deseruerunt, nobis quantum potuimus, pro eorum sainte retinentibus. »
X. Saint Augustin assure, dans la même lettre, que les évêques d'Afrique avaient réglé cette athire en son temps : « Antequam de bac re aliquid in concilie statueremus. » Ce fut, à mon avis, le concile Y de Garlbage (Can. xui)
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qui fit ce règlement : a Si quis de alterius mo* naslerio repertum, Tel ad clericatum promo* Tere yoluerit, Tel in suo monasterio majorem monasieriiconstituere; episcopus qui hoc fecerit, a caeterorum communione sejunctus, sus tantum plebis communione contentus sit. »
Ce canon et Toccurrence pour laquelle il fut fait montrent combien les éTéques d'Afrique étaient passionnés pour rencontrer entre les moines des personnes dignes des fonctions sacerdotales, et combien ils étaient jaloux que ceux qui aTaient été formés dans leurs monastères ne leur fussent pas enlcTés par les autres éTéques. Car ce statut fait manifestement connaître que les moines d'un diocèse étaient aussi bien attachés à leur évêque propre que les clercs; d'où il s'ensuiTait que les autres évoques ne pouvaient les employer sans une usurpation
criminelle.
XI. Mais saint Augustin n'a jamais mieux fait connaître ses sentiments sur ce sujet que dans sa lettre à Eudoxius, prêtre et abbé du monastère de Tile Caprarie (Epist. Lxxxi). Il lui fait Toir que les clercs et les moines sont les membres d'un même corps, qui partagent tellement le repos et le traTail entre eux, que l'avantage qui revient de l'un et de l'autre leur est commun à tous; au reste, que les religieux doivent autant s'éloigner de l'ambition qui fait rechercher l'éclat et la dignité des saints ordres, que de la paresse qui en fait refuser le travail, lorsque l'Eglise les y appelle, elle qui a le droit de leur commander.
a Unum corpus sub uno capite sumus, ut et Tos in nobis negotiosi,- et nos în TObis otiosi sumus. Exhortamur in Domino, ut propositum Testrum custodiatis, et usque in finem perse- Terétis. Ac si qua operam Testram Ecclesia mater desideraTcrit, nec elatione aTida susci- ^piatis, nec blandiente desidia respuatis. »
XII. Saint Jérôme dit que, lorsque sainte Paule Tisilait les déserts arides et infructueux, mais très^fertiles en plantes célestes, une multitude infinie de moines alla au-dcTant d'elle par honneur, entre lesquels il y en aTaiV un grand nombre dont le diaconat et la préirise rehaussaient Féminente Tertu : a Occurrente ^ibi sancto et yenerabili episcopo Isidore confessore, et turbis innumèrabilibus monachorum, ex quibus multos sacerdotàlis et leTiticus sublimabat gradus (In Epitaphio Paul.), d
Nous avons dit ailleurs comme saint Jérôme
fut ordonné prêtre, et comme son extrême te* milité, qui le rendait si digne de ce divin ■• nistère, l'empêchant d'en faire l'exerdc^soB frère Paulinien fut ordonné prêtre par s Epiphane dans son monastère de Bethlèts. 'Nous avons -aussi rapporté les paroles afairables de saint Ambroise sur Talliaiice et ï réunion qu'Eusèbe, éTêque de VerceH, tis faite de la dignité de l'état ecclésiastique ne la sainteté de la Tie religieuse, c'est-à-dire i ce qu'il y a de plus grand ATec ce qu'il y a à( plus saint dans l'Eglise.
Nous aTons aussi touché la lettre de sùà Athanase à Dracontius, où il l'exhorte de se pas préféter son repos et son intérêt particulkr à TaTantage 'public de TEglise, qui l'appelai du cloître à l'épiscopat, et il lui propose u nombre fort grand de saints évèques qui, ayad passé leurs premières années dans la relîgi<»i, avaient enfin couronné toutes leurs Tertus par la charité et la sollicitude é[)îscopale. Noos avons montré que les monastères de Saint- Basile, dan$ l'Orient, aussi bien que c^ux de Saint-Martin, à Tours, et de Saint-Honoré, i Lérins, en France, avaient été comme des séminaires où s'étaient formés les plus saints évêques de l'Eglise.
Pallade, dans la Tie de saint Cbrysostome, parle du célèbre Isaac, prêtre et abbé de cent cinquante moines, dont Théophile en avait choisi sept ou huit pour les faire éTéques {Pallad., c. xv). Un autre en avait deux cents, dont plusieurs furent aussi ordonnés évèques. Si ces saints religieux étaient estimés dignes de répiscopat et' s'ils y étaient si souTent a[>peléS| on ne peut douter qu'on ne les'bonoral encore plus souTcnt de la prêtrise et du diaconat Je ne dis rien des autres ordres, pour la raison que j'ai touchée et que saint Jérôme Tient de confirmer.
XIII. Sous l'empire d'Arcade, Rufin bâtit us palais magnifique aux faubourgs de Calcédoine: on rappela le Chesne ou la Chesnaye. Il y fit construire, aTec une somptuosité qui répondait à ses grandes richesses^ un superbe temple eo l'honneur des apôtres saint Pierre et saint Paul, aTec un monastère dont les moines de- Taient composer le clergé de cette égUse : <K Honachos etiam iii Ticino coUocaTit, qui de* rum ecclesiœ supplerent, oi t^c ixKXr,9x%ç t9v lOsjm iwXiipoov (Sozoœ., lib. tiu, c. 17). »
XIV. Ainsi, les moines passèrent des âésab à la Tille pour y sanctifier les autres par leur
ALLIANCE DE L'ÉTAT MONASTIQUE, etc.
exemple, eux qui aTaient auparaTaut quitté la "Ville pour se sanctifier dans les déserts par de continuels exercices de prières etrd'austérités. £n effet, il était bien juste qu'après avoir amassé dans la solitude les précieux trésors de la sainteté, leur charité les * portât à venir répandre dans la ville ces mêmes trésors^ et à les communiquer à leurs frères.
Saint Jérôme avait écrit à Paulin, en lui traçant les règles de la vie religieuse, que, s'il aspirait à l'état ecclésiastique, il devait faire son séjour dans les villes, afin de faire son salut en travaillant à celui de ses frères; mais que, s'il se voulait consacrer à la profession iponastique, ce nom seul devait lui inspi^r Tamour de la solitude, comme il lui en imposait l'obligation : a Si ofQcium vis exercere presbyteri, si episcopatus te vel opus, vel honos forte delectat, vive in urbibus, et oastellis, et aliorum salutem fac lucrum animas tuœ. Sin àutem cupis esse quod diceris, monachus, id est, solus, quid facis in urbibus, quœ Utique non sunt solorum habitacula, sed multerum (De institutione Monachi ad Paulinum). d
Il dit la même chose dans sa lettre ad Rusti' cum monachum de vivendi forma. Et, écrivant à Héliodore : a Clerici in suis urbibus commorantur. x> Et à Marcelle : a Tantam frequentiam hominum saltem Jnvitum videre, a proposito monachorum et quiète -aliéna sunt. » Et dans répitaphe de Fabiole : a Peragrabat insulas et reconditos curvorum littorum sinus^ in quibus monachorum consistunt chori. »
Voilà sans doute l'institution primitive et la règle générale des solitaires. Hais la loi de la charité est la souveraine dispensatrice de toutes les autres lois, et c'est elle qui contraignit les évêques d'appeler les solitaires dans les villes^ de les engager dans les fonctions et dans les dignités ecclésiastiques, et de les^ obliger, par ce moyen, à répandre sur tous les fidèles ces trésors spirituels dont ils s'étaiedt enrichis dans la solitude.
XY. Saint Cbrysoslome nous apprend que ce fut une oecasion extraordinaire qui fit descendre ces saints religieux de leurs montagnes dans la ville d'Antioche, pour la délivrer de répouvante extrême où elle était des juges et des magistrats, qui y avaient établi un tribunal eifroyable contre une multitude de criminels. Ces saints parurent comme des anges accourus du ciel : a Undique confluxerunt, vèlut angeli quidam de cœlo profecti; erat cemere tune
civitatem, similem redditam de* cœlo. d Us parlèrent aux juges avec une fermeté si généreuse et avec une charité si engageante, qu'ils les désarmèrent (HomiL xvii, ad Popul.
Antio.).
Ce même saint avait jugé ailleurs que les monastères ne devaient pas être fori éloignés des villes, pour n'être pas aussi trop éloignés des commodités de la vie dont ils ne peuvent se passer : a Ut ii loci neque ita multum ab hominum conspectu remoti, solitudinis tamen otium, quietemque habeant (De Sacerdoc., 1. VI, c. 6). D
Siâint Augustin plaça son premier monastèi^ dans l'enceinte de l'église, coname dit Possidius, ou, comme il l'explique lui-même, dans les jardins de l'évêché (Conf., 1. viii, c. 6). Il dit que saint Ambroise avait un monastère à Milan, hors les murs de la ville, a extra urbis mœnia.'p II assure, ailleurs qu'il y avait des monastères à Carthage : a Cum apud Carthaginem monasteria esse cœpissent ^L. i Retract., c. 21). »
. XYl. L'auteur de la vie de -saint Grégoire de Nazianze nous apprend que le père de c^ divin théologien, étant évêque de Nazianze et s'étant laissé surprendre paroles artificieux déguisements des hérétiques, il se souilla de leur communion et souscrivit à leur doctrine. Tous les moines du pays se séparèrent aussitôt de sa communion, et une grande partie du peuple suivit leur exemple. Alors le fils vint au secours du père, le porta à reconnaître sa faute et à en demander pardon; et, après lui avoir fait faire une confession sincère de la foi catholique, il le réconcilia avec lès moines et avec le peuple.
Cet exemple fait voir, aussi bien que celui de Dalmace dont nous avons parlé, l'intérêt que les religieux prenaient aux afTaires de l'Eglise, leur crédit et leurs services importants dans des rencontres périlleuses.
Théodoret (L. iv, c. xxiv, xxv) a décrit les illustres combats du célèbre Solitaire Apbraates, et de plusieurs autres qui quittèrent la solitude pour venir s'opposer à la persécution des Ariens soutenus de l'autorité de l'empereur Valens. Il sgoute que saint Antoine leur en avait donné l'exemple au temps de Constance, venant luimême à Alexandrie pour soutenir la foi et la personne d'Athanase contre les Ariens, a Relicta solitudine totam illam circuibat urbem, qua omnes doceret , tum Athanasium pneco-
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nem yeritaiis^ tum Arianos Teritatis hostes esse (Theodor. Lect., 1. 1). »
Daniel Siylite ne témoigna pas moins de Tigueur quand il descendit de sa colonne pour s!opposer aux violentes attaques que le tyran Basilisc donnait à la foi orthodoxe, en condamnant le concile de Calcédoine. Les moines mêlés parmi le peuple donnèrent la terreur à Timpie Anastase^ lorsqu'il persécutait FEglise avec le plus de fureur (L. ii). Evagrius rapporte les lettres que l'empereur Léon écrivit à tous les métropolitains et à tous les célèbres solitaires, Siméon Stylite, Baradat^ Jacques, pour avoir d'eux une nouvelle confirmation de la foi du concile de Calcédoine (Evag., 1. ii, c. 9]«
Le même historien avait raconté plus haut (L. I, c. 43], conmient Siméon Stylite, par l'ardeur et rintrépidité de son zèle, avait obligé Fempereur Théodose de révoquer les ordres qu'il avait donnés pour faire rebâtir les synagogues des Juifs.
XVn. Toutes ces occurrences singulières n'empêchent pas que saint Jérôme n'ait dit en général que Tofflce des moines n'est pas d'enseigner les peuples , mais de pleurer leurs péchés : a Monachum se esse^ non loquendo et discursando, sed tacendo et sedendo noverit. Honachus non docioris, sed plangentis habet ofiQclum ; qui vel se , vel mundum lugent (Apolog. ad Dpmnion., advers. Vigilant.], ù Cela s'entend quand TEglise ne les appelle point à des emplois ecclésiastiques.
XVllI. Remarquons en passant que la promotion des-moines à la cléricature se faisait de deux façons : à la demande du monastère, ou selon le besoin desévêques; en les laissant dans le monastère ou en les en retirant et les attachant à une église cathédrale ou paroissiale. La première de ces promotions les laissait dans le même engagement aux fonctions monastiques où ils étaient auparavant; la seconde les asservissait uniquement aux fonctions du sacerdoce.
Saint Jérôme parle de la première, quand il écrit à Héliodore : a Quod si te quoque ad ordinem clericorum pia fratrum blandimenta sollicitant, gaudebo de ascensu, sed timebo de
lapsu (De vita Erem.)- » H parle de la seeoÉ en écrivant au moine Rustique : c Coo ai perfectam «tatem veneris^ et te vel popob vel pontifex civitatis in clerum elegerit, i^ qus clerici sunt, et in ter ipsos sectare mei» res, quia in omni conditione et gradu, oplDi mixta sunt pessima. »
Il est aisé d'appliquer cette distinction iioB les autres exemples qui sont rapportés dam a chapitre, et de se détromper d'une opiiw aussi fausse qu'elle est commune, quel'ori nation émancipait pour ainsi dire de la profe sion monastique.
XIX. Pour une conviction encore plus gru* de la vérité que nous avançons, on peut dSt guer l'exemple de trois excellents religiein, Barses, Euloge et Lazare, qui furent ordonna évêques, non pas pour aller gouverner un dkv cèse, maiâ pour faire voir en leurs personne une éminente vertu couronnée de la plas estante de toutes les dignités. « Creabunturei»scopi non urbis alicujus , sed honoris (aua, qui veluti vitœ pie anteacfae compensatio ffl proprîis monastèriis illis deferebantur. » C^^ ce qu'en dit Sozoraène (L. vi, c. 34).
Ceux qui défèrent avec peine à ce récit de Sozomène auront plus de créance pour te fàfe Innocent P% qui oblige à l'observance de 11 règle monastique et surtout de la conlinence, les moines qui passaient du cloître à la clencature. a De monachis qui diu moranfes tf monasteriis, si postea ad clericatus ordine^ pervenerint, non debere eos a prîore propositù deviare, etc. Quod diu servavît, in melion gradû posîtas, amittere non débet (Epist. m, c. 10). »
Quant à l'histoire que rapporte Sozomeni^ on pourrait y ajouter celles que nous av^ citées ailleurs de Théodoret , louctenf «^ saints solitaires que des évêques ordonueren prêtres, sans espérance qu'ils en fissent J^ les fonctions. Théôdoret parle de Barses, ev que d'Edesse. Saint Basile lui écnvjMe lettres (L. iv, c. 15, ep. .cccxxvi, cccixvdj, mais on n'a nulle preuve que ce soit celui parle Sozomènô.
ALUANCE DE L'ÉTAT ECaÉSIASTiaUE, btc.